Corps 16

  • Cette aveuglante absence de lumière. «Longtemps j'ai cherché la pierre noire qui purifie l'âme de la mort. Quand je dis longtemps, je pense à un puits sans fond, à un tunnel creusé avec mes doigts, avec mes dents, dans l'espoir têtu d'apercevoir, ne serait-ce qu'une minute, une longue et éternelle minute, un rayon de lumière, une étincelle qui s'imprimerait au fond de mon oeil, que mes entrailles garderaient, protégée comme un secret. Elle serait là, habiterait ma poitrine et nourrirait l'infini de mes nuits, là, dans cette tombe, au fond de la terre humide, sentant l'homme vidé de son humanité à coups de pelle lui arrachant la peau, lui retirant le regard, la voix et la raison.» Tahar Ben Jelloun Ce roman est tiré de faits réels et inspiré par le témoignage d'un ancien détenu du bagne de Tazmamart.

  • Un homme contrarié quitte marrakech et part à naples, fuyant un désastre conjugal et une vie étroite.
    Sur place, il découvre un bâtiment extraordinaire et délabré : l'auberge des pauvres, édifiée jadis par charles iii soucieux de se faire pardonner la munificence de son propre palais. c'est dans ces souterrains obscurs qu'il découvre une vieille femme, saisissante matrone fellinienne. autour d'elle gravite tout un petit peuple de personnages meurtris par la vie, dont les histoires vont s'entremêler et mystérieusement se rejoindre.

    Plusieurs femmes emblématiques, rêvées ou réelles, habitent cet extraordinaire roman, au centre duquel s'expriment la quête de l'amour, la passion perdue et la compassion espérée.

  • "mais étais-je amoureux de wahida ou de la femme, de toutes les femmes ? je n'avais éprouvé de tels sentiments depuis des années. aimer doucement, comme si on passait d'un rêve à un autre rêve, attendre la naissance du désir, le voir grandir, lui résister, puis succomber. je voulais vivre une histoire aussi complexe, aussi folles que la ville. si j'avais rencontré wahila à casablanca, dans le hall d'un grand hôtel ou sur la banquette d'un bar du port, je l'aurais choisie pour une nuit puis, le matin, comme la plupart de ces hommes de passage, j'aurais glissé dans son sac quelques billets de cent dirhams et je ne l'aurais jamais revue. mais cela, je ne l'avais pas fait. naples m'a incité à aller à contre-courant des événements habituels."

  • Je me souviens de fattouma, une femme de tafilalet à la peau presque noire, elle pleurait parce qu'en voulant empêcher son mari d'aller avec d'autres femmes, elle s'était trompée de poudre et l'avait rendu impuissant.
    Une autre a rendu fou le sien et n'arrivait plus à retrouver le charlatan qui lui avait donné des herbes à faire avaler à son homme. j'ai remarqué que celles qui ne disent rien sont celles qui trompent leur mari et multiplient les amants. celles qui n'osent pas franchir le pas de la trahison pleurent, se plaignent et finissent par être pathétiques. "

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