Vidiadhar Surajprasad Naipaul

  • "Nous n'en avons jamais fini avec le chagrin. Il attend toujours de nous tomber dessus. L'amour rend les souvenirs et l'existence précieux ; le chagrin qui nous envahit est à la mesure de cet amour et il est impossible d'y échapper".

  • Mohun Biswas appartient à une colonie misérable d'hindous exilés dans l'île de la Trinité, possession anglaise, où la misère, l'ignorance, les lois d'une religion ancestrale mènent le destin de chacun. Mais ce petit homme malingre et volontaire qui sent obscurément la nécessité de livrer un combat, fût-il sans espoir, va tendre les efforts de sa courte existence pour échapper au maléfice initial. Il apprend à lire, écrire. Il épouse Shama, de la vorace et grouillante lignée des Tulsi. Quatre enfants naissent. L'ambition de Mr Biswas est de s'arracher, lui-même et sa famille, à la tyrannie oppressante des Tulsi, qui forment une sorte de tribu tentaculaire, attachée aux préjugés de caste, méprisant le petit homme courageux qui cherche à imposer son individualité. Avant tout, il veut acquérir une maison qui abritera Shama et ses enfants. Au prix d'efforts et d'humiliations sans nom, il finit par se faire construire une masure. Et c'est alors qu'il meurt, âgé de quarante-six ans.

  • Pour l'étranger qui passe en voiture, Miguel Street n'est que l'image sordide de l'un des innombrables quartiers miséreux de Port of Spain, île de la Trinité, entre les années 1939 et 1947.

    Mais pour ceux qui y vivent, c'est un monde plein de ressources, brillant, coloré, unique ; un univers où toutes les excentricités sont possibles. L'étrangeté des personnages, leur tristesse, leur folie, leurs comportements comiques, leurs mésaventures, tout ceci nous est conté avec humour, et partout transparaît une étrange bonhomie qui mous fait apprécier les faits divers de Miguel Street.

  • La Moitié d'une vie (Half a Life, 2001), traduit pour la première fois en France en 2002, relate la vie de Willie Somerset Chandran, fils d'un brahmane révolté contre le système des castes. Willie quitte l'Inde et sa hiérarchie sociale hermétique pour l'Angleterre. Londres, qu'il croyait être « une féerie de splendeur », le déçoit ; le charme des mondanités et ses premiers succès auprès des femmes ne suffisent pas à lui faire oublier qu'en Angleterre, comme en Inde, il n'est membre d'aucune caste. Ana, jeune métisse dont il tombe amoureux, l'entraîne dans son pays d'origine, une colonie portugaise d'Afrique. Il y découvre l'arrogance des colons, assiste aux premières rébellions des Africains et comprend qu'il risque de ne pas mener sa propre vie, mais « sa vie à elle. » Willie s'abandonnera-t-il à son destin en Afrique ? Fuira-t-il encore une fois ?

    Le départ d'un pays colonisé, l'arrivée dans une métropole occidentale, les révoltes contre les empires européens, le déracinement, la solitude sont les grands thèmes de l'oeuvre de Naipaul. Les voici réunis dans un seul livre, exploré par un des ses héros archétypiques : un homme chez qui l'enthousiasme du départ laisse place à la déception de l'arrivée, puis finalement se contente de l'amertume de l'exil.

    Ce livre paraît concomitamment avec Les Hommes de paille (Les Cahiers rouges).

  • Les Hommes de paille raconte la carrière politique de Ralph Singh, le narrateur de ce roman. Après des études en Angleterre, le héros revient dans sa terre natale, une île des Caraïbes et colonie anglaise inventée par Naipaul, non sans avoir pensé à sa propre île de naissance (Trinidad-et-Tobago). Singh y fait fortune. Avec cet argent, il fonde un parti politique socialiste, défenseur des droits des colonisés contre la domination britannique. Il remporte les élections et pense pouvoir corriger les injustices faites à son peuple ; mais l'ego des uns et l'ambition des autres le ramènent aux douloureuses réalités de la politique : jalousies, calomnies, trahisons, complots, et même, une jacquerie. Pour avoir des idéaux, Ralph Singh est aussi un ambitieux. Il est prêt à affronter ses ennemis. Gagnera-t-il sa dernière bataille ? Le portrait d'un arriviste flamboyant, d'un stratège de génie aussi irritant qu'attachant. Ce livre paraît concomitamment avec La Moitié d'une vie (Les Cahiers rouges).

  • L'Enigme de l'arrivée est un des plus grands romans autobiographiques de V.S. Naipaul (prix Nobel de littérature 2001). Il raconte son arrivée dans le Wiltshire à la fin des années 1960. Après dix années de périgrinations à travers le monde, l'écrivain cherche l'apaisement. Le récit oscille entre descriptions et remémorations, paysage intérieur et paysage extérieur, le moi et les autres. Sage spectateur de la vie des habitants du hameau, il absorbe leurs faits et gestes pour en faire l'« impulsion » de son récit ; impulsion lui permettant de revenir sur son passé, son départ de Trinidad et son arrivée à Londres. Dans le calme d'un manoir qui est l'anglicité même, un écrivain appelle à lui ses souvenirs cosmopolites : « Avec ce livre, je voulais célébrer mon bonheur. »

  • « L'Islam revenait très souvent à la une de l'actualité à l'époque où parut Crépuscule sur l'Islam - on aurait même pu croire que j'avais écrit cet essai pour capitaliser sur l'atmosphère et les remous de l'époque, et le livre fit beaucoup parler de lui, pas toujours en bien. Au cours des années qui suivirent, cet accueil critique m'incita à réévaluer ce que j'avais écrit.
    Jusqu'au bout de la foi est le fruit de cette révision. Il m'apparut que je n'avais pas pris assez de distance avec le matériau à l'origine de ce premier livre, que je l'avais par trop tenu pour acquis. Il m'apparut qu'il y avait là matière à s'interroger, comme ce dut sans doute être le cas dans le monde classique à l'époque où celui-ci fut supplanté par ce phénomène inconnu qu'était alors le christianisme. De nombreux ouvrages avaient été écrits sur cette transition, et ce dont j'étais témoin, me semblait-il, méritait plus ample réflexion. Au lieu de le tenir pour un fait acquis, il me fallait considérer l'effet que pouvait avoir sur les individus la mise à mal ou le renversement de leur culture. Ainsi ce livre a-t-il pour thème l'histoire d'individus pris dans la déferlante de changements historiques.
    Jusqu'au bout de la foi est donc, en toute logique, la suite de ce précédent essai. L'avenir est contenu dans le passé, et la douleur du second livre est contenue dans le premier. »

  • « Ce livre fut, à tous les titres, un grand voyage d'exploration.Je ne connaissais de l'Islam que ce que j'avais pu voir, enfant, dans le petit village de campagne de Trinidad où je vivais.
    Or je n'avais vu, à l'époque que l'aspect le plus extérieur des choses. Ce livre est le récit non seulement de mes voyages, mais de la façon dont mes connaissances se sont approfondies. Ce livre raconte les circonstances dans lesquelles il a été entrepris, et voudrait entraîner le lecteur dans les traces de l'écrivain. Ce livre ne commence pas par le savoir. »

  • « Je n'ai pas de passé qui me soit accessible, de passé que je puisse pénétrer et contempler ; et je souffre de ce manque. » Ainsi parle, comme à son habitude, Sir Vidiadhar Surajprasad Naipaul, Booker Prize en 1971, Prix Nobel de littérature trente ans après, génial, misanthrope et parfois mondain, contempteur des facilités du post-colonialisme, mué en Cassandre réactionnaire dans son cottage du Wiltshire. « Le monde est ce qu'il est ; ceux qui ne sont rien ou ne cherchent pas à devenir quelqu'un n'y ont pas leur place » écrivait-il dans A la courbe du fleuve.
    Dans cet essai inédit en français, qui est en fait un collage de plusieurs essais, de l'Angleterre à l'Inde, de la naissance à la vie adulte, de l'innocence à la désillusion, de la pauvreté à la fortune, Sir Vidia promène son regard terriblement lucide, et fait une fois encore le professeur d'écriture et de vie. Son école ? C'est la rue devant la maison de sa grand-mère, le trottoir, les pauvres, les indiens déracinés, minorité à l'intérieur de la minorité, déchus parmi les déchus : « Ce sont eux qui m'offrirent mon premier livre ». Il écrit sur le vif, à vif. Sur Derek Walcott, l'autre poète des Caraïbes, sur l'Angleterre aristocratique d'Anthony Powell (« l'échec est retentissant » dit-il, ingrat car le grand écrivain avait salué son premier roman !), sur Flaubert, l'énervant et superbe Sir Vidia écrit ici des phrases définitives. Tantôt d'une modestie ombreuse, tantôt d'un orgueil blessé, hors de son « Inde paysanne transplantée », il cogne et s'agace. La fin de ce livre polémique met en cause l'Inde de Ghandi, « ce petit homme émacié », et après : « l'Inde est dure et matérialiste. » A dix-sept ans, dans sa correspondance avec ce père si présent et absent, il ne disait pas grand-chose d'autre. Sir Vidia visait déjà juste, ce que le présent essai confirme, dans un style altier et élégant.

  • An astonishingly prescient, beautifully written and deeply humane new work of non-fiction from one of our greatest living writers.

  • Romancier trinidadien, Vidiadhar Suprajasad Naipaul reçut l'éducation poussée qui convenait à sa caste de brahmane à Queens Royal Collège puis à l'université d'Oxford. Il s'établit alors en Angleterre, écrivit pour le New Statesman et dirigea le programme Voix de la Caraïbe à la B.B.C. avant de devenir écrivain de profession. En l'absence d'une tradition littéraire propre à la Caraïbe dont le public restreint ne pouvait lui suffire, il visa une audience internationale et s'efforça de créer un univers romanesque pour évoquer une société qu'il percevait comme chaotique et changeante. Il explique ses théories dans cet entretien sur l'avenir du roman. Le texte est suivi d'un essai sur les métis de la littérature (V.S. Naipaul, Salman Rushdie, Vikram Seth, Hanif Kureishi, Michael Ondaatje, Amitav Ghosh,...) et d'une brève biographie de V. S. Naipaul.

  • Comment Vidia Surajprasad Naipaul était-il à 17 ans ? On découvrira ce Vidia juvénile, pas encore le Nobel Sir Vidia, dans ce livre émouvant. Au début de cette correspondance inédite, Vidia surnommé Vido a 17 ans : fils d'un journaliste au quotidien The Trinidad Guardian, l'adolescent a déjà, et c'est incroyable, le regard critique qu'il conservera toute sa vie. Ne dit-il pas à sa soeur en 1949 à propos de l'Inde : « Un pays lamentable, plein d'une pompeuse médiocrité, sans avenir » ? Ou de sa vie d'étudiant boursier à Oxford, le futur « travel-writer » fanatique de la vérité, ne dit-il pas aussi :  « L'intellectualisme n'est que fainéantise élégante. C'est pourquoi je m'attends soit à une réussite soit à un échec sans précédent. Je grille de voir la vie d'un peu plus près. » ? Son père lui prodigue conseils pratiques, amoureux, familiaux, et surtout, une leçon de littérature : « Maintiens ton axe ». En 1953, Vidia, l'exilé, apprend la mort de son père d'une crise cardiaque. Il sait qu'il a une dette envers lui. Le fils passera sa vie à montrer aux siens qu'il a maintenu son axe : devenir un écrivain.

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