Belles Lettres

  • À cent ans, Hubert Germain est l'un des quatre Compagnons de la Libération encore en vie. « Quand le dernier d'entre nous sera mort, la flamme s'éteindra. Mais il restera toujours des braises. Et il faut aujourd'hui en France des braises ardentes ! » C'est le message que veut laisser dans ce témoignage inédit, celui qui, à 19 ans, rallia la France libre dès les premiers jours. Lors de leur rencontre à Londres, le général de Gaulle lui dit simplement : « Je vais avoir besoin de vous. » Chevalier de la Légion d'Honneur à 21 ans, Compagnon de la libération deux ans plus tard - « Quand vous êtes reçu comme Compagnon, c'est comme si la foudre vous tombait dessus » -, il sera aussi maire, député puis ministre de Georges Pompidou. Légionnaire de la mythique 13e DBLE, il a combattu à Bir Hakeim, El Alamein, en Italie où il est blessé, puis durant toute la campagne de libération de la France. « Vous m'emmerdez avec Germain ! », rétorque le général de Gaulle alors qu'on le presse, vingt ans plus tard, d'écouter celui qu'on a envoyé rencontrer les émissaires des généraux putschistes d'Alger. Hubert Germain pardonne tout à celui qu'il considère comme son deuxième père.

  • Un « dialogue sur le destin » attribué à Bardesane (154-222), le « philosophe araméen », est connu depuis qu'Eusèbe de Césarée en a signalé l'existence, à la fin du troisième ou au début du quatrième siècle et en a cité plusieurs extraits. Ce n'est cependant qu'en 1855 que l'ouvrage deviendra accessible grâce à l'édition et à la traduction anglaise, procurées par William Cureton, d'un écrit syriaque intitulé Livre des lois des pays, un dialogue dont le principal interlocuteur est Bardesane et dans lequel on retrouve un parallèle étroit, sinon littéral, aux passages cités par Eusèbe. Depuis la publication de Cureton, le Livre des lois des pays, volontiers qualifié de chef-d'oeuvre et considéré comme « le plus ancien texte syriaque après la Bible » (Rubens Duval), n'a cessé de susciter la curiosité et l'intérêt des spécialistes de la langue syriaque et de la littérature chrétienne ancienne, comme des historiens de la pensée. Dans ce dialogue mettant en scène des disciples et un opposant, Bardesane aborde de façon magistrale un des thèmes centraux de la réflexion théologique et philosophique de tout temps, la relation entre la providence et la toute-puissance divines, la liberté humaine et les contraintes de la nature et du destin. La polémique que Bardesane oppose au déterminisme et au fatalisme astral se fonde en bonne partie sur l'exposé des nomima barbarika, c'est-à-dire des moeurs, coutumes ou lois des « barbares ». Le Livre des lois des pays offre la version la plus développée de cet argument ethnographique, qui consistait à tirer parti de la diversité régionale des « lois » pour réfuter les astrologues et dont on attribue la paternité à Carnéade.

  • Jamais dans l'histoire de l'humanité, les questions de santé, de sécurité, de sûreté des personnes et des biens, n'ont autant occupé les esprits et par voie de conséquences, préoccupé les responsables politiques. Il s'agit d'un de ces paradoxes qui surprennent les intelligences classiques. Car, les progrès dans ces domaines ont été considérables au cours du dernier siècle. Mais il est bien connu que plus on se sent en sécurité, plus on demande des mesures et plus encore des preuves. La France qui depuis des temps immémoriaux a été vue comme un modèle de référence, pour les autres pays des cinq continents, en raison de sa maîtrise des Arts, des Armes et des Lois, n'a plus la même confiance en elle. Elle est hésitante, partagée, en d'autres termes, incapable de dégager des consensus décisionnels minimum sur bien des sujets. Les actions manquent. On sait que lorsqu'un professeur n'a pas l'autorité suffisante, ses élèves chahutent, se dispersent et ne font rien de très bon. Ce modèle vaut pour la France d'aujourd'hui. Mais comme elle est juridicisée et administrée plus qu'aucun autre pays, sauf peut-être la Chine, les choses ne se perçoivent pas nettement. Si l'on voit des dangers partout et si on a peur de l'avenir, ce n'est généralement pas dit. La prudence de ses juristes et la richesse de sa langue ont en effet permis que la discussion soit enrobée de soie ou de chocolat. Un critère de raisonnement universel légitime l'expression de toutes les craintes. C'est le principe de précaution. Mais il n'est pas sans dangers. L'auteur propose des axes d'analyse et de réflexion, en jouant avec les mots d'aujourd'hui et d'hier. Il ne prétend pas exercer un magistère moral sur les lecteurs de ce livre. Il souhaite simplement les inviter à le suivre dans les coins et les recoins de ses nombreuses expériences, afin de mieux ordonner leur pensée. En parallèle à sa profession d'universitaire qui lui a permis de développer le modèle du droit du danger, Hubert Seillan a fondé les éditions Préventique. Ces deux carrières l'ont conduit à effectuer de nombreuses missions d'assistance et de conseil auprès des institutions internationales, des administrations, des collectivités et des entreprises.

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