Phebus

  • Pour les aficionados de Melville et de Guerne, la traduction que ce dernier a donnée de Moby Dick (en 1954 aux éditions du Sagittaire) est un monument indépassable : le traducteur-poète est allé jusqu'à s'initier au parler « salé » des matelots américains du XIXe siècle, tel qu'il se trouve consigné dans les anciens lexiques marins ; et surtout jusqu'à s'inventer un français hautement
    « melvillien », puisque le grand romancier aimait à dire qu'il n'écrivait pas en anglais mais en outlandish la langue du grand Ailleurs.
    Cette traduction, malgré un bref passage en collection de poche (1980), est restée la plupart du temps introuvable au cours du dernier demi-siècle. On envie déjà le plaisir et la surprise de ceux qui auront à découvrir sa riche et rude saveur : que reconnaîtront tous ceux qui ont fréquenté d'un peu près le vieil océan.
    Quant au livre lui-même resté à peu près inconnu du public au temps de Melville, il n'aura vraiment été découvert qu'au XXe siècle, où sa violente modernité paraissait enfin accordée à la période de tempêtes qu'inaugurait alors l'histoire jusqu'à passer aujourd'hui aux yeux de certains, aux yeux de beaucoup, comme le plus grand roman de la littérature américaine.
    Moby Dick, qui peut se lire comme le plus formidable des récits d'aventures, est en effet autre chose et bien plus que cela. Car par-delà les tribulations du capitaine Achab lancé a la poursuite de la Baleine blanche se profile une autre quête : celle d'une humanité embarquée de force à bord d'une histoire qui reste pour elle un mystère.

  • Voici l'histoire de deux familles dans les dernières années du XXe siècle. L'une, les Kazanci, est turque et vit à Istanbul; la seconde, arménienne, les Tchakhmakhchian, s'est installée à San Francisco après le génocide. Chez les Kazanci, les femmes sont de grandes amoureuses, des hypocondriaques ou des fortes en gueule, et les hommes n'atteignent pas les quarante ans. Chez les Tchakhmakhchian, on est prude, religieux, sans imagination, frileux en tout, excepté Rose qui abandonne son époux pour se remarier avec un. Turc. Lorsque la fille de Rose, Armanouch, se rend à Istanbul pour y rencontrer la famille de son beau-père, elle se lie d'amitié avec la plus jeune des Kazanci, Asya, celle que l'on appelle la "bâtarde". Au cours du séjour d'Armanouch beaucoup de secrets seront mis à nu, et pas des moindres: inceste, rapt d'enfant, identité volée. Un meurtre conclura les révélations. Et la vie continuera.

    Elif Shafak est en train de devenir, avec Orhan Pamuk, l'écrivain turc le plus célèbre du monde. Née à Strasbourg en 1971, elle passe son adolescence en Espagne (sa mère est diplomate), avant de partager son temps entre Istanbul et l'Arizona. Tout en bâtissant une oeuvre de premier ordre (six romans à ce jour, dont The Flea Palace que Phébus publiera en 2008), elle mène une carrière de journaliste respectée (notamment comme correspondante régulière du New York Times). Elif Shafak est de tous les combats, ce qui lui vaut des menaces de mort. La Bâtarde d'Istanbul, le premier de ses livres à paraître en français, est déjà un succès aux États-Unis et lui a valu un procès retentissant en Turquie: parce qu'elle ose y aborder le génocide arménien, elle a été accusée d'"atteinte à la dignité de l'État turc".

    Avec ses intrigues à foison et ses personnages pour le moins extravagants, La Bâtarde d'Istanbul pose une question essentielle: que sait-on vraiment de ses originesoe Elif Shafak, écrivain engagé et n'utilisant pas la langue de bois, demande à son peuple d'affronter enfin son histoire, en particulier le génocide arménien et le massacre des Kurdes. Elle a le sens du récit, un humour féroce et un talent incontestable pour enchevêtrer la comédie au drame, le présent au passé. La Bâtarde d'Istanbul est donc une réussite romanesque, et un plaidoyer contre l'injustice, la bêtise et la haine.


  • Ce n'est qu'en 1990, soit trois ans avant sa mort, que stegner aura rassemblé en volume l'essentiel de ses nouvelles - dont on n'a retenu ici que la plus haute fleur (cinq textes, pas plus).
    Il s'agit là pour la plupart d'oeuvres de jeunesse, l'écrivain avant assez tôt délaissé le genre pour se consacrer au roman puis à l'essai historique. quelques-unes d'entre elles peuvent néanmoins prétendre au rang de chefs-d'oeuvre - et d'autant mieux que s'y retrouve, à l'état natif en quelque sorte, le précieux minerai qui servira de matière spécifique aux romans. comme dans les grands romans de stegner, la vie est là, solidement campée dans le réel, charriant son lot d'espérances et d'épreuves.
    Jusqu'à cette heure inévitable oú l'on se dit que ce rien, justement, apparaît comme la seule vraie richesse qui vous restera bientôt entre les mains. la sagesse de stegner, cavalier peu bavard, prend sa source dans l'antiquité : du côté de chez les stoïciens. il y ajoute son humour, et sa très fraternelle mélancolie. un cocktail comme l'amérique n'en offre pas souvent. conclusion du washington post : " l'un des plus grands ! ".

  • Qui est la mystérieuse nouvelle locataire de Wildfell Hall ? On ne sait pas d'où vient cette artiste qui se fait appeler Mrs Graham, se dit veuve et vit comme une recluse avec son jeune fils. Son arrivée
    alimente toutes les rumeurs dans la petite communauté et éveille l'intérêt d'un cultivateur, Gilbert Markham. Celui-ci réussit à se lier d'amitié avec Mrs Graham. Naît entre eux un amour qu'elle
    refuse de toutes ses forces. La famille de Gilbert est opposée à cette relation et petit à petit, Gilbert lui-même se met à douter de sa secrète amie. Pourquoi un voisin, Frederick Lawrence, veille-t-il si
    jalousement sur elle ? Entretiendraient-ils une liaison ? Après que les deux hommes se sont battus, Mrs Graham confie son journal à Gilbert pour lui apprendre qui elle est vraiment et ce qu'elle a fui.
    Celle qui s'appelle en réalité Helen Huntingdon s'est mariée très jeune à un bel homme aussi fascinant que dépravé, Arthur (ce personnage tient autant de Lord Byron que de Branwell, le frère
    d'Anne). La pieuse Helen espérait que son amour guérirait Arthur de ses penchants pour l'alcool et les femmes, mais ceux-ci n'ont fait que s'aggraver. Elle a pris la courageuse et scandaleuse
    décision de quitter son foyer le jour où elle a découvert qu'Arthur inculquait à leur jeune fils ses mauvaises habitudes. Elle a alors trouvé refuge dans le village où résidait son propre frère, Frédérick.
    Après la mort d'Arthur - et quelques rebondissements -, Helen et Gilbert pourront convoler en justes noces.

  • par un immense concert d'applaudissements et de sarcasmes (Lénine condamnera sans appel son « mysticisme »), inscrit dans la plus grande tradition littéraire russe, celle du Dostoïevski de L'Adolescent et des Karamazov, traduit en français dès 1909 (mais de façon scandaleusement
    amputée), sera exclu des oeuvres complètes de l'écrivain par la censure marxiste et condamné, par le fait, à près d'un siècle d'oubli.
    C'est donc un inédit que l'on propose aujourd'hui aux lecteurs de langue française. Et un inédit de la grande espèce Raconteur-né, Gorki empoigne dès les premières pages les rênes de sa troïka pour un galop picaresque de sa façon et fouette, cocher ! Matveï, son héros qui lui ressemble comme un
    frère, fait ses classes sur la route avec les vagabonds, pratique tous les métiers, et finit par trouver la Voie celle d'un christianisme social parfaitement hérétique au fil de rencontres hautes en couleurs. Il s'initie tour à tour aux beautés de la religion orthodoxe auprès d'un chantre de campagne, sorte de saint François ami des oiseaux, puis à diverses escroqueries patibulaires en
    compagnie d'un régisseur expert ès-filouteries, puis au suicide (raté), puis au libertinage (dans un monastère !), puis à la sainteté aux côtés d'une putain toute dostoïevskienne, puis à la politique dans le sillage du pope Jonas surnommé Jéhudiel (« Louange à Dieu » un pseudonyme que l'écrivain avait déjà utilisé pour son propre compte), lequel l'invite à « construire sa propre
    religion » au seul contact du peuple...
    La sainte Russie est vaste, et vaste aussi ce court roman qui contient la terre immense. Cette générosité -là, seuls les Russes de la grande espèce savent la pratiquer. Et peu importe, dès lors, qu'on adhère ou non aux idées de l'écrivain, aussi sympathiques qu'irréalistes. Il nous suffit d'aller avec lui sur ces chemins perdus semés d'embûches et de merveilles, qui finissent par rejoindre ceux des Mille et Une Nuits. Marx se perdra en cours de route, et Jésus lui-même... mais nous nous y retrouvons. Et c'est ainsi que Gorki est grand !

  • Première édition en français des hymnes à la haine de dorothy parker : la plus belle volée de bois vert qu'une dame ait jamais flanquée à la société de son temps.
    Avec toute la délicieuse vacherie qu'on peut attendre de celle qui fut la princesse des années folles.

  • Depuis plusieurs années, le vieux loup du grand sud annonçait qu'il travaillait à un livre sur les naufrages, qu'il avait conçu, semble-t-il, comme une sorte de prise de congé.
    Il en a achevé la rédaction peu avant le début de cette année 2002 qui le verra fêter ses 92 ans. comme toujours chez lui ou presque, on a affaire à l'un de ces livres inclassables, hirsutes, oú la fiction et l'autobiographie poursuivent une étrange partie de cache-cache. ecrit dans le sillage du passant du bout du monde (phébus 2000), qui avait surpris la critique par sa verdeur intacte, par sa jeunesse déraisonnable, naufrages peut se lire comme le chant d'adieu d'un homme qui s'est toujours ingénié à conformer sa vie - et son oeuvre aux rands rêves de son enfance.
    Une leçon de fidélité. et une nouvelle invite à prendre le large.

  • Comment apprendre à vivre quand on porte la mort en soi ? À la fin du XIXe siècle, le mal
    s'appelait la tuberculose. Quand Versluis, un bourgeois hollandais, comprend qu'il est condamné, il
    quitte son cadre de vie, sa Hollande mesurée et digne, au paysage façonné par la main de
    l'homme, pour Bloemfontein, cette ville d'Afrique du Sud qu'entoure l'immense espace du veld sudafricain.
    C'est ce passage d'une vie à l'autre que Karel Schoeman raconte. Mais la découverte d'une
    autre vie n'est en fait pour Versluis que l'entrée dans l'infini d'une nature vierge, dans la paix d'un
    long crépuscule qui est celui de sa vie d'avant, de la vie tout court.

  • Roman autobiographique ou autobiographie en forme de roman, "Sang impur" évoque l'enfance de l'auteur dans le Dublin pauvre des années 50 et 60, entre une mère allemande que les braves gens du coin traitent de nazie, alors qu'elle est issue d'une famille où l'on détestait Hitler, et un père délirant engagé dans le combat nationaliste irlandais pur et dur, qui exige qu'aucun mot d'anglais ne soit prononcé sous son toit.
    Pour les trois gamins de cette drôle de famille, la violence est partout : à l'école où on les traite en parias, dans la rue où les graffitis en forme de croix gammée fleurissent sur leur passage, et jusqu'à la maison par la main du père frappeur, pitoyable personnage qui impose ses lubies à coups de taloches, mais échoue lamentablement dans toutes les entreprises de la vie.

  • De tous les grands romans d'Inoué, l'un des plus ouvertement « aventureux » - mais non le moins désabusé le fait de savoir, dès la préface de l'auteur, que ces Rêves de Russie ne font que raconter une histoire parfaitement authentique ne consolant en rien, bien au contraire, la tristesse qui nous tient à l'instant de refermer le livre.
    A la fin du XVIIIe siècle, Daikokuya Kôdayû, capitaine du Shinshômaru , poussé vers le nord avec ses compagnons, fait naufrage aux abords d'une île située juste au sud du détroit de Béring. La moitié des survivants périt faute de pouvoir s'habituer au terrible climat. Les autres apprennent à vivre en imitant les sauvages de l'endroit et en se liant à quelques aventuriers russes exilés dans les parages, dont ils apprennent la langue et les coutumes. Les aventures du brave Daikokuya ne font que commencer.
    On le suit ensuite jusqu'aux rivages de la Sibérie, qu'il atteint à bord d'une embarcation de fortune ; puis jusqu'à Irkoutsk où l'un de ses compagnons, amputé après avoir eu les jambes gelées, se convertit à la religion orthodoxe ; et de là à Saint-Pétersbourg où il est reçu par la Grande Catherine en personne, avant d'être autorisé à regagner, après mille tribulations, son lointain archipel.
    Terrible retour où l'attend l'incompréhension des siens, leur suspicion et une solitude pire encore que l'exil.
    Inoué signe, avec ces aventures d'un Ulysse nippon - un Ulysse puni - l'un de ses livres les plus amers mais non le moins bouleversant.

  • Considéré par certains (Yasushi Inoué, Nicolas Bouvier) comme l'écrivain occidental qui a su approcher au plus près l'intime génie du Japon, le Portugais Wenceslau de Moraes (1854-1929), goûté dans le monde entier par tous les amateurs de littérature voyageuse, était resté jusqu'à ce jour quasi inconnu des lecteurs de langue française (à un remarquable livre près : Le Culte du thé, La Différence, 1998).
    Trente années durant, ce solitaire épris de belles passantes (exilé volontaire à Kôbé, il épousera une Japonaise) s'appliquera à dresser la carte du Tendre de l'empire du Soleil levant, au fil de subtiles chroniques qu'il destinait aux journaux de Lisbonne.
    Les seize récits ici rassemblés, tous composés vers la fin de la vie de l'écrivain, conjuguent comme à mi-voix humour blessé et nostalgie. Moraes s'intéresse à tout : aux femmes bien sûr, aux paysages, aux scènes de la rue, aux saisons qui nous parlent du temps qui passe... Généreusement trempés de malice, ses récits sont aussi piqués de la tristesse d'un vieil homme solitaire, qui arpente les cimetières aux côtés des fantômes de ses défuntes O-Koné et Ko-Haru - des fantômes qui chassent la luciole lorsqu'ils en ont le loisir - et qui appelle de ses voeux le jour béni où il s'allongera enfin auprès d'elles.
    Le résultat : un cocktail à doses finement équilibrées - moitié saudade lusitanienne, moitié zen de pure essence nippone. Yasushi Inoué affirmait que la lecture des oeuvres complètes de Moraes était à ses yeux un « devoir » pour tout lecteur (japonais notamment). Ajoutons que c'est aussi un plaisir - et de la rare espèce.

  • Dostoïevski à Mexico. Mais un Dostoïevski nourri au lait noir du polar. Autrement dit : Arriaga au sommet de son art.
    Manuel, 20 ans, croit perdre la vie en perdant son ami Gregorio qui s'est tiré une balle dans la tête. Un ami ? Bien plus que cela : les deux garçons s'étaient tatoué chacun avec la même aiguille un bison sur le bras gauche. Un pacte de sang qui n'avait pas tardé à devenir un pacte de domination, tant Gregorio, sorte de Stavroguine latino, exerçait d'emprise sur son entourage.
    Certes Manuel n'a pas manqué de regimber contre le pouvoir de ce « maître » un brin fêlé (Gregorio a le goût de la destruction, cultive les obsessions morbides, fréquente les hôpitaux psychiatriques). C'est ainsi qu'il s'est arrangé pour avoir, dans le dos de Gregorio (à son insu oe), une liaison avec Tania, la très trouble et très troublante maîtresse de celui-ci.
    Il est des morts qui, bien qu'ayant débarrassé le plancher, continuent assez méchamment de sévir. Mais n'est-ce pas, aussi, qu'après les avoir enterrés, ces morts, nous oublions de les tuer en nous oe
    Heureux Mexicains, qui ont à se mettre aujourd'hui sous la dent une littérature d'une si belle et si noire énergie !

  • Une époque qui est peut-être la nôtre, un manoir délabré - Observatory Mansions - qui évoque l'Angleterre, des personnages qui ont du mal à s'assurer de la réalité de ce qui les entoure, et qui font le difficile apprentissage de la lucidité...
    Pour ce premier roman (2000), l'Anglais Edward Carey a surpris son monde. Des deux côtés de l'Atlantique la presse n'a pas eu assez de superlatifs à son endroit : on l'a comparé à Tolkien, à Mervyn Peake...

  • Mars 1808 : la guerre s'étend en Europe, Napoléon a conquis le Portugal et menace désormais l'Espagne, son vieil allié. Les caisses de la Royal Navy se vident, alors qu'elle doit encore maintenir le blocus des ports ennemis et affréter d'autres bateaux pour lutter contre la traite des Noirs, suite au vote d'une nouvelle loi contre l'esclavage. Séparé de son épouse et de son enfant, tourmenté par la peur de devenir aveugle, le vice-amiral Sir Richard Bolitho reçoit l'ordre de se rendre au Cap de Bonne-Espérance afin d'y établir une force navale permanente. Il laisse derrière lui une société qu'il méprise et le souvenir amer d'une amitié trahie, pour embarquer sur un navire dont le sort est scellé, Le Pluvier-Doré, avec sa maîtresse, qu'il ne peut se résoudre à abandonner. Mais à bord, il n'est pas seul à fuir les tristes souvenirs du passé. Lorsque le navire fait naufrage au large des côtes africaines, un récif d'une centaine de miles devient le théâtre d'une lutte emblématique entre les innocents et les condamnés pour la survie, et la maîtrise du territoire.

    Douglas Reeman naît en Angleterre en 1924. À l'âge de 16 ans, il s'engage dans la Royal Navy avec laquelle il servira lors de la Seconde Guerre mondiale dans les campagnes de l'Atlantique et de la Méditerranée. À la fin de la guerre, il exerce plusieurs métiers, tels que loueur de bateaux ou policier. Il combat également pendant la Guerre de Corée puis rejoint la réserve. En 1968, dix ans après avoir publié ses premiers romans, ce passionné de romans maritimes de l'époque napoléonienne commence une longue et passionnante série, Captain Bolitho, qu'il signe sous le pseudonyme d'Alexander Kent (du nom d'un camarade tué pendant la guerre). Argumentation Avec ce roman (19e de la série, suite de Un seul vainqueur), se poursuit l'édition française du fameux cycle romanesque « Captain Bolitho », qui a valu à Alexander Kent le titre de « maître incontesté du roman d'aventures maritimes ».

  • Dix-septième aventure du Capitaine Bolith, où Alexander Kent se révèle depuis trente ans comme « le maître incontesté du roman d'aventures maritimes » (THE NEW YORK TIMES).
    Nous sommes à l'automne de 1805 et Nelson s'apprête à tendre aux français le piège que l'on sait au large du cap Trafalgar...
    Bolitho à Trafalgar ? Pas tout à fait, mais pas loin. On signale en Méditerranée la présence d'une escadre espagnole toute prête à secourir les Français coincés à Cadix. Bolitho n'assistera pas à la grande bataille ourdie par Nelson... mais contribuera de loin à la victoire en affrontant avec ses pauvres forces un ennemi qu'on n'attendait pas et y perd son vieil et fidèle Hypérion, coulé sous lui.
    Absent « ce jour-là » mais à l'honneur quand même.

  • Seizième volume de sa série " Captain Bolitho " - où Alexander Kent se révèle depuis trente ans comme " le maître incontesté du roman d'aventures maritimes ". (THE NEW YORK TIMES) Un tournant dans les aventures du fameux capitaine anglais, où se fait jour une mélancolie nouvelle : celle des fins de partie promises encore à quelques beaux orages - mais on devine entre les lignes que ce seront les derniers (la série, Alexander Kent l'a annoncé il y a longtemps, doit trouver sa fin le 21 octobre 1805 au large du cap Trafalgar).

  • Publié en 1921, ce roman historique sur fond de Révolution française connut un succès international immédiat. Élevé dans l'ignorance de son lignage, le jeune André-Louis Moreau, avocat, fait le serment de venger son ami d'enfance Philippe de Vilmorin, tué en duel par le marquis de la Tour d'Azyr pour ses idées révolutionnaires. Entraîné dans la tourmente, notre héros va connaître plusieurs incarnations: orateur dont les discours enflamment les foules, fugitif recherché qui endosse sur la scène le costume de Scaramouche, escrimeur redoutable devenu maître d'armes, et finalement député du Tiers-État! Autant de rebondissements qui lui
    permettront d'assouvir sa vengeance, et de découvrir enfin l'identité de ses parents...

  • Le secret des soeurs Brontë ? - leur frère Branwell (absent - effacé - sur le fameux tableau peint par lui et qui les représente tous les quatre). La clé de leur précocité inouïe, de leur imaginaire étrangement porté vers toutes les fièvres : Branwell encore. Leur secret : l'amour que toutes ne cesseront de vouer à ce frère maudit qui leur avait insufflé son génie et qui, parvenu à l'âge adulte et ayant depuis belle lurette brûlé toutes ses cartouches, n'eut plus que la force de se détruire (Heathcliff, l'inoubliable Heathcliff des Hauts de Hurlevent, c'est lui).
    L'ouvrage de Daphné Du Maurier (1960), qui est à la fois une étude formidablement documentée est le plus troublant des romans vrais - le roman de l'Absence -, introuvable depuis des lustres, est considéré dans le monde entier comme une sorte de livre-culte. C'est en effet dans ces pages que se trouvent révélés, comme nulle part ailleurs sans doute, à la fois la clé du personnage fascinant de Heathcliff et le secret quasi-incestueux des trois soeurs- qui ne devinrent romancières que parce que c'était pour elles, en quelque manière, la seule façon de faire l'amour à ce frère trop aimé : de le mettre amoureusement à mort.

  • Nous sommes à Dublin dans les années soixante, années, rappelons-le, au cours desquelles se
    déroulent les premiers affrontements sanglants entre catholiques et protestants. La violence se
    propage à travers toute l'Irlande. À l'image de son pays, Hugo Hamilton est en état de guerre,
    mais lui, c'est avec son père. Le conflit entre ces deux-là s'achèvera par la victoire du fils. Il y a eu
    guerre, il y aura encore reniement. Le jeune Hamilton, honteux d'avoir une mère allemande,
    s'évertuera à éradiquer de son esprit tout ce qui la concerne, toute la culture qu'elle a cherché à lui
    transmettre. Il aspire à perdre toute identité, à se libérer de toute influence, à devenir le fils de
    personne. Mieux : il quitte l'Irlande afin de découvrir le monde, se rend en
    Angleterre et en Allemagne. Et cet exil volontaire lui fera enfin comprendre que son
    épanouissement ne passe que par l'acceptation de ses origines irlandaise et germanique.

  • Susie Parkington, une vieille dame n'ayant pas froid aux yeux (nous sommes au plus fort de la Deuxième Guerre mondiale), appartient à une génération de bâtisseurs qui n'a pas eu la vie facile mais a toujours su faire face à l'adversité : on habite New York mais on se souvient qu'on a fait fortune vers l'Ouest - des terres, des mines -, et l'on n'a pas oublié que la conquête de l'opulence n'a pas toujours été une partie de plaisir.
    D'un chapitre à l'autre, le passé et le présent se renvoient la balle... et d'une certaine façon se démolissent l'un l'autre - car Bromfield, on peut lui faire confiance, refuse les facilités qui s'attachent à l'évocation du " bon vieux temps ". Susie fait revivre la figure de l'homme qu'elle a aimé et qui n'est plus : Gus Parkington, brillant fondateur d'une dynastie qui n'a pas volé son argent ; un bonhomme tenace, aventureux dans l'âme - mais également brutal, égoïste...
    Et cavaleur. La figure aussi d'autres disparus que la mort, a fauchés sans ménagement. Et elle contemple le présent : partagée entre l'espoir (la lucidité ne guérit pas de tout) et la consternation - ce dernier sentiment dominant largement l'autre. Autour d'elle en effet, une galerie de personnages occupés de " paraître " décline (c'est le cas de le dire) tous les étais de la décomposition : alcoolisme, ennui, goût du suicide ou du pouvoir (ce qui finit par revenir au même), malhonnêteté rampante...
    Une immense mélancolie dépose ses sombres couleurs sur la longue tapisserie que l'auteur déroule pour nous et qui déjà s'effiloche. L'émotion est pourtant là tapie (plusieurs personnages nous touchent par le pathétique de leur dégringolade) et la tentation d'espérer (la jeunesse, pour qui la vieille dame a des tendresses, saura-t-elle redresser les ruines ?)... mais Bromfield n'est pas homme à se payer et à nous payer d'illusions.
    Composé en pleine guerre (1943), Mrs Parkington inaugure avec éclat - et dans une lumière plutôt dure - le cycle des derniers grands romans américains de Bromfield.

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