Arts et spectacles

  • Chaque hiver, à l'ouverture de la saison théâtrale, je suis pris des mêmes pensées. Un espoir pousse en moi, et je me dis que les premières chaleurs de l'été ne videront peut-être pas les salles, sans qu'un auteur dramatique de génie se soit révélé. Notre théâtre aurait tant besoin d'un homme nouveau, qui balayât les planches encanaillées, et qui opérât une renaissance, dans un art que les faiseurs ont abaissé aux simples besoins de la foule ! Oui, il faudrait un tempérament puissant dont le cerveau novateur vînt révolutionner les conventions admises et planter enfin le véritable drame humain à la place des mensonges ridicules qui s'étalent aujourd'hui.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « J'accuse...! »

    Émile Zola

    « J'accuse...! » fait partie de ton bon action kit de l'intellectuel engagé, révolté et déchainé contre l'Ordre injuste, le Mensonge et les abominables hommes verts qui constituent le corps militaire. Symbole de l'hypocrisie et de l'antisémitisme d'une société française en pleine mutation; qui a du mal à s'installer dans la IIIe République. D'où les poses d'un Bernard-Henri Lévy, faisant de Zola, dans Les Aventures de la liberté, le premier intellectuel dans l'histoire des idées...


    Alors, si on relis « J'accuse...! » y trouvera-t-on quelque chose d'intéressant? Ou n'est-ce que la genèse d'une idéologie idéaliste qui croit qu'un article de journal peut bouleverser l'ordre de l'univers? Et que les écrivains, les philosophes, les penseurs de tout bord sont les agents de ces changements?


    Oui. On peut relire « J'accuse...! » sans crainte. Car, ce qui mérite l'admiration n'est pas tant cette posture romantique d'un naturaliste énervé, mais d'un homme qui ne triche pas. Et qui est prêt à tout pour se mettre d'accord avec lui-même. A voir un déferlement de haine, d'injures et d'agressions s'abattre sur lui. A mourir même. Contrairement à tant de lecteurs de « J'accuse...! » d'ailleurs. Si courageux dans leurs écrits et si précautionneux dans leurs actes. Zola le rital, comme on a pu le désigner dans ce climat anti-dreyfusard, lui, met sa peau sur la table. Comme Rabelais et quelques autres, qui se comptent sur les doigts d'une main.


    L'autre raison de re-lire « J'accuse...! », c'est le style. Pas celui que l'on vous fait décortiquer au Lycée. Mais celui qui vaut à Zola l'admiration de Céline. Qui dira : « Il n'est peut-être que temps, en somme, de rendre un suprême hommage à Émile Zola ». On l'oublie souvent, mais la langue de Zola, pour Céline, c'est celle qui fait vivre ses personnages, c'est cette force que rien n'arrête et qui emporte tout sur son passage. Dans la toute puissance de la musicalité d'un phrasé qui vous donne le réel, tel quel. Et Dreyfus alors de devenir, non pas une mode intellectuelle, ni un faire-valoir pour écrivain en recherche de gloriole, mais les tripes, le moteur, le sang.



    La présente édition reprend l'article paru le 13 janvier 1898 dans le quotidien L'Aurore.



    « J'accuse...! », plus de cent ans après sa parution continue encore d'accuser... les lecteurs innocents qui y lisent tout, sauf un manifeste du « style ». Un art poétique. A vos liseuses.

  • Présentation et préface de Gaëtan Picon. C'était l'audace du moment, le drapeau qu'il s'agissait de planter sur les terres ennemies, écrit Zola en évoquant son combat avec les jeunes et les braves. Avant d'écrire J'accuse, il défend les peintres impressionnistes incompris du public, notamment Cézanne et Manet. Animé de l'énergie complice de celui qui fait face, il est solidaire de leur combat.

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