Presses universitaires de Rennes

  • Un mémorialiste villageois : en soi, le phénomène est rare. Né en 1741, sous Louis xv, et mort en 1820, donc sous la Restauration, Louis Simon vécut toute sa vie dans un village du Maine, où il était étaminier, c'est-à-dire tisserand de laine fine, et chantre-sacristain. En 1809, il entreprend d'écrire ses souvenirs de jeunesse. Et son récit n'est pas un plat recueil de généralités ordinaires. C'est une plongée dans les mentalités de la seconde moitié du xviiie siècle, une approche de l'intimité, une découverte de ce qui ne se dit ni ne s'écrit dans les archives auxquelles les historiens ont en général accès. Une large part de son manuscrit est en effet consacrée à « la grande affaire de sa vie », son histoire d'amour avec Nannon Chapeau. Le reste conte l'éphémère escapade qui en 1763 l'amena à Paris et à Versailles, évoque la Révolution au village et l'épouvante face aux chouans, récapitule les nouveautés apparues durant sa vie, dispense des conseils pour mieux vivre... Au fil de la plume de Louis Simon, on entend la voix directe d'un homme du peuple. Ses pages lumineuses sont une pépite parmi les écrits du for privé, un document d'une valeur inestimable pour les chercheurs, mais aussi un texte qui parle à tout curieux d'histoire et d'humanité. Initialement publié et analysé en 1984 et 1996 par Anne Fillon (1931-2012), professeure à l'Université du Maine, ce texte extraordinaire est ici réédité au plus proche de sa version originale, éclairé de notes et d'une introduction inédites et enrichi de documents complémentaires eux aussi largement inédits.

  • René-Pierre Nepveu est un chanoine bien ordinaire d'une ville de province, elle aussi représentative, durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. À l'âge de 26 ans, il naît à la fois à la vie capitulaire et à l'écriture : intronisé chanoine de la cathédrale du Mans, il entreprend un journal qui ne s'arrêtera qu'à l'extrême fin de sa vie. Héros obscur par excellence, il y parle peu de lui-même mais note ce qu'il observe et entend : cérémonies, mondanités, exécutions publiques, rumeurs ou ragots, la vie qui va dans son chapitre, sa ville et sa province... Du coeur du Mans à sa « campagne » de la Manouillère, on rencontre sous sa plume évêques, dignes confrères et vénérables curés, aussi bien que les élites locales, belles dames d'esprit, magistrats en robes rouges ou négociants enrichis. Quand la Révolution vient dérégler sa vie douillette, le journal passe de l'ironie à la peur et dit les bouleversements survenus, les émotions du « mauvais peuple », les cachettes, la prison.Puis viennent l'apaisement et la réconciliation, en même temps que la vieillesse. Véritable chronique urbaine et ecclésiale, ces pages fourmillent de détails insolites et offrent une inégalable base de données avant la lettre sur la société du temps.

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