Seuil

  • Au milieu des années 1970, Chantal Thomas, qui vient juste de soutenir sa thèse, décide de partir. Loin. À New York, alors cité de tous les dangers. Elle s'installe chez une amie d'amie. Le désir circule, les fêtes s'enchaînent. Un puissant souffle d'aventure anime la ville.

    Aujourd'hui, amenée à séjourner dans l'East Village pour un été, elle retrouve un quartier totalement changé. Seules quelques traces demeurent de la marginalité d'autrefois, des graffitis sur les rares immeubles non encore « réhabilités » et dont Allen S. Weiss, partenaire de ce livre, va extraire des images photographiques qui rappellent un temps révolu.

    Car l'East Village était un lieu d'immigration et de bohème pauvre, inventive, où tout le monde se rêvait poète, où se rencontraient Allen Ginsberg, William Burroughs, Herbert Huncke, et les fantômes bien vivants d'Andy Warhol, de Lou Reed et du Velvet Underground.

    Au fil des pages, sur un mode à la fois précis et romanesque, Chantal Thomas évoque St. Mark's Church, le Chelsea Hotel, les bars, les rues, les peurs, les amours, dans un flottement des genres qu'elle restitue à plaisir, comme portée par la grâce d'une mémoire à même de revivre et faire revivre l'intensité d'une époque ouverte à tout. Par les temps qui courent, ce livre est une merveilleuse évasion, et le rappel d'une chose : la liberté est possible, elle est même un excellent principe de vie...

    I remember you well in the Chelsea Hotel / You were talking so brave and so free...
    Leonard Cohen.

    Avec des photos d'Allen S. Weiss.

  • Des chauffeurs de taxi, des héroïnes de faits divers, des amoureux qui enferment leur coeur au cadenas traversent ces pages. Ils croisent tout naturellement Colette, Roland Barthes, Patti Smith, Voltaire ou Corto Maltese, sans oublier quelques figures chères de mon enfance, ma mère nageuse, mon grand-père bien-aimé... On peut dès lors lire ces Chroniques en passant comme un journal de voyage, si l'on croit que chaque matin contient une occasion de départ et une chance d'aventure, émotive, intellectuelle - la quête d'une certaine qualité de vibrations.

    Ce qui a piqué mon attention relève d'un intérêt essentiellement subjectif. Les rencontres, les lectures, les images et incidents qui m'inspirent et me donnent à rêver n'entrent pas dans un cadre préétabli. Ils participent de moments fugitifs, du charme de l'instant.

    J'ai écrit les textes ici réunis de 2014 à 2018, au rythme d'une chronique par mois, pour le journal Sud Ouest. Et à la fin, en me retournant, j'ai senti qu'ils formaient un livre. Le voici.

    C.T.

  • Nager. Nager pour fuir les contraintes, pour échapper aux vies imposées, aux destins réduits. Nager pour inventer sa sensualité, préserver sa fantaisie. C'est ce qu'a sans doute ressenti Jackie toute sa vie, commencée en 1919 et menée selon une liberté secrète, obstinée, qui la faisait, dans un âge bien avancé, parcourir des kilomètres pour aller se baigner sur sa plage préférée, à Villefranche-sur-Mer. Entre-temps, elle s'était mariée, avait quitté Lyon pour Arcachon, puis, devenue jeune veuve, avait échangé le cap Ferret contre le cap Ferrat, avec sa mer plus chaude, son grand été.
    Qu'a-t-elle légué à sa fille Chantal ? Quelque chose d'indomptable, ou de discrètement insoumis, et cette intuition que la nage, cette pratique qui ne laisse aucune trace, est l'occasion d'une insaisissable liberté, comme lorsque jeune fille, au début des années 30, Jackie avait, en toute désinvolture, enchaîné quelques longueurs dans le Grand Canal du château de Versailles sous l'oeil ahuri des jardiniers.

  • Pour Roland Barthes

    Chantal Thomas

    • Seuil
    • 21 Mai 2015

    Chantal Thomas a suivi les séminaires de Roland Barthes, dont elle a été une proche amie. Au fil du temps, elle a rendu plusieurs hommages à l'auteur de La chambre claire, notamment à propos de la photographie (celle de l'enfance et de la jeunesse dans le Roland Barthes par lui-même, celle miraculeuse et spectrale de la mère fillette dans le jardin d'hiver), ou de Michelet. C'est l'ensemble de ces textes qui est ici réuni en un petit volume, qui comprend également une préface inédite et un texte de considérations sur l'élaboration d'un film documentaire. Ce texte consacré à Barthes par elle et son frère Thierry sera diffusé sur Arte à l'automne. Un geste de reconnaissance, comme une dédicace - ainsi que le titre le laisse entendre. Un geste, aussi, de fidélité à celui qui a ouvert des voies pour une génération entière, et dont la trace reste vivante.

  • Nous sommes à Vienne, en 1810, dans une ville humiliée et ruinée par la victoire de Napoléon. Une femme, Agathe-Sidonie Laborde, ancienne lectrice de Marie-Antoinette, se souvient de Versailles et, plus précisément (parce que c'est pour elle une hantise), des 14, 15 et 16 juillet 1789, jours d'effondrement durant lesquels, Louis XVI ayant cédé sur tout, les intimes de la famille royale et une grande partie de la Cour se dispersent. Agathe elle-même s'est enfuie alors, dans la nuit du 16, avec la famille de Polignac.

    A travers une reconstitution minutieuse et fébrile de ses dernières heures à Versailles, Agathe découvre la force de sa fascination pour la Reine et la beauté émouvante et singulière du monde qu'elle s'était créé. Un monde placé sous le signe du luxe et de l'élégance, de l'obsession du détail, du goût des espaces protégés, un univers brillant de toutes les apparences du bonheur, sauf que le désir comme l'amour n'y avaient pas de voix pour se dire. Mais est-ce le drame de la Reine ou celui de sa lectrice ?

  • En 1721, Philippe d'Orléans est Régent, dans l'attente que Louis XV atteigne la maturité légale. L'exercice du pouvoir est agréable, il y prend goût. Surgit alors dans sa tête une idée de génie : proposer à Philippe V d'Espagne un mariage entre Louis XV, âgé de onze ans, et la très jeune Infante, Maria Anna Victoria, âgée de quatre ans - qui ne pourra donc enfanter qu'une décennie plus tard. Ce laps de temps permet l'espoir d'un " malheur " qui l'assiérait définitivement sur le trône de France. Et il ne s'arrête pas là : il propose aussi de donner sa fille, Mademoiselle de Montpensier, comme épouse au jeune prince des Asturies, futur héritier du trône d'Espagne, pour conforter ses positions.
    La réaction à Madrid est enthousiaste, et les choses se mettent vite en place. L'échange des princesses a lieu début 1722, en grande pompe, sur une petite île au milieu de la Bidassoa, la rivière qui fait office de frontière entre les deux royaumes. Tout pourrait aller pour le mieux. Mais rien ne marchera comme prévu. Louis XV dédaigne l'Infante perdue dans l'immensité subtile et tourbillonnante du Louvre et de Versailles ; en Espagne, Mademoiselle de Montpensier ne joue pas le jeu et se refuse à son mari, au grand dam de ses beaux-parents Philippe V et Elisabeth de Farnèse. À la fin, un nouvel échange a lieu, beaucoup plus discret cette fois : chacune des princesses retourne dans son pays.

  • Chantal Thomas raconte sa formation intellectuelle et l'acquisition de son indépendance (par rapport à sa famille et au milieu de son enfance), d'une manière très singulière, puisqu'elle a choisi de tout raconter à partir de son rapport aux cafés : les endroits où à la fin de son adolescence elle se réfugiait pour parler avec ses amis et avoir l'illusion d'entrer dans l'âge adulte, sont devenus rapidement des lieux de prédilection et de liberté. Le livre commence de nos jours dans un des cafés de Nice où elle observe les habitués et les inconnus, et savoure, elle-même, le fait d'être une inconnue pour les autres. Puis elle évoque successivement les cafés du Sud-Ouest (Arcachon où elle a été lycéenne et Bordeaux où elle a été étudiante en philsophie) et ceux de Paris (qui coïncident à la fois à sa formation philosophique et aux commencements de sa vie d'adulte, ses amours, ses amitiés passionnées, ses premières épreuves dont l'épisode bouleversant de son avortement). Chaque café est reconstitué dans sa particularité, dans son temps aussi (la fin des années soixante et le début des années soixante-dix). Ce sont aussi les années Barthes. Le livre peut également apparaître comme un hommage à Roland Barthes, à sa culture et à sa liberté, à son inventivité, à sa conception très rare du séminaire, de l'amitié, du plaisir. C'est le premier livre délibérément autobiographique de Chantal Thomas que nous publions. Elle a déjà évoqué tel ou tel épisode de sa vie dans d'autres textes (L'île flottante, Comment supporter sa liberté, Chemins de sable), mais c'est la première fois qu'elle lie aussi étroitement la réflexion intellectuelle et la mémoire personnelle, tout en inventant une forme narrative très originale, par cette succession de lieux symboliques, mais très réels que sont les cafés français.

  • Nous sommes au milieu du XVIIIème siècle, sous le règne de Louis XV.Deux soeurs, Apolline et Ursule, sont les héroïnes de ce livre. Elles sont nées à Bordeaux, dans un milieu très religieux. Le père, adepte de la Providence, s'adonne avec délice au bonheur de ne rien faire. La mère est en prières. La famille s'enfonce dans la misère. Ce dont Apolline, en disciple de son père, s'aperçoit à peine, tandis que l'aînée, Ursule, ambitieuse et libre, n'a qu'une envie : s'enfuir. Bientôt, les deux jeunes filles se perdent de vue. Apolline est mise dans un couvent, puis devient préceptrice. Elle en sort quelques années plus tard pour retrouver sa soeur mourante, et découvrir dans un manuscrit le récit de ses aventures.Ursule, rebaptisée Olympe, a réussi à se faire emmener à Paris par le duc de Richelieu. Elle rêve de faire carrière au théâtre, mais son protecteur a d'autres plans. Fournisseur royal attitré en matière de plaisir, il offre Olympe à Louis XV. Olympe, aimée par Louis XV, est rongée par le désir de s'imposer face à Mme de Pompadour. Devenue mère, elle croit triompher. Mais, avec la soudaineté des alternances de faveur et défaveur, elle perd tout. On l'exile et la marie de force en province et lorsqu'elle revient à Paris pour dénoncer la violence de son sort, elle est arrêtée et envoyée à l'Hôpital.Ce portrait de deux soeurs qui font des choix opposés - s'en remettre à la Providence, ou miser sur l'intrigue - est l'occasion de raconter un monde dominé par l'étrange duo que forment le duc de Richelieu, le plus célèbre libertin de son siècle, et le roi Louis XV, habité par le goût de la mort, le désir des femmes, et le sens du péché. Les jeux du pouvoir sont imprévisibles, et il est bien hasardeux de vouloir défier son destin.

  • Thomas Bernhard est l'auteur d'une oeuvre romanesque mondialement connue et de pièces de
    théâtre inscrites au répertoire international. L'intransigeance de son propos, la radicalité de son
    regard sur l'Autriche, son pays (quoi qu'il soit né en Hollande) en ont fait un des plus grands
    écrivains du XXe siècle, qui a toutefois déclenché de très vives polémiques, à Vienne notamment,
    suscitées par son implacable éclairage du passé nazi tel qu'il a continué à ses yeux d'imbiber la
    bourgeoisie et la petite bourgeoisie autrichiennes dans les décennies qui ont suivies la guerre.
    Sarcastique sur le monde de la culture, il est une grande figure intellectuelle, à la fois courageux et
    solitaire.
    C'est cette oeuvre que Chantal Thomas analyse dans le détail ; c'est aussi cette vie qu'elle restitue,
    dans une forme de complicité et presque d'empathie.
    La réédition de ce livre a fait l'objet d'une mise à jour du texte et d'un sensible renouvellement de
    l'iconographie.

  • La reine scélérate « Marie-Antoinette : Reine. Autrichienne. Épouse de Louis XVI. Joua à la bergère. Fut guillotinée. » Ces mots résument le savoir le plus commun porté par le nom de Marie-Antoinette : l'évidence de sa culpabilité ne fait qu'un avec celle de sa beauté.

    Chantal Thomas ne nous présente pas ici une biographie de Marie-Antoinette, mais, à partir d'innombrables pamphlets, l'étude d'un mythe, celui de la reine scélérate, de l'« architigresse d'Autriche », créé par les courants misogynes et xénophobes, qui transformèrent une jeune princesse en une prostituée, une nymphomane, un monstre.



    Chantal Thomas Elle a publié de nombreux essais sur Sade (Seuil et Rivages), Casanova (Denoël), Thomas Bernhard (Seuil). Elle a également écrit Comment supporter sa liberté (Rivages), un livre de nouvelles, La Vie réelle des petites filles (Gallimard), un roman, Les Adieux à la Reine (Seuil, prix Femina 2002) et un récit, Cafés de la mémoire (Seuil, 2008). Elle est actuellement directrice de recherches au CNRS.

  • Don Juan ou Pavlov, c'est d'abord le refus profond que la publicité soit réductible à une théorie, comme si la création publicitaire, faite de perpétuels jaillissements, pouvait résulter d'une équation. Mais c'est aussi la conviction que la publicité est communication et qu'il existe des règles pour bien communiquer. Celles-ci ont été formulées de façon exemplaire par Paul Watzlawick et le groupe de Palo Alto. Tout message comporte un contenu ; mais, en même temps, il modifie la relation qui unit les personnes qui communiquent. Le contenu est nécessaire, mais, sans une prise en compte de la relation, le message ne porte pas : cet enseignement est vital pour la publicité. Ce livre, devenu ouvrage de référence, met en avant une inventivité stratégique qui, fondée sur la recherche des différences, permet aux publicitaires d'être créatifs avant même de commencer à créer et, par là, de substituer au conditionnement l'aventure de la séduction. Claude Bonnange : Publicitaire, co-fondateur de l'agence internationale TBWA ; enseigne à l'Institut des sciences politiques ; président du CESP.

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