Le Livre de Poche

  • Édition de Bénédicte Louvat-Molozay.Assis seul, Argan détaille des factures d'apothicaire lorsque Toinette, sa servante, entre dans sa chambre. Il l'interroge sur son lavement, demande s'il a bien fait de la bile, à quoi Toinette répond qu'elle ne se mêle point de ces affaires-là. Consciente que les maux de son maître sont imaginaires, elle ne se prive pas d'ajouter que, pour son médecin et son apothicaire, il n'est rien d'autre qu'une « bonne vache à lait ». Molière lui-même joue le personnage d´Argan le 10 février 1673, lors de la création de sa pièce au théâtre du Palais-Royal, et meurt sept jours plus tard, à l´issue de la quatrième représentation. De cette « comédie mêlée de musique et de danses » où son oeuvre s´achève, c´est la puissance comique qui, bien sûr, a fait la fortune. Mais c´est aussi une pièce à thèse : le dramaturge ne se moque pas seulement des médecins de son temps, mais après Le Tartuffe, il dénonce plus profondément en eux de nouveaux imposteurs.

  • Marianne, une jeune Napolitaine de dixneuf ans que sa mère a mariée à un vieux juge, n´a d´autre distraction que de se rendre à l´église plusieurs fois par jour. En chemin, elle rencontre son cousin Octave qui, auprès d´elle, plaide la cause de son ami Coelio, trop timide pour déclarer son amour. Elle commence par le rabrouer puis, par un revirement qui est un caprice, accepte d´entrouvrir sa porte à un amant. Mais lequel ? La romance va tourner au drame... En 1833, lorsqu´il fait paraître sa pièce qui ne sera portée à la scène qu´en 1851, dans une version d´où il aura gommé les allusions sexuelles et religieuses, Musset y voit une comédie. Mais c´est une comédie au dénouement tragique et qui déroute la tradition : par leur ton poétique, leur inspiration fantaisiste, leur légèreté de composition, Les Caprices de Marianne renouvellent profondément l´écriture dramatique. Quant à leur héroïne, plus révoltée sans doute qu´écervelée, elle incarne la liberté d´une femme qui refuse de se voir dicter sa conduite amoureuse.

  • Dans une Arménie soumise à la Rome impériale, un jeune seigneur, Polyeucte, époux de la fille du gouverneur, se fait baptiser en secret à l´instigation de Néarque, son ami chrétien. Prié d´assister peu après à un sacrifice qui célèbre le retour d´un général romain, il perturbe le rituel en proclamant sa foi et entreprend de briser les statues du culte païen. Ni les prières de son épouse, ni les supplications de son beau-père ne lui feront renier son acte.
    Quand Corneille, dans le courant de l´hiver 1642-1643, porte sa tragédie à la scène, la singularité de son Polyeucte martyr - qui reprend l´histoire d´un saint authentique et s´inspire discrètement d´une pièce italienne - est d´associer la figure du chrétien et celle du héros de tragédie. «Si mourir pour son prince est un illustre sort, / Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort ?» Le martyre est ainsi une forme d´héroïsme. Mais la violence iconoclaste de Polyeucte est-elle d´un chrétien ou bien plutôt d´un fanatique comme le pensait Voltaire ? C´est peut-être de ce fanatisme que la pièce, aujourd´hui, tire son actualité.

    Edition de Claude Bourqui et Simone de Reyff. 

  • « Je n'ai plus que ce jour, que ce moment de vie :
    Pardonnez à l'amour qui vous la sacrifie, Et souffrez qu'un soupir exhale à vos genoux, Pour ma dernière joie, une âme toute à vous. » En vertu d'un traité, la Princesse d'Arménie Eurydice doit épouser le Prince héritier des Parthes, Pacorus, alors qu'un amour partagé mais secret l'attache à Suréna, le glorieux vainqueur des Romains, grâce à qui le roi des Parthes a retrouvé son trône. Le secret découvert, Suréna est sommé de renoncer à Eurydice et de se plier à la volonté de son roi.
    Héros parfait, Suréna est trop glorieux pour ne pas susciter la jalousie de son monarque, mais également trop amoureux pour lui céder. Politiquement coupable, mais humainement innocent, il est de son destin d'aller à la mort plutôt que de renoncer à aimer, comme celui de son roi est d'aller à la chute en se faisant tyran. En 1674, Suréna est la dernière pièce de Corneille. C'est également la plus tragique.

    Edition présentée et annotée par Georges Forestier. 

empty