Les Indes Savantes

  • Schneider était l'une des plus grandes firmes françaises. Scruter ses activités, sa stratégie et sa gestion pendant le conflit est un levier pour la compréhension des enjeux des batailles technologiques, industrielles, humaines et financières. Un fort esprit d'entreprise explique des percées technologiques et des investissements en nouvelles usines à travers le pays (Bourgogne, Normandie, Gironde). Schneider est aussi fortement impliquée dans la coopération interalliée et en Russie. Elle incarne donc à la fois la puissance du patriotisme économique et une histoire internationalisée ou « connectée ».

  • La biographie passionnée écrite par Hubert Gerbeau quelques semaines après l'assassinat de Martin Luther King est republiée ici sans changements : elle n'aura peut-être pas la précision d'ouvrages plus récents, mais sa richesse réside dans la passion de l'histoire immédiate de l'auteur, qui enseignait à l'Institute for American Universities au moment de l'assassinat de Martin Luther King. Étude et texte de conviction tout à la fois, cet ouvrage avait connu en 1968 un succès important. Il témoigne de l'émotion suscitée à l'époque par le meurtre du plus jeune Prix Nobel.

  • Les historiens mobilisés dans cet ouvrage collectif procurent des faits et des analyses qui viennent utilement compléter les études déjà disponibles. Les chapitres approfondissent tel ou tel parcours de Français partis exercer des responsabilités dans l'outre-mer colonial ; ils scrutent les mentalités et pratiques. D'autres sont plutôt synthétiques dans leur champ de réflexion et jaugent les processus qui ont permis de fournir les cadres de l'expansion et de la « mise en valeur » coloniale. Des chapitres vont jusqu'au temps présent, grâce à des cas d'étude consacrés au monde de l'entreprise dans des pays devenus indépendants mais ayant besoin d'investisseurs et de manageurs. Ce livre met en valeur les méthodes d'analyse des historiens des outre-mers, confronte des pistes analytiques et thématiques et met en valeur l'historiographie en marche.

  • Comment un petit territoire s'est-il construit sa propre histoire ? Des historiens se sont spécialisés dans cette histoire de Mayotte et de son environnement, de l'océan Indien à la côte orientale de l'Afrique. L'Histoire doit donc nourrir des réflexions sur l'identité historique de Mayotte, sur ses caractéristiques propres par rapport à La Réunion ou Maurice, par exemple. On ne peut que songer à la notion de "modèle".
    Est-ce que Mayotte va être capable de concevoir sa propre stratégie de développement et d'intégration, de mettre à jour sa propre "philosophie" sociétale, en vue de cimenter la cohésion de sa société, et de faire mûrir un champ culturel varié, "exotique" donc original, par rapport à l'américanisation ambiante des codes culturels ou à un risque de "métropolisation" ? Des îles (ou archipels) peuvent être érigées en "modèle" : le modèle cubain tout d'abord (communisme), bien sûr, le modèle Fidji (instabilité et incertitude), le modèle Maurice (démocratie, pluralisme ethnique et esprit d'entreprise), le modèle Seychelles-Sainte-Barthélémy (terrain de loisirs pour bourgeoisies moyenne et supérieure), le modèle Jersey-Guernesey-Bahamas (off-shore financier et fiscal), etc.
    D'autres îles-archipels français (Guadeloupe, Martinique, Réunion) peuvent bien sûr eux aussi nourrir le débat, sauf à parler de "contremodèle" à leur propos (dépendance vis-à-vis des subsides de la Métropole, inégalités fortes, urbanisation et déclin d'une économie rurale autonome, etc.).

  • Après avoir lu le manuscrit du roman La Négresse de paradis, J M G Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008, a écrit à l'auteur : " Le thème de l'esclavage est crucial, et vous le traitez avec originalité (...). L'alternance des voix donne une force musicale à votre livre, dont j'aime aussi la langue puissante et inventive. Par instants l'on se sent transporté au théâtre. (...) J'attends avec impatience de lire la suite de ce que vous écrirez ". Ce roman de cruauté, d'amour et d'aventures a pour cadre l'île Bourbon du XVIIIe siècle. Le point de départ en est le carnet secret et la chronique officielle rédigés par un Lazariste. Seuls quelques lambeaux de ces documents, conservés dans un grenier de Bourbon, ont été retrouvés. Ils figurent ici, en contrepoint de l'histoire du Conseiller de Fontpuisaye qui vit en famille sur une plantation cultivée par des esclaves que Puy Cochon, un jeune régisseur, est chargé de faire travailler. Dans les hauteurs de l'île sont fixés des marrons, esclaves révoltés qui, lors de leurs contacts avec les habitants de la plantation, terrifient les uns, fascinent les autres. Le titre du roman rend hommage à la beauté d'une somptueuse enfant livrée aux caprices de l'adolescence, le temps de devenir adulte. Comme un oiseau de paradis, elle promène son insolence parmi ceux de son monde et ceux du monde qui lui est interdit. Oiseau parmi les habitants d'un paradis insulaire que les premiers Européens qui y abordèrent aimèrent tant qu'ils le baptisèrent Isle d'Eden. Recruté, l'année de ses vingt ans, dans la Mission d'Étude et d'Aménagement du Niger, H Gerbeau a, depuis cette époque, consacré l'essentiel de ses travaux à l'esclavage et à ses suites. Poète et romancier, il est aussi universitaire, agrégé d'histoire et docteur d'État. Le Comité pour la Mémoire de l'Esclavage, présidé par Maryse Condé, lui a attribué à l'unanimité le prix 2005 pour sa thèse intitulée L'esclavage et son ombre. L'île Bourbon aux XIXe et XXe siècles.

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