Perrin

  • Depuis sa naissance, « l'armée a été, pour les Italiens, l'interprète d'un sentiment national commun, facteur de cohésion et exemple permanent d'une détermination tenace et généreuse ». C'est ainsi que, dans son discours aux soldats du 4 mai 2011 à Turin, le président de la République italienne, Giorgio Napoletano, soulignait la connexion du fait militaire et du fait politique dans le processus de nation building que son pays avait connu depuis cent cinquante ans. La création de l'armée, le 4 mai 1861, est en effet contemporaine de l'unification du pays sous la férule du Piémont et la proclamation du royaume d'Italie, le 17 mars.
    Un peu plus de cent cinquante ans plus tard, les forces armées sont déployées dans les Balkans, au Proche- et au Moyen-Orient, en Asie centrale, en Afrique du Nord, centrale et orientale, dans l'espace méditerranéen. Elles ont su surmonter une kyrielle de guerres éprouvantes - nationales, coloniales, mondiales, civiles... Elles ont également dû s'adapter à la monarchie, au fascisme et à la République, après avoir subi des défaites et des débâcles importantes, mais aussi remporté des victoires.
    S'appuyant sur une vaste bibliographie d'origine et sur une quantité considérable d'archives civiles et militaires, l'auteur décrit dans le détail la montée en puissance de l'armée italienne par étapes successives, et montre comment et à quel point elle incarne depuis sa création les vicissitudes de l'histoire de l'Italie - jusqu'à faire corps avec elle. Un livre magistral.

  • La mémoire des Kawer

    Hubert Cavert

    • Perrin
    • 9 Février 2017

    Herbert Kawer a 11 ans lorsqu'il quitte Vienne en train, seul, pour rejoindre son père à Bordeaux. Juif, ce dernier s'était réfugié en France suite à l'Anschluss avant d'être finalement déporté. Le petit Herbert ne le reverra jamais, pas plus que sa mère partie refaire sa vie en Angleterre. Passant entre les mailles du filet, par chance, Herbert est tour à tour recueilli par le proviseur de son école puis pris en charge par un réseau de résistance et confié aux bons soins de Marinette Brugat (appelée Marraine) et Palmire une réfugiée espagnole avec laquelle elle vit. Herbert, désormais prénommé Hubert, entamera donc sa nouvelle vie à Pia, dans les Pyrénées-Orientales.

    Hubert Cavert a toujours tu son histoire et celle de sa famille. Ce n'est qu'à "la veille" de sa mort qu'il confie un manuscrit à ses enfants. Dépassant son parcours personnel, il retrace l'histoire de la famille Kawer (Cavert) de 1866 - époque bénie où Joseph II avait fait des juifs et des chrétiens des citoyens égaux - à 1945. On voit les us et coutumes évoluer, le temps s'écouler avec fracas. On suit l'Histoire à sa marge à travers ce petit garçon qui emporte avec lui son héritage. Adulte, son message est simple : « Comme vous le savez, j'ai épousé Edith le 15 avril 1958. Nous avons fondé une famille dont nous sommes fiers. Bêtement fiers. Nous sommes heureux. Soyez-le aussi ».

    Un récit/témoignage d'une incroyable force, mêlant inextricablement grande et petite histoire qui répond à la question justement explicitée par Olivier Wieviorka dans son avant-propos : "Les hommes sont-ils les acteurs ou les victimes de l'histoire - de leur histoire ?" "Cette voix qui nous vient du passé permet [...] de saisir, au ras des tourmentes, la destinée de bien des familles juives de la vieille Europe."

  • A l'automne 1940, les Tsiganes de France furent rassemblés pour être transférés dans une trentaine de camps gérés par Vichy. Ces Français de souche parfois ancienne (certains sont arrivés au xve siècle), quelquefois sédentaires mais le plus souvent nomades, étaient fichés depuis 1912 et tenus par la loi de faire valider leurs " carnets anthropométriques " auprès des gendarmeries : des fichages préalables qui facilitèrent leur internement. Ainsi le sort des Tsiganes en France fut particulier, différent de celui qui fut fait aux Juifs déportés dans les camps de concentration et d'extermination et aux Tsiganes d'Europe. En mettant en lumière cette page ignorée de notre histoire, Marie-Christine Hubert et Emmanuel Filhol ont réalisé ici un travail inédit, souvent émouvant, grâce aux témoignages qu'ils ont retrouvés dans les archives, mais aussi auprès de survivants. Cette histoire tragique croise celle de la Seconde Guerre mondiale avec son cortège d'horreurs - abandonnés dans leurs camps, les Tsiganes vont vivre dans des conditions misérables et ne seront libérés qu'en 1946 -, mais elle puise aussi ses sources aux fondements de la Troisième République : une république fortement attachée à façonner un citoyen français à ses normes - laïc, sédentaire, éduqué - aux antipodes d'une culture orale, nomade, et... différente.

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