Arlea

  • La maison de Bretagne

    Marie Sizun

    Décidée à vendre la maison du Finistère, où depuis l'enfance, elle passait ses vacances en famille, parce que restée seule, elle n'en a plus l'usage, et surtout parce que les souvenirs qu'elle garde de ce temps sont loin d'être heureux, Claire prend un congé d'une semaine de son bureau parisien pour régler l'affaire. Elle se rend sur place en voiture un dimanche d'octobre. Arrivée chez elle, une bien mauvaise surprise l'attend. Son projet va en être bouleversé. Cela pourrait être le début d'un roman policier. Il n'en est rien ou presque. L'enquête à laquelle la narratrice se voit soumise n'est que prétexte à une remontée des souvenirs attachés à cette maison autrement dramatique pour elle.
    Et si, à près de cinquante ans, elle faisait enfin le point sur elle-même et les siens ?

    Dans La Maison de Bretagne, Marie Sizun reprend le fil de sa trajectoire littéraire et retrouve le thème dans lequel elle excelle : les histoires de famille. Il suffit d'une maison, lieu de souvenirs s'il en est, pour que le passé non réglé refasse surface. L'énigme d'une mère, l'absence d'un père, les rapports houleux avec une soeur, voici la manière vivante de ce livre. Mais comme son titre l'indique, c'est aussi une déclaration d'amour à la Bretagne, à ses ciels chahutés et sa lumière grandiose, à l'ambiance hors du temps de ce village du bout des terres, face à l'Océan, où le sentiment de familiarité se mêle à l'étrangeté due à une longue absence.

  • Après La Gouvernante suédoise, Marie Sizun poursuivait la chronique familiale des Sézeneau et des Bergvist. Nous les avions laissés dans cette grande maison de Meudon, où Hulda, la jeune mère de vingt-six ans, vient de mourir, emportant avec elle son secret : la découverte de la liaison de son mari, Léonard, avec Livia, la gouvernante des enfants.
    Dans Les Soeurs aux yeux bleus, que va-t-il se passer après ce drame qui a atteint chaque membre de la famille ? Léonard Sézeneau, bien sûr, mais aussi les enfants, trois filles et deux garçons, de même que Livia, qui se mure dans le silence et accepte de suivre la famille à Saint-Pétersbourg. Là-bas, tant bien que mal, ils essaieront de survivre à l'absente ; les enfants grandiront, le voile sera levé, imperceptiblement sur les raisons de la mort d'Hulda. Livia ne pourra que s'effacer, en proie à l'hostilité grandissante des trois soeurs. Nous les retrouverons en France, où ils se réfugient à la Bernerie-en-Retz, puis à Paris, où les trois soeurs qui ont grandi, commencent à vivre leur vie de femme. Mais l'ombre de Livia plane sur leurs destinées et par un tour du hasard, de ceux que parfois la vie réserve, les deux familles seront à nouveau réunies.

    Dans Les Soeurs aux yeux bleus, avec une étonnante force romanesque, Marie Sizun continue d'explorer l'histoire de sa propre famille, passant du XIXe siècle au XXe en un récit où la réalité prend parfois des airs de saga. On ne peut que se réjouir de retrouver tous les personnages de la Gouvernante suédoise, et de boucler avec eux la fin de cette histoire pleine de secrets et de rebondissements.

  • Une petite annonce dans un journal comme une bouteille à la mer. Hélène cherche la vérité sur sa mère, morte lorsqu'elle avait trois ans. Ses indices : deux noms et une photographie retrouvée dans des papiers de famille, qui montre une jeune femme heureuse et insouciante, entourée de deux hommes qu'Hélène ne connaît pas. Une réponse arrive : Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre, a reconnu son père.
    Commence alors une longue correspondance, parsemée d'indices, d'abord ténus, puis plus troublants. Patiemment, Hélène et Stéphane remontent le temps, dépouillant leurs archives familiales, scrutant des photographies, cherchant dans leur mémoire. Peu à peu, les histoires se recoupent, se répondent, formant un récit différent de ce qu'on leur avait dit. Et leurs découvertes, inattendues, questionnent à leur tour le regard qu'ils portaient sur leur famille, leur enfance, leur propre vie.
    Avec Eux sur la photo, Hélène Gestern nous livre une magnifique réflexion sur le secret de famille et la mémoire particulière que fixe la photographie. Elle suggère que le dévoilement d'éléments inconnus, la résolution d'énigmes posées par le passé ne suffisent pas : ce qui compte, c'est la manière dont nous les comprenons et dont nous acceptons qu'ils modifient, ou pas, ce que nous sommes.

  • Quel rôle joue exactement Livia, la gouvernante suédoise engagée par Léonard Sézeneau, négociant français établi à Stockholm en cette fin du XIXe siècle, pour seconder sa jeune femme, Hulda, dans l'éducation de leurs quatre enfants ? Quel secret lie l'étrange jeune fille à cette famille qu'elle suivra dans son repli en France, à Meudon, dans cette maison si peu confortable et si loin de la lumière et de l'aisance de Stockholm ? Il semble que cette Livia soit bien plus qu'une domestique, les enfants l'adorent, trouvant auprès d'elle une stabilité qui manque à leur mère, le maître de maison dissimule autant qu'il peut leur complicité, et Hulda, l'épouse aimante, en fait peu à peu une amie, sa seule confidente. Rien ne permet de qualifier le singulier trio qui se forme alors. Que sait Hulda des relations établies entre son mari et la gouvernante ? Ferme-t-elle les yeux pour ne pas voir, ou accepte-t-elle l'étrange dépendance dans la quelle elle semble être tombée vis à vis de Livia ?

    Dans ce récit maîtrisé et romanesque, Marie Sizun brosse le portrait tout en nuances de ses ancêtres franco-suédois, s'approchant au plus près du mystère qui les entoure. C'est bien une histoire d'amour et de mort qui va suivre la réussite fulgurante d'une famille, la sienne, trois générations plus tôt. Renouant les fils rompus, interrogeant sans cesse un passé occulté, redonnant vie aux disparus par son talent de romancière, Marie Sizun éclaire avec tendresse et pudeur les secrets de ces étonnants personnages.

  • L'eau qui dort

    Hélène Gestern

    Un soir, Benoît Lauzanne, représentant de commerce parisien, quitte le domicile conjugal pour ne plus y revenir. Au buffet de la gare de V., la ville de province où il s'est réfugié, il est bouleversé par une femme dont la silhouette lui rappelle de façon troublante Irina, une artiste peintre qui fut le grand amour de sa jeunesse. Mais Irina a disparu vingt ans plus tôt sans laisser de traces. Dès lors, Lauzanne n'aura plus qu'une obsession : retrouver cette femme. Sa quête l'amènera à croiser un jardin, à renouer avec la nature, à laquelle il aurait voulu consacrer à sa vie, mais aussi à être impliqué dans une enquête criminelle. Les étapes qui jalonnent la recherche d'Irina le conduiront à revivre différents épisodes du passé qu'il a pourtant tenté de laisser derrière lui, mais dont il reste le prisonnier.

    L'Eau qui dort interroge la question de la disparition, au sens littéral, et de ses conséquences, dans la vie de ceux qui restent. Pourquoi choisit-on, un beau jour, de déserter sa propre existence ? Et comment les autres composent-il avec cette absence ? Le livre est aussi une méditation sur la nature, son rythme particulier, sa capacité de réparation et le pouvoir qu'elle a de contrebalancer les chagrins de l'existence.

  • La fugue Nouv.

    La fugue

    Richard Torrielli

    Elle était partie. Partir, se mettre en mouvement, découvrir les gestes nouveaux du départ. De l'abandon. De la rupture. Inventer les gestes : enfourner des vêtements à la hâte dans un sac, vérifier la présence de sa carte d'identité, marcher sur la pointe des pieds le long du couloir encore sombre de la nuit, tirer la porte d'entrée avec une infinie douceur, elle qui ne savait que la claquer de colère.
    Du Perche à Paris, en passant par une île atlantique, Rome, le Cambodge et Bologne, le chemin de la petite fugueuse va croiser celui d'autres évadés de leur destin. Elle va rencontrer d'autres faiblesses, d'autres culpabilités. Un routier déclassé, un brigadiste défroqué, un couple en mal d'amour. Elle vivra des présents et des passés ineffaçables. Le temps des montres n'est pas celui des méandres des souvenirs. Ni celui de l'Histoire, dont la violence ne dédouane personne de la culpabilité sourde qui reste, lorsque tout a été effacé.
    La Fugue est un texte sur l'insatiable besoin de dompter les démons du passé. C'est aussi une partition en forme de fugue, toujours en mouvement, faisant s'entrecroiser des destins ordinaires mais dont la rencontre nous fera entrevoir un début d'apaisement.

  • Armen

    Hélène Gestern

    Au fond, j'ai eu envie d'écrire, à travers la vie d'Armen Lubin, la biographie de l'écriture.

    Armen Lubin (1903-1974) est né à Istanbul sous le nom de Chahnour Kérestédjian. Persécuté, comme ses compatriotes arméniens, il doit quitter la Turquie à l'été 1923, devenant de fait apatride. À son arrivée à Paris, il exerce la profession de retoucheur en photographie pendant plusieurs années. En parallèle, il écrit dans des journaux arméniens, tandis qu'il fait, aussi, ses premiers pas de poète français, sous l'aile d'André Salmon et de Jean Paulhan. Très vite atteint d'une affection tuberculeuse particulièrement redoutable, le mal de Pott, il passera sa vie le reste de sa vie dans les hôpitaux et les sanatorium de l'Assistance publique, de la Salpêtrière à Berck, mais aussi à Bidart et à Pessac. C'est dans ces lieux où il connaîtra des souffrances extrêmes qu'il écrira toute son oeuvre poétique tout en continuant de correspondre avec ses amis. Publié par Jean Paulhan chez Gallimard, il se liera d'amitié avec Henri Thomas ou Madeleine et Jean Follain.
    Le livre, suivant une alternance régulière, réfléchit en miroir de brefs chapitres revenant sur la vie d'Armen Lubin, regroupés en cinq parties : Enfance, Souffrances, Écritures, Amours et amitiés, L'homme double et des chapitres directement autobiographiques, concernant Hélène Gestern, elle-même originaire d'une famille d'exilés.
    C'est donc une méditation sur l'exil, la perte et l'écriture, sur ce qui construit un écrivain, sur les blessures du passé et leur rôle fondateur. La réflexion des deux existences, l'affinité qui se noue, au fil de l'écriture, entre Hélène Gestern et son sujet, se veut le lieu d'une méditation sensible sur l'écriture et la place centrale qu'elle peut tenir dans une existence.

    D'une ampleur comparable à celle de l'Odeur de la forêt, ce texte nous emporte dans les méandres de deux destinées que tout oppose et qui, pourtant, se répondent singulièrement. C'est la première fois qu'Hélène Gestern livre avec pudeur quelques clés de son univers romanesque.

  • Un trauma dans l'enfance, une petite fille abusée et la trace en elle indélébile qui l'empêche d'être une femme, d'être tout simplement heureuse. Peut-on survivre sans dommages à de telles violences ? L'oubli est impossible. Comment réparer ? Car c'est bien de réparation qu'il s'agit dans ce court et intense roman d'Hélène Veyssier.
    Bien sûr il faudra du temps et il y aura de la souffrance, mais Camille, devenue femme, trouvera le chemin de l'apaisement. Il suffira d'une rencontre, improbable, de l'évidence et de la force d'un amour, pour que la résilience se fasse.
    Il y aura aussi le souvenir apaisant d'un jardin et d'une maison d'enfance, la force maléfique d'un visage sur un tableau découvert par hasard, l'histoire tourmentée d'un peintre héritier du mouvement des Macchiaioli, groupe de jeunes artistes italiens révoltés dans les années 1860 considérés comme les précurseurs des impressionnistes, l'amour d'un frère. Il faudra tout cela pour que Camille trouve enfin le chemin de la réparation.

  • L'été 1953. Une femme fuit avec sa petite fille et se réfugie chez sa soeur, mère d'une fillette, épouse d'un soldat en guerre en Indochine. Un quatuor féminin dans une maison isolée du sud de la France tourmenté au quotidien par les maris/pères, absents mais d'une présence obsédante. Un huis clos familial et estival où s'entrecroisent mystères et rebondissements, amours et haines, espoirs et désespoirs, douleurs d'enfants et douleurs d'adultes, jeux et interdits. Un drame singulier dans un milieu modeste de l'Après-guerre reconstitué avec exactitude, un suspens familial où la mort s'invitera.
    Les Grandes Poupées est un roman sur l'amour filial intense et confisqué, l'amour paternel radié, l'amour maternel combatif. C'est aussi un roman sur les anxiétés conjugales, les ambiguïtés parentales, la pénibilité de l'existence. Tout s'entrelace dans les craintes, avec ici ou là, des joies d'enfant, des souvenirs heureux à jamais perdus. Avec en toile de fond, la guerre d'Indochine, l'alcool et les malfrats du milieu marseillais.
    Le style y est léger, dépouillé, le ton distancié.

    Céline Debayle s'est attachée à restituer sans pathos, sans débordement sentimental, les maux de ses personnages le temps d'un été. Elle ne juge pas mais raconte une histoire originale et cruelle puisée, en partie, dans sa propre vie.

  • Ne quittez pas !

    Marie Sizun

    Après le Prix de la nouvelle de l'Académie française pour Vous n'avez pas vu Violette ?, Marie Sizun revient au genre avec ce nouveau recueil consacré au téléphone. Son usage est devenu si naturel que nous oublions de nous étonner de son mystère et de la force de son implication dans nos vies. C'est à cette redécouverte que nous invite Marie Sizun à la faveur d'une quarantaine de courtes histoires empruntées à notre quotidien, tour à tour légères ou graves, drôles ou cruelles, instants de vie saisis sur le vif de l'émotion.

    Amants heureux ou malheureux, vieux solitaires, filles à la recherche de leur mère, de leur père, comédien en attente de rôle, si divers que soient ses personnages, l'auteure pose sur eux un regard dont la lucidité se nuance toujours de tendresse et de poésie.

    Ne quittez pas, on parle de vous !

  • Le 19 juin 1985, à l'aube, une voiture sort de la route à l'entrée du tunnel de Saint Germain en Laye et prend feu sur le bas-côté. Deux corps carbonisés en sont retirés. Rien ne permet de les identifier sur le moment. Tout a brûlé. Ne restent qu'une boucle d'oreille en forme de fleur et deux bracelets en métal, noircis par le feu. Des bijoux de pacotille qui seront restitués plus tard à la famille, puis soustraits aux regards, à la mémoire, perdus à jamais. Céline Milliat Baumgartner a huit ans, lorsqu'une voix empêtrée dans le chagrin lui annonce l'indicible nouvelle. Comment dire à deux enfants qu'ils sont orphelins de leurs deux parents, le même jour, à la même minute. Quels mots, quels gestes pour abîmer le moins possible de ce qui doit advenir, l'enfance qui s'obstine, la vie qui prend ses aises, trajectoire déviée mais filant tant bien que mal vers l'âge adulte. A partir de là, tout est fait pour repousser le plus loin possible l'insupportable absence. La chaleur d'un foyer reconstitué dans le giron familial, une fratrie nouvelle, une compassion dont on use, un statut qui protège, rend unique, inatteignable. Une vie presque normale d'enfant.
    Ils sont si jeunes, et si beaux sous la plume de leur fille maintenant plus âgée qu'eux. Ils s'aiment passionnément, partent en vacances en Grèce, distribuent sans compter, de l'amour, de la tendresse, du rêve. Ils se disputent, se réconcilient, font la fête. Le père s'absente souvent pour son travail. La mère est actrice, joue dans des films, embrasse Depardieu dans un film de Truffaut.

  • Un hasard professionnel met entre les mains d'Elisabeth Bathori, une historienne de la photographie, les lettres et l'album d'Alban de Willecot. Ce lieutenant, mort au front en 1917, a été l'ami d'un des plus grands poètes de son temps, Anatole Massis, et a entretenu avec lui une abondante correspondance. D'abord aiguillonné par l'espoir de retrouver les réponses de Massis, Élisabeth, qui reprend le travail après de longs mois de deuil, se prend peu à peu d'affection pour Willecot, que la guerre a arraché à ses études d'astronomie et qui vit jour après jour la violence des combats. Elle se lance à la recherche de Diane, la jeune femme dont le lieutenant était éperdument amoureux, et scrute chacune des photographies qu'il a prises au front, devinant que derrière ces visages souriants et ces régiments bien alignés se cache une autre tragédie, dont les descendants croiseront à leur tour la grande Histoire durant la Seconde guerre mondiale.
    L'Odeur de la forêt est une traversée de la perte, à la recherche des histoires de disparus, avalés par la guerre, le temps, le silence. Mais il célèbre aussi la force inattendue de l'amour et de la mémoire, lorsqu'il s'agit d'éclairer le devenir de leurs traces : celles qui éclairent, mais aussi dévorent les vivants.

    L'Odeur de la forêt est le quatrième roman d'Hélène Gestern. Si l'on y retrouve ses thèmes de prédilection, la mémoire, le secret de famille, le pouvoir de la photographie, c'est de loin le plus ample. C'est à un véritable voyage qu'elle nous convie et on embarque avec elle dans ce texte prolifique, multiple, surprenant dans ses rebondissements, avec toujours ce sentiment d'être au plus près de l'émotion. Texte multiple donc, d'abord par ce qu'il donne à voir : l'horreur physique et psychologique de la guerre des tranchées, la période trouble et héroïque de l'occupation, et le présent de la narratrice. Multiple aussi par les formes d'écriture choisies : journal, correspondance, narration directe.

  • Il s'appelle Olivier, elle s'appelle Héloïse. Ils partent pour déjeuner, mais la rame de métro dans laquelle ils sont montés ensemble est gravement endommagée par une explosion. Restera de cet accident des corps meurtris, un sentiment brisé et une photo de leur évacuation, si violente et si impudique qu'elle va tout faire trembler autour d'eux.
    À partir de ce moment, ils n'auront qu'une obsession : réparer les dégâts que cette image aura causés dans leurs vies.
    Portrait d'après blessure raconte l'histoire de deux êtres aux prises avec le pouvoir des photographies, toutes les photographies, qu'elles parlent la langue de la dignité ou celle du désastre.
    Mais bien au-delà de cette trame romanesque, Portrait d'après blessure est aussi une réflexion sur le pouvoir de plus en plus grand d'Internet sur nos vies quotidiennes. Que se passe-t-il lorsque cet espace encore peu régulé, théâtre du meilleur comme du pire, s'empare d'une image et la jette en pâture sur la place publique. Comment assurer alors la préservation de l'intimité ? C'est aussi un livre sur la difficulté d'aller vers l'autre, même (et surtout) quand on s'aime. Histoire sur la fin d'une histoire et le courage qu'il faut pour en recommencer une autre, malgré tout.

  • La part du feu

    Hélène Gestern

    À la suite d'une révélation qui la bouleverse, Laurence Emmanuel comprend que sa vie est peut-être moins simple qu'elle ne le pensait. Elle décide d'en apprendre davantage sur le passé de ses parents. Très vite, ses recherches l'amènent sur la piste d'un militant d'extrême gauche, Guillermo Zorgen, qui a défrayé la chronique dans les années 70 avant de sombrer dans l'oubli. Qui était cet homme ? Un idéaliste dans une époque troublée ou un dangereux pyromane ? Et surtout : quels liens entretenait-il avec les parents de Laurence ? Au fil des témoignages, des documents, émerge le portrait contrasté d'un être énigmatique, qui a, comme une partie de sa génération, choisi d'exister par le combat.
    Mais au-delà, la quête de Laurence va surtout révéler les formes ardentes, et parfois destructrices, de la passion.

  • Qu'est-ce qui pousse Sabine, petite élève de 5e, solitaire et rêveuse, à ne pas se rendre en classe,ce matin de printemps ? Pourquoi décide-t-elle ce jour-là de faire l'école buissonnière, et d'aller à la découverte d'un Paris qu'elle ne connaît pas très bien et qui l'a toujours fascinée ?
    Ce n'est pas seulement pour échapper au rendez-vous que la prof de français, excédée par son désintérêt, a fixé à sa mère.

    La fuite de Sabine parle de honte et d'incompréhension.

    Honte de sa mère, qu'elle sent ne pas correspondre à l'image qu'on se fait d'une mère attentive, soucieuse de la de ELLE et le prix des lecteurs du scolarité de son enfant ; mais aussi honte de son milieu social où la culture reste un mot opaque, presque hostile. La petite prend soudain conscience que ce monde du lycée lui est fermé, comme il l'a été aux siens.

    Mais, au cours de sa journée vagabonde, bien des choses vont changer pour elle. Le hasard d'une rencontre lui fera découvrir le trésor qu'elle porte en elle et qui ne demande qu'à être révélé.

  • France a quatre ans. Son prénom est encombrant. Il a été choisi par son père, juste avant son départ pour le front, en 1940. Elle est donc «la petite», et vit avec sa mère et sa grand-mère, dans ce Paris occupé où elle ne perçoit que vaguement les échos de la guerre qui n'en finit pas. Que peut savoir de la guerre une petite fille heureuse et aimée ? La guerre, c'est aussi et surtout l'absence de celui qu'elle ne connaît pas, que sa mère appelle «son
    petit papa qui reviendra bientôt». A-t-elle vraiment envie qu'il revienne, cet homme ? La petite sent confusément que ce retour tant attendu va bouleverser sa vie et cette relation si tendre et si exclusive qu'elle a avec sa mère. Il revient enfin, blessé, fragile. Et tout change alors. La petite doit partager sa mère avec cet homme qui semble trouver cela naturel. Rien n'est plus comme avant et rien ne va de soi. Comment vivre à trois, alors que tout était si simple à deux. Les liens mettront du temps à se renouer. Il faudra s'apprivoiser, apprendre à s'aimer. Même si, pour cela, l'indicible est dévoilé,
    l'interdit transgressé, la fille et le père se trouveront, au prix d'une trahison.
    C'est de réconciliation que nous parle Marie Sizun dans cet émouvant récit. Et, ce faisant, elle pose l'ultime question : qu'est-ce qu'un père ? La réponse court tout au long de ce texte, grave mais apaisé, qui nous laisse un immense sentiment d'amour et de grâce.

  • Un ete a l'islette

    Géraldine Jeffroy

    Eugénie, jeune Parisienne cultivée dont les parents craignent qu'elle ne devienne vieille fille, est engagée comme préceptrice au château de L'Islette, en Touraine. Dans ce décor enchanteur, elle s'attache aussitôt à Marguerite, sa petite élève. Entre deux leçons, Eugénie et l'enfant profitent de ce huis clos champêtre propice au repos et à l'insouciance. Mais lorsque Camille Claudel arrive à L'Islette pour en faire son atelier estival, l'artiste devient l'objet de toutes les attentions et de toutes les fascinations. Celle que l'on nomme respectueusement « Mademoiselle Camille » dessine le jour, sculpte la nuit. Elle travaille sans relâche à un groupe de valseurs jusqu'à l'épuisement. Malgré la chaleur étouffante et la poussière d'argile qui lui brûle les poumons, elle veut insuffler à son oeuvre suffisamment de son âme pour que ses personnages de terre s'animent. Et comme Rodin tarde à la rejoindre, elle trouve un réconfort dans sa correspondance avec Debussy.
    À mesure que la valse prend forme, traduisant la tension au sein du couple Claudel/ Rodin, Eugénie et la petite châtelaine entrent dans la danse.

    Dans ce texte, Géraldine Jeffroy tisse avec subtilité la vérité historique et artistique et l'imagination de la romancière. Nous voyons, le temps d'un été, des destinées se croiser et des passions s'exacerber. Cet été-là verra naître des chefs-d'oeuvre comme La valse et La Petite Châtelaine pour Camille Claudel, le Balzac d'Auguste Rodin et dans une moindre mesure, comme en écho, L'Après-Midi d'un faune de Claude Debussy. Les trois artistes, chacun à sa manière, tourneront la page de la période romantique.

  • Fringales

    Hélène Lanscotte

    À 5 ans, Hélène Lanscotte reçoit le premier prix de gourmandise. La récompense détrône le péché. Sa vie sera gourmande, exigeante en goûts, curieuse de toutes les saveurs et de tous les mets.
    Manger a toujours été un acte simple, naturel et vital pourtant jamais une telle évidence n'aura été disséquée, analysée et cataloguée. Regarde comment tu manges et tu sauras qui tu es. Ce pourrait être l'exergue de ce livre, tout entier consacré à la nourriture et surtout au rapport que l'on entretient avec elle. En une série de portraits, allègrement croqués, Hélène Lanscotte fait le tour de ces mangeurs qui peuplent sa vie, proches, tout proches ou inconnus, observés à la volée, dans des restaurants, des rencontres de hasard, dîners improvisés ou patiemment préparés. De la pinailleuse qui cache son jeu au glouton qui semble jouer sa vie à chaque repas, des habitudes de cuisine aux recettes transmises de génération en génération, elle dresse un panorama sensible et gourmand de ces comportements alimentaires, et ce faisant, parle de la vie tout court. Elle oscille sans cesse entre le coup de fourchette et le coup d'oeil, débusquant celle qui n'aime pas, celui qui déguste, ou encore celui qui fait de chaque repas une cérémonie immuable. De quelques miettes, elle fait son essentiel, comme si manger était bien plus que se nourrir, mais aussi se dire et se dévoiler.

  • Plage

    Marie Sizun

    Plage Collection 1er Mille Marie Sizun Que fait cette femme seule sur la plage d'une petite station balnéaire de Bretagne ? Elle est si discrète qu'elle se fond dans le paysage. Elle observe les gens autour d'elle, semble attendre, mais quoi ?
    C'est un homme qu'elle attend. Il doit venir la rejoindre ; il le lui a promis. À la fin de la semaine, il sera là. Il est son amant. Il est marié. Elle veut voir dans sa prochaine venue un choix qu'il assume.
    Alors elle l'attend et trompe son ennui en jouant à la femme en vacances. Mais les jours se succèdent, les nouvelles se font plus rares, plus embrouillées.
    Passant tour à tour de l'inquiétude au désespoir, puis de l'abattement à la colère, elle sortira à jamais changée de cette semaine décisive.
    Avec un art qui lui est propre, Marie Sizun dresse le portrait tout en nuances d'une femme d'aujourd'hui. Avec finesse, elle explore l'intimité des êtres dans leurs moments de doutes et de passion.

  • Hélène a quitté Paris après ses études et vit depuis trente-cinq ans à New York où elle travaille comme libraire avec son mari, américain.
    Un héritage la rend propriétaire de l'appartement familial de la rue du Cherche-Midi, dans le VIe arrondissement de Paris, où elle a passé une enfance et une adolescence difficiles. Elle décide alors de rentrer quelques jours en France pour mettre l'appartement en vente.
    À Paris, bien des choses ont changé, mais pas l'essentiel. Elle se retrouve, dans son quartier, soudain assaillie par les fantômes du passé et les souvenirs d'une vie familiale parfois cruelle - dont certains mystères lui avaient autrefois échappé - mais aussi réconfortée par la beauté de la ville, et la douceur d'un singulier et persistant amour de jeunesse. Elle tombe sous le charme de ce passé tendre et douloureux, et sa vie new-yorkaise, dans ce léger déplacement, chavire dangereusement.
    Marie Sizun décrit avec sa sensibilité douce et ardente quelques jours essentiels dans la vie d'une femme. Un léger déplacement est son sixième livre.

  • Un vertige

    Hélène Gestern

    Ces deux textes, qui se répondent, relatant deux moments de vie , incarnent le visage de la même expérience : la séparation amoureuse. Ils décrivent ce qui se passe à partir du moment où un couple cesse d'en être un et que la mécanique de la déchirure se met en marche, parfois lente et insidieuse, parfois brutale et violente.
    Le saisissement, la sidération, la chute, contrepoids de l'élan extraordinaire que représente la naissance de l'amour. La séparation est une expérience totale, qui oblige un être à se reconstruire sur les ruines de ce qu'il a été ; elle force aussi à questionner le sens et la qualité de l'amour que l'on a vécu avec une personne que soudain on ne comprend plus. Cette interrogation étant parfois la seule manière de survivre à son départ, et peut-être de l'accepter.

    Hélène Gestern dans ce texte sur la déprise amoureuse écrit sans pathos, avec une précision presque clinique, nous entraîne dans le vertige sidérant du mystère de l'amour et de son effacement.

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