Kinoscript

  • 1668, au beau milieu de L'Avare, George Dandin, Amphytrion, surgit une pièce inattendue, telle un boulet de canon qui emporte tout sur son passage, Les Plaideurs Racine a décidé de frapper sans compter :   1) il emplâtre son rival Corneille en parodiant Le Cid à maintes reprises dans sa pièce : le "va, je ne te hais point" devient chez Racine : "Va, je t'achèterai le Praticien français". Sans parler de l'exploit que le premier veut montrer au second : celui d'écrire une comédie, sa seule, est d'avoir plus de succés que lui.  2) Le Maître, son maître janséniste : Racine nous livre une parodie comique de son art oratoire... L'ironie est le plus beau de tous les respects, surtout quand on n'en est pas la victime.  3) Ses "amis" qui se sont opposés à lui en lui donnant des leçons de dramaturgie en prennent pour leur grade.  Pour résumer, en lisant Les Plaideurs, on se situe dans la perspective subversive du burlesque des Scarron et des D'assoucy.    A lire de toute urgence, pour ainsi réparer l'immense offense que l'Education Nationale profère chaque année, en ne le mettant jamais au programme.    Retrouvez l'actualité littéraire anticonformiste sur www.stvpress.com   O.S.V

  • Les Essais

    Michel De Montaigne

    Montaigne est l'auteur d'un seul livre. Ou presque. Qu'il n'a cessé de retravailler toute sa vie, à la différence de nos philosophes contemporains qui ne cessent de pondre des livres pour gagner de l'argent. L'idée derrière ces tentatives d'écriture? La connaissance de soi, la volonté de mener des exercices spirituels quotidiens pour parvenir à la vie heureuse. Contrairement à Descartes au siècle suivant, Montaigne ne cherche pas à se rendre comme maître et possesseur de la nature. C'est le souci de soi qui l'anime. L'amour, la mort, le désir, le changement de sexe, la jalousie, les passions tristes que sont la politique et le pouvoir, voilà ce sur quoi se penche Montaigne avec une simplicité déroutante. A mettre sur sa table de chevet, en bonne place, entre la bible et l'oreiller.

  • Le Portrait de Dorian Gray, c'est une sorte de Dracula, mais sans hémoglobine. Un « roman d'horreur » que le chef d'oeuvre de Bram Stoker rejouera à sa manière, quelques sept ans plus tard, en 1897, comme finale d'une époque, celle de la reine Victoria. Si les auteurs se connaissent bien, tous deux irlandais, il faut souligner que la femme dont il est amoureux, Florence Malcombe, lui préférera Stoker... Voilà le genre d'hapax existentiel qui vous donne à écrire un roman. Ainsi, pourrait-on comprendre que Wilde, blessé par cette déception amoureuse, se soit alors tourné vers une sorte de dandysme hédoniste, tout en solipsisme, dont Le Portrait de Dorian Gray se fait l'écho. Et ce n'est pas à Lord Henri que Wilde ressemble - il lui sert à exposer ses réflexions sur l'esthétisme - mais plutôt à Dorian lui-même, obsédé par sa propre personne, dévoré par sa beauté physique. A tel point que le réel s'en trouve bouleversé, que les lois de notre monde se transforment peu à peu, à l'insu de tous. Dorian est une beauté éternelle (comme Dracula) qui prend des vies pour survivre. Et Wilde de se servir de ce monstre pour donner au lecteur de brillantes saillies d'observation sur l'être et l'apparence. L'impossibilité absolue pour Gray de se dissocier de Dorian, l'être en chair de l'être de peinture, réactive le débat antique où Platon et les Sophistes se livreront des guerres sans merci. Pour Wilde, comme pour Gorgias de Léontium, l'être n'est que l'apparence et réciproquement. La volonté de cacher ce que l'on est se trouve vaine et absurde, puisqu'elle finira toujours par éclater au grand jour. Cette critique de l'idéalisme, assez conventionnelle, s'accompagne d'une distance prise avec l'hédonisme, si fashion aujourd'hui en France : la recherche du plaisir n'est pas une mince affaire et les abîmes qui le bornent, une véritable ruine. Reste à l'individu, pour se construire, à faire de sa vie une oeuvre d'art, sans démesure et prétention.   Cette traduction est celle de la version traditionnelle, quelque peu censurée, du Lippincott's Monthly Magazine en 1890 : Craig Lippincott, l'édtieur de Wilde, avait en effet supprimé toute allusion à la « décadence » des personnages... Kinoscript & Stvpress prépare une traduction inédite à partir de l'édition anglaise non-censurée, parue aux Presses Universitaires de Harvard en 2011.

  • Les Petits poèmes en prose est un cas curieux dans la littérature française. Celui d'une oeuvre "journalisitique". Entendons bien : Baudelaire le poète-journaliste, lui dont la grande majorité des pièces poétiques qui composent Le Spleen de Paris fut publiée dans l'organe de presse grand public La Presse, entre 1855 et 1864. Imaginez un peu Renée Char dans Paris-Match...   Conséquence : la tension quasi palpable entre une esthétique du feuillton, de l'épisode, de l'imagette, de la miniature et d'un autre côté, une sorte de haine consommée pour le "grand journal", où Baudelaire se retrouve bien souvent en "rez-de-chaussée", à côté des chiens écrasés. Et c'est comme cela qu'il faut lire Le Spleen de Paris. Un beau fruit pendu à l'arbre de la laideur. Un tableau d'immondes merveilles, où la cruauté du dandy frappe sans relâche la modernité d'une société qui ne cesse de s'enorgueillir de ses "progrès", de son degré de culture, de son idéalisme. Ainsi dans le Miroir, la démocratie subit-elle une attaque frontale, et avec elle, les droits de l'homme, cet universel que si peu de poètes ont osé contester depuis. On est bien loin du Baudelaire-révolutionnaire tant vanté par Walter Benjamin, en rouge et noir, le poing fermé, levé vers l'avenir, pour le peuple. Et qui fait surface dans les années 70 aux Etats-Unis. Le Baudelaire des ballades en prose est agressif certes. Mais ce qui le fait vomir, c'est le fraternalisme tendance. Le socialisme fashion. A l'image de son antithèse et éditeur : Arsène Houssaye. Le poète arrivé, enrichi par des spéculations immobilières, qui se fit construire un hôtel particuler non loin du Parc Monceau. Et qui dans son Vitrier s'élance la tête la première dans le charitable et le généreux : les pauvres ont un salut... dans la fraternité des classes.   La présente édition reproduit l'édition posthume de 1869, chez Michel Lévy Frères.   Ce livre s'adresse aux lecteurs du Baudelaire de gauche, moderniste, progressiste, partagiste... Baudelaire l'anti-moderne.

  • Gamiani

    Alfred De Musset

    A l'heure de la pornographie virtuelle et omniprésente, il est bon de relire Gamiani ou Deux nuits d'excès. Il y a fort à parier que personne ne l'aura découvert dans la tourmente d'études littéraires, dans le soleil rationnel et castrateur de l'Université. Mais plutôt en sous-main, dans le clair-obscur d'un boudoir, avec un(e) chère et tendre, disposé à mettre en chair la prose de Musset.   Pourquoi est-il urgent de relire ce livre? Car il fait la démonstration parfaite que la pornographie peut avoir un sens. Non pas celui de l'argent-roi, de la cupidité du Veau d'or, de l'affublement néo-libertaire d'une idéologie ultra-libérale : mettre des corps, souffrants, torturés, humiliés jusqu'à la perte de la dignité humaine, en vente sur la toile. Mais celui, hédoniste et libertaire, de la construction d'une vie heureuse, par delà les morales du temps.  C'est aussi un récit de femmes. Gamiani est une comtesse, qui relate deux jours éphémères d'intenses activités amoureuses. Pour une fois, dans la littérature, le désir et le plaisir féminins en soi, trouvent une place de choix. Jusqu'alors, l'art d'aimer est le fait des hommes. Seuls capables de la jouissance pour la jouissance, seuls architectes possibles de l'invention sexuelle qui préside aux destins humains. Enfin, Gamiani est à lire comme preuve de l'aveuglement des critiques littéraires, qui refusèrent longtemps durant à Musset la paternité de l'ouvrage. Démarcation entre deux types de relations aux livres : la première, rabelaisienne, du corps, de la vie, du sang; l'autre, universitaire, sage, froide, rationnelle et idéaliste. Le plaisir de lire se mue en lecture du plaisir comme machine de guerre contre les objecteurs de conscience.   La présente édition est la reprise de celle de 1833.

  • Poe, malgré son indéniable succès, reste un mauvais élève de la littérature universelle. Le daguerréotype de Hartshorn restera à jamais associé à son nom : une figure de folie, le front proéminent, surplombant un regard fantomatique. Une moustache masquant un rictus. Un foulard cravate clair, contrastant avec l'obscurité du gilet. Les bras croisés. Dans l'attente du photographe. Un visage de mort. Comme pour donner raison à Balzac qui croyait que la photo enlevait de la vie, et à Baudelaire qui détestait cette technologie de la modernité instantanée.   Le double assassinat de la rue Morgue est à lire, cette photo à la main. Non que l'oeuvre soit le fruit nécessaire d'une physionomie. Qu'il soit impossible pour un auteur d'écrire autre chose que ce que son paraître produit. Mais autrement, on passe à côté de cette nouvelle. Certains y verront la naissance du roman policier. D'autres, la création du fantastique...  Il faut y voir avant tout le rejet du monde moderne : on trouve des corps sans vie, démembrés, éparpillés ici et là. Sans motif apparent. Pour découvrir finalement que c'est l'animal le coupable. Le singe. Comment ne pas donner raison à Poe? Au XIXe siècle, la raison triomphe... et pourtant, la cruauté est toujours aussi aiguisée, toujours aussi puissante, enracinée dans une humanité qui ne cesse de se perfectionner dans le crime. Poe comme Baudelaire qui le traduit sait l'entreprise humaine désolante de présomption et d'hypocrisie.  Retrouver la bête qui dort en soi, l'accepter, sans remords. Prendre acte de la tragédie de l'existence, préfigurant le grand "oui" à la vie de Nietzsche quelques années plus tard sur un autre continent. Et laisser la science à son triste sort : celui de remplacer la foi. Dupin n'est pas dupe. On l'a bien longtemps considéré comme l'archétype du détective rationaliste. Il sent. Devine. Bref, tout à l'intuition. Le gut feeling des Américains.   La présente édition reprend celle des Frères Lévy en 1869, avec une traduction de Charles Baudelaire.

  • Lancelot

    Chretien De Troyes

    Roman d'aventure merveilleux en vers octosyllabiques, Lancelot ou le Chevalier de la charrette fut écrit entre 1176 et 1181 par Chrétien de Troyes à la demande de sa protectrice, Marie de Champagne (fille de Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine et épouse d'Henri Ier). Par l'écriture de ce roman, l'auteur souhaitait flatter « sa » Marie tout en obéissant aux règles régissant le rapport entre un amant et sa dame ; tout comme Lancelot le fait avec « sa » Guenièvre en volant à son secours. C'est là le propre du roman courtois, la flatterie apparaissant tel un devoir de l'homme envers la femme qu'il tente de séduire avec respect et discrétion. Mais bien moins romantique, bien plus lucide également, de Troyes avait en fait répondu au caprice de sa protectrice en vue d'abuser son mari, le comte de Champagne... Ainsi fidèle aux désirs de la crédule, l'auteur pouvait espérer la voir étendre son influence politique sur sa cour afin de le faire connaître. Mais oublions la manipulation pour en revenir à l'inspiration, à la fiction en d'autres termes, à l'histoire en elle-même... Le vaniteux et cruel Méléagant - fils du roi de Gorre et chevalier du Pays sans Retour - retient captifs sur ses terres de nombreux habitants du royaume d'Arthur. Afin de voir les prisonniers libérés, l'un des chevaliers de la Table Ronde devra le battre en duel, à l'inverse de quoi la reine les rejoindrait dans leur exil. Le sénéchal Keu relève le défi mais perd le combat, si bien que Guenièvre est enlevée à son tour. C'est alors que l'humble Lancelot du Lac et Gauvain, lui-même chevalier de la Table Ronde et neveu du roi Arthur, prennent la route pour secourir leur reine. Dénué de monture, Lancelot prend la route au creux d'une charrette conduite par un bouvier difforme et vil. Symbole de déshonneur suprême, c'est bien conscient du risque de devenir un paria que le chevalier se montre à visage découvert face au peuple croisé en chemin. Qu'importe alors la honte, le code de la chevalerie et l'honneur à préserver ! Ravalant sa fierté et sacrifiant son titre, ce dernier n'a qu'une obsession en tête : délivrer sa dame. Malgré ses deux pas d'hésitation à l'approche de la charrette, les sentiments éprouvés par Lancelot à l'égard de Guenièvre lui dictent aveuglément sa conduite, au rythme des battements de son coeur, en parfait accord avec son corps, herculéen quant à lui. Une typographie médiévale ; une enluminure dans les teintes orangées ; un amoureux conquérant porteur d'un casque étincelant ; un acolyte hissé sur son destrier blanc... Bien que le véhicule au sein duquel l'amoureux a pris place soit la représentation même de la honte, l'édition nous présente une scène esthétiquement belle, les roues de la charrette semblant recouvertes de feuilles d'or et le bouvier lui-même donnant le sentiment d'admirer son passager. Mais qui ne l'admirerait pas, lui, le chevalier de la Table Ronde aux vertus au carré ? Un triangle parfait entre reine et chevaliers, entre dilemme et roi, entre honneur, foi, et émoi... Entre aventures chevaleresques et péripéties amoureuses, Lancelot ou le Chevalier de la charrette est l'incarnation idéale de ce à quoi pouvait ressembler l'amour courtois au Moyen Âge. De rang supérieur, la reine Guenièvre contraint finalement Lancelot à l'accomplissement d'un ensemble de prouesses et sacrifices qui prêtent au roman l'aspect épique lui donnant tout son rythme. Tout au long de son parcours initiatique, le chevalier prouve ainsi son dévouement sans limite à la femme qu'il aime tout en affirmant ses capacités surhumaines. Chargé de leçons de vie sur l'amour triomphant, le roman sous-entend par ailleurs qu'en sauvant Guenièvre, Lancelot rétablit l'équilibre du monde. Détentrice des vertus d'une allégorie christique, l'oeuvre nous montre en effet, au travers de l'obédience du chevalier, combien les valeurs chrétiennes que sont l'allégeance, l'humilité, ou encore l'abnégation, peuvent difficilement être ignorées. C'est ainsi sous l'apparence de l'amant courtois que Lancelot représente la figure christique dans toute sa splendeur d'une part, l'être hors du commun d'autre part. Être auquel chacun rêverait de rassembler tandis qu'il en devient presque trop facile de s'y identifier... De l'ouverture du tombeau à son combat contre Méléagant en passant par sa traversée du pont de l'épée, le chevalier séduit les grands et les petits, les amoureuses romantiques et les nostalgiques aventureux en quête de chimérique. De lyrique et de didactique aussi. De mythique et de féérique surtout.

  • Les Paradis artificiels, c'est le livre d'un malentendu. En l'espace de 150 ans, il est devenu la bible de tout poète tenté par la drogue et de tout drogué tenté par la poésie. Comme si le simple fait de consommer conférait du génie poétique, foudroyait son homme, saisi dans l'instantanéité de l'hallucination. Baudelaire, un peu malgré lui, a été entraîné dans une légende dont il semblerait l'un des héros. En réalité, si l'on veut bien prendre la peine de lire Les Paradis artificiels, on découvre un essai qui aurait dû propager une mythologie diamétralement opposée à celle que l'on sait : les drogues ne permettent pas d'accéder à une réalité poétique supérieure. Ni adjuvants, ni catalyseurs, elles sont une belle mode, au même titre que la photographie. D'ailleurs, son ami Théophile Gautier, s'engouffre dans les deux avec aveuglement : membre de la première Société de photographie, il est de toutes les fêtes à l'Hôtel Pimodan, où les expériences de consommation de haschich sont menées sur le modèle de Quincey. Baudelaire, lui, résiste aux tendances tout en refusant d'y adhérer intellectuellement. Certes, il est photographié par Nadar. Certes, lui aussi participe aux expérimentations haschichéennes. Mais, le célèbre photographe fait les frais, à plusieurs reprises, des attaques du poète. Et, les « paradis artificiels » sont réduits à néant en quelques essais. C'est à cause de Baudelaire, au demeurant, que les drogues se verront affublées de cette périphrase ironique, que le bobo lit au premier degré, en s'arrêtant au premier mot. Comme s'il s'agissait d'un synonyme de « paradis terrestre »... Seul le vin paraît trouver grâce à ses yeux. Il faut lire l'ouvrage en pensant à toute cette tradition rabelaisienne, qui fait du vin le sang de l'écrivain et de l'alcool une vertu carnavalesque. Bref, ce que vomit par-dessus tout Baudelaire au cours de ces fiestas d'intellos, ce ne sont pas les substances ingérées, mais son époque. Elle qui se veut moderne, civilisée et progressiste. La vérité jubilatoire : Baudelaire n'a jamais été cool.   La présente édition est la reproduction de l'édition de 1869 chez Michel Lévy Frères. Bien que la première édition date de 1860.

  • La Peau de chagrin fait partie de ces livres que l'on devrait porter avec soi en toute heure. Car à eux seuls, ils comblent nos deux grandes aspiration littéraires : divertir et donner à penser. Amuser et cogiter. Enchanter la raison qui rumine alors les raisons de son ivresse.    Le canevas balzacien ne fait guère dans l'originalité : un jeune homme au bord du suicide fait un pacte avec le diable. Et pourtant, ce lieu commun accède, sous la plume de Balzac, à une dimension universelle, lorsqu'il oblige chaque lecteur à s'identifier avec Raphael, le héros. Se prendre pour Faust relevait du grand écart littéraire : les apparitions de Méphistophélès se multipliaient, les invraisemblances également et pour courroner l'ensemble, Faust rencontrait l'empereur et se mariait avec Hélène de Troie... Dans La Peau de chagrin, par une sorte de gravitation, nous sommes attirés dans les arcanes du réalisme, au sein même d'une intrigue fantastique à souhait. Contrairement à Faust, Raphael parle notre langue, se pose nos problèmes - le bonheur, la richesse, le désir, séduire - en des termes humains - rien ne distingue la fameuse peau d'une fortune qu'on hériterait puis, dilapiderait. Ce mélange entre réalisme cruel et romantisme noir permet à l'auteur de jeter le lecteur dans un abîme angoissant où le vraisemblable le dispute au frisson de terreur. Mais ce que nous lance à la figure ce jeune roman de Balzac, c'est la question philosophique du désir, que décortique avec fureur le penseur Schopenhauer, à la même époque, dans son livre-monument Le Monde comme volonté et comme représentation. Et cette interrogation n'a jamais été aussi réaliste qu'en ce début de XXIe siècle, où notre désir constitue la clé de voûte de nos sociétés de consommation. Où même les plus contestaires d'entre nous se retrouvent cloués au pilori de leur propres anathèmes : le Che Guevara finit ses jours sur des t-shirts... Comme si Balzac avait prévu les faiblesses de notre modernité. Vous pensiez avoir mis un terme à l'Histoire par l'avènement des sociétés démocratiques, de la citoyenneté globale, de la mondialisation des droits de l'homme?! Détrompez-vous, le pire est à venir. Croyant porter un coup fatal aux vices de l'humanité, nous avons travaillé sourdement à leur dilatation. Comme si chacun de nos désirs venait grossir les rangs de notre corruption. Une peau de chagrin... en expansion.   La présente édition reprend celle d'Edmond Werdet, en 1834, dans Les Etudes philosophiques.   Ce livre s'adresse à tous ceux qui croient au progrès et à la modernité. Ecoutez la leçon de Balzac. Au propre comme au figuré.

  • Dom Juan

    Molière

    Dom Juan résonne dans nos têtes comme une chanson de supermarché : tout le monde la connaît, mais personne ne peut mettre un nom sur cette réalité galvaudée : Dom Juan, c'est le sécuteur invétéré, le cynisme fait homme, l'égoisme incarné. Certes, les faits sont là. Mais derrière cette figure mythique et mythifiée, il y a un personnage conceptuel extrêmement subversif. Car, bien avant Nietzsche et Stirner, ce que propose le gentilhomme castillan, c'est de placer l'individu au centre des préoccupations. A une époque où Louis XIV fait de son mieux pour institutionaliser un centralisme castrateur.  C'est pourtant lui qui finance Molière, car ce dernier sait poser des drames qui fonctionnent sans faire trop de bruit. Même si Dom Juan n'échappera pas à la censure. Il n'échappera pas aux professeurs de Lettres, qui contribueront à diluer et discipliner le message hédoniste de Molière.  Cette lecture est une invite à lire Dom Juan comme une bombe philosophique à retardement : rien ni personne n'est épargné. Heureusement, c'est une comédie.     O.S.V

  • Dans l'imaginaire masculin, disons aux confins de ses fantasmes et aux tréfonds de ses pulsions, l'Amour aura toujours une saveur interdite. D'une obscénité sans limite, de sentiments extravagants en tendresse lubrique, L'Anti-Justine nous dévoile toute la passion de Nicolas Edme Restif de La Bretonne pour l'inceste, son fétichisme pour les petits pieds (à voir Le Pied de Fanchette, ou le Soulier couleur de rose) mais avant tout sa soif de luxure, omniprésente tout au long du récit. Chef-d'oeuvre de la littérature érotique paru en 1798,  L'Anti-Justine, ou les Délices de l'amour est immoral à souhait, tout en charme et volupté. Manipulateur aux passions dévorantes, l'écrivain nous entraîne à sa suite au coeur d'un univers débauché, entre gouffres à luxure et cavernes désirées.    « Personne n'a été plus indigné que moi des sales ouvrages de l'infâme de Sade que je lis dans ma prison. Ce scélérat ne présente les délices de l'amour, pour les hommes, qu'accompagnées de tourments, de la mort même, pour les femmes. »... Tels furent les propos houleux de la préface de Restif alors qu'il s'autoproclamait parfait opposé de son contemporain, le Marquis de Sade.  Alors que de Sade, homme de lettres, philosophe, romancier et révolutionnaire, prônait l'érotisme associé à des actes impunis de violence de par Justine, Aline, le Boudoir, la Théorie du Libertinage, Restif, investigateur de projets de réforme sociale et écrivain à la plume libérée et provocatrice, le contredisait via La Famille vertueuse, Lucile, ou le Progrès de la vertu, ou encore Le Pornographe.   C'est ainsi que le libertin de la Révolution française remplaça la Justine du Marquis par son Anti-Justine. Le roman se dut dès lors de surpasser l'autre en volupté tout en lui cédant en cruauté, l'idée de Restif restant de présenter le couple et l'amour comme quelque chose de beau, « exempt de scrupules et de préjugés » pour reprendre ses mots. En réponse à cette « attaque » rédigée en toute impunité, de Sade, alors incarcéré à Vincennes, ordonna à son épouse de ne surtout rien acheter de Restif, « auteur de Pont-Neuf et de Bibliothèque bleue ». Personnage phare de l'oeuvre du Marquis, Justine l'accompagna en tous les cas tout au long de sa vie. Tout autant que la réputation de « monstre » que son détracteur aimait à lui prêter d'ailleurs. Si bien qu'avec le temps, il laissa étonnamment sous-entendre à son avocat qu'il la reniait, cette Justine trop corrompue pour être lue par la décence même...    Qu'en est-il alors de l'époque actuelle ? Que nous inspirent désormais les écrits sadiens et pensées de Restif ? Sommes-nous plus indulgents face aux bassesses et inconvenances, plus tolérants face à la vulgarité et autres trivialités découlant de la sexualité bestiale, du plaisir charnel « sans les règles de l'art » ? S'intéresser aux deux Justine demeure donc intéressant pour qui désire se faire sa propre opinion sur la question. Mais au-delà de « désirer se faire sa propre opinion », il y a « désirer » tout court. Et l'homme désire... Lasse des femmes trop frigides, dénuées de sensualité ou pudiques à l'extrême, la gente masculine nécessite d'attiser ses attraits inavouables de par la lecture, les films ou encore les bande-dessinées. Si l'on ne peut exprimer ses envies de luxure, son besoin d'intense passion et de féroce débauche, alors qui le fera à notre place si nul ne prend la plume, ne filme l'infilmable, ou ne dessine d'honteuses courbes aphrodisiaques, sources de nos rougissements et palpitations cardiaques ? Personne.    Un conseil alors : lisez Restif et vous verrez la sexualité autrement, entre orgasme retenu et jouissance partagée, entre exaltation des sens et plaisir consommé. Un avant-goût peut- être ? Soit... La naissance d'un sein, les courbes d'une hanche, formes pulpeuses et voluptueuses sublimées par une peau satinée. Une nudité cachée pour autant dévoilée en couverture. Une sexualité suggérée sans être récriée.  L'édition offre à nos regards un bleu nuit onirique, voile des « mille et une nuits » connotant l'envolée spirituelle vers un monde d'étreintes éphémères, entre nuit agitée et éveil amer, où le rêveur ne comptera pas les moutons, seulement ses frustrations. À comprendre par là que frustré sera celui qui aura rejoint pareils rivages luxurieux sans les avoir vraiment atteints, rencontré Justine sans l'avoir vraiment connue. Ou plutôt si, mais pour un temps, seulement celui d'assouvir virtuellement ses désirs.

  • La Terre

    Émile Zola

    Longtemps, on a considéré La Terre comme un roman pornographique et vulgaire.  Et c'est vrai, il y a du sexe, très cru, et des "scènes", à faire pâlir le bourgeois dans sa chaumière. Une violence, aussi, digne d'une sorte de brutalisme, que bien avant Zola, on avait reproché à Pétrone, l'auteur latin du Satiricon. Par la même occasion, le premier, Zola est accusé de vouloir faire un coup commercial. Du cul pour du fric, le chef d'accusation est commun et rebattu, mais fonctionne de manière implacable.   En fait, avec La Terre, Zola, poursuit la peinture de sa fresque naturaliste. Au risque de plaire aux uns et de déplaire aux autres. Et c'est au monde paysan qu'il s'attaque cette fois. Avec ses façons de clinicien du roman et ses aises de romancier expérimental. Pour lui, l'enjeu est clair, faire tomber le couperet sur la vision romantique de la campagne, allant de pair avec un culte idéaliste de la Nature. Zola tord le cou à Chateaubriand, discrètement, mais sûrement : ce serait peine perdue que de chercher une Atala dans La Terre. Le seul personnage qui s'en rapproche, Françoise Fouan, est poussée sur une faux... Donc, la violence, elle est surtout en dehors du roman. Celle qui fait la démonstration que la littérature est une guerre sans pitié entre auteurs. Morts ou vivants. Pour qui la seule chose qui compte est d'imposer sa vérité du roman, par ses mensonges romanesques. Et Buteau, le frère de Françoise, de violer sa soeur. L'imagination de Zola n'a reculé devant aucune cruauté pour faire triompher sa thèse : le monde paysan est impitoyable, pingre et fesse-mathieu. Il ne vaut pas mieux que celui des Grands Magasins. Et peu à peu, l'originalité du roman se dessine : Zola se fait juge et accuse un monde pour lequel il n'éprouve guère de sympathie. Un monde hostile au changement, et réactionnaire. Celui des Chouans. Et si, bien souvent, les héros zoliens font l'objet d'une certaine complaisance de la part de leur créateur - pensons à Nana, par exemple, la famille Fouan n'est guère appréciée.   La présente édition reprend celle de 1887, de la fameuse "Bibliothèque Charpentier", créée par Georges Charpentier, qui se définissait lui-même comme « l'éditeur des naturalistes ».   Ce livre s'adresse à tous ceux soucieux de prendre Zola en flagrant délit de manquement à la doctrine du Roman expérimental d'après laquelle « le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur ». Et lire un zola partisan, c'est avoir sous les yeux le zola vengeur. Celui qui défendra Dreyfus. Et ça fait du bien.

  • Avez-vous lu Les Fleurs du Mal? On se contente généralement de quelques poèmes appris par coeur, la main sur la poitrine : L'Albatros par exemple. Au mieux La Chevelure... Mais, on ignore bien souvent, sous ce vernis scolaire, la sombre immensité de ce recueil à jamais égalée. Trop dangereux. Encore et toujours. C'est vrai, après tout, Baudelaire n'a que faire de l'ordre moral, lui qui passait le plus clair de son temps dans les bras des courtisanes, à proposer une autre manière de vivre, à l'écart des normes et des livres de lois. Contrairement à bien des rééditons des Fleurs du mal, cette réimpression digitale reproduit l'édition posthume de 1868, communément appelée la 3e édition. C'est elle qui a retenu notre attention. Car, en son temps, elle se donnait comme défense et illustration du génie baudelairien, orchestrées par les amis proches de Charles Baudelaire. Contre les censeurs. Contre les bien-pensants. Il s'agit donc, aussi, d'un hommage, en 2012, à l'aube de ce siècle de toutes les crises. Dans le cadre de la collection « 3 raisons », le texte est préfacé par Nathalie Vincent-Munnia, Lecturer à Boston University, anciennement Maître de conférences en littérature française à Clermont III. Avec le regard de la spécialiste, Nathalie Vincent-Munnia nous donne trois bonnes raisons de lire Baudelaire par temps de tempête, le nôtre, celui des crises. Les Fleurs du mal resteront à jamais le bréviaire poétique des révoltés et des insoumis, de ceux qui ne s'accommodent guère de l'ordre ambiant et des injonctions sociales. A mettre entre toutes les mains, à commencer par celle des professeurs de Lettres.

  • Le Horla

    Guy de Maupassant


    Le Horla et autres nouvelles fait partie des incontournables de la littérature de collège. Tout bon professeur qui se respecte, sait, qu'en donnant à lire ce recueil, il conduira à la lecture bien de ses élèves. A cela, une raison : le style de Maupassant. Car qu'on n'aille pas prétendre que la jeunesse actuelle se fasse peur à la lecture du Horla. Le phrasé, les mots, le tempo musical rendent le texte « fantastique », et pour reprendre les mots de Louis-Ferdinand Céline, le lecteur est alors emporté dans la « rame émotive » menée par l'auteur.
    Mais, il y a aussi une autre raison de lire Le Horla. Cette raison, c'est Freud. Oui, le père de la psychanalyse aurait certainement profité d'une lecture de Maupassant. Malheureusement, nulle trace d'une quelconque filiation. On ne peut qu'en faire l'hypothèse devant une parenté si frappante. Ainsi l'interrogation constante que mène Maupassant sur la question de l'identité et de la psychose eût-elle pu influer sur la théorie de la psychanalyse... De toutes les manières, Freud a tout fait pour donner à ses thèses un apprêt scientifique : alors une origine littéraire ne pouvait que faire tache.
    La présente édition reprend l'édition originale de Ollendorff en 1887, dans laquelle figure la seconde version du Horla , sous forme de journal intime.
    Ce livre s'adresse à ceux, qui, curieux de relire un classique, souhaite comprendre comment le phénomène fantastique est intimement mêlé à une réflexion sur le sujet et l'identité.

  • Parue en 1853, l'oeuvre d'Arthur de Gobineau vise à établir les différences se jouant sur l'ensemble des races humaines, toutes couleurs de peau confondues, toutes religions, coutumes et philosophies mêlées. Pour la première fois édité dans sa complétude en 1855, l'ouvrage présente l'un des plus grands mythes du racisme contemporain : le mythe aryen. Essentiellement historique, il se base également sur la linguistique et principalement sur le caractère propre des peuples via un savoir approfondi et une documentation à couper le souffle. Conjuguant préjugés populaires et faits scientifiquement prouvés, archéologie et littérature, l'objectif premier de ce livre reste de faire entrer l'Histoire dans la famille des sciences naturelles. C'est ainsi que Gobineau s'appuie sur l'Ancien Testament pour nous parler des différentes  civilisations antiques, tant au niveau physiologique que psychologique. Il nous en fait alors voir de toutes les couleurs en s'attardant très largement sur trois races : les Noirs, les Jaunes et les Blancs. L'addition des trois couleurs donc, non pas primaires mais complémentaires, serait selon lui le moteur de l'Histoire. Poussant l'analyse de chaque ethnie à l'extrême, l'auteur s'intéresse autant à ses succès qu'à ses échecs. Raciste assumé, c'est ainsi sans complexe que ce dernier expose une certaine hiérarchie des races sans ne jamais chercher à en expliquer les fondements, sans s'excuser de quoi que ce soit non plus. Aussi, les Blancs trouvent « naturellement » leur place au sommet du fait qu'ils représentent à ses yeux le principe vivifiant mettant en contact les races et permettant la civilisation. L'édition nous présente des doigts entrelacés sur un arrière plan noir et blanc, reproduction objectivement inspirée d'une philosophie chinoise très tendance : le yin et le yang. Une main blanche sur la gauche, une main noire sur la droite, toutes deux jointes en une osmose parfaite. Symbole de paix et de réunification, ce geste est en contradiction totale avec le symbolisme du yin et du yang, à savoir la dualité. Ce même dualisme prenant la forme de la complémentarité dans la culture orientale, tout tend à prouver que c'est par l'alliance des peuples que le monde atteindrait sa complétude, équilibre parfait dans un écrin de bien-être. C'est ainsi que le yin matérialise le féminin, la lune, le sombre, le froid, quand le yang représente le masculin, le soleil, la clarté, la chaleur. Les Noirs et les Blancs se compléteraient donc à merveille sachant que le noir représente le positif et, à l'inverse, le blanc le négatif. Mais plus par moins n'est-il pas égal à moins ? À la soustraction donc, à la dualité aussi, à la complémentarité par extension. C'est de ce fait unis que les peuples deviendraient positifs les uns pour les autres, mathématiquement indivisibles puisque liés par une force additionnelle, infinie et indestructible. Mais qu'en pensait Gobineau lui-même ? Tout le contraire selon la conclusion pessimiste apportée à son oeuvre. L'auteur conclut effectivement sur la disparition progressive de la race blanche, recul du à un métissage généralisé qu'elle-même aurait contribué à engendrer. Le monde serait donc de plus en plus confronté à des peuples métis, uniformes et sans vitalité. Toujours selon Gobineau, l'humanité toute entière se laisserait mourir une fois que ce principe de vitalité aurait disparu. D'un point de vue historique, l'ouvrage peut de fait intéresser le plus grand nombre de par les piliers sur lesquels Gobineau s'est appuyé. Ses appuis et références littéraires, archéologiques, linguistiques, bibliques et ethniques sont en effet irréfutables, ce qui n'est bien évidemment pas le cas de ses points de vue et affirmations en découlant directement... Chaque lecteur pourra ainsi conserver ses jugements de valeurs, opinions propres et degré d'indulgence et/ou de revanche face aux différentes races humaines, si elles existent...

  • Dracula

    Bram Stoker

    Quiconque a lu le Dracula de Bram Stoker sait la richesse d'une oeuvre que sa postérité cinématographique a participé à simplifier, et dans le même temps, à forger. Expérience de lecture étrange et paradoxale : lire Dracula vierge de tout parasite mythologique relève de l'impossible. L'image semble vouloir se glisser inexorablement entre les mots, et préparer notre imagination, l'infléchir, la contaminer. Ce que propose cette réédition, afin de parvenir à cette état idéal de lecture, c'est de substituer l'analyse philosophique à l'enchevêtrement des représentations cinématographiques. Le kit de lecture, comme kit de survie de l'oeuvre. La première idée est que Bram Stoker en nous donnant à lire le duel entre le Comte Dracula et le professeur Van Helsing nous livre une réflexion sur le statut philosophique de la science à la fin du XIXe siècle. Et au moment où Nietzsche est en train d'expirer, Bram Stoker semble s'inspirer des textes du philosophe au marteau pour modeler sa thèse : la science n'a pas réponse à tout, elle s'affirme et s'affermit dans une spirale vicieuse où rien ni personne ne peut la contredire. Deus sive sciencia, Dieu ou la science, pour parodier Spinoza. Comme l'écrira Stoker au cours du roman : « La puissance du vampire tient à ce que personne ne croit à son existence ». Du coup, les personnages sont contraints de devenir des voyous, bravant les lois et les interdits afin de lutter contre le mal, que tout le monde nie, puisque la raison n'est plus de la partie. D'autre part, Dracula est une très belle réflexion sur l'éthique en ce crépuscule victorien. En fait, le bien et le mal, à l'image des échanges de sang qui parcourent le roman (sang volé par le vampire ou prêté pour résister à lui), se baladent sans avoir de place attitrée. Mina, la fiancée de Harker, est attirée par le Comte, Van Helsing est fasciné, aussi. Il admire sa force, son intelligence, sa culture, quelque part, le fait qu'il soit un vestige du passé qui ne veut pas passer. Car Dracula, c'est l'immortalité de la féodalité, du temps des Seigneurs, où les valeurs ne se construisaient pas sur le travail et l'argent, mais sur le sang et la guerre. Dracula, l'anti-moderne. Moins violent que le syndicalisme, Dracula pourrait se lire comme un traité de résistance à la société industrielle que plus rien ne peut arrêter en 1897, lors de la parution du texte.   La présente édition est la reproduction de la première édition française en 1920 chez l'Edition Française Illustrée.

  • Essais

    Michel De Montaigne

    Montaigne est l'auteur d'un seul livre. Ou presque. Qu'il n'a cessé de retravailler toute sa vie, à la différence de nos philosophes contemporains qui ne cessent de pondre des livres pour gagner de l'argent.  L'idée derrière ces tentatives d'écriture? La connaissance de soi, la volonté de mener des exercices spirituels quotidiens pour parvenir à la vie heureuse. Contrairement à Descartes au siècle suivant, Montaigne ne cherche pas à se rendre comme maître et possesseur de la nature. C'est le souci de soi qui l'anime. L'amour, la mort, le désir, le changement de sexe, la jalousie, les passions tristes que sont la politique et le pouvoir, voilà ce sur quoi se penche Montaigne avec une simplicité déroutante.  A mettre sur sa table de chevet, en bonne place, entre la bible et l'oreiller.

  • Il y a des textes qui servent de matrice à une civilisation. Le Roman de Tristan et Yseut fait partie de ceux-là. Avant lui, l'amour est une histoire de lupanars et de bordels, de courtisanes et d'amantes achetées. L'union amoureuse entre un homme et une femme devient alors possible "sans raison", ni pouvoir, ni finance, ni société. Parce que c'est elle, parce que c'est lui. Mais c'est aussi la vision de la femme qui change : d'esclave qu'elle était, elle devient maîtresse. Faible, elle se mue en volonté de puissance dangeureuse. D'ailleurs, elle est l'agent de la subversion : c'est Yseult qui boulverse l'odre conjugual en trompant Marc... A tous les amants du monde : si vous souhaitez construire des existences heureuses et amoureuses, il vous faudra  passer devant ce monument littéraire que constitue Tristan et Yseut. L'ouvrage d'ailleurs en donne la description dans son excipit : deux tombes dont les ronces s'entremêlent.   O.S.V

  • L'alliage de l'érotisme et du vampirisme ne date pas du Dracula de Coppola en 1992. Il remonte, en France, au romantisme, plus précisément à Gautier, avec sa Morte amoureuse, en 1836. C'est vrai. L'idée de conférer au suceur de sang une dimension sexuelle était géniale : comment refuser la comparaison entre les relations amoureuses et celles que le vampire entretient avec ses victimes? Gautier va même plus loin : il choisit pour jouet de la belle et sensuelle goule, un prêtre... Charge à nous d'inter-préter. En effet, si Romuald est tellement attiré par Clarimonde la courtisane, c'est qu'il est l'archétype de la virilité réduite en esclavage par l'amour d'une femme, ou plutôt, le désir nu et brutal; mal vécu, mal gouverné et maquillé d'un discours aveugle teinté d'idéalisme. Les Freudiens pourraient convoquer la psychanalyse et, avec elle, la théorie du refoulement. C'est pour maintenir emprisonné dans son inconscient sa pulsion sexuelle pour une femme que Romuald dédouble sa personnalité. Freud, lecteur de Gautier? Non, Gautier lecteur de Sade. Si on plonge dans les sources d'inspiration de ce bijou littéraire qu'est la Morte amoureuse, on trouve aux premières loges, le divin Marquis. A plusieurs reprises dans l'oeuvre, Clarimonde prend plaisir à faire saigner sa pauvre victime, sans vraiment s'en cacher. Comme si la cruauté faisait partie du jeu amoureux en particulier et social en général. On retrouvera chez Sade aussi le goût très gothique du château hanté. Par des monstres de sexe et de violence. L'athéisme également. N'oublions pas que le dénouement de la nouvelle nous donne à voir deux prêtres profanant la tombe d'une créature du Seigneur. Tout cela n'est guère catholique. Enfin, la célèbre morale de la nouvelle appelle à la réflexion : « Ne regardez jamais une femme, et marchez toujours les yeux fixés en terre, car, si chaste et si calme que vous soyez, il suffit d'une minute pour vous faire perdre l'éternité ». L'ironie cinglante du jeune romantique, il a alors 25 ans, semble critiquer lourdement une société en crise : la Monarchie de Juillet, plus ouverte que celle de Charles X, réprimera la révolte des Canuts en 1834... Une société qui ne sait plus quel héritage est le sien : la révolution ou la monarchie, même constitutionnelle? Difficile dans ce paysage d'avoir une vie amoureuse dégagée du carcan social et religieux. A moins de faire la nuit, ce que l'on ne vous permet pas de faire le jour.   La présente édition est la reproduction du texte publié par Balzac dans La Chronique de Paris, en 1836.

  • Andromaque

    Jean Racine

    A l'époque où le XVIIe siècle se fait libertin, 1667, Racine décide de s'emparer de la matière troyenne (et d'Andromaque, la veuve d'Hector) pour mettre au point la plus vaudevillesque des tragédies classiques, où tout le monde aime quelqu'un d'autre et personne n'est aimé de qui que ce soit. Mais au-delà des tragédies de la passion que Racine met si bien paroles et en actes, il y a le souci éminement moderne d'humaniser un théâtre qui ne laissait guère de place à l'homme, tel qu'en lui-même, avec sa chair et son sang. Qui n'en vaut aucun mais que aucun ne vaut.  A lire et à voir donc. A apprendre par coeur aussi. Pour ceux qui croient encore à la grandeur de l'alexandrin racinien, à son plus beau moment ici.

  • Si bien des lecteurs ont eu l'audace de lire les dialogues de Sade, rares sont ceux qui peuvent se vanter de connaître ses romans. Les critiques littéraires parisiens les disent longs, ennuyeux et mal écrits... Quand ils sont le parfait contraire de cette définition à la sauvette. Justine ou les Malheurs de la vertu devrait sièger dans la panthéon littéraire, à la droite de Bovary et à la gauche de Raquin. Bref, un chef-d'oeuvre.  Justine, c'est d'abord un roman noir dans la veine de cette littérature gothique anglaise qui se développe au XVIIIe siècle, notamment sous la plume de Richardson, que Sade admirait. Tous les ingrédients se trouvent en présence : le château, la jeune fille persécutée, le religieux peu catholique, l'incarcération, la torture... En 1791, quand paraît la seconde version de Juliette, Justine ou les Malheurs de la vertu, c'est Celestina de Richardson qui fait son apparition. Coïncidence? Non. Sade est l'un des principaux importateurs du genre en France, grâce auquel les Romantiques comme Théophile Gautier, puis les Naturalistes comme Guy de Maupassant, pourront faire leur beurre fantastique : qui a lu La Morte amoureuse ne doutera pas un instant de l'influence du divin Marquis sur l'auteur du Capitaine Fracasse... Mais, Justine, c'est aussi l'aboutissement des réflexions philosophiques de tout un siècle : la Raison, le Progrès, la Civilisation n'ont aucune valeur, elles sont même les agents de la destruction de l'humanité. Voilà la thèse de Sade résumée de manière lapidaire mais efficace. Démonstration. Justine et Juliette sont deux soeurs. La première choisit la vertu, la seconde, le vice. La première subit l'existence, la seconde la maîtrise. Lorsque l'une se fait violer, l'autre en impose par sa violence. La symétrie est géométrique, quasi manichéenne, car pour Sade, la moral est un leurre et la civilisation, un mensonge.  Et s'il prend la peine de décrire pendant plus de deux cents pages les "ennuis" de son héroïne, c'est que rien n'est épargné pour faire admettre aux lecteurs la terrible vérité : la vertu n'est jamais récompensée. A l'orée de ce XXIe siècle balbutiant de dettes, comment ne pas donner raison à Sade : guerres, corruptions, viols, de l'individu aux Etats, de la sexualité à la finance, la norme semble être la perversion. Nos chefs d'Etats feraient mieux de lire Justine dans le texte plutôt que de regarder Marianne  dans le rouge du bonnet   La présente édition reprend le texte de la seconde version de Justine, tel qu'il est paru en 1791 chez l'éditeur Girouard à Paris.

  • Candide

    Voltaire

    Les éditeurs parisiens, et avec eux, les professeurs de Lettres, présentent généralement Candide comme l'oeuvre d'un écrivain des Lumières, d'un intellectuel engagé, contre l'intolérance religieuse, politique et guerrière. Contre le racisme, les coutumes absurdes et le conservatisme aristocratique. Bref, un modèle d'ironie et de sarcasmes bien placés. Le genre de type et de texte qui vous bouleverse une société à lui seul. En fait, on peut lire Candide autrement. Sans arrière-pensées. Sans sérieux et suffisance. Pour le plaisir de lire un texte frappeur et draconien contre le genre humain.  Un conte philosophique qui multiplie l'humour farcesque, voire salasse : qu'on se rappelle du début programmatique. Candide est le bâtard d'une incartade amoureuse de la soeur du baron; quelques lignes plus tard, la jeune Cunégonde surprend le prof de philo, Pangloss, en train de livrer un assaut amoureux à une servante; et le chapitre se termine par un coup de pied dans les fesses de Candide, qui a tenté de reproduire ce que Cunégonde a vu des ardeurs "philosophiques" de Pangloss... Ajoutez à cela que Cunégonde semble vouloir battre des records en multipliant ses aventures sexuelles - de bon ou de mauvais grès - et vous vous ferez une idée véritable de Candide qui n'a rien d'un livre pour innocents. C'est une parodie de ce genre littéraire bien en vogue au XVIIIe, le roman picaresque, où un pauvre erre devient le jouet du destin, qui fait de lui tout et son contraire, le hissant au sommet de la société pour le jeter tout en bas, gros jean comme devant. Il faut donc se méfier de lire dans Candide ce qu'on aimerait bien y voir. Voltaire se moque de tout et de tout le monde. Même le fameux chapitre 19, Le Nègre de Surinam, n'est pas aussi univoque qu'on le dit. L'auteur renvoie dos à dos la monstruosité des esclavagistes et la servitude volontaire des esclaves, stupide dans leur immobilisme. Bien-sûr Leibniz, Rousseau, Frédéric II, Emilie du Châtelet, la maîtresse de Voltaire, tout le monde en prend pour son grade.   La présente édition reprend le texte original paru en 1759 à Genève aux Editions Princeps   A relire de toute urgence pour avoir sur l'existence un regard toujours critique, mais jamais sérieux.

  • Telle est l'ironie de la littérature : Stendhal qui voulait écrire pour ses « happy few » se retrouve bien malgré lui le symbole d'une culture classique et rebattue, lui que tout lycéen de bonne naissance se doit d'avoir lu. Et pourtant quelle subversion ne se cache-t-il pas dans ses romans - notamment Le Rouge et le Noir! Un fils du peuple, Julien Sorel, que le destin vouait aux champs, se fait anoblir et mettre à mort. Entre-temps : adultère, mensonges, ambition, infidélité, tentative d'assassinat... De quoi donner à penser sur la société de la Restauration... En fait, si les bâtisseurs de programmes de l'Education Nationale y prêtaient attention, ils interdiraient aux enfants la lecture du Rouge et le Noir. Trop dangereux pour une nation. Explication.  D'abord, la dénonciation brutale des nantis. Que ce soit le maire de Verrières, M. de Rênal, ou le ministre du Roi, le Marquis de la Mole, l'image des puissants croquée par Stendhal n'est guère séduisante : faibles, naïfs ou bien arrogants et calculateurs, ils font très fin de race. Impuissants à tout acte de force, contrairement à Julien, qui, lui, est emporté dans un tourbillon de passions et de violences, d'intelligence et de volonté. En somme des valeurs aristocratiques. Bref, le monde à l'envers. Mais le monde tel qu'il est. Pour le collégien, c'est lui enseigner à mépriser son professeur... Le Rouge et le Noir, c'est également, l'athéisme à l'état pur. Nietzsche ne s'y trompera pas, lorsqu'il dira dans Ecce Homo : « Peut-être suis-je même jaloux de Stendhal. Il m'a volé le meilleur mot que mon athéisme eût pu trouver « La seule excuse de Dieu c'est de ne pas exister.» » En effet, Julien se sert au sens propre de l'Eglise pour arriver. Son idole est Napoléon et non le Christ, symbole d'une philosophie de l'agonie, du pardon, de l'égalité. Sorel lui ne rêve que d'empire. Sur soi, les autres, le monde. En un sens, il est un peu à sa manière une esquisse du Surhomme que pensera le philosophe quelques décennies après. Encore une fois, rien de très séant à notre jeunesse. Enfin, et c'est là le génie de Stendhal, Le Rouge et le Noir renvoie dos à dos l'héritage révolutionnaire et le marasme monarchique. La Révolution qui ne peut mener qu'à un monde fait d'illusions, où l'humain prend son désir pour de la réalité, jusqu'à la folie. La Monarchie qui a perdu tout désir d'être, et qui n'est plus que dans le paraître des salons mondains.  En ce début de XXIe siècle, les individus se cherchent toujours, incapables, comme Julien Sorel, de devenir ce qu'ils sont. Si l'Ecole ne l'enseigne pas, laissons Stendhal nous l'apprendre.   La présente édition est la reproduction de celle de novembre 1830 chez les éditions Levasseur.

  • La philosophie dans le boudoir fait partie de ces livres dont tout le monde parle sans jamais les avoir lus. Il est de bon ton d'enfiler la redingote du Divin Marquis, de prendre des airs de sinistre gentilhomme et de répandre deci delà que Sade reste d'actualité. Encore et toujours. Certes, la cause est entendue. Sade, c'est pour les rebelles. Les insoumis de la colonne de Juillet. Les guerrilléros du dimanche. Et cela, si on s'en tient aux premières impressions d'une lecture hâtive : Sade, un mélange de porno et de philo. Mais l'effroi s'empare du lecteur, à une lecture plus attentive. Pourquoi? Car, La philosophie dans le boudoir, est une machine de guerre contre bien-pensants. Une mécanique fatale et impitoyable à broyer de la pensée unique. Pour fabriquer des forces vives. Que Sade nous apprend-t-il de la pauvreté? Une excuse que les faibles aiment bien donner à leur langueur; et la peine de mort alors? Une absurdité. Non parce qu'elle serait une insulte aux droits de l'homme, mais qu'elle se livre comme apanage de l'Etat sur l'individu. En somme, Sade lui préfère la justice directe, qui ne fait guère bon ménage avec une quelconque législation. Et ce qui choque, c'est plus la violence d'une philosophie à laquelle rien ne prépare, que la cruauté de scènes d'amour "sadiques". L'édition ici proposée reprend celle de 1795. L'oeuvre s'y donne dans toute sa polyphonie : tantôt "nouvelle" érotique, puis pièce de théâtre à huis clos et enfin dissertation philosophique. On retrouve même le genre du pamphlet politique avec le célèbre texte "Français, encore un effort pour devenir républicains", où l'ironie de Sade fouette tous-azimuts, à la gauche comme à la droite du Roi... OEuvre réservée à des lecteurs avertis et endurcis au politiquement incorrect.

empty