Belles Lettres

  • La lettre écarlate, c'est la marque au fer rouge qui désigne la femme adultère dans l'amérique du puritanisme obsessionnel de l'époque coloniale.
    Trois personnages : hester qui vit avec une dignité admirable sa faute et sa solitude. arthur dimmesdale, le jeune pasteur dont les élans mystiques soulèvent à boston l'enthousiasme des fidèles mais qui, ensorcelé par hester, ne parvient ni à dominer ni à vivre sa sensualité. chillingworth, le mari, qui pendant des années tourmentera en silence le pasteur jusqu'à la folie et la mort. le premier des grands romans américains, la clef d'une sensibilité nationale toujours partagée entre la tentation du scandale et le démon de la culpabilité.

  • Des voix s'élèvent de la nuit d'Athènes pour célébrer l'amour. Les invités du banquet d'Agathon - ce sont ses talents de tragédien que l'on fête - livrent tout à tour leur version d'Eros. Le vin lourd et épicé délie les langues. L'invention va atteindre des sommets d'extravagance avec le mythe d'Aristophane. L'intensité dramatique, modulée de main de maître, va crescendo. Enfin, Socrate prend la parole, mais plutôt que de pousser son avantage dialectique, il choisit de rapporter les propos que lui a tenus jadis la prêtresse de Mantinée. C'est unique dans l'oeuvre de Platon, et disons-le rarissime dans l'histoire de la pensée occidentale : c'est à une femme que revient la tâche d'initier le philosophe au mystère de l'amour.
    Ce que dit Diotime va changer l'histoire de notre sensibilité ; George Steiner le montre dans la préface : "l' 'Eros authentique est une quête de l'immortalité, notre vie n'est valable que si elle aspire à la vision de la beauté absolue, qui est aussi vérité".
    Texte établi et traduit par Paul Vicaire, annoté par François L'Yvonnet.
    Préface de George Steiner.

  • Notre langage est devenu faible, accablé de néologismes et rongé par l'à-peu-près. En un mot : pauvre.
    Notre langage va mal. Ainsi le monde que nous déchiffrons.
    Comment sortir du chaos de l'approximation ?
    Comment nous réapproprier nos mots ?

    Songez que la plus simple marguerite contient en elle une perle, un rayon de lune et l'histoire d'un amour rarissime ; ou que le secret des confins, inaccessibles et inquiétants, est en réalité d'accueillir l'autre avec confiance.
    Avec 99 mots, Andrea Marcolongo dessine un atlas étymologique et nous montre comment et pourquoi l'histoire de ces mots est une boussole précieuse pour qui voudra bien s'en munir.
    Et si notre instinct de la langue et l'amour des étymologies donnaient le pouvoir de changer le monde ?

  • « L'amour des livres et de la lecture respire à travers ce chef-d'oeuvre. Je suis absolument certain qu'il sera lu même une fois que ses lecteurs actuels seront passés dans l'au-delà. Mario Vargas Llosa Vallejo a judicieusement décidé de se libérer du style académique pour choisir la voix du conteur. L'histoire n'est pas considérée comme une liste d'ouvrages cités, mais comme une fable. Ainsi, pour n'importe quel lecteur curieux, ce charmant essai est accessible et émouvant dans sa simplicité parce qu'il est un hommage aux livres par une lectrice passionnée. » Quand les livres ont-ils été inventés ? Comment ont-ils traversé les siècles pour se frayer une place dans nos librairies, nos bibliothèques, sur nos étagères ?Irene Vallejo nous convie à un long voyage, des champs de bataille d'Alexandre le Grand à la Villa des Papyrus après l'éruption du Vésuve, des palais de la sulfureuse Cléopâtre au supplice de la philosophe Hypatie, des camps de concentration à la bibliothèque de Sarajevo en pleine guerre des Balkans, mais aussi dans les somptueuses collections de manuscrits enluminés d'Oxford et dans le trésor des mots où les poètes de toutes les nations se trouvent réunis. Grâce à son formidable talent de conteuse, Irene Vallejo nous fait découvrir cette route parsemée d'inventions révolutionnaires et de tragédies dont les livres sont toujours ressortis plus forts et plus pérennes. L'Infini dans un roseau est une ode à cet immense pouvoir des livres et à tous ceux qui, depuis des générations, en sont conscients et permettent la transmission du savoir et des récits. Conteurs, scribes, enlumineurs, traducteurs, vendeurs ambulants, moines, espions, rebelles, aventuriers, lecteurs ! Autant de personnes dont l'histoire a rarement gardé la trace mais qui sont les véritables sauveurs de livres, les vrais héros de cette aventure millénaire.

  • Gorgias

    Platon

    Le Gorgias est sans doute le plus animé et le plus féroce des dialogues platoniciens. A la faveur de la discussion qui oppose Socrate au sophiste Gorgias et à l'incroyable rhéteur Calliclès, Platon conduit la philosophie en un lieu où on ne voulait pas l'attendre : au sein des assemblées, des tribunaux et des discussions publiques où la question est posée de la "meilleure manière de vivre". A l'encontre de la rhétorique athénienne, la philosophie revendique la prétention exclusive d'être le seul discours éthique. Qu'il s'agisse des plaisirs, dont on ne peut vraiment jouir qu'à la condition de les maîtriser et de les connaître, ou du soin de la cité, qui exige un gouvernement susceptible d'améliorer les citoyens, la philosophie fait ici valoir sa compétence à ordonner les conduites.
    Sans doute écrit au moment où Platon fondait à Athènes l'Académie (autour de 387), le Gorgias veut être le protocole éthique d'un engagement politique ; il débat donc des conditions du gouvernement de soi et des autres.

  • « En ma qualité d'Autrichien, de Juif, d'écrivain, d'humaniste et de pacifiste, je me suis toujours trouvé présent là où les secousses sismiques se produisent avec le plus de violences (...) Né en 1881 dans un grand et puissant empire (...), il m'a fallu le quitter comme un criminel. Mon oeuvre littéraire, dans sa langue originale, a été réduite en cendres. Étranger partout, l'Europe est perdue pour moi... J'ai été le témoin de la plus effroyable défaite de la raison (...). Cette pestilence des pestilences, le nationalisme, a empoisonné la fleur de notre culture européenne.».

    Lorsque, en 1941, réfugié au Brésil, Stefan Zweig rédige Le monde d'hier, il a déjà décidé de mettre fin à ses jours. « Parlez, ô vous, mes souvenirs et rendez au moins un reflet de ma vie avant qu'elle ne sombre dans les ténèbres.».

    Chroniqueur de l'«Âge d'or» de l'Europe, il évoque avec bonheur sa vie de bourgeois privilégié, celle de ceux qui furent ses amis: Arthur Schnitzler, Hugo von Hofmannsthal, Rainer Maria Rilke, Romain Rolland, Paul Valéry... Mais, analyste de l'échec d'une civilisation, il s'accuse d'avoir, peu soucieux des réalités sociales et économiques, assisté, aveugle, à la montée des périls.

    Le monde d'hier: le chef-d'oeuvre de Stefan Zweig et l'un des plus grands livres-témoignages de notre époque.

    Ami de Freud, d'Arthur Schnitzler et Richard Strauss Stefan Zweig (Vienne 1881- Petropolis 1942) fit partie de la fine fleur de l'intelligentsia juive de la capitale autrichienne avant de quitter son pays natal en 1934 sous la pression fasciste. Réfugié à Londres il y poursuit une oeuvre de biographe (Fouché, Marie Antoinette, Marie Stuart) et surtout d'auteur de romans et nouvelles qui ont conservé leur attrait près d'un siècle plus tard (Amok, La pitié dangereuse, La confusion des sentiments). C'est au Brésil qu'il se suicide en 1942, au lendemain du jour où il avai expédié le manuscrit du Monde d'hier à son éditeur.

  • Oedipe roi

    Sophocle

    å'dipe roi incarne le mythe grec le plus radical sur l'homme et la tragédie la plus accomplie du plus classique des tragiques grecs.
    Condamné par le destin à tuer son père et à épouser sa mère, å'dipe a fui loin de ceux qu'il croit ses parents pour aller tuer un homme au carrefour de deux routes - son père -, puis épouser la reine de thèbes - sa mère. l'homme aux pieds tuméfiés paraît lentement au seuil du palais : il est seul, en plein jour, face à son peuple frappé par la pestilence. il poursuivra le criminel qui souille la lumière du soleil.
    Son regard exprime la clairvoyance qui lui a permis de vaincre la sphinx. mais les trous de son masque annoncent aussi les orbites qu'il percera devant l'évidence : å'dipe rendra son visage conforme à son masque.

  • Jamais, peut-être, socrate ne fut aussi tranquille qu'en cette journée particulière qui s'achève par un arrêt de mort .
    Le procès, banal par certains côtés (ce n'est ni la première ni la dernière fois que l'on aura la peau d'un homme libre), a pour nous valeur de symbole. il est l'un des événements fondateurs de notre identité intellectuelle : il décidera de la vocation philosophique de platon. l'histoire de la pensée occidentale porte la marque de cette césure : il y a l'avant et l'après socrate. chaque fois qu'une communauté tente, par la censure, l'ostracisme ou le meurtre, de réduire au silence un étranger moral ou intellec tuel à l'intérieur de ses murs, de bâillonner ou d'effacer ses interrogations intolérables, elle vit une heure socratique.
    " (george steiner).

  • « Tout objet de beauté est une joie éternelle :
    Le charme en croît sans cesse ;
    Jamais Il ne glissera dans le néant, mais il gardera toujours Pour nous une paisible retraite, un sommeil Habité de doux songes, plein de santé, et qui paisiblement respire.
    Aussi, chaque matin, tressonsnous Des guirlandes de fleurs pour mieux nous lier à la terre, Malgré les désespoirs et la cruelle disette De nobles natures, malgré les sombres journées Et tous les sentiers malsains et enténébrés Ouverts à notre quête ; oui, malgré tout cela, Une forme de beauté écarte le suaire De nos âmes endeuillées. Tels sont le soleil, la lune, Les arbres vieux ou jeunes qui offrent le bienfait de leurs printaniers ombrages Aux humbles brebis ; tels sont encore les narcisses Et le monde verdoyant où ils se logent, les ruisseaux limpides Qui se bâtissent un frais couvert En vue de l'ardente saison, le taillis au fond des bois, Richement parsemé de la splendeur des roses musquées ;
    Telle, aussi, la magnificence des hautes destinées Que nous avons rêvées pour les plus grands des morts ;
    Tels, encore, tous les contes charmants lus ou entendus, Fontaine intarissable d'un breuvage immortel Qui s'épanche en nos coeurs du bord même des cieux.
    Et ce n'est pas seulement pendant une heure brève Que nous pénètrent ces essences ; non, comme les arbres Qui chuchotent autour du temple sont bientôt devenus Aussi précieux que le temple lui-même ; ainsi, la lune, La poésie - cette passion - merveilles infinies, Nous hantent jusqu'à devenir le réconfortant flambeau De nos âmes et s'attacher à nous d'un lien si étroit Que, dans le plein soleil comme sous un ciel couvert et sombre, Il nous les faut toujours à nos côtés, ou c'est la mort. » Endymion, livre I, 1-33 (Avril-décembre 1817.)

  • Les Métamorphoses d'Ovide (43 av. J.-C.-17 ap.) sont pour la poésie latine une sorte de livre des records, de longueur (11995 vers évoquant ou narrant 250 métamorphoses en quelque 150 épisodes), mais aussi de variété des genres, des styles et des procédés narratifs. Couvrant toute l'histoire du monde, du chaos originel au temps d'Auguste où écrit le poète, sorte d'oeuvre-univers dont la structure labyrinthique fait un véritable et fascinant palais des mirages, "Légende dorée" ou "Vatican du paganisme", "Mille et une nuits de l'Antiquité" elles s'ouvrent sur un récit de la Genèse et s'achèvent, après un long et passionnant prêche philosophique prononcé par Pythagore (569-475 av. J.-C.), sur la promesse de divinisation de l'empereur régnant et d'immortalité du poète, après avoir offert au lecteur, sans jamais l'ennuyer, une profusion de récits épiques et de contes burlesques, édifiants, émouvants ou galants dont la postérité n'a cessé de recycler les inépuisables joyaux.
    Olivier Sers a traduit Ovide, entreprise sans précédent, vers pour vers, en 11995 alexandrins classiques restituant fidèlement le phrasé et la frappe poétique des hexamètres latins. Pour la première fois le lecteur moderne des Métamorphoses est placé dans la situation même du lecteur antique.

  • Lettres d'amour à quelques-unes Nouv.

    Et venir & être avec moi quelque part, ne serait-ce pour je ne sais combien de temps.
    S'il te plaît, Caitlin, ma chère.
    Dylan Thomas « Ces mots ne sont pas les mots qui expriment ce que je veux exprimer, mais ce sont les seuls que je trouve qui disent la moitié de ce que je veux exprimer. Et ça ne va pas. Je ne suis qu'un grotesque usager des mots, pas un poète. Voilà la vérité. Inutile de s'apitoyer sur moi. » Dylan Thomas (1914-1953), Lettre à Pamela Johnson, 8 mai 1934.

  • L'homme et le grain : une histoire céréalière des civilisations Nouv.

    · Un panorama mondial qui envisage les céréales et pseudocéréales dans leur rapport à la sédentarisation de l'humanité, à l'évolution des différentes civilisations depuis le Néolithique, et à l'avenir de nos relations avec toutes les formes du vivant.
    · Une étude concrète et abondamment illustrée des différentes espèces de céréales et de leurs usages · Une source de réflexions sur les réponses que les céréales peuvent apporter aux défis alimentaires, environnementaux et spirituels des générations de demain · Une mise en perspective de la portée symbolique et religieuse des céréales à travers les époques et les civilisations · Un compte-rendu complet des échanges biologiques et technologiques qui se sont succédé jusqu'aux enjeux actuels de la mondialisation · Une approche transdisciplinaire, qui combine l'expérience de terrain et les connaissances complémentaires d'Alain Bonjean, généticien des plantes, et Benoît Vermander, enseignant en sciences sociales et religieuses.

    Cet ouvrage retrace la longue histoire des interactions entre l'Homme et les céréales.
    Depuis les premières tentatives de domestication jusqu'aux applications agronomiques les plus contemporaines de la génomique, depuis les gestes de partage qui scandent le quotidien jusqu'aux rituels agraires les plus élaborés, Alain Bonjean et Benoît Vermander dévoilent la diversité des espèces productrices de grain et celle des sociétés qui s'organisent autour de leur culture.
    La domestication des orges, exemplaire du travail poursuivi entre la nature et l'humanité ; la naissance des blés dans le croissant fertile, leur introduction en Europe puis dans le monde entier ; la précoce mise en valeur des millets et l'exubérance du répertoire mythique qui les accompagne ; les transferts et les drames qui ont marqué l'échange colombien, depuis l'introduction du maïs en Europe jusqu'à celle de techniques culturales africaines en Amérique du Nord ; le répertoire élaboré des riz asiatiques et des rituels associés ; la diversité maintenue des céréales africaines, celle des espèces andines trop longtemps négligées, gage d'espoir pour l'humanité... Telles sont quelques-unes des étapes de ce livre, qui ouvre des perspectives inédites sur les rapports entre l'homme et le végétal et sur les crises qui marquent aujourd'hui pareille relation.

  • Les Chants racontent à eux seuls l'histoire de William Blake. Ils sont sa première oeuvre véritablement originale, en tant que peintre, poète et imprimeur. Bleu ciel, vert pâle, rouge vif pour les Chants d'Innocence (19 poèmes), brun et vert pour les Chants d'Expérience (34 poèmes). La différence de tonalité de ces deux recueils est notable. En 1789, Blake est encore dans l'enthousiasme de la Révolution française. En 1794, les excès de violence ont ruiné son idéal révolutionnaire et inspiré ces poèmes désespérés. Les deux recueils seront par la suite toujours réunis en un seul ouvrage.
    Notre édition reproduit l'intégralité de l'ouvrage gravé de Blake, inédit à ce format et aujourd'hui introuvable en livre.

  • Nous ne parlons pas ici d'un art tranquille et pacifique, qui aime la probité et la modération. Cette grande, cette glorieuse éloquence est la fille de la licence, que les sots appellent liberté, la compagne des séditions, l'aiguillon d'un peuple sans frein ; incapable d'obéissance ou de sérieux, opiniâtre, téméraire, arrogante, ce n'est pas dans une société régie par une bonne constitution qu'elle peut prendre naissance. (Tacite)

  • L'iliade

    Homère

    Au seuil de l'histoire et de la littérature de l'Occident (aux alentours du VIIIe siècle avant J.-C.), un immense poème, l'Iliade, conte les exploits en même temps que les peines des héros de la guerre de Troie, et, au centre de ce poème, un immense héros, Achille, exhibe sa force tout autant que ses larmes. Pourrionsnous aujourd'hui concevoir l'idée d'une sensibilité qui serait héroïque ?
    Il est bon de toujours retourner à Homère...

  • Paris Nouv.

    Paris

    Hope Mirrlees

    À NOTRE-DAME DE PARIS EN RECONNAISSANCE DES GRÂCES ACCORDÉES Hope Mirrlees « Suis à moitié aveugle d'avoir écrit des notices et fait des corrections dans cent soixante exemplaires de Paris, a poem. » Virginia Woolf, Journal, traduction Marie-Colette Huet, 1987.

    Une déambulation fascinante dans Paris qui renaît en 1919, sous la plume d'une jeune poète avant-gardiste.

  • C'est en lisant l'Anthologie palatine qu'Edgar Lee Masters a l'idée d'une anthologie américaine, qui ferait germer sur les tombes de la bourgade de Spoon river 250 épitaphes. Dans ce recueil au lyrisme désenchanté, les morts témoignent l'un après l'autre d'existences brisées. La violence, le vice et l'hypocrisie s'étalent sans fard, les âmes se mettent à nu, « près de la rivière, à l'endroit où s'écoulent les égouts du village, où l'on déverse les ordures, les boîtes vides et le produit des avortements clandestins ». Dans ce recueil, l'Amérique des pionniers semble expirer.
    « En 1914, Ezra Pound écrit de Paris à Harriet Monroe, l'éditeur du magazine Poetry : « Publiez les poèmes de Webster Ford. C'est le seul poète qui sache écrire en Amérique. » Mais voilà : Harriet Monroe ne sait pas qui est Webster Ford dont quelques « Épitaphes » ont commencé à paraître dans le St Louis Mirror de William Marion Reedy. Ou plutôt elle ne le connaît que sous le nom d'Edgar Lee Masters, brillant avocat qui écrit en dilettante des vers qu'elle s'obstine à refuser. L'homme porte des lunettes, arbore un panama. Il a un air hautain et fume du Prince- Albert dans une pipe qui ne cesse de s'éteindre et qu'il ne cesse de rallumer. Portrait de Lee Masters. Mais duquel ? Du brillant avocat, associé de Darrow, une célébrité du barreau ? Du poète secret ? Du membre du Club du Calumet ? Du père de famille ?
    De l'homme à femmes ? Du défenseur des causes de l'Union ?
    De l'auteur de drames en vers jamais joués ? Ou... de l'auteur mondialement célèbre de la Spoon River Anthology ? Comment concilier la sécheresse paranoïaque du Droit et les germes lyriques (ou le clivage schizoïde) de la poésie ? « L'étude du droit, écrit Masters, a été pour moi un passage aux rayons X et comme une table de produits chimiques ».
    Un passage aux rayons X. On

  • Le prince

    Machiavel

    « Parmi les royaumes bien organisés et gouvernés de notre temps, il y a celui de France, où l'on trouve une infinité de bonnes institutions, dont dépendent la liberté et la sécurité du roi ; au premier rang desquelles figure le parlement avec son autorité. Parce que celui qui institua ce royaume, connaissant l'ambition des puissants et leur insolence et jugeant nécessaire qu'ils aient dans la bouche un frein pour les corriger, sachant d'autre part fondée sur la peur la haine du populaire envers les grands et voulant rassurer ces derniers, ne voulut pas que ce fût là une attribution particulière du roi, pour lui épargner les éventuels griefs des grands s'il favorisait le populaire et ceux du populaire s'il favorisait les grands ; c'est pourquoi il institua un tiers juge chargé, sans qu'on en fît grief au roi, de battre les grands et favoriser les petits ; institution, celle-ci, qui ne pouvait être ni meilleure ni plus prudente, ni une plus grande source de sécurité pour le roi et le royaume. D'où l'on peut tirer un autre enseignement digne d'être noté, à savoir que les princes doivent faire en sorte que soient administrées par d'autres les choses qui sont matière à griefs, et par eux-mêmes celles qui sont matière à gratitude. Et je conclus une nouvelle fois qu'un prince doit faire cas des grands, mais ne pas se faire haïr du peuple. »

  • Dans un texte en hommage au centenaire de la naissance de Christina Rossetti, une femme non moins talentueuse et exigeante, Virgina Woolf, s'amuse à esquisser le portrait de cette artiste complexe et discrète, muse flottante à la foi d'airain : «Vous étiez poète d'instinct. Vous avez toujours vu le monde sous le même angle. Les années, et les échanges avec les hommes et les livres ne vous ont pas affectée le moins du monde. Vous avez ignoré soigneusement tous les livres qui auraient pu ébranler votre foi ou n'importe quel être humain qui aurait pu vous troubler. Vous étiez sage, peut-être. Votre intuition était si sûre, si directe, si intense, qu'elle produisait des poèmes qui chantent comme de la musique dans nos oreilles - comme une mélodie de Mozart ou un air de Gluck. Pourtant, malgré son équilibre, votre chant était complexe. Lorsque vous jouiez de la harpe, les cordes sonnaient ensemble. Comme toutes les personnes instinctives, vous aviez une conscience aiguë de la beauté visuelle du monde. Vos poèmes sont habités de poussière dorée et de la douce et changeante luminosité des géraniums ; votre regard était sans cesse aux aguets, notant que les joncs ont des tiges de velours, et les lézards une étrange carapace métallique - il est certain que votre regard observait tout avec une intense sensualité préraphaélite, ce qui a dû surprendre l'anglocatholique Christina. Mais vous lui devez peut-être la constance et la tristesse de votre muse. La pression d'une foi intense entoure et enserre ces petits chants. Peut-être lui doivent-ils leur solidité.».

  • Poèmes et proses de la folie Nouv.

    « Limpide, Clare (1793-1864) l'est comme eau de source et qui coulerait du Jardin perdu. [...] Plus, peut-être, que bien des grands - mettant pour ainsi dire en question la grandeur. Et lorsque l'harassante difficulté de vivre en paysan pauvre ayant charge d'âmes en même temps qu'en poète applaudi de Londres, puis à demi oublié, eut égaré sa raison, le délire altéra parfois la cohérence, mais jamais la pureté de son chant.
    Lequel, au contraire, n'atteindra vraiment sa plénitude que dans la folie. Celle-ci recouvre au moins vingt-huit ans, tous d'asile [...], période cruellement longue mais incroyablement féconde. La poésie était devenue l'unique recours d'un homme arraché à ses racines, aux siens, à son identité. Toujours traversée de Nature car on laissait par bonheur à Clare, dans la journée, la clef des champs et des bois, plus quotidienne que jamais et n'obéissant qu'à sa logique propre, elle jaillit intarissablement, ayant trouvé, elle, sa liberté. » Pierre Leyris, Extrait de la présente préface.

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