Karthala

  • Le répertoire du conteur martiniquais Félix Modock, enchâssé dans le premier tome du recueil Folk-Lore of the Antilles, French and English publié en 1933 par Elsie Clews Parsons, participe à la vaste entreprise de recension de l'oralité créole menée par la folkloriste américaine à travers l'arc caribéen. Malgré ses rééditions complètes ou partielles, il est longtemps resté méconnu, faute d'avoir été perçu dans sa réalité générique de corpus syntagmatique, émis par un énonciateur unique. Le petit planteur estropié du Morne Rouge, à la réputation sulfureuse, a pourtant composé une oeuvre singulière, en présentant trente-trois contes créolophones dont il a fixé lui-même à l'écrit la majeure partie en 1924. La présente édition critique, donnant à voir le répertoire de Félix Modock dans sa graphie originelle et accompagné d'une traduction systématique en français, poursuit l'ambition de lui rendre sa visibilité et sa lisibilité par le dévoilement de son unité et sa cohérence de ses formes, tonalités, thématiques et enjeux. Elle entend ainsi restituer au patrimoine littéraire antillais une oeuvre originale qui apporte un témoignage inédit sur les phénomènes de passage de l'oralité à la scripturalité.

  • Les contes de ce recueil ont été enregistrés dans l'est de la Guinée-Bissau, dans les villes de Gabú et de Pitche entre 2013 et 2014. Ce sont des textes dits aussi bien par des hommes que par des femmes, adultes ou jeunes, parfois des enfants. Ils ont été énoncés en langue créole, qui est la langue véhiculaire du pays. Ils constituent une partie de l'immense richesse de la tradition orale de la Guinée-Bissau, trop peu connue jusqu'à présent.
    Il faut dire que l'habitude des veillées où l'on conte se perd avec les nouveaux styles de vie et les distractions offertes par les nouveaux médias ; mais les radios locales prennent souvent le relais avec des émissions régulières où interviennent des conteurs et des conteuses. La mémoire de ces récits reste encore vive, surtout chez les femmes.

    Les 51 contes du présent volume sont vraiment des contes créoles. Ils intègrent des éléments de cultures différentes, traditionnelles et modernes. Conteurs et conteuses appartiennent certes chacun à une ethnie particulière (surtout Mandjaks, Balantes, Mancagnes), mais ils parlent le créole comme langue véhiculaire. D'autres conteuses et conteurs appartiennent au groupe nommé Kristons di Djiba ou « Chrétiens de Geba », dont le créole est la langue maternelle. Tous, dans la région de Gabú, habitent au milieu d'autres populations, surtout des Peuls et des Mandinka.

    Ces récits sont avant tout des paroles d'hommes et de femmes où se dit, de manière ludique ou parfois mystérieuse, le toujours énigmatique voyage de l'homme en ce monde, en compagnie de ses semblables.

  • La geste d'El-Hadj Omar et l'islamisation de l'épopée peule

    Samba Dieng

    • Karthala
    • 5 Juillet 2018

    El-Hadj Omar Tall est né vers 1794 à Halwâr, village du Foûta-Tôro sénégalais situé à quelques dizaines de kilomètres en amont de Podor, dans une famille maraboutique. Il est mort mystérieusement à Déguembéré, dans la falaise de Bandiagara, le 12 février 1864.

    La genèse du jihâd d'El-Hadj Omar le rattache aux mouvements similaires qui l'ont précédé : Sokoto, Foûta-Djallon, Mâcina, Foûta-Tôro entre autres. À l'instar de ses illustres devanciers, Omar prépara sérieusement son action en multipliant lettres, discours, sermons, messages, largesses et prières, puis il réussit à lever une armée avec laquelle il se lança à la conquête de ce qu'il est convenu d'appeler le Soudan central.

    L'action d'El-Hadj Omar, érudit musulman et redoutable conquérant, a profondément modifié l'aire du jihâd et détourné le cours de son histoire jusqu'à la conquête coloniale. Cela lui valut d'être au centre d'une vaste littérature, et en particulier d'une épopée toujours vivante, aux multiples versions, où l'oralité interfère sans cesse avec l'écriture.

    Après avoir quadrillé systématiquement l'espace géographique omarien - Sénégal, Mauritanie, Gambie, Guinée, Mali - Samba Dieng a recueilli une quantité très importante de ces versions orales et manuscrites de textes se rapportant au jihâd et à la geste d'Omar. Puis, il a organisé l'analyse de cette vaste documentation autour de trois grands axes. Le premier étudie les rapports entre l'épopée d'El-Hadj Omar et l'épopée peule traditionnelle. Envisagée sous l'angle de l'intertextualité, la geste d'Omar apparaît en effet comme une formalisation de la tradition épique peule et le produit de formes littéraires alors dominantes en milieu pulaar. Mais la geste du jihâd déborde le modèle peul traditionnel, là où l'Islam affirme sa présence. L'analyse littéraire du corpus occupe la deuxième partie du livre. L'étude du héros et des personnages conjoints éclaire certains mécanismes d'islamisation de l'épopée peule traditionnelle. Enfin, la dernière partie, consacrée à l'édition de textes, donne la transcription et la traduction annotée des principales pièces inédites du corpus.

    Samba Dieng est professeur titulaire au Département de Lettres modernes de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l'Université Cheikh Anta Diop (Dakar). Spécialiste de l'Islam et expert en soufisme, il a déjà publié à Dakar, sur le même thème, El-Hadj Omar la perle de l'Islam (2010) et Sur les traces d'El-Hadj Omar (2009) aux Nouvelles Éditions africaines du Sénégal (Dakar).

  • Les épopées d'Afrique Noire

    Kesteloot/Dieng

    • Karthala
    • 1 Mai 2009

    Contrairement au domaine français, où l'épopée a disparu depuis longtemps, l'Afrique contemporaine comporte encore deux grandes zones où le genre épique est particulièrement vivace : l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale et orientale, avec une extension en Afrique du Sud. Ces deux grandes zones offrent une panoplie incomparable d'épopées royales, corporatives, religieuses ou mythologiques, qui, fixées par écrit, dévoilent une incroyable beauté formelle.
    Cet ouvrage propose au lecteur francophone un vaste panorama qui, par la richesse des textes offerts en anthologie, et par la pertinence des analyses proposées, autorise une compréhension en profondeur, non seulement des épopées africaines, mais encore des formes et des objectifs du genre épique dans des aires géographiques et culturelles très variées.

  • La route du pouvoir en pays seereer ; de l'ancêtre-arbitre au chevalier gelwaar

    Amade Faye

    • Karthala
    • 8 Août 2016

    Une analyse minutieuse du dit et du non-dit, ainsi que des enquêtes approfondies sur le terrain, ont permis d'y voir plus clair, et de mettre au jour la singularité des royaumes seereer (le Siin et le Saalum) entre le XVe et le XXe siècle.

    Comme dans les autres épopées royales de l'Ouest africain, ces textes seereer, recueillis par Amade Faye, sont des discours du pouvoir où mythe et histoire s'enchevêtrent sans qu'il soit toujours possible de les séparer. Cependant, une analyse minutieuse du dit et du non-dit, ainsi que des enquêtes approfondies sur le terrain, ont permis d'y voir plus clair, et de mettre au jour la singularité des royaumes seereer (le Siin et le Saalum) entre le XVe et le XXe siècle.

    Un pouvoir royal en quelque sorte « domestiqué », c'est-à-dire contrôlé et limité par les chefs des lignages, eut pour effet de le distinguer des royautés wolof de la Côte, celle du Kajoor en particulier.

    La violence des Ceddo (Tieddos) esclavagistes à laquelle succéda une islamisation quasi générale ne fit qu'effleurer les royaumes seereer. Ceux-ci ne participèrent que très peu à la traite négrière, tout en conservant plus longtemps leurs coutumes animistes.

    C'est l'intérêt de ces récits qui nous révèlent un visage attirant et mal connu du Sénégal ancien.
    Lilyan Kesteloot

  • Le héros et la mort dans les traditions épiques

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    • Karthala
    • 4 Octobre 2018

    Le présent recueil propose un long voyage à travers les récits épiques du monde, que l'on peut suivre à travers deux perspectives, africaine et antillaise d'une part, européenne et asiatique d'autre part. Les contributions montrent la pertinence du récit épique dans ces différentes aires culturelles et donnent une idée assez précise de sa richesse indéniable sur tous les continents et à toutes les époques. Entre Afrique et Amérique, entre Asie et Europe, ces textes permettent de jeter plus d'un pont littéraire. Homère et le Mah-abh-arata, Soundjata et les épopées de l'Ouest africain et d'Afrique centrale, les chansons de geste françaises du Moyen Âge et les épopées irlandaises médiévales, les poéticiens français classiques et les poètes arabes sont tous au rendez-vous devant ce « tribunal » de l'histoire et de la critique pour livrer leurs secrets sur le héros et la mort.

    Le récit épique est traditionnellement lié au genre de l'épopée, mais il ne s'y résume guère. Il est porté aussi bien par le poème ou le conte que par le roman contemporain de langue française (Tierno Monénembo ou Édouard Glissant).

    Si le sujet de la mort est de ceux que la critique a longtemps traités dans les littératures européennes, il apparaît aussi comme l'un des épisodes obligés dans d'autres récits épiques (ou à valeur épique) du monde. Ce sont ces deux leçons, diversité du genre et pertinence du sujet, qui se dégagent d'emblée de la mise en commun de tous ces textes.

    Les articles qui sont donnés à lire ici proviennent d'une sélection des travaux du sixième Congrès du REARE (Réseau euro-africain de recherches sur les épopées) organisé à l'Université de Strasbourg du 27 au 29 novembre 2012, avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie, du Conseil scientifique de l'Université de Strasbourg, de la Faculté des Lettres, des Équipes d'Accueil 1337 (Strasbourg) et 3013 (Grenoble 3) ainsi que de la mairie de Strasbourg.

  • L'expression de la parentalité dans les arts de la parole en Afrique

    Cécile Leguy

    • Karthala
    • 23 Janvier 2019

    Réservée au départ au vocabulaire spécialisé de la psychologie et des sciences sociales, la notion de parentalité est largement utilisée aujourd'hui pour désigner les fonctions et les pratiques parentales. Elle permet plus précisément de bien distinguer le fait d'être parent, au sens biologique du terme, des fonctions parentales, qui peuvent ne pas être assumées par les géniteurs ou par eux seuls, selon les situations et les sociétés.

    De nos jours, en Afrique, ces nouvelles données que sont l'urbanisation, le développement de la scolarisation, la migration de travail des enfants ou les déplacements de population ont des répercussions sur la manière dont est vécu le partage de ces fonctions parentales, créant parfois des tensions dans les familles.

    Notre attention s'est concentrée, dans cet ouvrage, sur la manière dont la parentalité est mise en scène dans les arts de la parole et nous avons cherché à évaluer dans ce domaine les relations entre normes et pratiques. En effet, si la littérature, orale ou écrite, exprime souvent des idéaux, son pouvoir subversif lui permet également de faire entendre des positions ou des avis qui ne sauraient se dire autrement et qui peuvent s'opposer aux normes.

    Les différents genres étudiés, dans les contextes ouest et centre-africains, invitent ainsi non seulement à réfléchir sur l'expression des relations parentales, mais aussi à envisager le rôle que peuvent jouer ces pratiques langagières que sont le roman, le conte, la poésie ou la composition des noms sur les représentations des relations parents/enfants, voire sur la configuration de ces relations elles-mêmes.

  • Anthologie critique du conte akan ; histoire d'Ananse l'Araignée

    Christiane Owusu-Sarpong

    • Karthala
    • 12 Mars 2015

    L'art du contage remonte, chez les Akan de l'ancienne Gold Coast et du Ghana actuel, à la période précoloniale. Les histoires d'Ananse l'Araignée constituent un genre littéraire oral important qui vit probablement le jour vers l'époque où se constituèrent, en ces terres forestières et aurifères du golfe de Guinée, des matriclans et des royaumes. On retrouve déjà les traces des récits mettant en scène le « Till l'Espiègle africain » dans le récit de voyage du marchand danois L. F. Römer (1760). Au début du XIXe siècle, les missionnaires bâlois (tels que J. Grauer, I. Adaye et I. Bellon), puis l'anthropologue R. S. Rattray produisirent les premiers recueils bilingues de « fables » ou « récits folkloriques ». Le souvenir des tours malicieux du fabuleux semeur de troubles de leur pays natal resta ancré dans l'esprit de ceux et celles qu'on emmena sur des navires négriers vers le Nouveau Monde. Les Coromantee (esclaves originaires de la Gold Coast) y réinventèrent la figure de ce grand Bouffon dont les actions préfigurèrent symboliquement les mouvements de résistance des esclaves noirs face aux maîtres blancs des plantations, comme en témoignent, en particulier, les Jamaica Anansi Stories collectés par M. W. Beckwith (1924) parmi les descendants des anciennes communautés marrons de la Jamaïque. Compé Anansi participa, plus généralement, à la construction de la culture africaine américaine. Par un mouvement inverse, se manifesta sur le littoral de la Gold Coast l'influence de la culture noire des Amériques que les marins venus de ces contrées lointaines répandaient dans les grands ports. De nouveaux genres littéraires populaires, théâtraux (le Concert Party et l'Anansegoro) ou musicaux (le Highlife), virent alors le jour ; leurs créateurs s'inspirèrent aussi en partie de l'Ananses?m pour la production de spectacles qui enthousiasmèrent les foules, avides de lutter pour l'indépendance du Ghana vers laquelle les conduisait K. Nkrumah, le Panafricain, mais aussi rapidement assoiffés de justice sociale au sein d'une jeune Nation ghanéenne où les uns étaient regrettablement « mieux assis » que les autres. Christiane Owusu-Sarpong est ethnolinguiste et elle a enseigné durant 25 ans à l'Université de Kumasi, au Ghana. Elle a publié divers travaux sur les arts, la littérature orale et l'histoire des Akan du Ghana. Elle a traduit en français la série Women Writing Africa (Des femmes écrivent l'Afrique), Feminist Press de New York et les éditions Karthala.

  • Héros et personnages du Massina ; récits épiques peuls du Mali

    Christiane Seydou

    • Karthala
    • 15 Septembre 2014

    Dans la boucle du Niger, au Massina, « nombril du monde peul », fleurit une riche production littéraire épique perpétuée par la classe socioprofessionnelle des griots maabuu?e. Le genre épique est en effet celui qui, à travers des personnages emblématiques et la manière de les mettre en scène dans des actions héroïques, peut le mieux illustrer et ranimer les points d'ancrage identitaires d'un peuple. Les personnages célébrés par les textes qui composent ce recueil ne font certes pas tous partie des grandes gestes qui ont diffusé l'histoire des héros de l'aire peule ; toutefois, engagés dans de réels exploits guerriers ou dans des actions plus anecdotiques, ils incarnent les mêmes vertus cardinales constitutives du pulaaku, toujours poussées à leur expression extrême, et continuent de susciter admiration et émotion dans l'auditoire peul qui reconnaît ses racines identitaires les plus profondes en ces aventures et ces héros du passé, si extravagants soient-ils. La publication de ces récits en édition bilingue (peul-français) leur fait prendre place dans le domaine universel du monde épique et renforce le caractère patrimonial de cette entreprise de mise par écrit de la littérature orale du Mali. Christiane Seydou, directeur de recherche honoraire au CNRS, a consacré ses travaux au patrimoine littéraire des Peuls du Mali et ses publications, en édition bilingue, à l'illustration des principaux genres à travers lesquels s'expriment les lignes de force de cette production littéraire africaine : épopée, conte, poésie profane et religieuse.

  • Contes comoriens en dialecte malgache de l'Ile de Mayotte

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    • Karthala
    • 28 Février 2011

    Après La Belle ne se marie point, L Oiseau Chagrin et Le Coq du Roi, nous entrons avec La Quête de la Sagesse dans le dernier volet d une exploration du monde, tel que le comprennent les conteuses et les conteurs de langue malgache de l île de Mayotte. Le monde, c est ce petit monde dont nous avons l expérience quotidienne, mais aussi l autre, celui qui nous échappe. La Quête de la Sagesse nous conduit sur les chemins d une sagesse qui se décline en deux ordres : elle est ou bien celle des créatures, à base l intelligence, d adresse, d astuce, ou bien la sapience, la sagesse par laquelle se manifeste directement le Créateur, et nous sommes alors dans le domaine de l histoire édifiante ou de l apologue mystique. Dans tous les cas, l histoire est orale, certainement, en ce sens qu elle décrit les moeurs et qu elle tourne l esprit vers le discernement. Mais la morale, ici, n est pas souvent cette morale un peu bébête, à l eau de rose, avec ses bons toujours récompensés et ses méchants invariablement punis, que le public européen ou américain trop souvent associe au genre du conte. Elle est souvent ouverture vers le paradoxe, parfois vers le tragique, de la condition humaine. Sans doute est-ce pour cela qu elle est sagesse.

  • Approches littéraires de l'oralité africaine

    ,

    • Karthala
    • 2 Juin 2005

    Les quinze contributions réunies dans cet ouvrage se définissent comme des approches littéraires de l'oralité africaine.
    Situant avec précision l'aire culturelle concernée, elles portent sur des domaines privilégiés de la recherche en littérature orale. La notion de parole est analysée dans deux cultures différentes, peule et igbo. Plusieurs articles, couvrant les aires linguistiques malinké, wolof et dogon, sont consacrés à l'étude d'un genre spécifique : épopée, conte, conte initiatique et devinette. Partageant avec l'oralité africaine des caractéristiques fondamentales, la littérature orale de la Nouvelle-Calédonie est illustrée par la " parole magique ".
    La question de la littérature orale en tant que pratique sociale est abordée à propos de chants funéraires malinké, et par rapport à son utilisation dans l'art graphique kpèlè. Rendant compte des créations de littérature orale contemporaines, la néo-oralité est présente à travers les légendes et les chansons urbaines au Gabon et au Burkina Faso. Quelle est l'articulation de l'oralité avec la littérature d'expression française ? Telle est l'interrogation qui organise les contributions sur la poétique ainsi que sur le conte et le roman initiatiques.
    En hommage à Jean Derive, professeur émérite de l'université de Savoie (Chambéry), de l'école doctorale de l'INALCO (Paris) et membre du LLACAN, ses disciples au Sénégal, au Mali, au Burkina Faso, en Côte-d'Ivoire, en Guinée, au Gabon et en France apportent leur contribution à l'école qu'il a inaugurée.

  • Les ruses de la parole ; dire et sous-entendre, parler, chanter, écrire

    Micheline Lebarbier

    • Karthala
    • 5 Mai 2017

    L'ouvrage examine les différentes formes d'expression qui existent pour formuler le non-dit et l'indicible, le tabou et l'interdit, dans des cultures aussi différentes que celles du Mali, du Cameroun, du Niger, de la France, du Mexique, de Trinidad, de la Colombie, ainsi que chez un auteur comme Maupassant. Les exemples ont été pris pour la plupart dans des sociétés paysannes et urbaines, ainsi que dans des sociétés où l'Islam est prépondérant. Ces formes d'expression sont analysées en relation avec les conceptions et les codes sociaux des différentes cultures où elles ont cours.

    Les diverses stratégies de parole sont imposées par le code social. Elles prennent des formes variées selon la situation d'énonciation, les jeux de l'interlocution et la situation de communication des locuteurs. On a ainsi recours au non-dit pour éviter de mettre éventuellement en péril une relation, voire sa propre position au sein de sa communauté.

    Cependant, le ressenti personnel de l'énonciateur face à l'énonciataire est difficile à appréhender. C'est pourtant lui qui suscitera le détour verbal, la métaphore, ou le silence stratégique recouvrant une peur ou une désapprobation. C'est ce qui est le plus complexe à approcher pour l'observateur extérieur. C'est pourquoi les chapitres de ce recueil insistent sur l'articulation de la réflexion avec le code social qui oriente tout échange discursif, tentant ainsi de laisser apparaître quelques aspects de l'essence profonde de l'humain à travers le filtre des conventions. Le présent ouvrage est l'émanation d'un séminaire qui s'est tenu au LACITO (Laboratoire de langues et civilisations à tradition orale, du CNRS) de 2005 à 2010.

  • Littératures en langues africaines ; production et diffusion

    Ursula Baumgardt

    • Karthala
    • 13 Janvier 2018

    Les littératures en langues africaines sont encore mal connues, alors qu'elles sont riches et très diversifiées, réunissant aussi bien des productions orales que des productions écrites en plusieurs graphies.

    Ce volume présente des études sur les littératures de treize pays : Algérie, Cameroun, Comores, Djibouti, Gabon, Madagascar, Mali, Niger, Nigéria, Rwanda, Sénégal, Tanzanie et Tchad. Les langues concernées sont le bulu, le hausa, l'igbo, le kabyle, le kinyarwanda, le malgache, le mandingue, l'orungo, le peul, le shikomori, le somali, le swahili, le tupuri et le wolof.

    Les vingt-deux contributions s'organisent selon deux problématiques : la production d'abord et la diffusion ensuite des littératures en langues africaines, en distinguant pour chacune d'elles l'oralité et la scripturalité pour s'intéresser également à l'articulation entre les deux modalités de communication.

    Dans son introduction, Ursula Baumgardt définit le cadre théorique et méthodologique du projet pilote ELLAF (Encyclopédie des littératures en langues africaines) qui est à la source de l'ouvrage. Elle contextualise ainsi la production de la littérature orale et de la néo-oralité, tout comme sa diffusion numérique et les manifestations de l'écriture littéraire dans toute sa richesse.

    L'articulation étroite entre littératures orales et littératures écrites en langues africaines constitue la grande originalité de ces travaux. Elle permet une approche différenciée des textes et contribue à poser les bases d'une comparaison des littératures en fonction de la langue de production et du mode de communication utilisés.

    En conclusion, il est proposé d'améliorer les structures d'édition et de diffusion de ces littératures, d'encourager leur transmission et leur enseignement.

  • Les canons du discours et la langue ; parler juste

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    • Karthala
    • 10 Décembre 2018

    Pour bien communiquer, la connaissance de la grammaire d'une langue est une condition nécessaire mais pas suffisante. « Il ne suffit pas de parler, il faut parler juste » disait déjà Shakespeare. En effet, dans toute culture, la prise de parole se fait en référence à des canons implicites, soit pour s'y soumettre, soit pour les transgresser.

    Pendant quatre ans, une équipe d'ethnolinguistes de divers horizons a choisi d'étudier les canons supra-grammaticaux qui servent, pour une société donnée, à définir le ton juste suivant les situations d'énonciation. Les dits canons peuvent influer sur l'énonciation jusque dans ses rapports avec les exigences de la grammaire.

    Tous les auteurs ont abordé le canon comme une construction culturelle et dynamique, en constante évolution, reflétant des rapports de domination à un moment donné et impliquant une évaluation du discours comme étant plus ou moins proche de l'idéal. La question se pose toutefois de l'évaluation de la canonicité par les membres d'un groupe. En effet, elle peut être asymétrique, selon les compétences des participants, et peut rester uniquement implicite.

  • Anthropologie de la parole en Afrique

    Jacques Fredy

    • Karthala
    • 19 Juillet 2010

    " L'homme, c'est la parole ", dit une femme peule du Sahel.
    " Parlêtre " ou être de parole, l'homme n'est rien sans la parole. Le présent essai est le fruit d'une expérience de près de quarante ans vécus en Afrique dans des tâches de formation et de recherche au Tchad et au Cameroun. Il se situe au confluent de plusieurs disciplines, linguistique, anthropologie et parfois philosophie du langage. C'est une réflexion sur la parole en Afrique, s'appuyant sur les données de nombreuses langues africaines, mais plus particulièrement la langue sar du Tchad.
    Trois thèmes sont les fils rouges, souvent entrecroisés, qui se déroulent tout au long de ces réflexions : le corps, signifiant primordial de l'homme pour se dire, se situer dans le monde, et situer toute chose par rapport à lui, le sujet parlant, centre du discours, et le langage symbolique, cette manière singulière qu'a l'homme " d'exprimer par le langage plus que ce que ne peut dire le langage ".
    Le langage symbolique se révèle particulièrement apte à évoquer la relation au Tout Autre, le langage religieux ne pouvant viser l'indicible qu'à partir des réalités visibles. En outre, cette forme de langage comporte un côté énigmatique, propre à respecter la liberté de l'interlocuteur, qui ne comprendra que ce qu'il veut bien comprendre : l'Afrique a su développer cet art de la parole fondé sur le respect pour préserver l'harmonie sociale.
    Méditant sur la parole, nous ne pouvons échapper au corps. Même si nous l'oublions, parler, c'est d'abord émettre des sons sortis de notre bouche ; écouter, c'est recevoir en notre oreille une onde sonore. Ce n'est pas que cela, mais c'est d'abord cela. La parole, c'est l'esprit dans le corps et par le corps. Et notre nom, par lequel nous existons socialement, c'est d'abord une onde sonore de bouche à oreille.
    Un Je vocal, un Je incarné. Cet ouvrage reprend en les approfondissant les thèmes abordés par l'auteur dans des articles publiés précédemment, notamment le corps dans la langue, l'anthroponymie en Afrique, réflexion sur les pronoms, écriture et oralité, le nom et le corps, la symétrie concentrique dans les traditions orales. Mais il aborde aussi des questions nouvelles, comme l'énonciation performative, la métaphore et la métonymie, le style oral, le symbole.

  • Contes de femmes et d'ogresses en Kabylie

    Lacoste-Dujardin

    • Karthala
    • 10 Mars 2010

    Les contes, au sein d'une culture orale, expriment un discours que la société se tient à elle-même, par la parole des femmes ou des hommes qui, aux veillées, l'enseignent aux enfants. Fondés sur la somme des connaissances communes à tout un peuple, ces textes portent à la fois un mode d'appréhension du monde, un système de valeurs et de représentations, ainsi qu'une idéologie partagés par l'ensemble de la communauté.
    La réflexion de Camille Lacoste-Dujardin a été stimulée par une spécificité de la littérature kabyle en contes : le rôle de l'adulte effrayant y est tenu par une femme, une ogresse. La question centrale qui paraît occuper l'imaginaire de la culture kabyle est celle de la place des femmes dans la société. C'est ce que montre la quasi totalité des contes présentés et commentés ici.

  • Fabien Eboussi Boulaga, la philosophie du Muntu

    Kom/Collectif

    • Karthala
    • 28 Mai 2009
  • Chants de femmes au Mali

    René Luneau

    • Karthala
    • 29 Juin 2010

    Au Mali, les femmes parlent de leur vie lorsqu'elles la chantent. Chansons de l'adolescente au temps de l'épreuve de l'initiation qui seule attestera qu'elle n'est plus une enfant mais une femme. Chansons de l'épouse qui quitte sa famille pour en rejoindre une autre qu'il lui faudra apprivoiser. Plaintes de la femme stérile et cris de joie de celle qui met au monde qu'elle n'espérait plus. Chansons pour l'orphelin qui n'a plus de mère et qu'il faut consoler. Tout se chante, même la douleur, et celui qui prête l'oreille n'aura pas de peine à reconnaître fortunes et infortunes qui sont le lot de la vie de tous les jours.
    Les chansons qui forment la trame de ce petit livre ont été recueillies il y a une quarantaine d'années.

  • L'épopée peule de Boûbou Ardo Galo ; héros et rebelle

    Christiane Seydou

    • Karthala
    • 22 Juin 2010

    Dans la boucle du Niger, le Massina fut, au cours du temps, le théâtre mouvementé de luttes multiples aussi bien contre la suzeraineté de royaumes voisins qu'entre fractions peules rivales.
    On trouve dans cette région que les Peuls appellent le "nombril du monde peul", une riches production littéraire épique perpétuée par la classe socioprofessionnelle des griots ( maabuu'be).
    Le cycle concernant Boûbou Ardo Galo est particulièrement intéressant du fait que l'action se situe à cet instant charnière où s'affrontèrent ces deux mondes, et illsutre dans toute son ambiguïté la confrontation entre ces deux composantes fondamentales de la culture et de l'identité peuls que sont précisément le pulaaku (ou manière d'être idéale du Peul) et l'islam.

  • Contes maghrébins en situation interculturelle

    Wip

    • Karthala
    • 3 Mai 2000

    Cette anthologie de contes issus de l'immigration maghrébine présente la particularité de sensibiliser à de nouvelles pratiques du conte en situation interculturelle.
    Elle donne à voir l'émergence d'un répertoire qui puise sa dynamique non seulement dans les mouvances de la parole conteuse, mais aussi dans le jeu des ressemblances et des différences suscité par la rencontre des cultures. La variation, ainsi révélée, donne matière au comparatisme et ouvre un champ à la réflexion sur l'articulation entre l'oralité et l'écriture. Cet ouvrage se propose de mettre à l'essai une méthodologie pour une transposition créatrice du récit oral qui, tout en sauvegardant l'authenticité du style oral et la singularité de chaque conteuse, communique au lecteur le plaisir des variantes.

  • Profils de femmes dans les récits épiques peuls (Mali-Niger)

    Christiane Seydou

    • Karthala
    • 4 Mai 2010

    Les Profils de femmes que présente ce florilège de récits épiques recueillis au Mali et au Niger battent en brèche toutes les idées reçues, et dressent de la femme peule - certes à travers les conventions littéraires et les postulats du pulaaku - un portrait haut en couleurs et riche de sa diversité, mettant en exergue une qualité commune à toutes les héroïnes : leur fonction première de garantes de la valeur de l'homme.
    Faisant pendant à la galerie des héros traditionnellement célébrés par les griots, elles offrent ici une théorie de caractères bien trempés, et se trouvent promues au rang de figures emblématiques, dignes de s'inscrire dans le patrimoine épique grâce auquel se perpétue cette idéologie de la personne, dans laquelle se reconnaît tout Peul. Chaque récit illustre le rôle majeur que joue la femme dans la réalisation du destin de son partenaire masculin, comme si toute action héroïque de celui-ci ne se pouvait entreprendre que mue par l'instigation, l'incitation ou le concours de son homologue féminin dont regard et jugement restent les pierres de touche indispensables de sa valeur.

  • Guerres du Massina ; récites épiques peuls du Mali

    Christiane Seydou

    • Karthala
    • 15 Septembre 2014

    Dans la Boucle du Niger, au Massina, « nombril du monde peul », fleurit une riche production littéraire épique perpétuée par la classe socioprofessionnelle des griots maabuu?e. Le genre épique est en effet celui qui peut le mieux, à travers ses héros et la manière de les mettre en scène, illustrer et ranimer les points d'ancrage identitaires d'un peuple. On trouvera ici quelques épisodes décisifs de l'histoire du pays au cours du XIXe siècle : les uns se situent aux heures glorieuses de l'empire peul du Massina dans sa lutte contre le pouvoir bambara, les autres, à l'époque de l'assaut du conquérant toucouleur Al-Hadj Oumar. Bien qu'inscrits dans l'histoire, les personnages et leurs hauts faits sont toujours traités selon les objectifs classiques de tout projet épique, transfigurant la réalité en images emblématiques. Ce recueil de textes offre donc un éventail des degrés de « fidélité » à l'Histoire que la voix des griots réinterprète selon le contexte, mais toujours avec la même motivation : réveiller en l'auditoire, par la communion dans l'exaltation, le sentiment d'appartenance à une communauté ressoudée autour du pulaaku - manière d'être idéale et identitaire du Peul -, seul garant, bien plus que la réalité des faits vécus dans le passé, de l'unité d'un peuple que ses migrations originelles devaient confronter à la diversité d'autres cultures. Christiane Seydou, directeur de recherche honoraire au CNRS, a consacré ses travaux au patrimoine littéraire des Peuls du Mali et ses publications, en édition bilingue, à l'illustration des principaux genres à travers lesquels s'expriment les lignes de force de cette production littéraire africaine : épopée, conte, poésie profane et religieuse.

  • La transmission culturelle ; l'exemple du peul

    ,

    • Karthala
    • 9 Octobre 2014

    Les langues africaines sont encore rarement enseignées à l'école, encore moins au collège et au lycée, et assez peu à l'université. La question de la transmission de ces langues et des cultures qu'elles véhiculent est d'autant plus d'actualité.

    Nous présentons ici le cas d'une langue transfrontalière de très grande extension géographique, le peul, à travers une série d'articles qui illustrent la richesse de cette problématique, à la confluence de la linguistique et de la littérature.

    Henry Tourneux (LLACAN/CNRS) montre qu'à l'est de l'aire peule (Cameroun), de nombreux termes empruntés il y a plusieurs siècles au soninké, langue de Mauritanie et du Mali, sont toujours bien présents dans le fulfulde contemporain. Abdourahmane Diallo (Francfort et Bayreuth) illustre la variabilité dialectale dans la syntaxe. Aliou Mohamadou (LLACAN/CNRS / Université Paris - Inalco) présente la stratégie lexicographique basée sur l'analyse intégrale de corpus qui lui a permis de réaliser un Dictionnaire des mots grammaticaux du peul (2014). Rudolf Leger (Francfort) invite le lecteur à l'accompagner dans sa découverte du monde des proverbes dans la région de Gombé (Nord-Nigeria).

    La vitalité de la littérature en langue peule est illustrée par Alpha Ousmane Barry (Bordeaux Montaigne), Ursula Baumgardt, Mélanie Bourlet et Marie Lorin (LLACAN/CNRS / Université Paris - Inalco) qui s'intéressent, en complémentarité, à la littérature orale (l'épopée) ainsi qu'à l'écriture littéraire et à la question très actuelle du rôle d'Internet dans la transmission culturelle peule.

  • Représentations de l'altérité dans la littérature orale africaine

    Ursula Baumgardt

    • Karthala
    • 9 Octobre 2014

    Les articles présentés dans ce volume s'inscrivent dans la continuité des recherches en littérature orale africaine menées au CNRS et à l'Inalco depuis les années 1970. Ces différents travaux ont porté très largement sur l'analyse de l'identité culturelle exprimée à travers les textes littéraires oraux. La notion d'altérité étant liée à celle d'identité, nous avons voulu l'explorer dans la perspective suivante : la littérature orale étant une voie d'accès aux représentations culturelles, quelle est la spécificité culturelle des expressions de l'altérité dans ces textes ? Nous souhaitons ainsi apporter une contribution à un champ peu analysé, celui de l'altérité vue de l'« intérieur », selon un axe Sud-Sud.

    De manière plus générale, on se trouve souvent face à un dilemme. On peut étudier la littérature orale comme l'expression d'une identité culturelle : cela implique alors, du point de vue de la recherche, qu'on aborde la problématique de façon exhaustive, sans faire l'impasse sur certains faits. Or, dans bien des cas, cette littérature est porteuse de clichés et de stéréotypes auxquels l'« usager » n'adhère pas forcément. Cela l'amène éventuellement à adopter des stratégies d'évitement : il fermera les yeux sur les questions conflictuelles et cherchera à « embellir » la réalité à laquelle renvoie l'expression littéraire. Dans d'autres cas, au contraire, l'« usager » admet tout à fait les clichés exprimés, sans prendre de distance par rapport à eux.

    Dans ces conditions, il est bien difficile de mettre en avant la richesse culturelle de la littérature orale comme on le fait habituellement dans un souci de valorisation du patrimoine universel. Il semble qu'une véritable valorisation ne peut se faire si l'on n'aborde pas ces questions en traitant de la portée idéologique de la littérature orale.

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