Presses universitaires de Provence

  • Plus de deux décennies après sa mort, Bernard-Marie Koltès continue d'inspirer les metteurs en scène, les comédiens et les universitaires, en France comme à l'étranger. Cette reconnaissance repose pour une large part sur l'équilibre que son oeuvre ménage entre une certaine tradition théâtrale et littéraire, et un goût de l'expérimentation confirmé par les nombreux voyages et par les multiples rencontres, fugitives et intenses, qui ont émaillé sa vie. Un équilibre entre érudition et liberté auquel l'éducation jésuite qu'il a reçue au Collège Saint-Clément de Metz n'est sans doute pas étrangère. Cette écriture est étudiée selon deux grands axes, la dramaturgie et l'intertextualité, par des spécialistes reconnus du théâtre et de la linguistique, et par de jeunes chercheurs dont le regard neuf stimule la lecture d'une oeuvre passionnante.

  • Du roman au théâtre : avec le temps, les écrits de Jean Genet deviennent de plus en plus théâtraux, les dialogues, presque totalement absents dans son premier roman, prennent de la vigueur au point de réduire la narration aux didascalies. Il réécrit sans cesse ses textes. Mais Genet devient un « poète de la scène » plus qu'un simple dramaturge, il fait voler en éclats la scène traditionnelle et, à travers une utilisation particulière du langage, son théâtre devient une machine de guerre contre le théâtre institutionnel. Ce poète est également un engagé éthique, prenant parti pour la cause palestinienne. Toujours sous le contrôle de son créateur, cette oeuvre en perpétuel remaniement, tout à la fois autobiographique et politique, interpelle au plus intime d'eux-mêmes lecteurs et spectateurs par la force subversive que, dans ses éclats lyriques, elle met en jeu.

  • Dans la production théâtrale actuelle, la référence médiévale est très présente comme si les siècles médiévaux constituaient une sorte de réservoir de scénarios, de figures, d' images, qui ne cessent d' être revisités à la faveur de multiples réappropriations. L' importance quantitative d' un corpus théâtral à sujet ou à référence médiévale depuis le début du XXe siècle repose sur une sorte de paradoxe, celui de la quasi absence de pièces du répertoire proprement médiéval sur la scène vivante. Ce point est interrogé ici dans la mesure où le Moyen Âge a souvent accompagné un certain développement dramaturgique, donnant aux dramaturges des sujets différents de ceux de la scène classique, permettant des expérimentations d' écriture ou de mise en scène. Ce volume traite des enjeux et des modalités, des raisons et des limites d' une telle représentation du « médiéval » sur la scène contemporaine : pourquoi ce choix et comment le concrétiser, à quel moment se produit-il dans l' oeuvre d' un dramaturge, dans quel but, et avec quel succès ? Les sujets et les résurgences médiévales émargent, en effet, à tous les registres - religieux, comique, historique -, ils nourrissent la satire, se concilient avec le burlesque comme avec le pathétique, le sérieux ou la dérision. Ils traversent aussi différents genres : le romanesque médiéval prête volontiers ses héros à la dramaturgie moderne, la poésie médiévale génère mise en voix et en espace. Fonctionnant comme métaphores de notre temps, ces pièces, en outre, prennent volontiers une coloration politique et servent à questionner les conflits et les impasses du monde d'aujourd'hui.

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