Littérature germanophone

  • À la mort de Bertha, ses trois filles, Inga, Harriet et Christa, et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans leur maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l'Allemagne, pour la lecture du testament. A sa grande surprise, Iris hérite de la maison et doit décider en quelques jours de ce qu'elle va en faire. Bibliothécaire à Fribourg, elle n'envisage pas, dans un premier temps, de la conserver. Mais, à mesure qu'elle redécouvre chaque pièce, chaque parcelle du merveilleux jardin qui l'entoure, ses souvenirs se réveillent, reconstituant l'histoire émouvante, parfois rocambolesque, mais essentiellement tragique, de trois générations de femmes.
    Katharina Hagena nous livre ici un grand roman sur le thème du souvenir et de l'oubli.

  • Vers l'abîme

    Erich Kästner

    En 1931, Erich Kästner, alors au sommet de sa notoriété, publie un roman satirique, Fabian, qui lui vaut les foudres de la critique, prompte à dénoncer l'« immoralité » supposée des oeuvres qui osent appeler un chat un chat. Il faut dire qu'il n'y va pas de main morte : son héros s'y livre à une critique féroce du Berlin de la République de Weimar, lieu de toutes les débauches et de tous les compromis. Rien d'étonnant à ce que, dès 1933, l'ouvrage ait été brûlé lors des autodafés décrétés par le régime nazi.
    Pourtant, le livre avait subi la censure d'un éditeur prudent, qui en avait soustrait les audaces les plus éclatantes. Une réédition récente nous permet fort heureusement de redécouvrir Fabian dans une version plus conforme à l'idée initiale de Kästner. On n'en est que plus saisi par l'étrange entre-deux dans lequel se meut le jeune Fabian, désespéré par la veulerie de ses contemporains, pressentant l'approche du désastre, mais incapable d'agir et de s'engager. Un roman décapant, qui parvient à conjuguer l'ironie, la compassion et la poésie singulière d'une modernité déboussolée.

     

  • Écrit pendant sa détention par un officier allemand prisonnier des Soviétiques, Éclairs lointains retrace l'enfer du « chaudron » de Stalingrad vu à hauteur d'homme - à la hauteur de tous ces soldats, officiers et sous-officiers d'emblée voués à l'anéantissement. Car l'ennemi, ce ne sont pas seulement les terribles orgues de Staline, mais aussi le froid, la faim, la décrépitude physique, la démoralisation, la perte de tout sentiment humain.
    Gerlach réussit ce tour de force d'être à la fois dans l'histoire immédiate, celle de la politique nazie et de ses conséquences désastreuses, et dans l'histoire de l'humanité : son objectif est bel et bien de dire que les hommes ne sont pas là pour s'entre-tuer. Et il le fait avec un talent de romancier tout à fait exceptionnel. De son expérience de première main et des récits de ses compagnons de captivité, il tire une « fiction » âpre, bouleversante de crudité, de rudesse et de tendresse mêlées, étonnamment sensible aux beautés d'une nature exposée aux ravages des armes.

    Éclairs lointains est un roman miraculé. Il est confisqué par les services secrets soviétiques en 1949. Mais, incapable de renoncer à le publier, l'auteur, une fois libéré, fait appel à un médecin pratiquant l'hypnose pour « retrouver » son texte. Il lui faudra plusieurs années pour le réécrire. Une version « abrégée » paraîtra en 1957. Cependant, l'histoire n'a pas dit son dernier mot : au début des années 1990, l'universitaire allemand Carsten Gansel retrouve le manuscrit original dans les archives russes. L'oeuvre de Gerlach aura survécu aux aléas de l'Histoire et s'impose désormais comme un témoignage incontournable, écrit dans l'urgence alors que la guerre fait encore rage, et comme un roman hors du commun qui est bien entendu devenu un best-seller en Allemagne.

  • L'envol du héron met en scène une série de personnages liés sans le savoir par un douloureux secret. Marthe n'a jamais renoncé à retrouver son fils, disparu il y a dix-sept ans alors qu'il passait l'été dans le bourg de Grund. Ellen ne s'est jamais vraiment remise du départ inopiné de son amant alors qu'elle était enceinte de lui. Andreas, ami d'enfance d'Ellen, est devenu une sorte d'original privé de parole, qui arpente les rues de Grund à la recherche de papiers et de notes égarés.
    Autour de ces trois personnages hantés par la disparition gravitent amis, amants, proches qui, eux aussi, apportent leur lot de souffrances. Le personnage de Heidrun, la mère d'Ellen, plongée dans le sommeil trompeur du coma au terme d'une période de démence sénile, est comme l'image de cet impossible oubli qui sape les existences.

  • Ce roman autobiographique raconte la jeunesse de l'auteur entre les murs de la clinique psychiatrique Hesterberg, que dirigeait son père, pédopsychiatre. L'histoire de cette enfance « parmi les fous » a été la sensation littéraire 2013 en Allemagne (plus de 100 000 exemplaires, traduit dans 12 pays).
    Benjamin de trois frères, Joachim doit lutter pour retenir l'attention de ses parents. Il voue un véritable culte à son père, un homme obèse et obsessionnel, lecteur compulsif, bienveillant, mais totalement accaparé par son métier. La famille habite une maison située dans la grande propriété qui accueille les divers bâtiments de la clinique, entourés d'un parc.
    Dans cette chronique drôle, subtile et émouvante, Meyerhoff évoque un certain nombre d'épisodes marquants de son enfance : sa découverte d'un cadavre dans les jardins ouvriers de sa petite ville ; ses rapports avec les jeunes patients de son père ; ses relations difficiles avec ses deux aînés ; ses accès de rage ; les lubies de son père. En soi, des moments presque ordinaires, si l'on excepte le fait de grandir au milieu de pensionnaires internés en psychiatrie. C'est là que l'autre aspect du texte se révèle : c'est un semblant de comédie pris dans l'étau du tragique. Et Meyerhoff en serre rigoureusement les vis.
    La profondeur du texte, l'acuité et la finesse des descriptions, la tendresse sans complaisance qui se manifeste dans le récit, l'humour incroyable qui se dégage de certains passages et qui tient en grande partie à l'absence d'effets spectaculaires. tout concourt à ce que ce roman se retrouve baigné d'un parfum d'étrangeté, sans que jamais il y ait un effort visible pour aller dans ce sens. C'est l'art du récit, dans sa simplicité, qui instaure ce décalage, cette distanciation, cet « étonnement » fondamental. En même temps, cette distance n'induit pas de condescendance, bien au contraire : elle dit les choses, mais avec amour.

  • Lily, seize ans, nous relate une réunion de famille vouée à la mémoire de son grand-père Joschi, grand raconteur d'histoires devant l'Eternel, menteur impénitent, séducteur aux nombreuses épouses et aux nombreux enfants.
    A trop raconter d'histoires, c'est bien à sa mémoire que Joschi a jeté un sort.
    Plus exactement aux bribes de mémoire, si contradictoires, que ses descendants aimeraient bien trier pour leur trouver une cohérence et s'accorder enfin sur le récit de leurs origines.
    Comédie humaine à l'échelle d'une famille, farce fort peu innocente puisqu'elle s'organise autour du voyage à Buchenwald de quelques Allemands un peu perdus à la recherche d'une confirmation de leur judéité, Un fabuleux menteur est un roman d'une légèreté perspicace, et d'une gravité généreuse.

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