Virginia Woolf

  • Paru en 1925, Mrs Dalloway est le chef-d'oeuvre de Woolf. Il raconte la journée d'une femme de la haute société anglaise, après la Première Guerre mondiale. Elle s'interroge sur le choix qu'elle a fait d'épouser son mari plutôt que l'homme qu'elle aimait vraiment (qui vient justement lui rendre visite). Lui reviennent en mémoire des souvenirs (c'est le fameux «flux de conscience» de Woolf). Elle apprend le suicide d'un ancien militaire qui ne s'est pas remis de la guerre, qui la bouleverse, même si elle ne le connaît pas. Elle vit, sur cette journée, une véritable crise existentielle, qui conduit à un dédoublement de personnalité (Mrs Dalloway, la femme mondaine // Clarissa, dans son intériorité et son intimité).

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  • " je sais, vous m'avez demandé de parler des femmes et du roman.
    Quel rapport, allez-vous me dire, existe-t-il entre ce sujet et une "chambre à soi" ?, interroge virginia woolf en ouverture d'une conférence sur le féminisme qu'elle dispensa aux étudiantes de l'université de cambridge. avec une irritation voilée d'ironie, virginia woolf rappelle dans ce délicieux pamphlet comment, jusqu'à une époque toute récente, les femmes ont été savamment placées sous la dépendance spirituelle et économique des hommes et, par voie de conséquence, réduites au silence.
    Il manquait à celles qui étaient douées pour affirmer leur génie de quoi vivre, du temps et une chambre à soi. "

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  • «Trois guinées» est sans doute le texte le plus engagé de Virginia Woolf. Lors de sa sortie, en 1938, «The Times» affirmait: "L'appel aux femmes de Mrs Woolf est un défi sérieux auquel doivent répondre tous les penseurs." En 2020, ce texte demeure un défi. Il s'inscrit comme une suite d'«Une chambre à soi.»

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  • Un lieu à soi : c'est cet espace que réclame ici Virginie Woolf pour les femmes. Un espace qui est double : espace concret de la pièce de travail où s'isoler ; espace mental de la liberté de penser. Cet espace, c'est d'abord du temps à elles (et donc moins de tâches domestiques). C'est ensuite une liberté économique qui leur permet de s'assumer seules. C'est enfin l'espace qui reste à créer dans la tête des hommes (et souvent des femmes) pour admettre que oui, les femmes peuvent travailler, penser et écrire à l'égal des hommes.

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  • C'est en 1910 que Virginia Woolf rencontra Roger Fry pour la première fois. Leurs liens amicaux, intellectuels et même familiaux furent dès lors très étroits. Au cours d'une de leurs conversations, Roger Fry avait lui-même suggéré à son amie qu'elle donne l'illustration de ses théories sur l'art du biographe en dressant son portrait littéraire. Ainsi, dans une oeuvre de maturité qui navigue entre la biographie, le portrait et le roman, Virginia Woolf a recréé la vie d'un artiste peintre et critique qui, comme elle, fut un personnage central du groupe de Bloomsbury. «La Vie de Roger Fry» est le dernier texte de Virginia Woolf publié de son vivant.

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  • En 1928, Virginia Woolf nous présente un héros dont la vie s'étend du milieu du XVIe siècle jusqu'à nos jours et qui change de sexe à mi-parcours. Sa vie de poète commence à l'époque élisabéthaine, passe par Constantinople où il est ambassadeur. Il change de sexe au XVIIIe siècle et devient bohémienne, s'habitue à sa condition de femme et traverse l'époque victorienne, puis atterrit dans les années vingt, où, redevenu écrivain, Orlando est à la recherche du sens du temps

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  • Joie d'une promenade dans Londres au début de l'été, sentiment de honte dans une robe démodée, intensité d'une rencontre qui ne s'avouera pas... Ces cinq nouvelles, esquisses ou variations sur la réception tenue par Clarissa dans Mrs Dalloway, sont une immersion dans les mouvements intérieurs les plus imperceptibles de la fascinante héroïne de Virginia Woolf et de quelques-uns de ses invités.

    «Elle restait plantée là dans un coin du salon de Mrs Dalloway, en proie à mille tourments, les yeux grands ouverts sur la réalité.»

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  • Les vagues

    Virginia Woolf

    Tandis que les vagues déferlent sur le rivage, six voix s'élèvent en contrepoint, celles de trois filles et de trois garçons, qui parlent dans la solitude, se racontent, s'entrelacent, et pleurent la mort de leur ami Percival.

    Ce livre n'est pas dans le droit fil des ouvrages qui, de La Chambre de Jacob et Mrs Dalloway à Vers le Phare, puis des Années à Entre les actes, ont fait de Virginia Woolf la romancière la plus originale du XXe siècle anglais, mais une élégie, un poème en prose, où alternent souvenirs heureux et sombres de l'enfance, communions éphémères, rencontres manquées, amour de la vie et fascination de la mort.
    Chaque image fait surface un bref instant, à la manière de cet aileron entrevu un jour sur la mer vaste et vide, source de terreur et d'extase, que l'auteur s'efforce ici de capturer. Et les vagues, de leur grondement sourd et éternel, referment le livre comme elles l'avaient ouvert.

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  • Une soirée d'été sur une île au large de l'ecosse.
    Pôle de convergence des regards et des pensées, mrs ramsay exerce sur famille et amis un pouvoir de séduction quasi irrésistible. un enfant rêve d'aller au phare. l'expédition aura lieu un beau matin d'été, dix ans plus tard. entre-temps, mort et violence envahissent l'espace du récit. au bouleversement de la famille ramsay répond le chaos de la première guerre mondiale. la paix revenue, il ne reste plus aux survivants désemparés, désunis, qu'à reconstruire sur les ruines.
    Des bonheurs et des déchirements de son enfance, virginia woolf a fait la trame d'une oeuvre poétique, lumineuse et poignante qui dit encore le long tourment de l'écriture et la brièveté de ses joies : visions fragiles, illuminations fugaces, " allumettes craquées à l'improviste dans le noir ".

  • Ces six courtes nouvelles, qui s'étendent sur toute la carrière de Virginia Woolf, condensent tout son génie littéraire. Avec une absolue liberté d'écrire, allant à l'essentiel, elle revendique l'autonomie morale, affective et sociale des femmes, et affirme leur droit à désirer. Pour elle le désir est un «moment d'être» : une expérience sensorielle totale, qu'elle saisit dans une écriture impressionniste. Il en résulte une atmosphère de rêverie langoureuse, de sensibilité érotique qui englobe tout, les êtres, les paysages et le temps. Woolf capture ici superbement l'intimité des femmes entre elles, qui s'affirment comme sujets pensants et désirants.

    Précédé de l'essai Les femmes et le roman traduit par Catherine Bernard.

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  • En mars 1927, Virginia Woolf en train de corriger les épreuves de La Promenade au phare, dans l'épuisement où la laisse l'achèvement de chacun de ses grands romans, note dans son journal l'idée d'un nouveau livre : elle pense à un « temps télescopé comme une sorte de chenal lumineux à travers lequel mon héroïne devrait avoir la liberté de se mouvoir à volonté ». Elle ajoute que la veine satirique y sera dominante: un roman à la Daniel Defoe, où elle se moquera de son propre lyrisme. Ce sera Orlando, la biographie imaginaire d'un personnage dont nombre de traits sont empruntés à Vita Sackville-West (à laquelle elle est liée depuis plus d'un an) et qui, alternativement homme et femme, traverse plusieurs siècles de l'histoire de l'Angleterre avec le souhait d'obtenir la gloire, non par ses actes, mais par ses écrits. Le livre connaîtra un succès sans précédent. L'écrivain et biographe Peter Ackroyd en analyse parfaitement les raisons: «L'un des grands thèmes du roman réside dans la transsexualité d'Orlando. Depuis les Métamorphoses d'Ovide, il y a toujours eu un courant, dans la littérature occidentale, fasciné par ce type singulier de transformation qui représente le pur plaisir de l'invention, et du changement, comme si l'acte d'écrire luimême était une forme de libération. Il y a là une vérité profonde: «dans tout être humain a lieu une sorte de vacillation d'un sexe à l'autre», écrit Woolf. Mais, pour l'écrivain, un tel changement est aussi une source profonde d'énergie. C'est pourquoi Orlando est un tour de force d'une incroyable vivacité intellectuelle, où la gaieté et une inventivité fantasque donnent à voir ce qu'elle en a dit elle-même: ce sont bien là les «vacances d'un écrivain». On sent comment s'allège, à mesure qu'elle écrit, la pression qu'exerçaient sur elle ses pensées. Les phrases semblent presque amoureuses de leur propre audace; elles déferlent et, dans leur arti ce, créent de toutes pièces un monde qui fait penser à une tapisserie splendide dans laquelle évoluent les personnages.»

  • Chaque roman sera présenté par Virginia Woolf elle-même, grâce à des extraits du Journal d'un écrivain , du Journal intégral (1915-1941) ou des extraits de la Correspondance (Ce que je suis en réalité demeure inconnu, Lettres 1901-1941) dans lesquels elle relate de manière passionnante et très vivante la genèse des oeuvres, ses doutes et ses transes au cours de la création, les sentiments qui l'habitent une fois le roman achevé.
    Ces différents extraits, nombreux et denses, procurent une lecture neuve d'un corpus romanesque déjà connu. La continuité indissociable entre création et lecture de l'oeuvre accentue la tension dramatique ou comique. La voix de Virginia Woolf, sa présence presque physique soutenue tout au long de l'ouvrage, la présence de ses proches, du milieu Bloomsbury critique, enthousiaste ou condescendant, révèlent le mouvement permanent et l'intrication entre intériorité et « sortie de soi », au risque de la folie.

  • Mêlant comédie de moeurs et satire de la société anglaise à la veille de la Grande Guerre, ce deuxième roman de Virginia Woolf, paru en 1919, raconte l'éducation sentimentale de jeunes gens qui doivent choisir entre une existence confortablement ancrée dans le passé et l'aventure dans l'inconnu. Il met en scène leurs hésitations devant l'amour et le mariage, leurs interrogations sur les relations entre les sexes et la condition des femmes, leurs rapports complexes au milieu familial et aux aînés. D'une surprenante drôlerie, entre ironie et nostalgie, il dépeint un monde, celui de l'avant-guerre, qui paraissait déjà lointain en 1919.
    À la violence et à la confusion du réel, Virginia Woolf oppose la sécurité d'un univers fictif familier et la cohésion d'un récit bien agencé. oeuvre d'un sujet en miettes dans un monde en chaos, Nuit et jour est la tentative, désespérée et superbe, de réconcilier «la part de soi qui agit à la lumière du jour, et la part contemplative et sombre comme la nuit».

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  •    Virginia Woolf La Promenade au phare Fera-t-il beau demain pour la promenade au phare ? Cette question plane sur la famille réunie un soir de mi-septembre dans la grande maison de vacances des îles Hébrides.
    Tout au long du livre s'insinue la pulsation de la mer. L'eau entrave les pensées. La vie se déverse et la mort surprend. Les années passent. La maison est abandonnée. Demeurent les petits miracles quotidiens, ces « allumettes inopinément frottées dans le noir ». Ce sont eux qui donnent un sens aux choses, un mouvement à la vie.

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  • Cette édition propose, dans des traductions pour la plupart nouvelles, tous les livres de fiction publiés par Woolf ou, pour Entre les actes, au lendemain de sa mort : dix romans, et un recueil de nouvelles, Lundi ou mardi, qui n'avait jamais été traduit dans notre langue en l'état. S'y ajoutent les nouvelles publiées par l'auteur mais jamais rassemblées par elle, ainsi qu'un large choix de nouvelles demeurées inédites de son vivant. Les nouvelles éparses qui présentent un lien génétique ou thématique avec un roman sont réunies dans une section Autour placée à la suite de ce roman. On trouvera ainsi, Autour de «Mrs. Dalloway», un ensemble de textes dans lequel Woolf voyait «un couloir menant de Mrs. Dalloway à un nouveau livre» ; ce «nouveau livre» sera un nouveau chef-d'oeuvre, Vers le Phare.
    Romans et nouvelles, donc, mais ces termes ne s'emploient ici que par convention. Woolf en avait conscience : «Je crois bien que je vais inventer un nouveau nom pour mes livres, pour remplacer «roman». Un nouveau ... de Virginia Woolf. Mais quoi? Élégie?» L'élégie, qui a partie liée avec la mort, est une forme poétique, et le roman, chez Woolf, emprunte en effet à la poésie («Il aura une part de l'exaltation de la poésie»), aussi bien qu'à l'essai et au théâtre («Il sera dramatique»), jusqu'à un certain point («mais ce ne sera pas du théâtre»). Play-poem, «poème dramatique», qualifiera Les Vagues ; essay-novel, «roman-essai», désigne Les Années ; Flush et Orlando partagent la même indication de genre: a Biography, ce qui ne dit à peu près rien de ces deux livres, mais confirme qu'il faut ici renoncer aux catégories reçues et, plus largement, considérer d'un oeil neuf tout ce qui semblait définir le romanesque: «Le récit peut-être vacillera; l'intrigue peut-être s'écroulera; les personnages peut-être s'effondreront. Il sera peut-être nécessaire d'élargir l'idée que nous nous faisons du roman.» Élargir : rompre avec la continuité chronologique, en finir avec l'hégémonie de la représentation, faire du vécu subjectif de la conscience la véritable matière du roman. Woolf le reconnaissait, elle n'avait pas le don de la réalité: «J'immatérialise le propos...» Il s'agissait moins pour elle de bâtir des intrigues que d'isoler des «moments d'être», déchirures éclairantes dans l'obscur tissu d'une existence, témoignant «qu'une chose réelle existe derrière les apparences». «Je rends [cette chose] réelle en la mettant dans des mots. Ce sont mes mots et eux seuls qui lui donnent son intégrité; et cette intégrité signifie qu'elle a perdu le pouvoir de me faire souffrir.»

  • Le nom de Virginia Woolf est indissociable du quartier de Bloomsbury. Mais ses promenades dans Londres dépassaient de loin ce cadre étroit. On se souvient des rues bruyantes parcourues par Clarissa Dalloway pour aller chercher - elle-même - ses fleurs, et des cloches de Big Ben que l'on entend, de près ou de loin, sonner les heures, de Westminster à Bond Street. Romancière de génie, Virginia Woolf était aussi une essayiste prolifique. Les quinze essais proposés ici portent la trace de sa connaissance intime de la capitale, de son regard amusé ou amoureux. Dans ces textes de détails sur des quartiers bien précis (Hampstead ; Wembley ; Bloomsbury ; Oxford Street) ou des vues d'ensemble (« En avion au-dessus de Londres »), retrouve toute son intelligence du contemporain, son regard humaniste et son sens aigu du style. Edition illustrée et complétée par des cartes des différents quartiers.

  • Le temps, Virginia Woolf n'a pas d'autre sujet. Les années passent, de 1880 à 1918 et au temps présent, dans ce roman de 1937. Il raconte l'histoire d'une famille en trois générations, où tout change, conditions économiques, valeurs spirituelles et morales.
    Les faits ne sont rien sans la vision, l'histoire sans le sentiment de la durée, l'extérieur sans l'intériorité. Le présent est pénétré de souvenirs, et le passage du temps marque les corps et les coeurs. Le miracle est que le lecteur se sent à chaque instant touché, englobé dans une histoire qui devient la sienne propre.
    L'angoisse est la forme extrême de cette interrogation de la vie qui constitue comme la fondation du roman. Et son sujet, plus que la destinée de tel ou tel personnage, est bien la vie - la vie intérieure, bien sûr, et la contemplation.

  • Cette édition propose, dans des traductions pour la plupart nouvelles, tous les livres de fiction publiés par Woolf ou, pour Entre les actes, au lendemain de sa mort : dix romans, et un recueil de nouvelles, Lundi ou mardi, qui n'avait jamais été traduit dans notre langue en l'état. S'y ajoutent les nouvelles publiées par l'auteur mais jamais rassemblées par elle, ainsi qu'un large choix de nouvelles demeurées inédites de son vivant. Les nouvelles éparses qui présentent un lien génétique ou thématique avec un roman sont réunies dans une section Autour placée à la suite de ce roman. On trouvera ainsi, Autour de «Mrs. Dalloway», un ensemble de textes dans lequel Woolf voyait «un couloir menant de Mrs. Dalloway à un nouveau livre» ; ce «nouveau livre» sera un nouveau chef-d'oeuvre, Vers le Phare.
    Romans et nouvelles, donc, mais ces termes ne s'emploient ici que par convention. Woolf en avait conscience : «Je crois bien que je vais inventer un nouveau nom pour mes livres, pour remplacer «roman». Un nouveau ... de Virginia Woolf. Mais quoi? Élégie?» L'élégie, qui a partie liée avec la mort, est une forme poétique, et le roman, chez Woolf, emprunte en effet à la poésie («Il aura une part de l'exaltation de la poésie»), aussi bien qu'à l'essai et au théâtre («Il sera dramatique»), jusqu'à un certain point («mais ce ne sera pas du théâtre»). Play-poem, «poème dramatique», qualifiera Les Vagues ; essay-novel, «roman-essai», désigne Les Années ; Flush et Orlando partagent la même indication de genre: a Biography, ce qui ne dit à peu près rien de ces deux livres, mais confirme qu'il faut ici renoncer aux catégories reçues et, plus largement, considérer d'un oeil neuf tout ce qui semblait définir le romanesque: «Le récit peut-être vacillera; l'intrigue peut-être s'écroulera; les personnages peut-être s'effondreront. Il sera peut-être nécessaire d'élargir l'idée que nous nous faisons du roman.» Élargir : rompre avec la continuité chronologique, en finir avec l'hégémonie de la représentation, faire du vécu subjectif de la conscience la véritable matière du roman. Woolf le reconnaissait, elle n'avait pas le don de la réalité: «J'immatérialise le propos...» Il s'agissait moins pour elle de bâtir des intrigues que d'isoler des «moments d'être», déchirures éclairantes dans l'obscur tissu d'une existence, témoignant «qu'une chose réelle existe derrière les apparences». «Je rends [cette chose] réelle en la mettant dans des mots. Ce sont mes mots et eux seuls qui lui donnent son intégrité; et cette intégrité signifie qu'elle a perdu le pouvoir de me faire souffrir.»

  • Les phalènes que l'on voit voler dans la lumière du jour sont improprement appelées phalènes ; jamais elles ne font naître cette sensation de bien-être venue des nuits d'automne profondes et du lierre en fleur, sensation que le plus ordinaire des papillons de nuit, dormant dans l'ombre du rideau avec ses ailes doublées de fauve, éveille immanquablement en nous.

    Comment caractériser les six étranges nouvelles qui composent ce recueil : récits, poèmes en prose ? Fables hybrides où le rêve est une façon d'explorer la réalité, ils comptent indubitablement parmi les plus remarquables des textes courts que Virginia Woolf ait écrits. Elle publia cinq d'entre eux de son vivant, dans l'unique recueil qu'elle ait choisi de faire paraître. Le sixième, La Mort de la phalène, terrible et merveilleuse parabole sur la beauté, la fragilité et l'inutilité de toute vie, parut un an après son décès.

  • Publiés respectivement en 1917 et 1919, ces deux articles, qui sont à l'origine des commandes, célèbrent deux auteurs américains dont on commémore les centenaires respectifs. S'ils font aujourd'hui figures de classiques, il n'en était pas de même un siècle plus tôt. Et c'est là que la sagacité de Virginia Woolf montre toute son ampleur et sa justesse.
    Critique subtile, pénétrante, percutante, elle sait saisir le sens d'une oeuvre, ses fondations comme ses ramifications. Sa lecture de l'auteur de Walden et de celui de Moby Dick, à une époque où l'appareil critique au sujet de ces deux chefs-d'oeuvre américains était pratiquement inexistant, n'en prend que d'autant plus de valeur. Avec une plume à la fois malicieuse et affûtée, elle montre une fois encore cette culture solide qui faisait l'émerveillement de ses contemporains.
    Sa grande finesse psychologique, son érudition et sa recherche formelle, qui font d'elle l'une des plus grands écrivains de langue anglaise, sont ici au service de deux auteurs, deux oeuvres, dont les préoccupations peuvent, au prime abord, paraître éloignées des siennes, mais qui la rejoignent dans la revendication d'une liberté, d'une libération conquise de haute main.

  • Texte original et intégral en anglais avec des traductions en marge.

    Niveau : avancé.

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  • La chambre de Jacob

    Virginia Woolf

    Le chef d'oeuvre de Virginia Woolf ? Sûrement son récit le plus étrange, le plus délicat, le plus hanté pas la mort, comme une absence qui obsède.
    Qui est Jacob ? L'enfant qui, un jour, ramasse un crâne de mouton séché par le vent le long des rochers, l'étudiant nonchalant de Cambridge ou bien l'helléniste à la recherche de la sagesse ?...
    Tout converge vers la disparition de Jacob. Dès les premières pages, on devine en sourdine le leitmotiv de la mort. Une tristesse confuse, irraisonnée, se glisse sous les pas du jeune homme. Et pourtant il ne se passe presque jamais rien. Quelques images d'un adolescent qui collectionne les papillons, parcours au galop les plaines de l'Essex, se baigne nu dans la rivière, lit Spinoza et Dickens, part en Grèce, fume la pipe et séduit les femmes et les jeunes filles. Bref, le portrait d'un être insouciant et cependant menacé.
    Jacob ne reviendra pas de la guerre. Là est le véritable dénouement à peine suggéré. Jacob insaisissable nous échappe à jamais.

    2 Autres éditions :

  • Dans ce court texte écrit en 1926 pour la revue de T. S. Eliot, Virginia Woolf s'interroge sur cette expérience particulière dont personne ne parle, dont le langage peine à rendre compte mais que tout le monde connaît : la maladie. Lorsqu'on tombe malade, constate-t-elle, la vie normale interrompt son cours réglé pour laisser place à un état de contemplation où le corps reprend ses droits et où l'univers apparaît soudain dans son indifférence totale à la vie humaine.

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