Vincent Duclert

  • «Les victoires démocratiques restent toujours imparfaites et provisoires, et c'est leur force que de rappeler combien l'histoire est incertaine, l'humanité fragile.»Vincent DuclertFace à tant d'impuissance pour agir et penser aujourd'hui face à l'antisémitisme, il n'est pas vain de rappeler à la France, à l'Europe, le meilleur de ce qu'elles ont été dans le passé, afin de demeurer capables encore d'édifier des sociétés démocratiques. Ces récits de combats héroïques réinsufflent à la raison démocratique un supplément d'âme. Il ne suffit pas d'invoquer la démocratie pour la défendre. On doit «croire» en elle et trouver, dans cette croyance de raison, le courage de se battre pour elle.En 1910, Charles Péguy écrit dans Notre jeunesse que l'affaire Dreyfus «ne finira jamais». Plus elle est finie, explique-t-il, «plus elle prouve».

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  • La République imaginée (1870-1914)

    Vincent Duclert

    • Folio
    • 2 Septembre 2021

    La France de 1870 à 1914 entame un temps de la politique qui se confond largement avec la promesse républicaine. Après une décennie marquée par la guerre étrangère et inté-rieure, la domination des monarchistes et des combats pour la liberté, une dynamique démocratique s'instaure dans la jeune IIIe République. Elle ne se limite pas à la vie des ins-titutions, à la pratique gouvernementale ou à l'exercice du suffrage. Des questions nouvelles sont posées aux Français, qui s'en emparent et imaginent leur République. Les oppositions nationalistes et même antisémites restent toujours vives et menacent à plusieurs reprises, comme durant la crise boulangiste et l'affaire Dreyfus, ce processus fondamental de démocratisation qui irrigue une société tout entière. Bornée à l'origine par la guerre de 1870 et la Commune et à la fin par le conflit européen de 1914, la France de 1870 à 1914 est parvenue à s'extraire de ces engrenages, inaugurant une « Belle Époque » qu'avait préparée une riche « fin de siècle ». L'ouverture au monde - que ne résumait pas une colonisation impériale et destructrice -, l'expérience politique et sociale, les engagements démocratiques, les audaces artistiques, la découverte des espaces et des temps fondent une histoire à écrire et décrire ici. Elle est constitutive du présent et de l'avenir.

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  • L'affaire Dreyfus

    Vincent Duclert

    • La decouverte
    • 29 Novembre 2018

    Le 22 décembre 1894, un procès d'État condamne un capitaine juif, alsacien, innocent de toute charge, pour crime de « haute trahison » (en faveur de l'Allemagne). S'ouvre, deux ans plus tard, une crise majeure de la République. Le régime est menacé par l'effondrement de la justice, l'impunité de l'armée, la violence des nationalistes, la peur des républicains.
    Mais l'engagement pour Dreyfus, la défense des droits de l'homme et du citoyen, la lutte contre l'antisémitisme et le nationalisme entraînent un sursaut civique de la société. Le 12 juillet 1906, un arrêt solennel de la Cour de cassation réhabilite l'officier. L'Affaire inaugure un âge démocratique porté par l'engagement des intellectuels, les expériences dreyfusistes, la reconnaissance de nouvelles libertés comme celles d'association et de conscience (au fondement de la laïcité), la solidarité pour les opprimés de par le monde.
    Ces mutations si décisives pour la Belle Époque demeurent d'actualité, face à la raison d'État, au viol de la justice et à l'abandon des persécutés. Pour retrouver le sens des valeurs dans des sociétés traversées par le racisme, l'antisémitisme et les passions identitaires ?

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  • La République imaginée (1870 à 1914)

    Vincent Duclert

    • Belin
    • 8 Juillet 2010

    La France de 1870 à 1914 entame un temps de la politique qui se confond largement avec la République.
    Après une première décennie marquée par la guerre étrangère et intérieure, la domination des monarchistes et des combats pour la liberté, celle-ci s'affirme comme une possibilité de démocratiser le pouvoir et la société. La dynamique politique qui s'instaure à partir de 1878 dans la jeune IIIe République ne se limite pas en effet à la vie des institutions, à la pratique gouvernementale ou à l'exercice du suffrage.
    Des questions nouvelles sont posées aux Français qui s'en emparent et imaginent leur République. Les ambiguïtés des républicains n'en demeurent pas moins fortes comme le montre la tentation de répression des mouvements sociaux, des avant-gardes intellectuelles ou des luttes civiques. Les oppositions nationalistes et même antisémites, restent elles aussi toujours vives et menacent à plusieurs reprises, comme durant la crise boulangiste et pendant l'affaire Dreyfus, ce processus fondamental de démocratisation qui irrigue une société, un pays, des univers, et que restituent discours, articles et oeuvres d'art.
    La République imaginée raconte et explique ce moment politique de la France qui, par sa richesse, sa profondeur et sa complexité, constitue un volet essentiel de la France contemporaine et de sa modernité sociale autant que culturelle. Bornée pourtant à l'origine par la guerre de 1870 et la Commune et à la fin par le conflit européen déclenché en 1914, la France de 1870 à 1914 est parvenue à s'extraire de ces engrenages, inaugurant une "Belle Epoque " qu'avait préparée une riche "fin de siècle".
    L'ouverture au monde - que ne résumait pas une colonisation impériale et destructrice - l'expérience politique, les engagements démocratiques, les expériences sociales, la découverte des espaces et des temps fondent une histoire à écrire et décrire ici. Elle est constitutive du présent et de l'avenir.

  • Camus, des pays de liberté

    Vincent Duclert

    • Stock
    • 8 Janvier 2020

    « Êtes-vous un intellectuel de gauche ?
    - Je ne suis pas sûr d'être un intellectuel... Quant au reste, je suis pour la gauche, malgré moi et malgré elle. ».
    (Entretien du 14 décembre 1959, Albert Camus avec François Meyer, université d'Aix en Provence.).

    Albert Camus est mort dans un accident de voiture le 4 janvier 1960. Il y a tout juste 60 ans. Il a été de son vivant méprisé, haï même, pour avoir combattu tous les totalitarismes, pour avoir défendu une position réconciliatrice face à la guerre d'Algérie, pour avoir écrit L'Homme révolté. Il s'est tenu dans une position morale face à l'histoire tout en demeurant un homme de théâtre et un romancier exigeant.

    Aujourd'hui il est reconnu, célébré souvent, toujours discuté pour sa solidarité en faveur de ses soeurs et frères algériens et sa critique permanente d'une gauche complaisante avec la violence d'État. Personnalité complexe et entière, Camus n'a pas transigé sur l'essentiel, le choix de la liberté et le devoir de vérité, lui imposant alors l'épreuve de la solitude et l'incompréhension de ses contemporains, ne comptant plus que sur le soutien de ses amis et celui des femmes qu'il aimait.

    Pour mieux comprendre Camus, Vincent Duclert ouvre des archives familiales, notamment le récit de la toute dernière intervention publique de Camus (citée ici) qu'a menée son propre grand-oncle, François Meyer. Vincent Duclert revisite enfin les pays dont Camus a su donner une âme autant qu'un destin, celui de la liberté, de la vérité et du courage. Fondé sur la relecture de ses écrits notamment politiques, ce livre se veut hommage réfléchi à une pensée française autant qu'internationale, qui demeure de notre temps.

  • Alfred Dreyfus

    Vincent Duclert

    • Pluriel
    • 25 Mai 2016

    Des milliers de livres existent sur « l'Affaire » à laquelle Alfred Dreyfus a donné son nom, mais nul historien n'a jamais écrit sa biographie dans le siècle qui s'écoula, de sa solennelle réhabilitation en 1906 au centenaire de 2006. Quel rôle cette figure, longtemps tenue pour insignifiante voire indigne des valeurs dreyfusardes, a-t-elle joué dans le combat reconnu des droits de l'homme contre la raison d'État ?
    Assumant l'énorme documentation produite par l'événement, accédant à des manuscrits et des archives inédits, cette biographie historique démontre comment un officier français, un républicain, un intellectuel, a rendu possible un tel combat et a façonné son héritage démocratique, participant de plain-pied à la bataille dreyfusarde et à la démocratisation de la République.
    Un devoir d'histoire porte l'écriture l'ouvrage qui restitue l'engagement d'un homme contre les ténèbres de l'arbitraire politique et de la violence raciale, au nom des valeurs de vérité et de justice qui étaient la France selon lui. Dans un xxie siècle qui voit renaître un antisémitisme qu'on croyait disparu et s'affirmer d'implacables tyrannies politiques, l'histoire d'Alfred Dreyfus est plus que jamais décisive.

  • Lettres aux étrangers ; d'Homère à Gaël Faye

    Vincent Duclert

    • Librairie generale francaise
    • 24 Mai 2017

    L'étranger est notre voisin, notre enseignant ou notre collègue de travail. Nous avons des amis qui parlent une autre langue, des amours qui viennent d'ailleurs, des rencontres avec l'Autre qui ont marqué nos vies. Mais dans les périodes les plus sombres de l'Histoire, l'étranger cristallise les haines et les peurs. Exilés, indigènes, Juifs, réfugiés, rares sont les peuples qui n'ont pas été qualifiés d'« étrangers ». Quel statut, quel accueil, la France leur a-t-elle accordé ? Comment sont-ils perçus depuis les premiers mythes jusqu'à nos jours ?
    D'Homère à Jacques Prévert, d'Aristote à Hannah Arendt, d'Émile Zola à Albert Camus, les textes (poèmes, discours politiques, extraits de romans, textes de lois...) de cette anthologie inédite, réunis et présentés par l'historien Vincent Duclert, retracent l'histoire de cette notion pour mieux en comprendre les enjeux au xxie siècle.

  • Le 7 avril 2021, la France a commémoré le 27e anniversaire du génocide des Tutsi. En cent jours, cet événement tragique, que la communauté internationale n'a pas su empêcher, faisait près d'un million de victimes.Conformément à l'engagement du Président de la République en 2018, une Commission d'étude dirigée par Vincent Duclert a consulté l'ensemble des fonds d'archives françaises relatifs à la période pré-génocidaire et à celle du génocide lui-même et a rédigé un rapport en toute impartialité grâce à un accès à titre exceptionnel, personnel et confidentiel aux documents secret-défense.Cette démarche souhaite ainsi réunir les conditions de l'expression d'une vérité historique et consacre la place du génocide des Tutsi dans la mémoire collective française.

  • Quel musée d'histoire pour la France ?

    Vincent Duclert

    • Armand colin
    • 6 Avril 2011

    En réponse au communiqué du ministère de la Culture du 12 septembre 2010 précisant les axes du futur établissement devant faire office de musée central pour l'histoire de France, fédérant neuf musées nationaux d'histoire à caractère spécialisé, Isabelle Backouche et Vincent Duclert ont pris l'initiative de constituer, le 20 octobre 2010, un groupe de travail indépendant afin de dénoncer le projet présidentiel et de proposer un contre-projet historien. Reprenant les expériences des différents acteurs (historiens, conservateurs, archivistes, etc.), ce rapport, avant tout constructif, vise à fédérer autour de lui un large mouvement d'opinion.

  • Jaurès contemporain

    Vincent Duclert

    • Privat
    • 18 Octobre 2018

    Jaurès est « contemporain » des rêves de liberté et des violences de l'histoire, en son temps comme au nôtre. Ce message résonne fortement aujourd'hui en politique, particulièrement chez les socialistes qui se reconnaissentencore dans l'héritage jaurésien.
    Réfléchir sur Jaurès, c'est imaginer l'avenir et s'en donner les moyens de penser et d'action.
    Ce livre rassemble les textes inédits d'historiens, chercheurs, spécialistes de la FondationJean-Jaurès et de la Ligue de l'Enseignement.

  • Réinventer la République ; une constitution morale

    Vincent Duclert

    • Armand colin
    • 25 Septembre 2013

    Un idéal intellectuel et social à reconquérir.
    -Un débat indispensable dans un contexte d'élection présidentielle.
    -Un appel au sursaut politique.

  • L'Europe a-t-elle besoin des intellectuels turcs ?

    Vincent Duclert

    • Armand colin
    • 12 Mai 2010

    La Turquie constitue une grave question pour l'Europe qui révèle avec elle ses peurs, ses doutes, ses rejets. L'image de ce pays auprès des Européens se réduit généralement à celle d'une nation prisonnière de la violence d'État ou menacée par le risque islamiste. Et si la Turquie pouvait au contraire parler le langage politique auquel l'Europe aspire ?
    Contre la tradition d'ignorance qui pèse sur ce pays, cet essai d'historien veut saisir le débat public d'une réalité méconnue et pourtant décisive. De nombreux intellectuels turcs mènent en effet d'importants combats démocratiques.
    Dans les années 2000, cette mobilisation n'a cessé de grandir. Défendant des valeurs de liberté et une exigence de vérité, écrivains, artistes, juristes ou journalistes se dressent contre la tyrannie d'État aussi bien que contre l'intolérance religieuse.
    Oui, l'Europe a besoin des intellectuels turcs, et pas seulement pour l'éclairer sur la Turquie. Ils rappellent aux Européens l'importance des engagements civiques, le besoin de politique dans les sociétés, le devoir de s'opposer au nationalisme par la raison critique et la souveraineté des citoyens. Ils rappellent à l'Europe son histoire, tout simplement. C'est-à-dire son avenir.

  • L'avenir de l'histoire

    Vincent Duclert

    • Armand colin
    • 15 Septembre 2010

    Pourquoi faire de l'histoire ? Quelle est la place de cette discipline dans le monde contemporain ? Qu'apporte-t-elle de spécifique dans la réflexion sur les sociétés, la politique et la culture ? L'historien peut-il accepter que le politique légifère sur des terrains qu'il veut garder libres pour la recherche et où la vérité n'est jamais aussi simple et unvique quene l'imagine le politiquement correct du moment ? Solidement argumenté, illustré de nombreuses réféences à ces cas cocnrets, cet essai d'un des historiens les plus en vue de la génération montante défend avec brio la fonction critique de l'histoire et montrer quels sont les grands chantiers que doti aujourd'hui affronter la discipline. 

  • un récit de ';l'affaire'; à partir des témoignages et des réactions des contemporains, afin d'en saisir au mieux le climat et les enjeux.

  • Alfred Dreyfus ; l'honneur d'un patriote

    Vincent Duclert

    • Fayard
    • 19 Avril 2006

    La première biographie du principal protagoniste de l'affaire Dreyfus

  • Vincent Duclert reconstitue les événements qui ont eu lieu au jardin du Gezi, à Istanbul, en juin 2013. Initialement mené par des écologistes et des riverains qui s'opposaient à la destruction du parc, le mouvement a rapidement pris de l'ampleur. Des centaines de milliers de manifestants ont fait entendre leur voix, luttant pour la diversité, la fraternité et la tolérance.

  • En 1915, un événement l'extermination des Arméniens ottomans fait basculer le monde dans l'ère des tyrannies et des crimes de masse. Le traité de Lausanne signé avec la Turquie, huit ans plus tard, scelle la disparition de l'Arménie plurimillénaire, à l'exception de la Petite République des régions russes, soumise à la terreur stalinienne. Parmi les Alliés, la France porte une lourde responsabilité dans le premier génocide du XXe siècle et l'abandon des survivants.
    Critiques d'une telle politique impériale, des savants, des écrivains, des intellectuels, des parlementaires et diplomates français, des hommes de foi, rejoints par leurs homologues belges et suisses, choisissent de défendre un devoir d'humanité. Dès la fin du XIXe siècle, ils s'engagent contre l'injustice des grands massacres qui se répètent dans l'Empire ottoman. À la suite de Séverine, Jaurès ou Anatole France, une majorité de dreyfusards se mobilisent. La solidarité devient une cause morale et politique majeure, débouchant sur la formation d'un large « parti arménophile ».
    Dans cette étude passionnante, Vincent Duclert révèle l'histoire française de ce génocide tombé dans l'oubli. Il faudra attendre le 29 janvier 2001 pour que le Parlement, retrouvant la mémoire de ses engagements pour les Arméniens, adopte une loi de reconnaissance, tandis qu'intellectuels et historiens réinvestissent le champ de la connaissance du premier génocide.
    Historien à l'École des hautes études en sciences sociales (CESPRA), Vincent Duclert est venu à l'étude du génocide des Arméniens par l'affaire Dreyfus, Jean Jaurès et la recherche sur les engagements démocratiques dont il est l'un des spécialistes.
     

  • Jaurès 1859-1914

    Vincent Duclert

    • Autrement
    • 14 Septembre 2013

    Depuis cent ans, son image a alterné entre le socialiste, le pacifiste, le républicain, le parlementaire, l'intellectuel, l'Occitan... Sa renommée se fonde sur des actes puissants, depuis la défense des ouvriers de Carmaux en grève dans les années 1880 jusqu'à sa lutte pacifiste, sans oublier la fondation de l'Humanité et son pouvoir à l'Assemblée.
    Assassiné le 31 juillet 1914 à la veille d'une Première Guerre mondiale qu'il combattait avec ses dernières forces, Jean Jaurès a marqué ses contemporains d'une empreinte sans équivalent. Ni monarque ni chef d'État, ni héros militaire ni prophète religieux, il a incarné de son vivant le tribun obstiné des luttes sociales, des engagements politiques et des fidélités intellectuelles. C'est dans sa vérité historique que Vincent Duclert restitue l'homme, alors que Jaurès posthume continue d'éveiller les sociétés à leur devoir de solidarité, de vérité et de justice.

  • Le colonel Emile Mayer est un personnage peu connu du grand public, mais son rôle dans l'histoire de France est essentiel. Capitaine à 28 ans, il est passionné par la stratégie militaire, prend parti pour Dreyfus et est exclu de l'armée. Rendu à la vie civile, il aide Jaurès à concevoir sa pensée sur l'armée nouvelle. A la réhabilitation du capitaine Dreyfus en 1906, justice lui est rendue

  • Le capitaine Alfred Dreyfus fut réhabilité le 12 juillet 1906 par un arrêt de la Cour de cassation.
    Cet acte solennel et officiel détruisait l'accusation de " haute trahison ", attestée par deux conseils de guerre, du brillant officier juif, intellectuel et moderniste, dont il proclamait la pleine et entière innocence. Tout au long d'un combat de plus de douze ans, combat finalement victorieux contre le nationalisme, l'antisémitisme et la raison d'État, où le régime républicain et la société française durent admettre la primauté des valeurs de justice et de vérité, l'Ecole normale supérieure joua un rôle décisif qui marqua profondément l'institution, ses élèves, ses enseignants et, au-delà, l'ensemble du monde intellectuel et scientifique.
    Parmi ces normaliens, dreyfusards de la première heure - Lucien Lévy-Bruhl, Salomon Reinach, Alexandre Bertrand, Paul Appell -, il faut rappeler avec force le rôle de Lucien Herr, socialiste, germaniste et philosophe, directeur de la Bibliothèque des lettres de la rue d'Ulm. Sa conviction précoce puis son engagement total furent déterminants, à la fois pour lancer le mouvement dreyfusard à partir de janvier 1898 et pour mobiliser toute la communauté normalienne.
    Cette mobilisation inaugura des pratiques collectives ou individuelles, analytiques ou critiques, brèves ou déployées, bref un ensemble de postures et de procédures qui constituèrent ce qui fut appelé le mouvement des " intellectuels " au cours de l'affaire Dreyfus. Peu nombreux, les antidreyfusards de l'Ecole furent emmenés par des conservateurs catholiques, tels les académiciens Jules Lemaître ou Ferdinand Brunetière.
    Naquirent alors des débats passionnants et victorieux sur la légitimité du rôle du chercheur dans la cité et le devoir de connaissance dans l'engagement.

  • La fin du déni : la France face au génocide des Tutsis au rwanda 1962-2022 Nouv.

    « L'examen des faillites françaises au Rwanda rappelle qu'aucune nation, même la plus démocratique, n'est à l'abri de faillites politiques et morales béantes. ».
    Longtemps il est apparu impossible aux institutions de l'État comme aux plus hauts dirigeants politiques de rapprocher la France du génocide des Tutsi, d'imaginer même qu'elle puisse avoir une responsabilité dans sa réalisation. L'interdit sur la question des responsabilités françaises pénétra profondément les pouvoirs de la République. La déclassification des archives relatives à l'engagement de la France au Rwanda constitue un tournant.
    L'historien Vincent Duclert a présidé en 2019la Commission d'enquête qui a conclu, au printemps 2021, à des responsabilités « lourdes et accablantes » pour la France. Son ouvrage s'appuie sur les acquis des rapports français et rwandais sur d'autres travaux de recherche. En une synthèse inédite, il analyse le déni du pouvoir politique face au processus de persécution puis de génocide des Tutsis, s'interroge sur une raison d'État qui renvoie dos à dos hutus et tutsis, et examine enfin les formes de contre-pouvoir démocratique, chercheurs, journalistes, etc. qui interrogent la position de la France.
    Ce livre se présente comme une page d'histoire particulièrement critique de la France contemporaine, aux prises avec une crise intérieure d'une singulière gravité, dont le Rapport de la Commission a permis de prendre une première mesure.

  • Au printemps 2006, l'historien Vincent Duclert est le premier à proposer le transfert des cendres de Dreyfus au Panthéon : "Dreyfus au Panthéon célébrerait l'héroïsme des citoyens ordinaires, l'héroïsme des résistants, des rescapés et de tous ceux et celles qui périrent dans les camps sans que l'histoire n'en retienne la trace, l'héroïsme enfin des droits du citoyen qui fondent la justice et qui ont porté l'arrêt solennel de réhabilitation de la Cour de cassation, il y a cent ans." (Le Monde, 12 juin 2006).
    L'engagement immédiat de nombreux historiens et journalistes, le soutien tant de personnalités de gauche que de droite transformèrent cette idée de justice en une conviction. Le président de la République, Jacques Chirac, à qui revenait la décision, hésita longuement avant d'écarter la proposition. Il choisit alors de présider, le 12 juillet 2006, une "cérémonie nationale", à l'Ecole militaire, pour commémorer le centenaire de la réhabilitation de cet officier juif alsacien : hommage à "un officier exemplaire" et à "un patriote qui aimait passionnément la France".
    Ce nouveau livre de Vincent Duclert retrace une histoire présente tendue vers l'avenir. Dans ce Voyage au coeur de la République, on découvre une nation construite dans et par des luttes démocratiques dont elle semble pourtant ignorer le sens. Avec Dreyfus, avec le centenaire de sa réhabilitation, la France a eu rendez-vous avec son destin. Le devoir d'histoire exigeait qu'on écrive ce récit : le combat d'un livre citoyen.

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