Noir Sur Blanc

  • « La solitude ne m'est pas étrangère. La solitude, c'est moi », dit Bruno Stressmeyer, le protagoniste de ce court et dense roman sur l'Occident contemporain.   À Vienne, de nos jours, un homme que la possession de plusieurs appartements dispense de travailler, fait le choix d'être seul, de ne rien partager avec quiconque. Il est atrabilaire, s'observe sans arrêt, émet sur les autres les jugements les plus mesquins qu'on puisse imaginer (le récit est à la première personne). Pour réduire les contacts avec ses semblables, il commande tout par Internet. Mais il lui faut parfois prendre le train, aller au restaurant, se frotter à d'autres gens qu'il juge et qu'il déteste en bloc. Bien que son frère lui manque, il refuse de le voir depuis qu'il s'est marié avec une femme de confession juive.   Reste son médecin, chez lequel son hypocondrie le conduit sans arrêt, et une aventure de vacances, une femme qu'il a connue en Croatie et à laquelle il pense quelquefois. Bruno pourrait vivre à Paris, à Londres ou à Berlin...   Quoique haineux, le regard qu'il porte sur le monde et les gens n'en révèle pas moins certains aspects de notre modernité : c'est ici la ruse du romancier, dont l'ironie tendre se communique au lecteur.

  • Les mémoires d'Hubert Masarik, haut fonctionnaire et diplomate tchèque, couvrent toute la période
    de l'entre -deux-guerres, depuis l'effondrement de l'Empire austro -hongrois et la création de l'État
    tchécoslovaque, jusqu'à l'écrasement de la résistance tchèque par l'occupant nazi en 1941.
    Représentant discret d'un pays menacé, le jeune attaché d'ambassade est animé par le désir de
    comprendre ; il observe, il écoute et, de préférence, il fréquente ses homologues de pays ennemis.
    A Prague, d'abord, il fait l'apprentissage de la politique intérieure, se passionnant pour la question
    des minorités, au premier rang desquelles les Allemands, qui forment un tiers de la populatio n.
    Nommé ensuite à Bruxelles, il y jugera de l'inutilité des alliances en fanfares : quels que soient les
    discours de ses représentants à Genève, jamais une grande puissance n'ira contre son intérêt, tant
    commercial que territorial. Envoyé à Sofia, Masarik observe la modification de toute l'Europe
    centrale sous l'effet de l'hitlérisme. Les signes funestes se multiplient, les digues cèdent les unes
    après les autres. La crise des Sudètes, Munich et l'Anschluss, cette Histoire que nous connaissions
    d'un point de vue français, il nous est donné de la redécouvrir sous un jour nouveau : le point
    d'observation n'est plus le même, la lumière change avec la perspective. Masarik fut l'un des deux
    diplomates tchèques présents à la signature des Accords de Munich, le 30 septembre 1938. La
    période qui s'ensuivit à Prague est largement méconnue : le Protectorat de Bohéme -Moravie, où le
    pouvoir fantoche mis en place par les Allemands était également aux commandes de la résistance
    tchèque.
    S'il nous fait pénétrer dans les coulisses et les couloirs de la grande Histoire, le texte de Masarik
    présente aussi une passionnante galerie de portraits, depuis le président tchécoslovaque Edouard
    Benes, compagnon d'exil à Londres du Général de Gaulle, jusqu'au nonce Angelo Giuseppe Ronca lli,
    futur pape Jean XXIII, en passant par le jeune Hubert Beuve -Méry, qui sera le fondateur du
    quotidien « Le Monde ». Se défiant toujours de l'illusion rétrospective, Masarik confronte ce qu'il sait
    au moment d'écrire, dans les années soixante, avec ce qu'il confiait alors à son journal intime ou les
    articles, très nombreux, qu'il envoyait sous couvert de pseudonymes à différents journaux de
    Prague.

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