Le Livre de Poche

  • Le Tartuffe

    Molière

    Edition enrichie (Préface, notes, commentaires sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Un faux dévot s´installe dans la famille d´Orgon dont il fait sa dupe, y vit grassement et manifeste une assez vive sensualité pour courtiser la maîtresse de maison - avant d´être finalement démasqué. Le sujet de sa pièce, Molière dut longuement batailler pour finalement l´imposer en 1669, car, à sa première représentation à Versailles, la comédie avait été jugée dangereuse : s´il décriait les apparences de la vertu, Molière ne rendait-il pas également suspects les dévots authentiques ?
    Car tel est bien l´enjeu sérieux de la pièce : percer à jour l´hypocrisie tout en nous incitant à méditer sur le déguisement et la métamorphose. Mais Le Tartuffe est aussi une comédie de moeurs et de caractères où la farce peu à peu s´inßéchit vers le drame et cependant s´harmonise parfaitement avec lui. Molière fait preuve ici d´un métier admirable pour faire passer le spectateur du rire franc à la plus délicate émotion, de la gaieté la plus vive à la réflexion la plus grave, et parfois la plus sombre.

    Edition de Jean-Pierre Collinet. 

  • Edition enrichie (Préface, notes, commentaires sur l'oeuvre, lexique et chronologie)Plutôt que «Britannicus», victime assez falote de Néron et d´Agrippine, Racine aurait dû donner à sa tragédie le nom de l´un ou l´autre des deux monstres qui s´affrontent à travers lui.
    Leur «ambition», aujourd´hui nous l´appellerions plus volontiers «goût du pouvoir». Un goût de mort et de sang dont les Romains, hélas ! n´ont pas emporté le secret avec eux. Chacun, ici, reconnaîtra les siens...

  • Edition enrichie (préface, notes, dossier sur l'oeuvre, variantes, chronologie et bibliographie)Don Gomès, père de Chimène, approuve le mariage de sa fille et de Rodrigue. Mais lorsqu'il apprend que le père de Rodrigue, don Diègue, a été désigné gouverneur du prince de Castille à sa place, il soufflette son rival. Don Diègue met alors la main à l'épée, mais il est trop vieux pour se battre et don Gomès le désarme : c'est alors à son fils que don Diègue demande de le venger. Rodrigue doit-il le faire comme le lui impose son honneur, ou conserver l'amour qui le lie à Chimène ?
    Jouée en 1637 au Théâtre du Marais, la pièce, qui était alors - genre à la mode- une tragi-comédie dont Corneille avait puisé le sujet dans une oeuvre espagnole, rencontre immédiatement un grand succès, mais déchaîne une querelle littéraire - la première du siècle - qui durera jusqu'en 1660. Entre-temps, le dramaturge aura remanié sa pièce en l'élevant à la tragédie, et si Le Cid marque dans l'histoire du théâtre une étape essentielle, c'est qu'avec lui se fonde un certain classicisme en même temps qu'apparaissent le «héros cornélien» et la dimension politique, pour Corneille, de toute vraie tragédie.

    Edition de Christian Biet. 

  • Perdican revient au village de son enfance où il doit épouser sa cousine Camille, mais la jeune fille, tout juste sortie du couvent, est prévenue contre l´amour, par avance convaincue de la désillusion qu´elle encourt. Par dépit, Perdican séduit alors Rosette, une petite paysanne, et dans un décor de fraîcheur bucolique, c´est une fin tragique qui s´annonce.
    Camille et Perdican partagent sans doute la même religion de l´amour idéal, mais mêlée de véhémence chez l´une et de rouerie chez l´autre, et derrière le rêve d´un retour à l´innocence première se dessine un enfer, inscrit depuis toujours dans la nature humaine. Le temps paradisiaque d´On ne badine pas avec l´amour, faut-il alors le voir comme une immobilité bienheureuse ou la préparation de la Chute ? C´est là toute l´incertitude de la pièce qui n´oublie pas, en 1834, la liaison de Musset avec George Sand, dont Perdican répète mot pour mot les paroles : «J´ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j´ai aimé. C´est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.» Edition de Frank Lestringant.

  • Cinna

    Pierre Corneille

    Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Emilie souhaite se venger de l'empereur Auguste qui a proscrit son père avant d'accéder au pouvoir : elle demande à Cinna, son amant, de l'assassiner, faute de quoi elle ne l'épousera pas. Mais Auguste, las du pouvoir, interroge Cinna et son ami Maxime : doit-il abdiquer ? Républicain, Maxime le pousse à quitter le pouvoir et Cinna à le conserver. En signe de reconnaissance, Auguste propose à Cinna de l'associer à l'Empire. Cette générosité le rend honteux de son ingratitude : doit-il assassiner son bienfaiteur ou rompre le serment qu'il vient de faire à Emilie ?
    Lorsque en 1642 il fait jouer Cinna au Théâtre du Marais et fait de la magnanimité la clef de sa tragédie, Corneille offre au public une pièce exemplaire où le coup de théâtre final est aussi un coup de maître. La clémence d'Auguste force l'admiration mais elle est lentement conquise. Et devant cette tragédie politique, le spectateur n'oublie pas la virtuosité avec laquelle Corneille l'incite à réfléchir aux passions qui conduisent au dénouement et à l'exercice d'un pouvoir qui a finalement surmonté sa fragilité.
    Edition de Christian Biet.

  • Iphigénie

    Jean Racine

    On donnait à boire à Sekhmet, la déesse Lionne égyptienne, de grands pots de bière rouge qu´on lui faisait passer pour du sang. Après quoi, apaisée, elle s´endormait. Mais tous les dieux ne s´en laissaient pas si facilement conter.
    Pour que se lèvent les vents sans lesquels ses bateaux ne peuvent cingler vers Troie, les dieux grecs exigent d´Agamemnon qu´il sacrifie rien moins que sa fille Iphigénie. Pris de pitié pour elle, Racine est décidé à la sauver. Mais il va se trouver contraint d´en immoler une autre à sa place, jeune femme moins aimable et moins vertueuse, il est vrai.
    Dieux de l´Olympe, dieux aztèques, dieux incas... tous, semble-t-il, aussi assoiffés de sang. Le bruit court que l´homme les aurait créés à son image...

  • « Marotte. Voilà un laquais, qui demande si vous êtes au logis, et dit que son maître vous veut venir voir.
    Madelon. Apprenez, sotte, à vous énoncer moins vulgairement. Dites : «Voilà un nécessaire qui demande si vous êtes en commodité d´être visibles.» Marotte. Dame, je n´entends point le latin, et je n´ai pas appris, comme vous, la filofie dans Le Grand Cyre.
    Madelon. L´impertinente ! le moyen de souffrir cela ! et qui est-il, le maître de ce laquais ? Marotte. Il me l´a nommé le marquis de Mascarille. Madelon. Ah ma chère ! un marquis, oui, allez dire qu´on nous peut voir. C´est sans doute un bel esprit, qui aura ouï parler de nous. » Les Précieuses ridicules sont la première comédie imprimée de Molière, mais le texte publié n´est que l´image silencieuse de ce qui fit en 1659 son succès immédiat : un théâtre vivant et neuf, car cette courte pièce en un acte et en prose affichait son parti pris en faveur du spectaculaire, du jeu des acteurs, de ce qu´on voit et qu´on entend, de ce que l´écrit justement ne transmet pas. Sa nouveauté prit à rebours les idées reçues sur la comédie : spectateurs conquis et rivaux dépassés surent alors que plus rien ne serait comme avant sur les scènes parisiennes du xviie siècle.

    Introduction, notes et commentaires par Claude Bourqui. 

  • Tout avait pourtant bien commencé : grâce à une petite ruse, l'annonce mensongère de son futur mariage, Marcel Courbois - qui ne pouvait hériter de l'immense fortune de son père que s'il renonçait au célibat - allait enfin pouvoir toucher au sommet du bonheur : à lui les millions, Paris et ses femmes, les folles soirées chez Maxim's, la haute noce, en somme, telle qu'on savait encore la faire à la Belle Epoque...
    Malheureusement, un beau matin, il avait découvert sous ses draps la belle Amélie que son ami Etienne lui avait prêtée pour qu'elle jouât la fiancée... mais pas davantage... Quelques verres superflus lui avaient fait outrepasser le programme : il s'était vraiment trop occupé d'Amélie. Ce fut le commencement de ses ennuis.

    Feydeau était un grand comique. Le plus grand après Molière... Les pièces de Feydeau ont la force, la progression et la violence des tragédies. Elles en ont l'inéluctable fatalité. Devant les tragédies, on étouffe d'horreur. Devant Feydeau, on étouffe de rire.
    Marcel Achard.

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