La Part Commune

  • Quand un monument de la littérature française classique en juge un autre, et qu´à peine un siècle les sépare, cela donne la Vie de Molière. Voltaire s´emploie à développer une biographie dépouillée de tout pathos, de toute anecdote futile, et à mener une critique des comédies de Molière avec impartialité. Un document d´histoire littéraire précieux, tant sur le fond que sur la forme.

  • Publiés respectivement en 1917 et 1919, ces deux articles, qui sont à l'origine des commandes, célèbrent deux auteurs américains dont on commémore les centenaires respectifs. S'ils font aujourd'hui figures de classiques, il n'en était pas de même un siècle plus tôt. Et c'est là que la sagacité de Virginia Woolf montre toute son ampleur et sa justesse.
    Critique subtile, pénétrante, percutante, elle sait saisir le sens d'une oeuvre, ses fondations comme ses ramifications. Sa lecture de l'auteur de Walden et de celui de Moby Dick, à une époque où l'appareil critique au sujet de ces deux chefs-d'oeuvre américains était pratiquement inexistant, n'en prend que d'autant plus de valeur. Avec une plume à la fois malicieuse et affûtée, elle montre une fois encore cette culture solide qui faisait l'émerveillement de ses contemporains.
    Sa grande finesse psychologique, son érudition et sa recherche formelle, qui font d'elle l'une des plus grands écrivains de langue anglaise, sont ici au service de deux auteurs, deux oeuvres, dont les préoccupations peuvent, au prime abord, paraître éloignées des siennes, mais qui la rejoignent dans la revendication d'une liberté, d'une libération conquise de haute main.

  • Dans ces trois textes de la fin de sa vie, nourris de son expérience personnelle et de sa réflexion, la philosophe catholique et ouvrière Simone Weil se livre à une véritable profession de foi qui accrédite son idée d'une nécessaire révolution humaniste.
    Fustigeant les errements de ses contemporains qui ont conduit à la guerre et à l'asservissement et à la paupérisation d'un nombre croissant d'hommes, elle dénonce la servilité d'un travail devenu aliénant, qu'illustre parfaitement le film de Chaplin, Les Temps modernes.
    Mais elle s'interroge également sur l'idée même de justice, et ses possibles détournements qui ont conduit à certains abus criminels.
    Comme dans toute son oeuvre, ce qu'elle cherche à placer au centre de toute interrogation, de toute préoccupation et de toute construction d'un avenir partagé et commun, c'est l'homme, dans son essence comme dans son individualité.
    Comme en réponse à la déclaration des droits de l'homme, elle rédige une déclaration des obligations à l'égard de l'humain, qui, aujourd'hui plus que jamais, résonne avec un sentiment d'urgence alarmant, alors que l'humanité se perd dans ses excès délétères dans tous les domaines : écologie, religion, société, politique.

  • Dans son essai, Sur l'importance du refus du service militaire, Léon Tolstoï invite les citoyens à une forme de sédition au nom de la liberté des peuples et du droit de disposer de soi-même en toute quiétude. Contre l'oppression, contre les oppresseurs, Tolstoï fédère et apporte son soutien. La correspondance ici reproduite entre Tolstoï et les docteurs Skarvan et Makovitzky ainsi que l'article du docteur Skarvan « Le refus du service militaire » relaient l'influence que la contestation initiée par Tolstoï eu sur une partie de la population en Russie, comme en Europe.

  • Vive la vie ! est un recueil de 29 nouvelles dont nous avons extrait 8 nouvelles.
    Ce titre est paru pour la première fois en 1892 : Librairie Marpon et Flammarion, 290 p. Collection Les Auteurs gais.
    Ce sont des histoires drôles où se cache un humour glacial plutôt amer sous une apparente gaieté.
    Dans la première nouvelle intitulée : La fin d'une collection, il s'agit du marquis, Bois-Lamothe, homme riche, beau, solide et grand propriétaire foncier.
    Grand coureur de jupons, inlassable trousseur de jupons. Mais le marquis est un grand collectionneur d'haricots. Il trie toutes sortes d'haricots et il les trie selon leur couleur : noir, violet, blanc, rouge, enfin tout ce qu'il trouve comme haricots. Un jour, arrivent chez lui son neveu et sa femme et ils ne trouvent pour les recevoir que la servante du marquis. Les invités attendent le retour du marquis mais il tarde à rentrer alors la nièce du marquis demande à la servante de quoi préparer le déjeuner et se dirige vers la cuisine et demande les ingrédients nécessaires. Elle prépare un très bon repas et voici le marquis qui arrive. Il salue son neveu, sa nièce et après les salutations, ils passent à la table. Le marquis a commencé à manger, et voilà qu'on lui présente un bon plat d'haricots : à la vue de ce plat avec sa collection d'haricots ses yeux sont exorbités et il tombe de sa chaise : il est mort.
    Moralité : Blaguez le collectionneur tant que vous voudrez, mais ne leur faites jamais manger leur collection, même à l'oignon.

  • Confidence émue sur les liens de profonde affection qui unissent le chien aux talents éblouissants et son maître.

    Trois nouvelles :
    Mon chien Pégase, traduit par Mikaïl Achkinasi, La Vie littéraire, 27 octobre 1899.
    Le Chien, traduit par P. Mérimée, Nouvelles moscovites, 1869.
    Les Nôtres, épisode des journées de juin, traduit par Michel Delines, La Vie Littéraire, 10 janvier 1899.

  • Dans cette nouvelle qui fait apparaître, pour la première fois, l'un des personnages récurrents de La Comédie humaine, Honoré de Balzac met en scène le maître d'Horace Blanchon, le chirurgien Desplein, que l'on retrouvera dans Les Illusions perdues, professant un athéisme intransigeant et zélateur fanatique de la science et du positivisme. Or, par le plus grand des hasards, Blanchon surprend son maître en train d'écouter une messe dans Saint-Sulpice. Intrigué, il le suit, l'espionne et l'oblige à s'expliquer sur ce qui lui apparaît comme une contradiction notoire avec son incroyance. Mais sans rien renier de son athéisme, il lui explique qu'il est tenu par un serment, ou plus exactement la fidélité de l'amitié à l'égard d'un porteur d'eau auvergnat qui le tira de la misère quand il était encore un carabin impécunieux. Dans l'univers souvent mesquin et noir de Balzac, cette nouvelle fait figure d'exception.

  • Cet ouvrage se veut un guide assez pratique, aussi net et précis que possible, sur les choses de l'amour.
    Un guide assez pratique dans la mesure où il dénonce les méfaits du coitus interruptus, et « ne s'embarrasse pas d'excès casuistique » (selon le bibliographe Jules Gay).
    L'ouvrage, qui développe quelques détails trop libres sur l'onanisme ou le coitus interruptus, laissent entrevoir de vives voluptés que l'autorité ecclésiastique n'a pas manqué de condamner. La plupart des exemplaires ont été détruits.
    Il est réédité en 1880 à Rouen chez Lemonnyer, en 1881 chez Gay & Doucé à Bruxelles avec un frontispice gravé par Félicien Rops et en 1883 chez Auguste Brancart à Bruxelles.

  • Deux textes présentés par Vincent Gogibu.
    Un Roman en neuf lettres : Pierre Ivanitch a emprunté trois cent cinquante roubles-argent à Ivan Piètrovitch sans signer de reconnaissance de dette.
    Il est convenu entre les deux hommes que Pierre doit jouer cette somme aux cartes contre Eugène Nikolaïtch, un jeune homme de petite noblesse qui vient de dépouiller sa grand-mère.

    Une Représentation au bagne : Dostoïevsky, ayant été mêlé à une conspiration en 1948, passa quatre années dans un bagne en Sibérie. Une fois remis en liberté, il a publié des mémoires intitulées Souvenirs de la Maison des Morts dont Une Représentation au bagne est un extrait.
    C'est une représentation théâtrale jouée par des forçats, véritable parenthèse enchantée qui nous initie à la vie du bagne en Sibérie et, en même temps, nous fait pénétrer dans l'âme du criminel russe.

  • Libertinage, flagellation, ambiance trouble des instincts libérés car trop longtemps contenus, reviennent insidieusement dans l'oeuvre de Hugues Rebell, comme dans la nouvelle Gringalette, alors que Le professeur à la mode raille avec ironie l'Université.

  • Pierre Louÿs n'est pas que le maître de l'érotisme français. C'est aussi un merveilleux poète et un formidable polémiste.

    Dans les trois textes réunis ici, il part d'un projet de loi visant à créer un impôt sur... le célibat.
    Il n'en fallait pas davantage pour déclencher la verve d'un Pierre Louÿs qui en profite pour battre en brèche la morale d'une France conservatrice et patriarcale, encore très assujettie à la religion. Pour remédier à cette question du célibat, il propose ni plus ni moins un plaidoyer pour la libéralisation des moeurs, en fustigeant l'Etat qui refuse de protéger les filles-mères.
    Il se livre en suite à un plaidoyer pour une simplification des démarches administratives et une réduction des coûts pour accéder au mariage en partant de l'exemple d'un ouvrier dans « Un Fiancé ». Il prend l'exemple des pays anglo-saxons où les facilités d'accès au mariage ont permis une certaine prospérité et un boom des naissances. Chez Louÿs, chantre de la liberté des moeurs et à bien des égards d'une formidable avant-garde, le sérieux du propos est toujours renforcé par une ironie mordante.

  • De la fable boulevardière au drame sentimental, en passant par l'interrogation existentielle, ces six récits donnent à goûter une verve aussi riche que savoureuse.
    Le Buste de Prévost est une satire politique sur la vanité des changements de régime : dans un village du sud-ouest des années 1890, la nouvelle municipalité décide de troquer (enfin !) le buste de Napoléon III contre celui de Marianne et, après bien des péripéties, ils finissent par grimer le buste de l'empereur pour en faire une Marianne...
    Dévouement révise l'héritage marivaudien en rafraîchissant le portrait de la servante dégourdie, complice de sa maîtresse dans les affaires de coeur.
    Dans Vingt-huit jours et Le choix d'un amant, Marcel Prévost déploie tous ses talents de conteur et montre comment il sait tirer parti du dispositif épistolaire comme du récit à ellipse, de l'art du sous-entendu et de celui du portrait, des ressorts du vaudeville même - talents multiples et agréables qui lui valent peut-être les épithètes « rococo » et « dix-huitième » décernées par son biographe Jules Bertaut.

  • Cinq nouvelles présentées par Franck Javourez et extraites de L'École des vieilles femmes, titre publié pour la première fois chez Ollendorff en janvier 1905.
    La Côte d'Azur où Lorrain a séjourné sert de décor aux nouvelles de L'École des vieilles femmes de 1905.
    Si le mot de « cougar » est récent, le phénomène est ancien : en témoignent ces nouvelles de Jean Lorrain qui nous montrent que les vieilles dames de la Belle Époque savaient déjà obtenir les faveurs de jeunes hommes en mal d'amour ou... d'argent !

  • L'amitié entre Walt Whitman, le grand poète américain des Feuilles d'herbe et Abraham Lincoln est curieusement postérieure à ce tract politique écrit en 1856, cinq ans avant l'accession au pouvoir de ce dernier. Dès le début, Whitman a professé une vive admiration pour Lincoln - que l'on se souvienne des vers «O Captain ! My Captain !» que déclame le professeur Keating dans Le cercle des poètes disparus - ils sont ce qu'on appelle des kindred spirits (des âmes soeurs), nourrissant pour l'Amérique une même vision démocratique alors que se profile la Guerre de Sécession. Whitman n'a pas publié ce long tract politique de son vivant, qui sonne comme une terrible charge contre la corruption de la classe politique américaine. Il se veut également un rappel du principe même de la démocratie, en appelant de ses voeux un pouvoir issu du peuple. En 1856, dans cette jeune nation américaine déchirée par la guerre larvée entre États du Nord abolitionnistes et du Sud esclavagistes, Whitman fustige une caste politique impuissante, vieillissante, incompétente, qui menace d'émasculer la jeunesse du pays, en la privant des principes républicains qui constituent l'âme même des États-Unis - et les démarquent des puissances monarchiques de l'Ancien Monde. Il souhaite l'avènement d'un candidat qui soit celui du peuple plutôt que celui des partis. Cent soixante ans plus tard, ce libelle n'a rien perdu de sa vigueur, de son enthousiasme appelant à une prise de conscience individuelle et collective salutaire.

  • Ce volume réunit quatre textes courts et méconnus de René Daumal, l'auteur du Mont Analogue et de La Grande Beuverie, qui fut l'un des fondateurs du Grand Jeu et un des premiers 'pataphysiciens.
    «Le Catéchisme», publié pour la première fois dans un tiré à part du 'Collège de Pataphysique, dix ans après la mort de Daumal, est un texte d'une drôlerie cruelle où il laisse libre court à son «hérissement» face à la soutane.
    «La Guerre sainte» dont parle Daumal n'a rien d'une conversion. Dans sa volonté de rejeter le scientisme, le rationalisme et l'Occident, la quête de Daumal, converti à la philosophie orientale, et en particulier indienne, tend avant tout vers le dépassement du rationnel et de l'irrationnel, pour «tuer les miroirs menteurs», et parvenir à une forme d'éveil.
    Dans «Un souvenir déterminant», qui est un texte de la fin de sa vie, Daumal poursuit son expérience métaphysique de lutte intérieure contre l'hommemachine, en se souvenant avec émotion du poète noir qu'il fut dans sa jeunesse, expérimentateur téméraire tentant d'affronter lucidement la mort.
    «Les Dernières paroles du poète» traduit une autre obsession de Daumal, la quête du mot suprême, indicible, que le poète cherche à prononcer en vain pour changer le monde in extremis. C'est un constat d'impuissance, doublé d'une critique de la poésie.
    Sous leur abord mystique, il ne faut jamais perdre de vue que ces textes sont portés, sous-tendus par un humour implacable et iconoclaste.

  • Frigyes Karinthy est incontestablement l'un des maîtres de l'humour hongrois, l'équivalent d'un Karl Kraus en Autriche, qui s'inscrit dans la tradition de Rabelais, Voltaire, Swift ou Twain, des auteurs qu'il a d'ailleurs traduits. Ses traits d'esprit sont ravageurs, son humour absurde et son ironie caustique. Il n'est pas rare qu'un brin de folie s'infiltre dans sa métaphysique corrosive du quotidien pour mieux renverser les conventions. Les cinq nouvelles rassemblées dans ce volume sont toutes de la même veine, où Karinthy, sur fond d'un fantastique corrosif, laisse percer sa conscience politique résolument humaniste. Le texte qui donne son titre à l'ensemble est un dialogue entre le directeur d'une entreprise se préparant à lancer sur le marché mondial un produit chimique nouveau fait d'«un peu de production sociale, un peu de purification ethnique, quelques gouttes de néocapitalisme, un zest de technocratie, de la revalorisation économique, un concentré de forces nationales diluées avec du paneuropéanisme» avec une dose d'antisémitisme «pour l'arôme», qu'il compte proposer au plus offrant. On y voit ainsi tous les travers de la politique vouée au populisme et à la réclame, thématique reprise dans «Propagande d'État» et «Technocratie ? Théocratie ?» «Bellit ou les livres magiques» raconte le succès mondial d'un livre qui se vend comme des petits pains et qui devient la Bible de toute la société, jusqu'à ce qu'un jour, des années plus tard, on se décide à en examiner réellement le contenu qui s'avère n'être qu'une formidable accumulation de poncifs, de phrases creuses et de propos incohérents. Enfin, avec le texte intitulé «Chaînons», Karinthy développe la théorie dite des six degrés de séparation, selon laquelle chaque personne sur Terre peut être reliée à n'importe quelle autre à travers une chaîne de relations individuelles comptant au plus six maillons. Comme toujours, il l'aborde sous l'angle de l'absurde, mais cette théorie des réseaux va passionner sociologues et mathématiciens, et constitue même le principe de base de... Facebook !

  • L'humour et l'ironie de Catulle Mendès apparaissent dans ces textes.
    Ses parodies de procès montrent tour à tour l'inexorable perversité des femmes ou à l'inverse la foi remarquable dans un amour réciproque et inconditionnel.
    Il pointe aussi du doigt les caprices des puissants en les poussant jusqu'à l'absurdité.

  • Présenté par Franck Javourez :
    Lointain héritier des auteurs libertins du dix-huitième siècle, Régnier réinvente l'amour, indissociable de l'humour, et surtout le plaisir dans une « galanterie » toute personnelle.
    De jeunes gens vivent l'amour libre, s'essayant à toutes les combinaisons possibles, de l'échangisme décomplexé au saphisme subtil et discret.
    Comment échapper aux tumultes de l'Histoire, aux affres de l'époque, en succombant doucement aux riches voies du désir ? L'Amour et le Plaisir est presque un bréviaire de sagesse

  • Ces textes sont extraits de La Femme, Hachette, 1860. Ce sont trois des quatre chapitres de l'introduction, « Pourquoi l'on ne se marie pas », « La femme lettrée », « La femme ne vit pas sans l'homme ».
    Si les travaux sur l'Histoire de Michelet occupent un pan majeur de son oeuvre, ceux plus empreint de sociologie et de philosophie sont à reconsidérer tant il fait figure d'observateur et d'analyste de premier ordre.
    Michelet dresse ici une étude philosophique et sociale, non dépourvue de physiologie et de mysticisme. Il s'applique à rapprocher les deux sexes que l'éducation, les lois ou la société se sont plu à vouloir séparer.
    Lui qui, en ménage, fut un mari calamiteux, centré sur son oeuvre et sa carrière, se trouva veuf après 15 ans de mariage, sa femme, s'étant réfugiée dans l'alcool, succomba de la tuberculose. Michelet aurait adapté (en l'inversant) une de ses théories visant à dissocier le mariage de l'esprit de famille :
    L'épouse scindant son âme en deux, vers ses enfants et ses parents, au détriment de l'époux. Sans doute aussi quelque goût pour les amours ancillaires...

  • La boxe s'inscrit pour la première fois aux Jeux Olympiques de Londres en 1901.
    Louis Hémon la connait pour l'avoir pratiquée. Mieux certainement que Lord Byron qui s'y prêtait parfois, moins intensément sans doute que Jack London et Arthur Cravan, ses contemporains, n'hésitant pas à mettre les gants pour de vrai. Suffisamment en tout cas pour raconter au plus près les corps-à-corps, les feintes et les esquives, les crochets et les uppercuts. Un quartier pauvre de l'East End, une salle enfumée, pauvrement éclairée, la foule vociférant et interpellant les combattants, c'est là le rendez-vous des membres du Cadger's Club. Ceux qui ont quelque don pour ce noble art y vendent leurs poings pour quelques shillings et survivre ainsi à la misère. D'autres rêvent de lumière et de gloire. Cette courte nouvelle de Louis Hémon annonce son roman, « Battling Malone, pugiliste ».

  • Inspiré par Virgile, ce dialogue entre le pâtre Tityre et le philosophe Lucrèce. C'est le dialogue de l'intuition et des correspondances baudelairiennes. Pour le berger, l'arbre est un temple et un confident, alors que le philosophe est homme de réflexion et de recherche faisant profession de comprendre les choses. Tityre n'a pas besoin de l'effort de la pensée pour goûter la jouissance absolue et immédiate. Sous la plume de l'auteur de Monsieur Teste, on a là une merveille de dialogue épicurien qui exalte un paradis sensoriel. Valéry nous invite à cueillir l'instant et à nous abandonner aux puissances telluriques de la vie.
    Dans un cadre qui exalte la beauté et la vitalité méditerranéenne d'une Grèce intemporelle.

  • Dans une gentilhommière lugubre perdue au milieu des Vosges, par un soir d'orage, se retrouvent quatre chasseurs, une vieille servante, un intendant fébrile et un chien muet. Sur la porte du chalet, quand arrivent Allan, Mathis, Makoko et le narrateur, ils reconnaissent le signe légendaire de l'homme qui a vu le diable et a contracté un pacte avec lui pour ne jamais perdre au jeu. Allan qui ne prête aucun crédit à ces légendes décide de défier le propriétaire des lieux. Tout y est : l'armoire qui craque, la tempête déchaînée à l'extérieur qui bloque les infortunés comparses dans cet endroit isolé, perdu au milieu de nulle part.
    Avec un sens remarquable de la mise en scène, Gaston Leroux entraîne le lecteur dans une histoire haletante, où le fantastique le partage à l'humour.

  • Disciple et héritier de Henry David Thoreau, l'auteur de Walden ou la vie dans les bois, chantre d'un retour à la vie simple et d'une écoute de la nature, John Burroughs est passé maître dans l'art de voir les choses. Sollicité par un pasteur, il propose un Evangile de la nature aux accents très contemporains. Ni religieux, ni panthéiste, ni naturaliste, cet « évangile » est une réflexion sur la place de l'homme dans l'Univers, la fragilité et la pérennité de la vie, l'immuabilité et l'évolution de ses cycles, l'inscription de l'infiniment petit dans l'infiniment grand. Il y développe une façon d'être au monde dépouillé de toute croyance, religieuse ou scientifique, mais uniquement fondée sur l'observation de ce qui nous entoure pour mieux s'y fondre à nouveau et y retrouver notre place.

  • Avec cet essai, Henri Bergson, prix Nobel de littérature, établit, dans le style clair et précis qui le caractérise, une généalogie de la philosophie française, dont il fait remonter la source à Descartes.
    Pour lui, le cartésianisme représente la philosophie des idées claires et distinctes, affranchie de toute autorité (religieuse ou politique). Mais Bergson mâtine ce cartésianisme fondateur par l'esprit de finesse pascalien. Ces deux axes sont pour lui les clefs de voûte de la pensée française, d'une forme d'identité intellectuelle nationale. Histoire de la philosophie à la française autant que bréviaire philosophique, ce texte publié il y a un siècle conserve une vraie actualité, parce qu'il éclaire brillamment ce sur quoi s'est construite la philosophie contemporaine.

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