Cassini

  • L'idée que comprendre permet de prévoir est une idée moderne. Elle est fondée sur la découverte, que le monde physique obéit à des lois (Galilée, et surtout Newton). Elle a mis fin à la pensée magique, et elle est à la base de la révolution scientifique et du monde moderne.

    Or nous assistons à la dissociation de ces deux choses. D'une part, on réalise par exemple que les lois mathématiques de certains phénomènes, mêmes parfaitement connues, sont si sensibles à la moindre imprécision dans les données que cela rend la prévision impossible en pratique. C'est le fameux « effet papillon » : un battement d'ailes à Rio pourrait être la cause d'une tornade au Texas.
    D'un autre côté, la puissance des big data rendrait inutile, selon certains essayistes et quelques scientifiques, le raisonnement théorique. On n'aurait plus besoin de comprendre les causalités puisque la corrélation suffirait. Un retour au Moyen Âge en somme, aux recettes qui ont marché, mais avec des données des millions de fois plus nombreuses.
    En termes économiques, on a découvert avec la révolution scientifique qu'une explication théorique coûtait moins cher que certaines observations : Newton avait prévu l'aplatissement de la Terre sans qu'on ait besoin d'aller voir aux pôles ;
    Aujourd'hui grâce à la rapidité des ordinateurs et des réseaux, les termes de la comparaison s'inversent.
    À ceci, Hubert Krivine répond notamment que les big data et l'intelligence artificielle qui se fonde sur elles sont conservatrices, et que si elles conviennent aux assureurs, elles ne peuvent pas prévoir des choses nouvelles et extraordinaires.
    Les ordinateurs composent aujourd'hui sur demande du Mozart ou des ballades celtiques, aucun n'invente de musique nouvelle. Ils conduisent des voitures, mais aucun n'explique le mystère de la « matière noire ».
    La machine peut aider l'homme, elle ne le remplacera pas.

  • Ce petit livre est destiné à un public large, aussi les mathématiques n'y sont-elles qu'exceptionnellement tolérées et toujours à titre facultatif. En précisant, quelquefois contre le bon sens, la notion de probabilité, il veut éviter au lecteur de se laisser piéger par des statistiques (fussent-elles correctes) « démontrant » des causalités imaginaires et souvent intéressées.
    Comme tous les événements sont réputés arriver soit par hasard, soit « pas par hasard », on comprend que rien ne saurait échapper à un prétendu « traité de hasardologie ». Voilà pourquoi, le lecteur trouvera pêle-mêle des considérations sur l'astrologie, la mécanique quantique, les scores du football et les blagues de Coluche.

  • Comme tous les événements sont réputés arriver soit par hasard, soit « pas par hasard », on comprend que rien ne saurait échapper à un prétendu « traité de hasardologie ». Voilà pourquoi, le lecteur trouvera ici pêle-mêle des considérations sur l'astrologie, la mécanique quantique, les scores du football et les blagues de Coluche.
    Ce "traité" relie des idées élémentaires et intuitives à des connaissances plus savantes dispersées dans bien des livres, mais rarement réunies dans un ouvrage de vulgarisation. Puisqu'il s'adresse à un large public, les mathématiques n'y sont qu'exceptionnellement tolérées et toujours à titre facultatif.

  • En prenant comme exemple l'histoire de l'hypothèse atomique, les auteurs veulent montrer dans ce livre comment se règlent les controverses scientifiques et comment s'établit une vérité scientifique admise par tous.
    Ils s'opposent au relativisme de certains milieux non scientifiques, selon lesquels la science ne serait qu'une « narration du monde » parmi d'autres, propre à une société et une époque données, une construction sociale dont les prétentions à l'objectivité seraient abusives et où - comme ailleurs - le consensus ne serait que le résultat de rapports de force.
    Pour démontrer l'inanité de cette conception, les auteurs ont choisi de relater l'histoire de l'atomisme, 25 siècles de controverses, de théories et d'expériences, d'une façon qui permet au lecteur de se mettre à la place des uns et des autres.
    Le récit court ainsi des premiers atomistes dans l'Antiquité grecque jusqu'à la preuve définitive de l'existence des atomes par Einstein et Jean Perrin, au début du XXe siècle.
    Le détail de cette histoire montre bien que ce qui convainc l'ensemble des scientifiques de se rallier à une théorie, ce n'est jamais un fait isolé, mais bien plutôt la façon dont le fait nouveau s'insère dans le réseau très serré, très imbriqué, de tous les faits scientifiques déjà connus, et dont il explique en même temps qu'il les relie des phénomènes jusque là sans relation.

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