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Littérature
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Le petit Giono illustré
Marie-Hélène Lafon, Jean-Philippe Pierron, Selçuk Demirel
- Editions Du Ruisseau
- Silex
- 10 Juillet 2024
- 9782491992309
Aujourd'hui, l'oeuvre romanesque de Jean Giono (1895-1970) est considérée comme l'une des plus importantes du XXe siècle. Dès Colline (1929), Regain (1930) et Jean le Bleu (1932), toute une génération s'est reconnue dans les aspirations de l'écrivain de Manosque : proximité retrouvée avec la nature, authenticité de la vie paysanne, nostalgie des petites communautés villageoises... Giono exalte Le Chant du monde auquel il nous convie avec générosité. Mais son lyrisme d'inspiration panthéiste ne manque pas de lucidité : la Nature peut être violente et les relations entre les Hommes cruelles. Avec la menace du second conflit mondial, Giono réactive son pacifisme viscéral, né de son expérience traumatisante de la Grande Guerre. Il multiplie romans et tribunes pour enjoindre la jeunesse européenne à toujours préférer la vie. Sa défiance vis-à-vis de l'État et des affres de la modernité capitaliste rappelle l'empreinte laissée par son père bien-aimé, un cordonnier libertaire d'origine piémontaise. À travers cette centaine de citations, Giono peint avec tendresse et lucidité le petit bal des caractères. Il nous délivre aussi des messages d'une modernité étonnante : pacifisme inconditionnel, critique de la ville et de l'argent, écologisme... « Personne ne vous promet plus que le progrès vous donnera la joie » écrivait-il en 1938. Enfin, Giono nous offre parmi les plus belles pages de la littérature mondiale sur le ciel et la montagne, sur le vent dans les arbres et la vigueur des ruisseaux. « Ouvre-toi, ouvre-toi : le bonheur et la joie sont là qui veulent entrer. »
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Ce livre va prendre sa place et sa part dans le débat contemporain qui oppose les tenants de la famille classique ou traditionnelle à ceux qui affirment la disparition de la famille normale, arguant que toute famille est une construction sociale et donc que toutes les compositions familiales se valent. A sa manière, il prolonge donc le débat qui a été engagé en France lors du projet de loi sur le mariage dit " mariage pour tous ", mais aussi à toutes les questions qui se posent aujourd'hui autour des enjeux familiaux : le débat sur l'adoption et l'accès aux origines ; la place et le rôle de la biologie dans la référence à l'aide médicale à la procréation pour définir ce qu'est une famille naturelle ; l'intérêt inédit pour la généalogie et les histoires familiales ; le statut des tiers d'engendrement ( mère porteuse, donneur de gamète) et des tiers éducatifs (beaux-parents) ; la définition de ce qui fait qu'une famille est une famille lorsque les familles recomposées, monoparentales ou bien encore homosexuelles semblent rendre difficile une réponse à cette question.
Le sens de la famille, disait-on autrefois, on l'a ou on ne l'a pas. Et on le brandissait comme un étendard. Le blason familial était suivi de son cortège d'obligations à honorer pour être respectables sinon respectés, de disciplines des corps, et d'innombrables normes invitant à s'y conformer. Il justifiait des rapports de dominations entre sexes ou entre générations. Il cautionnait l'idée qu'espace privé séparé de l'espace public, il était évidemment promoteur de solidarité et de justice naturelle dans la " cellule familiale ". Ces idées ont fait long feu.
On n'a pas une famille comme on possède un patrimoine. Aussi, est-ce au moment où le sens de l'honneur familial s'étiole, désuet et archaïque, qu'il importe de le revisiter. Le sens de la famille, plutôt qu'un programme à honorer, n'est-il pas un processus à déployer ? Si on ne choisit pas sa famille n'apprend-on pas à y consentir dans un long processus, parfois douloureux mais qui peut aussi être joyeux ou tendre ? Et si le sens de la famille était le nom donné à ce consentement ?
Il faut toutes ces questions pour retrouver la riche palette de ce que chaque famille appelle à vivre. Porteuse d'évaluations fortes, n'est-elle pas, à chaque fois, une petite école des capacités qui ne prétend pas, pour autant être donneuse de leçons ?