Karthala

  • Les naufragés ; l'odyssée des migrants africains

    Etienne Dubuis

    • Karthala
    • 29 Mai 2018

    Des visages épuisés sur des canots en perdition. Des mains fébriles agrippant des gilets de sauvetage. Des corps lourds hissés sur des navires de secours. Nous sommes tous tombés un jour ou l'autre sur ces images de migrants repêchés à bout de force au coeur de la Méditerranée. Mais que savons-nous des circonstances qui les ont conduits à risquer leur vie en mer, des raisons de leurs départs, parfois des années plus tôt, et du déroulement de leur périple, entre mille difficultés ?

    Les naufragés réunit les témoignages de plusieurs dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants originaires d'Afrique de l'Ouest, arrivés en Europe après la chute de Mouammar Kadhafi en Libye. Des confessions qui racontent les espoirs et les rêves d'une jeune génération victime de la misère, de la mal-gouvernance et de traditions oppressantes. Des récits qui révèlent les terribles pièges du chemin, entre policiers véreux et passeurs sans scrupule, mais aussi l'exceptionnelle résilience de ceux qui les ont surmontés.

    Étienne Dubuis, journaliste au quotidien suisse Le Temps, est l'auteur de nombreux reportages dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Amérique latine. Il a récolté les témoignages cités dans ce livre lors d'un long séjour en Sicile.

  • Car connection ; la filière euro-africaine de véhicules d'occasion

    Martin Rosenfeld

    • Karthala
    • 18 Décembre 2017

    Quelle est la vie des voitures une fois qu'elles sont revendues sur le marché de l'occasion ? Bien plus souvent qu'on ne le pense, ces véhicules en connaissent une seconde en partant pour l'Afrique.

    Un important marché de la récupération s'est mis en place en Europe, au Japon et aux États-Unis repérant les véhicules les mieux adaptés au marché africain, les rassemblant sur différentes places marchandes, puis organisant leur transport vers les grands ports du continent africain. Cette activité commerciale reste peu connue, alors même qu'elle mobilise des réseaux complexes ancrés dans la diaspora, qu'elle implique un transfert important de capitaux de l'Afrique vers le monde occidental, et qu'elle organise la circulation de centaines de milliers de véhicules chaque année. Cet ouvrage vous invite à une plongée dans cet univers. Les différents ressorts de l'activité sont mis en évidence à partir de la filière : Bruxelles-Cotonou, l'une des plus importantes routes connectant l'Europe au Bénin.

    Historiquement, ce pays a joué un rôle moteur dans la réexportation de marchandises à l'échelle de l'Afrique de l'Ouest au point d'être considéré comme un véritable « État-entrepôt ». Cette situation a été d'autant plus renforcée grâce à la présence de son voisin, le Nigeria. Ces deux pays entretiennent des relations économiques complexes jouant à la fois sur la politique protectionniste du Nigeria et un relatif laissez-faire dans les échanges transfrontaliers. La Belgique, quant à elle, s'est progressivement positionnée comme la plaque tournante du commerce d'exportation de véhicules d'occasion en Europe. Cette position est certes due à la présence du port d'Anvers, mais aussi à la transformation d'un quartier du centre de Bruxelles en un véritable marché géant de l'occasion centralisant des véhicules en provenance de toute l'Europe.

    Cet ouvrage nous invite à suivre le trajet de ces voitures de l'Europe jusqu'à l'Afrique, et soulève de nombreuses interrogations en termes écologiques, économiques et politiques, donnant ainsi à voir une autre dimension de la mondialisation économique.

  • Cet ouvrage est le premier à traiter l'ensemble de la production cinématographique berbère. Des histoires qui nous viennent des mythes, des récits de l'histoire contemporaine, des personnages dramatiques ou comiques, qui participent à la représentation et à l'auto-perception d'être « Imazighen/Berbères », sont présentés et analysés sous la plume de spécialistes et de jeunes chercheurs en études berbères.
    L'apparition des premiers films amazighs (berbères) a été tardive du fait de la méconnaissance du berbère par les États nationaux au Maghreb jusqu'aux années 1990. Cependant, des réalisateurs ont eu le courage de persévérer et, depuis quelques années, des films en langue amazighe (berbère) jouissent d'une reconnaissance internationale, comme pour La Maison jaune / Axxam awragh (2007) d'Amor Hakkar et Adiós Carmen (2013) de Mohamed Amin Benamraoui, tous deux primés respectivement au Festival international du film de Locarno (2007) et au Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier (2014). Les films primés participent de l'une des deux formes d'expression filmique en amazigh : les longs-métrages « grand écran ». La seconde modalité est celle des « films vidéo » en format VHS et VCD qui, bien que représentant une production très vivace de culture populaire, sont souvent maltraités par la critique journalistique.
    Les contributions de cet ouvrage explorent les films amazighs dans une perspective interdisciplinaire en fournissant au public des clés de lecture sur les recherches esthétiques et la construction identitaire qui sont au centre de la narration filmique, ainsi que sur les aspects sociologiques et économiques de la production. La question centrale posée est la suivante : « Peut-on parler de cinéma amazigh ? ». Cet ouvrage ouvre le débat.

  • Investir dans le développement, ce métier se décline différemment selon les institutions et selon les pays où elles exercent. Si le financement du développement semble relever d'une politique codifiée, proche de la diplomatie et des relations officielles, il est pourtant tissé d'échanges entre personnes, où les émotions et les symboles participent d'une démarche commune de coopération. L'histoire de l'AFD en Guinée examine l'aide au développement sur une de ses frontières de la guerre froide, et révèle les mutations et les complexités d'une politique publique encore insuffisamment connue, en articulant les évolutions stratégiques globales, leur déclinaison au niveau de la relation avec un pays privilégié, la Guinée, et le sens qu'elles revêtent pour les expatriés. Ce livre présente pour la première fois cette histoire, en prenant appui sur des sources et des témoignages inédits.

  • Culture berbère (amazighe) et cultures méditerranéennes. le vivre ensemble

    Moha Ennaji

    • Karthala
    • 9 Juillet 2020

    Quels sont nos points forts et points faibles pour intégrer une gestion multiculturelle dans la région méditerranéenne ? Le multiculturalisme est-il un faux débat ? Les obstacles et les défis ne sont pas les mêmes dans chaque pays. Mais chacun doit analyser finement son propre contexte et savoir activer les bons leviers et éviter les écueils pour faire face à la complexité des interactions culturelles.

    Avec ces questionnements à l'esprit, ce livre met l'accent sur le rôle important du patrimoine immatériel berbère (amazigh) et des cultures méditerranéennes dans leurs apports au développement humain et à la culture de la paix. Il se focalise sur le dialogue interculturel et le rôle de la culture dans le processus de démocratisation au Maghreb.

    Cet ouvrage montre que le mouvement berbère en Algérie et au Maroc, même en ayant des revendications légitimes, a suscité des conflits linguistiques et politiques et s'est heurté au pouvoir autoritaire depuis l'indépendance. Il souligne que la culture n'est pas un phénomène superficiel ou complémentaire superposé aux biens matériels. C'est un mode de vie et un facteur dynamique qui devrait être sérieusement pris en compte dans les domaines linguistique, éducatif et social.

    Compte tenu de l'évolution récente de la région, les populations méditerranéennes sont amenées à s'ouvrir sur les autres cultures et à lutter contre l'extrémisme et la xénophobie.

  • Le Hamas et l'édification de l'Etat palestinien

    Olivier Danino

    • Karthala
    • 22 Septembre 2009

    Organisation terroriste pour les uns, mouvement de libération nationale pour les autres, le Hamas refuse, dès sa création en 1989, de reconnaître l'OLP comme seul représentant du peuple palestinien. La tension entre les deux mouvements monte d'un cran en 1993 suite à la signature des accords d'Oslo par l'OLP et Israël. Le Hamas s'y oppose violemment, accusant l'organisation palestinienne, et en particulier le Fatah de Yasser Arafat, de traîtrise. En 2004-2005, le Hamas opère un changement de stratégie en faisant le choix de participer pleinement à la vie politique palestinienne.
    Dans cet ouvrage, Olivier Danino étudie l'identité du Hamas, son idéologie et ses objectifs. il analyse les raisons de son ascension, les causes de son opposition au Fatah et la manière dont il exerce le pouvoir à Gaza. Il s'interroge enfin sur les différents scénarios de sortie de crise et sur les conséquences de la situation actuelle sur le processus d'édification de l'Etat palestinien.

  • Au Cameroun de Paul Biya

    Fanny Pigeaud

    • Karthala
    • 27 Juillet 2011

    Au moyen de campagnes de presse internationales, son gouvernement vante régulièrement la stabilité politique du Cameroun : contrairement à la plupart des États qui l'entourent, il n'a pas connu de coup de force au cours des dernières décennies.
    Mais de nombreux indices contredisent cette idée d'un pays sans histoires. Les plus flagrants sont ceux de 2008 : des centaines de jeunes ont manifesté pendant plusieurs jours contre la vie chère et un projet de modification de la Constitution donnant la possibilité à Paul Biya de briguer un nouveau mandat fin 2011. Cette situation quasi-insurrectionnelle a causé la mort de plusieurs dizaines de personnes, tuées par les forces de sécurité. Malgré ces évènements, la révision constitutionnelle a été adoptée, montrant un président crispé sur son pouvoir.
    Pourquoi les espoirs de 1982 ont-ils peu à peu laissé place au profond désarroi exprimé en 2008 ? Comment le pays estil devenu l'un des plus corrompus du monde ? A quoi tient la longévité politique de Paul Biya ? A partir de faits et de témoignages, cette enquête décrit le cheminement du Cameroun sous sa présidence. Elle analyse le fonctionnement de son régime et les ressorts de sa durée, parmi lesquels figurent la manipulation des identités ethniques et le soutien de la France. Elle présente l'état de délabrement inquiétant de la société camerounaise après 30 années de « Renouveau » et tente de dresser des perspectives.

  • Gouverner la mer en Algérie ; politique en eaux troubles

    Tarik Dahou

    • Karthala
    • 9 Octobre 2018

    La politique maritime en Algérie s'inscrit dans un faisceau de normes internationales, nationales et locales. Leur confrontation résulte des logiques de pouvoir qui déterminent l'accès aux espaces et aux ressources marines. En analysant l'évolution de ces droits d'accès sur le littoral du Parc national d'El Kala (Wilaya d'El Tarf), cet ouvrage restitue les hiérarchies sociales et politiques.

    L'examen de la contrebande du corail et de la pêche révèle diverses historicités qui façonnent les politiques de conservation marine. Il éclaire la manière dont les acteurs maritimes et les corps de l'État s'approprient les normes libérales et environnementales et font évoluer les frontières entre gouvernement terrestre et maritime, entre public et privé, et enfin entre légal et illégal. L'analyse multiscalaire rend compte d'un gouvernement de la mer, qui évolue au gré des flux de ressources et de pouvoir, mais aussi des transactions quotidiennes entre État et société.

    Cette démarche dévoile à quel point l'exercice du pouvoir politique en Algérie est tributaire de réseaux instables, transversaux aux normes, aux institutions, et aux espaces, qui atténuent sa cohérence. Malgré le caractère prétorien et l'assise pétrolière du régime, l'inscription de son autorité jusque dans les sphères micro-sociales perturbe sa légitimité.

  • Le soulèvement révolutionnaire de 2011 n'a pas abouti aux changements espérés par ses protagonistes. Toutefois, il a provoqué une rupture fondamentale et a constitué un moment clef de l'histoire contemporaine de l'Égypte.

    La transition qui s'est ouverte après la révolution du 25 janvier s'est en effet rapidement muée en lutte de pouvoir entre différents acteurs : révolutionnaires, militaires, Frères musulmans, libéraux, salafistes, juges, policiers, coptes... De janvier 2011 à juillet 2013, l'Égypte a vécu une période d'effervescence politique marquée par des débats intenses et d'âpres rivalités pour la redéfinition des modalités d'exercice du pouvoir.

    Cette période se caractérise par des problématiques spécifiques de politique intérieure et extérieure, nées ou réapparues à la faveur de la révolution, qui sont autant d'enjeux pour les acteurs prétendant exercer leur influence sur la construction d'une Égypte nouvelle.

    Cet ouvrage propose une analyse des luttes et dynamiques inhérentes à la révolution et à la transition, en étudiant le rôle des divers acteurs politiques, les enjeux qui ont régi leurs interactions et il montre in fine comment et pourquoi le processus révolutionnaire, après avoir permis l'accession au pouvoir des Frères musulmans, a abouti à une reconfiguration autoritaire en Égypte.

    En analysant la transition enclenchée par la révolution et les recompositions qu'elle a produites, ce livre apporte un éclairage indispensable à la compréhension des grands problèmes politiques, économiques et sociaux de l'Égypte d'aujourd'hui et de demain.

  • Enjeux et luttes autour du genre en Egypte

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    • Karthala
    • 10 Février 2018

    Depuis le soulèvement populaire de 2011 en Égypte, la problématique du genre a émergé sous différentes formes dans le cadre des mouvements protestataires - révolutionnaires, réactionnaires - et, plus largement, en lien avec les transformations sociales accompagnant ces vagues de mobilisation.

    Alors que les relations entre les citoyens et les autorités étatiques ont été contestées, modifiées, puis repoussées dans une direction réactionnaire, comment les relations de genre ont-elles été mises en cause depuis 2011? Quels nouveaux imaginaires, nouveaux rôles et nouvelles identités ont été revendiqués? Et quelles mobilisations se sont construites face à la multiplication des violences sexistes dans l'espace public?

    Des chercheuses, des expertes, des activistes proposent ici un éventail de regards scientifiques et analytiques sur ces luttes et ces mutations, sur l'expérience gagnée et le terrain perdu. À partir d'enquêtes de terrain approfondies, elles présentent des témoignages militants sur ces objets de recherche sensibles et parfois éphémères.

  • Quels seront les effets sociaux de la plus récente des grandes crises économiques mondiales ? Comment survivent les individus lorsqu'ils ne peuvent pas gagner leur vie dans les cadres de l'économie officielle ? Les auteurs réunis ici étudient la dynamique des pratiques économiques informelles et mettent en évidence leur ambivalence morale. Liberté ou servitude, crime ou survie, paix sociale ou faillite de l'État providence : selon les contextes, selon les acteurs, l'économie informelle accroît ou réduit l'injustice et les inégalités.

    Travailler sur les relations formel/informel permet d'entrer au coeur des fonctionnements des divers groupes sociaux et dans leurs relations à l'État. C'est la démarche comparative qui montre combien les notions de travail et de loisir, de vie privée et de vie professionnelle, dépendent des règles institutionnelles, de l'existence de systèmes d'assurance et des cultures qui organisent le présent et le futur de chacun. C'est l'historicité de ces frontières qui permet de comprendre les partages changeants entre travail légal et illégal.
    Les paradoxes de l'économie informelle peuvent être réduits à une question : à qui profite la règle économique contournée, voire bafouée ? Seules des réponses précises peuvent permettre de transformer les règles, ou de les maintenir, en toute connaissance de cause. Foin des principes moraux ou idéologiques : c'est en examinant les pratiques et leurs auteurs et en demandant publiquement qui nous voulons soutenir politiquement que nous pourrons améliorer notre monde économique, à l'échelle nationale et à l'échelle mondiale.

    Cet ouvrage stimulant clarifie des questions fondamentales pour l'avenir du monde contemporain.

  • L'Islam, nouvel espace public en Afrique

    Holder / Collectif

    • Karthala
    • 7 Octobre 2009

    Au fil d'un parcours à travers cinq pays de l'Afrique de l'Ouest, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Mali, le Niger et le Sénégal, cet ouvrage souligne combien l'Afrique musulmane est inscrite dans la modernité et participe de ce que l'on peut appeler la globalisation islamique. Mais plus encore qu'une active présence au monde, l'Afrique d'aujourd'hui donne à voir des pratiques politiques et sociales originales qui puisent massivement dans la ressource religieuse, cherchant ainsi à pallier la faillite morale, politique et économique des Etats.
    Décrivant le phénomène d'assimilation réciproque des sphères politique et religieuse, et le degré d'organisation des acteurs islamiques au sein des sociétés civiles, cet ouvrage pose la question de l'émergence d'un nouveau type de rapports entre l'Etat et la société, que l'on peut qualifier d'"espace public religieux".

  • Si l'histoire de l'aide au développement repose désormais sur de nombreuses analyses, celle de ses modes opératoires reste moins connue. Après avoir consacré un ouvrage à l'Agence française de développement en Côte d'Ivoire, François Pacquement s'intéresse à sa filiale Proparco.

    Ce livre montre comment s'est construite son activité de promotion du secteur privé, aux confins de l'aide au développement, avec une gouvernance unique associant partenaires publics et privés, du Nord comme du Sud. D'abord consacrée à l'Afrique, cette institution déploie progressivement ses financements en faveur d'un nombre croissant de pays et de domaines d'intervention.

    Jouant de multiples effets de levier, Proparco est aujourd'hui au coeur de transformations internationales pour faire face aux défis du développement durable et de la lutte contre le dérèglement climatique. Cet ouvrage renouvelle ainsi la compréhension du rôle du secteur privé dans le développement.

  • La société militaire à Madagascar ; une question d'honneur

    Olivier Vallée

    • Karthala
    • 23 Octobre 2017

    Ce livre est né d'une interrogation, voire d'un paradoxe, suite au renversement en 2009 à Madagascar de Marc Ravalomanana par Andry Rajoelina. Alors que le pays traverse de nouveau une grave crise politique, économique et sociale, pourquoi l'armée n'a-t-elle pas conservé le pouvoir que lui avait remis le président déchu et préféra-t-elle le confier au maire de la capitale ? La sociologie historique de la société militaire malgache offre de nombreuses réponses à ce choix, tout en révélant la nature symbolique et les faiblesses réelles des « Forces de sécurité » de ce pays.

    La genèse de l'armée malgache débute au cours de la période précoloniale avec les guerres entre les différents royaumes de l'île. L'occupation française infléchira alors son rôle jusqu'à l'Indépendance. Les différentes phases politiques postcoloniales parachèveront la formation d'une corporation d'officiers qui ne se caractérise pas uniquement par le fait d'être des « hommes en armes ». Une élite « martiale » spécifique s'est bien constituée, perpétuée et adaptée à travers l'histoire.
    Loin de représenter une continuité identitaire, il s'agit plutôt ici de formes de réinventions selon des contextes, rapidement globaux, mais dépendant cependant de la structure sociale et économique insulaire et des références à la communauté imaginée malgache. Se consolide ainsi une société militaire située ailleurs, dans une hétérotopie qui alimente ses répertoires d'action et de représentation et la disculpe de ses failles et de ses échecs.

    Le néo-libéralisme des années 2000 ouvre alors la voie à une « bureaucratie galonnée » où s'encastrent les officiers et suscite une gouvernance criminelle accentuée sous le régime de la Haute Autorité de Transition. La figure du chef militaire se retrouve ainsi à la croisée des réseaux de pouvoir et d'affaires, poursuivant des trajectoires singulières dans les registres de la coercition, de la gestion et de la complicité avec l'accumulation oligarchique des richesses.

  • Les recherches sur les migrations offrent désormais un panorama détaillé de la diversité des expériences de déplacement. Les flux des pays du Nord vers ceux du Sud occupent toutefois une place relativement négligeable dans ce tableau d'ensemble. Ils peinent à constituer un objet de recherche unifié alors même qu'ils prennent de plus en plus d'ampleur.

    S'appuyant sur des travaux empiriques, cet ouvrage invite le lecteur à observer sans a priori des modes de vie et des modes d'engagement trop souvent réduits à l'expatriation, au privilège, au tourisme ou encore au retour. Son parti pris est de faire des figures, des pratiques et des modes d'installation des individus qui empruntent le chemin des Nords vers les Suds un objet de recherche légitime au sein de la socio-anthropologie des migrations.

    S'intéressant aussi bien aux projets individuels qu'aux logiques structurelles qui les accompagnent, et parfois les contraignent, ce livre ouvre un chantier de recherche ambitieux et jusqu'à présent inédit. Les auteurs réunis ici explorent un ensemble de trajectoires et de phénomènes sociaux dont les dynamiques multiples participent à redéfinir les relations entre sociétés nationales. Ils nous invitent ainsi plus largement à interroger nos représentations du Nord et du Sud.

  • Les classes politiques africaines ont choisi, au lendemain des indépendances, de reproduire le cadre territorial hérité de la colonisation et ont entériné le principe de l'État-nation. Ce dernier contredit la plupart des ressorts politiques, économiques, culturels des sociétés africaines. Mais il a aussi fait l'objet de processus d'appropriation souvent massive, et toujours créative, de la part de l'ensemble de leurs acteurs.

    Cette double réalité rend insuffisantes la plupart des interprétations qui mettent l'accent sur des contradictions supposées insurmontables entre un État hérité de la colonisation et les sociétés du cru, sous la forme d'un jeu à somme nulle. Les choses sont en fait plus compliquées. Car les régimes de légitimité, de sécurité, de responsabilité sociale, d'enrichissement, de représentation culturelle et politique du « bon gouvernement » participent simultanément de ces deux dimensions historiques, d'espaces différents, de durées disparates qui s'encastrent les unes dans les autres plutôt qu'elles ne se succèdent.

    Cette distorsion inhérente aux sociétés africaines contemporaines est source d'ambivalence, plutôt que d'ambiguïté comme le pensaient Cheikh Hamidou Kane et Georges Balandier. Elle rend problématique l'institutionnalisation d'une gouvernance de la transparence, et tend à inscrire la compétition politique, l'accumulation de la richesse et la lutte sociale dans l'ordre de la violence.

  • Clientélisme et patronage dans l'Algérie contemporaine

    Mohammed Hachemaoui

    • Karthala
    • 12 Novembre 2013

    Comment interpréter, à l'heure des soulèvements populaires arabes, l'endurance de l'autoritarisme en Algérie ? Pourquoi la politique électorale est-elle aussi importante pour les gardiens du régime autoritaire ? Est-elle une menace pour la survie de l'autoritarisme ou un mécanisme de durabilité de celui-ci ? Pourquoi les partis d'opposition, qu'ils soient islamistes ou laïcs, participent-ils à l'autoritarisme électoral ? Pourquoi, après plus d'un siècle chargé de ruptures allant de la colonisation à l'islamisme en passant par le socialisme, les faits tribal et maraboutique s'avèrent-ils aussi prévalents dans l'Algérie de Bouteflika ? Y a-t-il des tribus dans l'urne ? Les confréries orientent-elles le vote des électeurs ? Pourquoi les forces de l'argent investissent-elles le jeu électoral ? Les électeurs votent-ils pour des corrompus ? A l'inverse des schémas préconçus, cet ouvrage entreprend une immersion ethnographique pour percer l'énigme de la politique en Algérie. En projetant la lumière sur le rôle peu analysé des tribus, des confréries et des magnats dans la politique électorale, il renouvelle la compréhension de ce grand pays du Maghreb. L'auteur construit un pont analytique et conceptuel entre science politique, anthropologie et sociologie historique et offre ainsi au lecteur une nouvelle perspective pour appréhender la politique en Algérie et plus généralement dans le monde arabe. Mohammed Hachemaoui, docteur de Sciences-Po Paris, est enseignant-chercheur à l'Université Paris-8 et associé à l'IREMAM (UMR 7310-AMU/CNRS). Ses travaux portent sur l'autoritarisme, le clientélisme politique, la corruption systémique et les changements de régime dans le monde arabe.

  • Depuis le milieu des années 1980, l'Afrique subsaharienne est en proie à la recrudescence de la criminalité organisée, notamment sous la forme du banditisme de grand chemin.
    Connu sous le nom générique de phénomène des "coupeurs de route", cette forme d'insécurité est répandue dans les savanes et les steppes d'Afrique centrale, occidentale et orientale. Le présent ouvrage en fait un tour d'horizon épistémologique et topologique, puis focalise l'attention sur le bassin du lac Tchad, principalement le Cameroun, le Nigeria, le Niger et le Tchad. L'étude relativise le rôle des héritages culturels anciens comme sources de la criminalité contemporaine, mettant plutôt en exergue l'influence de l'environnement géographique, économique et sociopolitique local, nationale et sous-régional.
    Les bandits occasionnels apparaissent selon les cas comme des rebelles sociaux, des opérateurs économiques ou des acteurs politiques. La mise en perspective historique dégage les mutations du phénomène et des acteurs. L'évaluation des mesures de lutte mises en oeuvre contre cette forme de criminalité permet de mesurer les acquis et les limites des efforts nationaux et sous-régionaux de sécurisation des frontières.

  • Les élections générales de 2007 au kenya

    Jérôme Lafargue

    • Karthala
    • 1 Octobre 2008

    Le 30 décembre 2007, après plusieurs jours d'atermoiements, le Président de la Commission électorale kenyane annonce enfin le résultat des élections présidentielles.
    Mwai Kibaki, le Président sortant, est réélu par la plus faible des marges. Débutent alors dans les zones urbaines favorables à l'opposant Raila Odinga des manifestations d'une ampleur exceptionnelle. Cette révolte sociale est animée principalement par des jeunes, persuadés que le scrutin a été truqué. À mesure que les jours passent, les preuves plus ou moins évidentes des fraudes s'accumulent et le conflit change de nature.
    Il s'ethnicise et se criminalise. Pendant plusieurs semaines, peu de territoires seront épargnés par les combats qui provoqueront la mort de centaines de personnes et le déplacement de dizaines de milliers d'autres. Ces affrontements, mêlant supporters de Kibaki ou d'Odinga, policiers, miliciens, bandits ou opportunistes de tous bords, atteindront parfois des paroxysmes qui surprendront la communauté kenyane niais aussi la communauté internationale.
    Il existe au Kenya une tradition de violence politique qui prend toute sa dimension lors des échéances électorales, en particulier depuis l'instauration du multipartisme en 1991. L'utilisation de l'ethnicité a porté plus que jamais les tensions à leur comble au cours de ces semaines de violence. Cet ouvrage s'efforce de donner quelques clefs d'interprétation des événements qui ont secoué le pays jusqu'à l'annonce de la formation d'un gouvernement de coalition au mois d'avril.
    Il revient sur la campagne électorale, sur les violences elles mêmes, sur l'attitude du corps politique et de la société civile, et s'efforce de décrypter les problèmes majeurs à la source des conflits : la question foncière, la question du chômage et du déclassement des jeunes, avec, en toile de fond, le difficile renouvellement de la classe politique.

  • Les violences sexuelles et l'état au Cameroun

    Séverin Cécile Abega

    • Karthala
    • 1 Juillet 2007

    Les mutilations sexuelles inspirent un intérêt toujours renouvelé, tant elles éveillent les fantasmes.
    Mais l'excision ou l'infibulation dont on parle le plus souvent ne sont pas les formes de violence les plus répandues. D'autres formes existent qui, parce qu'elles sont moins exotiques et moins sanglantes, n'attirent pas autant l'attention des féministes, des militants des droits de l'homme ou des professionnels de la santé. Elles ont pourtant un impact plus profond et quotidien sur l'exposition au virus du sida, sur la sexualité des individus et leur insertion sociale.
    S'agissant du sida, le Cameroun est considéré comme un pays à prévalence intermédiaire, si on le compare à l'ensemble de l'Afrique subsaharienne.
    L'évolution du fléau indique cependant que les conséquences seront sévères à court et moyen terme sur l'ensemble de la population. S.C. Abega étudie la sexualité au Cameroun sur une longue période qui va de l'époque précoloniale à l'époque contemporaine. La vulnérabilité croissante au VIH s'explique selon lui par des violences sexuelles mutiformes liées au système étatique et à ses agents qui usent de leur pouvoir.
    Les jeunes et les femmes en sont les premières victimes.
    " J'ai essayé, écrit l'auteur, de trouver un thème unificateur à l'ensemble de mon livre : celui du contrôle du corps. Les individus ont une faible emprise sur leur corps à cause du modèle mis en place avant la colonisation, et qui se maintient, y compris au sein de l'État indépendant. Un individu qui n'est pas entièrement maître de son propre corps ne peut pas disposer de moyens suffisants pour éviter la maladie, ce qui expliquerait la hausse continuelle des taux de séroprévalence.
    "

  • Portés par l'ancien Président Alpha Oumar Konaré, de nombreux projets gouvernementaux ont vu le jour. Parallèlement, les cybercafés se sont multipliés : moins de dix en 1997, ils étaient presque plus de 120 en 2006.
    Une façon d'étudier les usages de l'Internet est de s'intéresser aux liens qui se nouent autour de l'ordinateur. La situation est complexe à Bamako, car les personnes qui accompagnent les clients des cybercafés sont nombreuses. L'analyse de cette nébuleuse relationnelle est l'occasion de procéder à un double détour. Géographique d'abord, dans la mesure où l'anthropologue est conduit à quitter le cybercafé pour se rendre dans l'espace social plus vaste appelé le Cyber. Disciplinaire ensuite, puisque son regard se déplace progressivement du média vers l'étude des règles qui régissent la parenté et les classes d'âge.
    Pour le lecteur, cette balade dans les cybercafés bamakois est heuristiquement féconde, car elle le conduit à croiser différents courants de l'anthropologie. En effet, si l'étude de l'Internet fait appel à une conception moderne de la discipline, l'observation des liens de parenté s'inscrit dans une perspective plus classique. Ces deux courants véhiculent des représentations du territoire et de la culture parfois antithétiques. Or, leur rencontre s'avère indispensable pour décrypter les jeux des acteurs du Cyber et les enjeux dont les cybercafés font l'objet au Mali.

  • Eksom ; eléctricité et pouvoir en Afrique du Sud

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    • Karthala
    • 30 Mars 2015

    Premier producteur africain d'électricité, Eskom Holdings SOC Ltd est une entreprise publique en monopole, verticalement intégrée et détenue à 100 % par l'État sud-africain. Ébranlé en 2008 par des ruptures locales de la fourniture d'électricité, puis contraint à pratiquer des coupures tournantes, ce champion national est, début 2015, proche du désastre technique et du naufrage financier. Cet ouvrage tente de comprendre comment et pourquoi une entreprise emblématique du capitalisme d'État sud-africain est aujourd'hui en état de détresse. La crise dite électrique est d'abord celle d'Eskom en tant qu'organisation. Il faut en chercher les origines dans les rapports entre la construction du pouvoir d'État, avant, pendant et après l'apartheid, et celle d'Eskom, née sous forme d'une commission en 1923, corporatisée en 1987 et convertie en entreprise publique en 2001. Au-delà des dysfonctionnements techniques du réseau, qui sont réels, le régime technopolitique néopatrimonial d'Eskom atteint ses limites. Privée de stratégie industrielle dans les années 2000, Eskom est en revanche devenue un puissant outil du Black Economic Empowerment et de la redistribution de la rente charbonnière, mais la fragilisation de son système technique ébranle tout l'édifice politique. L'entreprise publique, aujourd'hui inefficace, est de plus en plus contestée et son monopole, voire son existence, sont remis en question. Sylvy Jaglin, est professeur en études urbaines à l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée et chercheur au Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (Latts, UMR 8134). Alain Dubresson, géographe, est professeur émérite à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense et membre de l'équipe Mosaïques, Lavue (UMR 7218).

  • Haïti paraît inextricablement noué à l'aide internationale, dont les montants et les effectifs enflent à mesure des années. Le terrible séisme de 2010 a conforté, parfois décuplé, des tendances qui étaient déjà perceptibles auparavant. Les acteurs humanitaires y ont notamment connu un essor sans précédent, l'urgence semblant prendre le pas sur les visions de plus long terme.

    Cet ouvrage retrace l'histoire d'un bailleur de fonds intermédiaire en Haïti, l'Agence française de développement (AFD), de 1975 à nos jours. Il dévoile les ressorts du financement du développement, en prenant appui sur des archives internes et des témoignages. Il vise à interroger la politique d'aide au plus près des personnes qui la mettent en oeuvre, à partir de l'un de ses « terrains ».

    Pays évidemment singulier, Haïti apparaît comme un cas symptomatique des limites de l'aide au développement, redoublées d'obstacles spécifiques. En découle un sentiment de fatalité diffus, qu'il convient de remettre en question. Dans sa démarche historique, ce livre s'attache à révéler les termes d'une étrange hybridation entre engagement et déception, volonté d'agir et sentiment d'impuissance. Il laisse entrevoir les perspectives qui se dégagent des défis surmontés autant que des failles et des forces de la coopération avec Haïti.

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