Charles-Arthur Boyer

  • Le corset au fil du temps se révèle tout à la fois l'élément de toute garde-robe le plus naturel, le plus voluptueux et le plus mystérieux d'entre tous. Présent tout à la fois dans le secret des boudoirs comme dans les loges de théâtre ou d'opéra, il n'a eu en effet de cesse que de souligner ou d'affiner, de magnifier ou de sublimer la silhouette de toutes les femmes à tous les instants de sa vie. Il est ainsi inséparable d'une histoire du goût, de la beauté et de l'élégance dont l'apogée sera celle d'un XIXe siècle en pleine renaissance politique, économique, sociale mais aussi vestimentaire, culturelle et picturale. Il devient alors un objet de désir et de convoitise, de séduction et de ravissement sans égal dont les plus grands artistes se feront l'écho, en particulier les peintres impressionnistes, d'Édouard Manet à Claude Monet, de Pierre Auguste Renoir à Berthe Morisot, d'Edgar Degas à Mary Cassatt.
    À travers un choix exceptionnel de peintures, de pastels, de dessins et de gravures des plus grandes figures de l'art de la seconde moitié du XIXe siècle, cet ouvrage vous dévoile pour la première fois leur regard délicat et sensible, intime et sensuel, sur cet objet de mode en tout point singulier qu'est le corset.

  • Le corset ne se résume pas à l'image que nous en avons aujourd'hui et qui provient directement de son usage au cours du xixe siècle : celle d'un dessous affinant la taille des femmes essentiellement. En fait le corset, présent dès l'Antiquité (période minéenne, vers 1700 av J.-C.), est un vêtement tantôt masculin tantôt féminin. Masculin, il est protecteur, à l'instar de l'armure d'où il pourrait tirer son origine, pour ensuite devenir pourpoint, puis gilet. Féminin, il est le plus souvent décoratif et joue un rôle d'accessoire vestimentaire ; on peut alors le rapprocher de tous les jeux de laçages, tressages, sangles, ceintures et noeuds qui ont émaillés l'histoire du costume. Réapparu à la Renaissance, la première grande période du corset parcoure le xvie et le xviie siècle européens.
    À l'instar d'un crayon et d'une gomme vestimentaire, il souligne ou reproportionne, affine ou gonfle, magnifie ou sublime ainsi les formes et les courbes vestimentaires comme corporelles selon les époques, mais surtout affirme un maintien, une droiture et une rigidité de la silhouette des femmes mais aussi des hommes (redingote, gilet du costume 3 pièces, veste des officiers militaires.). Il est ainsi inséparable d'une histoire de la beauté et du goût mais aussi des conventions sociales. Il faut attendre le xixe siècle pour qu'apparaisse tout à la fois un usage médical et une connotation plus sensuel/ sexuelle correspondant dans les deux cas à un passage du dessus au dessous du vêtement, et donc à un caractère intime, privé, caché, secret. Il devient alors objet de conquête et de convoitise, de séduction et de fantasme. Il disparaît après la Première Guerre mondiale pour réapparaître dans les années 1950 selon de nouvelles matières et de nouvelles formes (tissu élastique, guêpière, etc.), et atteindre une nouvelle apogée comme objet de mode dans le prêt-à-porter et la haute couture britannique et française des années 1980 à aujourd'hui.

  • Devant un champ obscur est le titre du livre en relation avec l'exposition à la galerie Les filles du calvaire durant le Mois de la Photo à Paris 2012 de deux nouvelles séries menées en parallèle par Corinne Mercadier. Solo et Black Screen se distinguent des oeuvres précédentes de l'artiste par le passage du Polaroid SX70 à la photographie numérique. Ces deux séries, ce faisant, s'inscrivent dans la continuité de l'oeuvre, dont rend compte la précédente monographie publiée chez Filigranes "Corinne Mercadier" en 2007 : on retrouve dans Solo les ciels sombres, la mise en scène, les personnages énigmatiques et les objets lancés. Mais les objets ont changé : grandes baguettes, pneus, ballons, lignes, délimitent des espaces qui évoquent un jeu dont les règles échappent. Objets et personnages, au premier plan le plus souvent de ce théâtre aux cintres obscurs, dansent, qu'ils soient immobiles ou en mouvement.
    Black Screen pourrait être le négatif de Solo : scènes que l'on découvre comme on ouvre une porte secrète en s'habituant au noir. Une pile d'assiettes, des planches, un lit irradient d'une luminosité extrême. Cette série était visible dans Dreaming Journal, publié par Filigranes en 1999. La facture photographique dans Black Screen sert de matière première à une image mentale.

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