Honore Champion

  • Du contrat social : ce " petit livre " est un grand livre, devenu canonique dans l'histoire des idées politiques. Comme tous les grands livres, il est difficile à lire parce qu'il faut retrouver en lui le mouvement d'instauration de la pensée. En cet essai, Rousseau se propose de construire non pas une " philosophie politique ", à l'instar de Hobbes qui se glorifiait d'en avoir inauguré la carrière, mais, sur la base normative du devoir-être, une " politique philosophique ". Son originalité est de proposer, loin de toute étude de " science politique " disséquant les rouages institutionnels de l'État, et indépendamment d'un programme politique à visée pragmatique, une théorie " pure " du droit politique dont le " contrat social " est le paradigme fondateur et le principe régulateur. Cette révolution épistémologique hardie réclamait une écriture exigeante et laborieuse. Les deux versions de l'ouvrage témoignent de l'effort fourni pour approfondir une pensée que sa lente interrogation oriente vers un normativisme critique. Emmanuel Kant - le meilleur lecteur de Rousseau - sut reconnaître dans le " contrat social " une idée rationnelle pure à vocation transcendantale.

  • En cette année 2018, l'on commémore le centenaire de la mort d'Edmond Rostand. Des colloques, des conférences, des expositions et des reprises de Cyrano de Bergerac sont annoncés.
    Les éditions Honoré Champion proposent la première édition véritablement savante de la pièce la plus connue et la plus jouée de son auteur.
    Une préface de 71 pages et plus de 700 notes de bas de page fournissent une analyse historique, thématique, poétique et dramaturgique de la pièce et, dans ce cadre, produisent des éclairages nouveaux sur ses sources historiques et littéraires et sa riche intertextualité. Il était jusqu'ici acquis qu'elle était le dernier éclat du drame romantique. Elle puise aussi au canon classique (Molière, La Fontaine, Scarron etc) que Rostand connaissait fort bien et sur des lectures d'ouvrages savants.
    Figurent en annexes un florilège de la réception critique de 1897 à aujourd'hui et, pour la première fois, un état précis de 270 représentations en France et dans 45 pays, sur les cinq continents ainsi que des adaptations pour le grand et le petit écran.

  • Le Grand Meaulnes

    Alain-Fournier

    La présente édition critique veut saluer la modernité et la complexité du Grand Meaulnes. Entre les récits poétiques issus du symbolisme et l'esprit nouveau de l'aventure qui s'empare de la France dans l'immédiat avant-guerre, ce roman de l'intériorité renouvelle le genre romanesque : il raconte l'aventure d'une âme dans un récit non linéaire, l'épopée lyrique du désir. Il célèbre, plutôt que le culte de la l'art, le sens de la vie et de ses "merveilles", la foi dans le réel ici et maintenant. L'appareil de notes et les annexes inscrivent Le Grand Meaulnes dans l'oeuvre de son auteur comme dans la production romanesque contemporaine.

  • « Mademoiselle Albertine est partie ! » Comme la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ! Il y a un instant, en train de m'analyser, j'avais cru que cette séparation sans s'être revus était justement ce que je désirais, et comparant la médiocrité des plaisirs que me donnait Albertine à la richesse des désirs qu'elle me privait de réaliser, je m'étais trouvé subtil, j'avais conclu que je ne voulais plus la voir, que je ne l'aimais plus. Mais ces mots : « Mademoiselle Albertine est partie » venaient de produire dans mon coeur une souffrance telle que je sentais que je ne pourrais pas y résister plus longtemps. Ainsi ce que j'avais cru n'être rien pour moi, c'était tout simplement toute ma vie.

  • « Je forme une entreprise qui neut jamais dexemple, et dont lexécution naura point dimitateur. » Ces lignes, les premières des Confessions, font de cette oeuvre, dans lesprit même de son auteur, un texte fondateur. Quels que soient les prédécesseurs quon peut lui assigner saint Augustin, Montaigne ou Cellini Jean- Jacques Rousseau est le créateur de lautobiographie moderne. À la fois plaidoyer, explication et acte daccusation, Les Confessions se donnent aussi pour un témoignage unique sur la nature humaine. Ici lhomme se met à nu, avoue ses contradictions et ses fautes, revoit son existence comme un parcours initiatique, sengage à labsolue sincérité. Dès leur parution, en 1782 et 1789, elles ont suscité indignation ou admiration. Tout au long du XIXe siècle, et jusquà nos jours, elles ont suscité dâpres débats, tout en inspirant lensemble de la littérature «personnelle », de Chateaubriand à Lamartine, de Stendhal à George Sand. Par le style comme par le propos, elles demeurent dune parfaite actualité. Rousseau nous a laissé la déposition à la fois la plus exaltante et la plus accablante sur lâme humaine. Il est toujours, comme disait François Mauriac, « lun de nous », et à chacun de nous ses Confessions continuent de tendre un miroir sublime, haïssable et brûlant.

  • Onze histoires étranges. Onze récits d'inceste et de folie, de désir et de cannibalisme, d'épouvante et d'amour : sous leur apparence d'enfantine simplicité, les contes attribués à Charles Perrault forment l'une des oeuvres les plus singulières de la littérature française. Célébrant la tradition des « mères et des mères-grands », ils manifestent l'existence d'une ancienne mémoire féminine, clandestine, combattue et occultée par la culture officielle du grand siècle. Aérolithes improbables, jaillis de nulle part dans la pureté du ciel classique, ces textes aux origines obscures recèlent encore bien des énigmes que la critique ne parvient pas à percer. On ne connaît précisément ni le nom de leur auteur, ni les sources exactes d'où ils sont tirés, ni la raison pour laquelle ils ont été composés. Ce halo de mystère explique l'intérêt que n'a jamais cessé de susciter cette oeuvre, dont la brièveté n'a d'égale que la prolifération des commentaires qui lui sont consacrés : les folkloristes, les psychanalystes et plus récemment les spécialistes de la littérature galante se sont ainsi emparé de ces onze récits pour tâcher d'en découvrir la clef.
    À défaut de révéler le secret des contes, la présente édition met à disposition du lecteur tous les éléments du dossier. Elle propose en effet, pour la première fois, l'ensemble de leurs états textuels ;
    Elle fournit aussi, en annexe, une version en prose de Peau d'Âne, des variantes populaires, et des témoignages d'époque inédits. Une introduction, des résumés et des notices permettent d'évaluer la dette de Perrault envers ses sources folkloriques et italiennes, mais aussi de prendre la mesure des enjeux contemporains qui sous-tendent les contes, oeuvre à jamais « moderne », en quelque sens qu'on veuille entendre ce terme.

  • Vingt années séparent le premier exposé de la théorie darwinienne - le brouillon de 1839 - et la publication, le 24 novembre 1859, de L'origine des espèces. La fin de cette longue genèse est aussi le début d'une lente maturation qui durera jusqu'en 1872 - date de sa sixième et dernière édition -, voire, si l'on y inclut les ultimes révisions de l'auteur, jusqu'en 1876 - date du dernier tirage soumis à son examen. C'est cette édition absolument définitive du plus célèbre des ouvrages de Darwin qui est ici traduite et présentée à l'occasion du bicentenaire de sa naissance. Aucun livre de science ne connut sans doute plus durable succès. Aucun ne suscita réactions plus vives ni controverses plus passionnées. Dans une quête d'exhaustivité qui demeurera toujours insatisfaite, l'ouvrage illustre à travers chacun de ses chapitres la haute cohérence de la théorie de la sélection naturelle, moteur de la transformation des espèces, avec les données issues de l'observation des variations animales et végétales, de la théorie des populations, de la zootechnie, de l'horticulture, de l'éthologie, de l'étude de la génération et des croisements, de la paléontologie, de la biogéographie, de la morphologie, de l'embryologie, de l'histoire de la Terre et du climat, ainsi que de la classification des formes vivantes. Particulièrement démonstratif et amplement documenté, il porte un coup décisif aux anciennes croyances en la création singulière et en la perfection native, fixe et définitive des espèces. Cette laïcisation de l'histoire naturelle, qui s'inscrit elle-même dans une autonomisation nécessaire de la science, sera pour cela longtemps combattue par les Eglises et les groupements mystiques restés fidèles au dogme, indéfiniment remanié mais toujours résurgent, de la Création du monde et du vivant par une intelligence transcendante et providentielle qui serait seule capable d'en garantir les fins et d'en préserver l'harmonie. Dans une savante et méticuleuse préface, Patrick Tort étudie pas à pas la constitution de ce maître livre qui inaugure, en l'affranchissant de toute théologie, la pensée scientifique moderne.

  • Ce volume présente le premier recueil de Verlaine avec une analyse nouvelle des documents manuscrits et imprimés, mais aussi une étude de la construction du recueil. Avec leur mélange complexe de lyrisme et d'ironie, ces textes montrent un poète qui fait partie de la nébuleuse parnassienne, tout en cultivant des valeurs, esthétiques et éthiques, qui s'écartent de l'image que l'on s e fait généralement du Parnasse. L'implicite au coeur de cette oeuvre exige la prise en compte du contexte historique et culturelet la mise en évidence de ses audaces formelles, sémantiques et idéologiques.

  • Dernier volet inachevé de la trilogie des oeuvres autobiographiques de Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire se définissent par leur titre même. Lauteur sy nomme comme dromomane et comme solitaire. Il nest plus le Citoyen, mais un homme abandonné de tous ses anciens amis dont il sest volontairement éloigné. Ses dix « Promenades » oscillent entre la quête dun bonheur permanent impossible et son imagination farouche qui lui fait voir une toile daraignée tissée pour le prendre au piège. De fait, ses « rêveries » sont des méditations qui se succèdent presque sans ordre, au jour le jour, dans un « informe journal » qui sinscrit comme un chef-doeuvre décriture.


  • Paru le 26 novembre 1872, ce chapitre détaché de La Filiation de l'Homme consacré à l'expression des émotions chez l'Homme et les animaux est ordinairement reconnu par les commentateurs contemporains comme un ouvrage d'une singulière importance pour l'élaboration de disciplines d'études telles que la psychologie animale, l'éthologie, l'anthropologie et les sciences du langage et de la communication.
    Pour justifié qu'il soit, cet hommage des auteurs à la modernité d'un texte dont les intuitions majeures remontent cependant à la jeunesse de Darwin ne doit pas faire oublier l'objectif premier du livre, qui est de fournir à l'histoire naturelle transformiste un supplément de preuve tiré de l'étude minutieuse des mécanismes anatomo-physiologiques mis en oeuvre par la traduction somatique des différents « états de l'esprit » - et donc de vérifier leur relative universalité au sein de l'espèce humaine, tout en examinant les manifestations probables de leurs ébauches animales. Et, au passage, de réfuter là aussi les thèses providentialistes de la théologie naturelle, qui soutiennent avec Charles Bell que l'homme est seul à disposer, suivant le dessein du Créateur, de muscles spécialement destinés à produire sur son visage et dans ses yeux l'ineffable inscription des passions de son âme.
    Dès lors, l'opposition réitérée de l'inné (le socle naturel, biologique, donc universel de l'expression) et de l'acquis (la sédimentation d'habitudes et d'instructions culturelles particulières) tend à occulter, sous la persistante banalité des commentaires qu'elle régit, ce qui chez Darwin proclame pourtant son indispensable dépassement. Combinant sans cesse les deux ressources, Darwin, ainsi que le montre Patrick Tort dans sa préface, n'est ni dans un pur innéisme pré-lorenzien, ni dans l'artificialisme ou dans le conventionnalisme de principe des sciences sociales, mais dans l'articulation qu'avaient perçue et théorisée Condillac et, dans le registre esthétique, Diderot entre les signes naturels des émotions et leur apprentissage néanmoins nécessaire.
    Précédé de : Patrick Tort, L'origine de la sympathie.

  • Offrir à partir d'une documentation scrupuleuse « une fresque explicative et illustrative du labeur paysan », « un vaste échantillon de termes français ou des patois régionaux illustrant la vie à la campagne, hier et aujourd'hui » éclairer « notre passé pour essayer de s'adapter, de se renouveler », parcourir « les régions de France » et « leur vocabulaire imagé ou technique, traditionnel ou novateur », tel est bien l'objectif de ce dictionnaire. Conçu et rédigé par un professeur des universités, lexicologue et lexicographe rompu à tous les registres de langue, auteur notamment de dictionnaires d'argot faisant autorité, ce dictionnaire constitue de fait un « tableau » précis et émouvant de « ce qui se passe en dehors des villes ».

  • Romances sans paroles est probablement le recueil le plus célèbre aujourd'hui de Verlaine. Il a résulté d'une année de réflexion et de création (mai 1872-avril 1873), passée en grande partie en compagnie de Rimbaud, qui a été pour beaucoup dans ce tournant dans l'évolution poétique de Verlaine, par ses lectures qu'il lui a suggérées (Favart, Marceline Desbordes-Valmore), par des discussions sur la nature de la poésie dont on ne peut qu'imaginer la vivacité et par la vie turbulente qu'ils ont menée ensemble. Mais au moment d'envoyer le manuscrit de ces Romances, Verlaine ne pouvait prévoir qu'il serait en prison lors de leur parution et qu'il ne pourrait s'occuper des épreuves. Grâce à un imprimeur de province, qui ignorait la réputation sulfureuse du poète, l'ouvrage a été publié, mais avec une ponctuation souvent arbitraire et de nombreuses coquilles. La présente édition fournit pour la première fois des fac-similés de presque tous les manuscrits connus de poèmes du recueil. Ces manuscrits, qui laissent parfois entrevoir des aspects de la genèse des Romances, permettent des lectures qui s'écartent de celles fournies habituellement par les éditions. Ce volume contient une édition pluriversionnelle et un dossier critique comportant des analyses et des notes qui tentent d'éclairer la genèse et l'esthétique du recueil.

  • Achevant le récit inauguré avec le lancelot en prose et poursuivi dans la quête du saint graal, la mort du roi arthur dit la fin des aventures au royaume de logres et la mort des héros de la table ronde.
    Sombres temps que ces temps d'après graal marqués par la haine, le soupçon, la trahison. et que reste-t-il à accomplir aux chevaliers d'élite après galaad, qui a mené à bien la plus haute des aventures ? la violence se déchaîne et du coeur même de la communauté arthurienne vient le coup fatal: mordret, le fils incestueux d'arthur, se dresse contre son père à salesbières et tandis que leurs hommes s'exterminent, le père tue le fils et le fils blesse à mort le père.
    Mais la mort du roi arthur comporte aussi sa part de lumière. a travers le personnage de lancelot, elle propose l'image d'un héros capable des plus hauts dépassements, réussissant jusqu'au bout à concilier l'inconciliable : son amour pour la reine et celui qu'il porte au roi, sa mort en odeur de sainteté et une absolue fidélité à son passé de chevalier et de fin amant. l'auteur construit une intrigue sans faille dans laquelle s'enchaînent méticuleusement événements et décisions qui mènent au désastre, tout en préservant, malgré la disparition des aventures, un halo de merveilleux en totale harmonie avec cette fin d'un monde et d'un rêve.
    De la production littéraire du moyen age français, le lecteur moderne ne connaît guère que quelques noms et quelques oeuvres, la plupart justement célèbres. le pari de cette nouvelle collection est de leur donner une plus large diffusion en proposant des éditions remises à jour, assorties de traductions originales et de tout ce qui peut en faciliter la compréhension. mais il a paru tout aussi important d'associer à ces valeurs établies des oeuvres moins connues, souvent peu accessibles, capables cependant de susciter à leur tour le plaisir de la découverte.

  • La langue française est par son universalisme source de sagesse et, par la richesse de ses nuances, puits de précision dans l'expression. Le vocabulaire d'une chrétienté deux fois millénaire, matrice de la civilisation européenne, a modelé notre structure sociale, nos usages et notre langue. Il doit donc demeurer à la portée du plus grand nombre.

    Ce dictionnaire, qui comporte plusieurs milliers d'entrées, elles-mêmes divisées en plusieurs définitions, entend donner un contenu précis aux mots, accessible à tous. Permettant de consulter des glossaires au sein d'un unique ensemble, fort d'une approche encyclopédique, cet ouvrage se propose d'encourager la connaissance, la diffusion et la mémoire des termes et des noms propres qui nous rassemblent, et de la Parole qui nous porte. Les définitions, souvent concises, sont, dans la mesure du possible, illustrées par des propos et des écrits des papes, des membres du clergé, et des citations des grands textes chrétiens. Les termes sont, le plus souvent, rassemblés en groupes sémantiques afin de permettre l'appréhension globale et immédiate d'un thème ou d'une notion.

    Ce lexique des termes fondamentaux permet ainsi l'approche sereine du catéchisme de l'Église ou des grands textes. Il facilitera la préparation d'une célébration, la réception d'un sacrement ou encore la compréhension des enjeux qui s'imposent à notre société et à ses membres.

    Le Christianisme est missionnaire : le vocabulaire porte le témoignage et la transmission. La Foi s'exprime ; le chrétien atteste ; les mots le permettent.

  • De 1690 à 1698, Madame d'Aulnoy publie vingt-cinq contes de fées qui la rendent, longtemps, presque aussi célèbre que Perrault. On la redécouvre aujourd'hui. Mondaine accomplie, romancière à succès, aristocrate de surcroît, elle s'empare, avec bon nombre de ses consoeurs, de l'humble conte populaire oral pour le faire entrer dans l'espace choisi du salon. Il s'agit moins, cependant, de réhabiliter une talentueuse conteuse encore méconnue que de saisir les conditions d'émergence, les processus de fabrication ainsi que les enjeux qui sous-tendent l'apparition massive, sur la scène littéraire du temps, du conte de fées féminin. Car les contes sont alors, avant tout, oeuvres de femmes. Ancré dans son milieu nourricier, le salon, modelé par les usages et valeurs de l'esthétique galante, largement pétri de culture féminine et moderne, le genre témoigne de la rencontre, admirée ou décriée, consensuelle ou conflictuelle, entre une forme littéraire en voie de constitution et de légitimation, une pratique et des figures ambivalentes de la femme auteur au tournant de la "seconde préciosité", un goût prononcé pour le merveilleux, enfin, un merveilleux auquel le conte de fées permet de redonner forme et sens en le resituant dans le vaste courant, aujourd'hui sous-évalué, de la "fantaisie classique". Interroger la naissance du conte féminin, c'est donc retracer l'histoire d'une quête et d'une conquête, celle du champ littéraire par des femmes de lettres auxquelles le conte offre un moyen d'expression privilégié.

  • Un chevalier énigmatique, surgi d'une forêt profonde, en quête d'une reine enlevée par un être de l'autre monde ; un auteur qui, tout soucieux qu'il est de complaire à sa mécène, délègue à un autre clerc le soin d'achever son récit ; un titre provocant qui, rattaché à l'univers arthurien,
    annonce le bouleversement des valeurs établies au nom de l'amour ; un roman déconcertant qui multiplie à loisir les jeux de pistes, brouille à plaisir les repères convenus, ménage des silences. Avec le Chevalier de la Charrette, Chrétien invente une formule et une figure romanesques
    inédites, celle d'un roman qui cherche à définir la place du fin'amant dans le monde arthurien et, dans l'ombre de Tristan, celle du chevalier amoureux fou de la reine qui lui donne son identité - et pas seulement son nom - et dicte sa conduite, en soumettant sa carrière héroïque aux exigences de la passion. Le romancier champenois réunit tous les ingrédients pour créer un couple mythique, dont le Lancelot en prose s'attachera à relater le parcours en plongeant dans les arcanes du désir et de la jouissance. Mais cette " lecture " rétroactive qui, sans nul doute, trahit notre approche en comblant systématiquement les blancs laissés en suspens dans le texte en vers ne saurait masquer ni la profonde originalité, ni la part irréductible de mystère d'où naît peut-être le roman.
    De la production littéraire du Moyen Âge français, le lecteur moderne ne connaît guère que quelques noms et quelques oeuvres, la plupart justement célèbres. Le pari de cette nouvelle collection est de leur donner une plus large diffusion en proposant des éditions remises à jour, assorties de traductions originales et de tout ce qui peut en faciliter la compréhension. Mais il a paru tout aussi important d'associer à ces valeurs établies des oeuvres moins connues, souvent peu accessibles, capables cependant de susciter à leur tour le plaisir de la découverte.

  • Le premier roman de Gautier, Mademoiselle de Maupin, paraît à la fin de l'année 1835. Auréolé d'une réputation qui sent le soufre, accompagné d'une préface qui scandalise (et qui est restée aussi célèbre que celle de Cromwell ou celle de Pierre er Jean), il fascine et dérange. Il constitue, selon Baudelaire, un « véritable événement ». Les romantiques, les néo-classiques puis les défenseurs de l'art pour l'art le revendiquent tour à tour et, si l'on juge à sa nombreuse postérité fin de siècle, la Décadence aussi, qui y puise largement et en fait l'une des Bibles. Gautier ne s'intéresse que de très loin à la vie tumultueuse de la cantatrice qui lui a servi d'inspiration, Julie d'Aubigny, la véritable Mademoiselle Maupin (1670-1707), contrairement à ce que le titre laisse attendre. Son roman ne s'enferme dans aucun genre et bouscule joyeusement les catégories, en empruntant au roman par lettres, au poème lyrique aussi bien qu'au théâtre. Régi par une esthétique de la fantaisie, il privilégie les détours, l'arabesque, la confrontation des contraires, la sinuosité de la ligne et érige la féerie en modèle. L'histoire de la vraie Maupin n'est en fait qu'un point de départ, voire un prétexte : Gautier soulève avec Mademoiselle de Maupin des questions qui passionnent son temps, comme celles de l'identité du Poète, de sa place dans le monde, de son rapport à la création. Il y répond, en recourant au langage des mythes (celui de l'androgyne d'abord, mais aussi ceux de Pygmalion, de Narcisse et d'Ixion) et en prenant appui sur tout un ensemble de références, littéraires et picturales, extrêmement cohérent, avec une acuité, une finesse et une lucidité rarement égalée. Mademoiselle de Maupin peut être lu, à cet égard, comme un des premiers grands romans de l'artiste que le XIXe siècle a produits.

  • À travers son oeuvre et l'aspect apparemment hétéroclite de ses chansons et poèmes, Georges Brassens non seulement raconte des histoires, mais construit un univers. Il y a un « monde de Brassens » avec ses personnages mis en scène comme au théâtre, ses intrigues, son bestiaire, ses décors, ses lieux, ses images, ses valeurs, ses concepts, sa langue. Cette intention n'existait sans doute pas au départ dans son esprit, mais au bout du compte, le corpus une fois bouclé, le public éprouve la sensation irremplaçable que la juxtaposition des textes finit par constituer un tout, une sorte de « roman ».
    Plus de 500 entrées, constituées essentiellement de noms propres, rendent compte de ce foisonnement. De A comme Abélard à Z comme Zanzibar, laissons-nous entraîner dans le sillage de l'auteur-compositeur, de la Camarde à la Camargue, de Paris à Sète, de l'Auvergnat à Jeanne, de Dieu à Cupidon et Vénus, du Gorille à Margot, de Valéry à Villon, de Brel à Tino, de l'Évangile à Ève, du Cimetière marin à la Mort, de Fernande à Mélanie, de Cythère à Don Juan.
    Ce dictionnaire s'adresse à tous ceux qui souhaitent se plonger ou se replonger dans la magie d'un univers réaliste et surréaliste à la fois, où les portraits les plus truculents côtoient onirisme et poésie. Quarante ans après la disparition de Brassens, cet ouvrage prouve, s'il en était besoin, que ses couplets sont toujours vivants et que ses chansons sont faites « non seulement pour être écoutées mais surtout pour être réécoutées ».

  • Créée en 1964 sous le nom de Garnier Flammarion, la collection GF s'adresse aux élèves de lycées, aux étudiants et à tous ceux qui privilégient la qualité de l'édition des oeuvres classiques.
    Collection de poche de référence pour la littérature française et la philosophie, forte de plus de 1000 titres, elle continue de renouveler la lecture des grands textes en proposant des traductions inédites et des appareils critiques régulièrement mis à jour.

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