Arts et spectacles

  • Marcel Storr

    Collectif

    En octobre 2010, Françoise Cloarec, avec le récit Marcel Storr, architecte de l'ailleurs (Phébus), nous faisait pénétrer dans l'univers onirique du peintre autodidacte, Marcel Storr, fils de l'Assistance publique et cantonnier à la ville de Paris.
    Solitaire, sourd, sans autre référence que son imaginaire, Marcel Storr a édifié au crayon et à l'encre, à l'insu de tous, une oeuvre sidérante faite de couleurs, de détails, de cathédrales vertigineuses et de mégalopoles utopistes aux tons incandescents. L'exposition au pavillon Carré de Baudouin, réunissant pour la première fois du 15 décembre 2011 au 13 mars 2012 l'intégralité de l'oeuvre de cet artiste totalement hors-norme, est l'occasion pour les éditions Phébus de proposer un catalogue exhaustif de cette oeuvre magistrale.

    Liliane kempf est, avec son mari, l'ayant-droit de Marcel Storr. Elle est la première personne à avoir découvert l'oeuvre du peintre.
    Laurent Danchin est écrivain, conférencier et critique d'art. Il est également le commissaire de l'exposition consacrée à Marcel Storr au pavillon Carré de Baudouin.
    Françoise Cloarec est psychanalyste et peintre, diplômée des Beaux-Arts de Paris. Elle a consacré une thèse de psychologie clinique au peintre autodidacte Séraphine de Senlis avant de lui dédier un essai, Séraphine, sorti chez Phébus en 2008. Elle est également l'auteur du récit Storr, architecte de l'ailleurs paru aux Éditions Phébus en octobre 2010.

  • Alors que l'on commémore le 500e anniversaire de la mort de Jérôme Bosch en cette année 2016, les musées du Prado à Madrid et Bois-le-Duc aux Pays-Bas organisent une large rétrospective de son oeuvre. C'est à l'invitation de l'institution madrilène que Cees Nooteboom entreprend un voyage de Rotterdam à Lisbonne en passant par Gand, Madrid et Bois-le-Duc. Il va à la rencontre de ce peintre qui le fascine depuis ses années étudiantes. Soixante reproductions accompagnent cet ouvrage au ton très personnel et très littéraire, où Nooteboom croise récit personnel et réflexions sur la peinture du maître néerlandais. Le livre paraît simultanément en allemand, en espagnol, en néerlandais et en anglais.
    L'un des plus importants écrivains contemporains néerlandais à la rencontre du peintre le plus connu des Pays-Bas.

  • " on admire chez hassan massoudy l'usage magistral qu'il fait de la couleur dans ses compositions.
    Il a des lavis opalescents, des chevelures d'émeraude, des camaïeux de beiges qui s'enrichissent de profondeurs boisées et d'arômes de santal. c'est une ère nouvelle qui s'ouvre ainsi à la calligraphie. " oui, les amateurs d'antiquité et d'exotisme risquent d'être déçus. hassan massoudy west pas le fossile vivant de la vieille calligraphie arabe. c'est un artiste de notre temps. son art appartient à cette fin du xxe siècle, malgré les racines millénaires qu'il plonge dans la tradition de l'orient.
    " (michel tournier).

  • L'histoire de ce livre, unique au monde par la richesse de sa documentation et de son illustration, est à soi seule une sorte de roman.
    André Velter, écrivain-poète mais surtout petit-fils d'artisan, Marie-José Lamothe, formée à l'étude des arts populaires, et le grand photographe Jean Marquis (il fut après la guerre l'un des animateurs de l'agence Magnum) auront mis près de cinq ans, sillonnant les provinces, visitant, interrogeant et photographiant des centaines de maîtres-artisans, dépouillant des milliers de livres rares, à bâtir cette cathédrale à la gloire de l'Outil et de la main artisane.
    Le Libre de l'Outil a connu un succès immense. Bernard Pivot au cours d'une émission restée clans les mémoires (on était en 1977) l'avait couronné sans barguigner " le plus beau livre de l'année " ; tandis que René Char clamait à la ronde que cet ouvrage " magique " était à soi seul un acte de résistance, dans la mesure où il décrivait une geste passée et présente qui faisait honte à notre probable avenir.
    Et puis le courageux éditeur de cette bible dut mettre la clé sous la porte, et le livre disparut pour longtemps des tables de la librairie. Pis, on apprenait dire les films de l'ouvrage avaient été détruits par une main distraite. Par chance, une équipe de graveurs italiens qui maîtrisent en artistes la technique du scanner ont réussi, sollicités par les auteurs, à reconstituer à partir des planches d'hier l'intégralité du précieux volume, s'offrant même le luxe d'en améliorer ici et là le détail.
    On les en remerciera d'autant mieux que la majorité des photos reproduites dans ces pages ne pourraient pas être prises aujourd'hui. Les artisans que l'on voit ici à la tâche pour la plupart ne sont plus - et n'ont pas eu de successeurs.

  • Préface de Benoîte Groult.


    Pour la première fois, l´histoire de l´amour fou qui unit durant dix-huit ans Madeleine et Léo Ferré est racontée de l´intérieur, par la fille de Madeleine, qui partagea leur quotidien dès l´âge de cinq ans. Celle pour qui Léo Ferré écrivit  "Jolie môme" évoque la misère des débuts, le succès, la gloire et... les dérives. Elle assiste à la création de plus de deux cents chansons, aux rencontres avec André Breton, Aragon, Louise de Vilmorin, le prince Rainier - pour ne citer qu´eux - et partage la passion du couple pour les animaux, des saint-bernard aux oiseaux en passant par les chimpanzés ! Témoin privilégié de cette époque peu connue de la vie de Léo Ferré, Annie Butor réhabilite la mémoire de sa mère et trace un portrait émouvant, mais sans concession, de ces deux êtres exceptionnels.

    Un témoignage unique.

     

  • Jack London, tête brûlée éprise de liberté a, en quarante années d'une existence intense, semé sur sa route de nombreux romans, récits ou essais comme autant de témoignages de sa soif de vivre. Curieusement, on ignore souvent que cet aventurier des mers et des mots était également un photographe de génie qui, par l'image, a reflété son temps. Et de quelle manière ! Avec plus de 12 000 clichés, le petit gars des rues de San Francisco a porté sur le monde le regard des grands humanistes. Miséreux de l'East End londonien, soldats lors du conflit russo-japonais, lépreux de l'île de Molokaï, cet homme en empathie avec ses sujets a partagé ses émotions sans jamais se départir d'une sensibilité loin des images d'Epinal attendues. Grâce au travail de Jeanne Reesman, Sara S. Hodson et Philip Adam qui ont sélectionné les 200 photos les plus marquantes de ce grand reporter s'il en est, un hommage est enfin rendu au Jack London photographe, tant chacune de ses prises de vue déborde d'humanité, de tendresse et de beauté. L'oeuvre littéraire de Jack London est restée dans les mémoires. Gageons qu'il en sera de même de ses photos.

  • Ce grand voyageur parcourt la planète sous bien des latitudes pendant des décennies, puis décide un jour de ne plus guère sortir de son appartement parisien situé sur les quais de seine face à " Notre-Dame ".
    Il continue alors de voyager dans la connaissance par la lecture, dans son ascèse spirituelle par la méditation, enfin dans sa vie quotidienne par l'hédonisme d'un art de vivre injustement décrié : la paresse absolue...
    D'abord ne fais rien, ensuite repose-toi, maxime qu'il fait sienne tout au long de ces années de vie érémitique passées à contempler paisiblement la seine et Notre-Dame...
    Fort heureusement, par plaisir ou par habitude, continue-t-il de prendre épisodiquement quelques photographies par ses fenêtres. Ainsi, peu à peu, se constitue ce Paris, Km 00, surprenant album-photo d'un voyage immobile au coeur même de Paris.


  • c'est l'âme secrète du japon que nous livrent les peintures de soleil rouge ; et ce sont les clefs d'un univers mystérieux.
    fugitif et fragile que nous tend nelly delay au travers de cette anthologie singulière. des tombeaux du kofun de takehara aux temples shintô du mont kova, des "maisons vertes" des courtisanes aux scènes du théâtre kabuki, des paysages chers à hokusai aux jardins zen, la peinture est partout, dans tout ce qui vit, hors des limites du temps et de l'espace. le japon est là, dans la richesse des détails, dans la finesse des traits, dans sa beauté fugace et cependant éternelle.
    cet art dévolu à fixer les images d'un monde "éphémère et mouvant ", nelly delay s'emploie à l'évoquer, à l'écart des courants et de la stricte chronologie. elle donne ainsi à percevoir et à comprendre ce génie qui, libéré de la matrice chinoise traditionnelle - stimulante et respectée depuis des siècles -, a évolué en s'autorisant des audaces qui, aujourd'hui encore, nous semblent modernes, au point d'avoir inspiré l'art d'un pollock ou d'un alechinsky.

  • Près de deux siècles avant Baudelaire, le moine-peintre Shitao (1642-1707) invente au fil du pinceau une conception totalement " moderne " du geste de peindre ; et, entre deux tableaux, expose celle-ci avec des mots inspirés dans un traité fameux : les Propos sur la peinture du moine Citrouille-amère.
    François Cheng, qui a déjà révélé au public occidental la figure majeure d'un autre maître chinois (Chu Ta : Le génie du trait, Phébus 1986), nous convie ici à découvrir une centaine des peintures parmi les plus représentatives de la manière de Shitao, la plupart en provenance des musées de Chine - donc quasi inconnues en Occident.
    Il retrace pour nous l'itinéraire spirituel d'un artiste à la vie des plus mouvementées, qui sut trouver sur la fin, dans une haute solitude paradoxalement ouverte à tous les possibles, la résolution des contradictions qui l'habitaient.
    " Par sa virtuosité inquiète, jamais satisfaite d'elle-même, écrit François Cheng, Shitao a enrichi comme aucun autre l'art du trait : ses coups de pinceau sont célèbres par leur vivacité, leur audace, mais surtout leur stupéfiante variété.
    Son esprit d'invention, sa hardiesse toujours en alerte ont littéralement brisé le moule de la composition classique ; il n'a de cesse d'introduire dans ses tableaux, par tout un jeu de vides intermédiaires, d'agencements obliques, de contrastes inattendus, de déformations voulues, une sorte de " précarité dynamique ", de magie fragile qu'il n'est pas exagéré de qualifier de musicale ".
    " Révolutionnaire " dans l'âme et malgré cela profondément attaché à la plus antique tradition, Shitao a toujours rêvé de solliciter non seulement le regard mais tous les sens qui, chez l'homme, participent au banquet du Réel.
    Pour lui, c'est à ce prix seulement que nous avons la chance d'approcher le mystère des choses, de goûter " la saveur du monde ". Ainsi résume-t-il l'alchimie sensorielle qui, selon lui, gouverne toute représentation : " Je parle avec ma main, tu écoutes avec tes yeux ".

  • Rares sont les moments où deux civilisations se rencontrent hors des champs de bataille. Au Japon, les années 1860-1900 sont l'un de ces moments magiques.
    Après des siècles d'isolement, le nouvel empereur, qui prendra par le suite le nom de Meiji, décide l'ouverture du pays. L'Asie rencontre l'Occident. La photographie vient d'être inventée : elle sera non seulement le témoin de cette rencontre, mais également un acteur important de l'échange.
    Aux photos noir et blanc prises par les premiers photographes européens, colorisées une à une, à la main, par des dizaines d'artisans japonais employés dans les studios, puis collées sur des feuilles de papier épais, répondent les commentaires des occidentaux, qui s'étonnent des bains chauds, des plats de poisson crus et des hommes qui courent durant des heures, chaises à porteur sur l'épaule...

  • Chu ta (1626-1705), qui fut l'un des maîtres du célèbre shitao, occupe dans l'histoire de la peinture chinoise une place unique.
    A la fois dépositaire d'une tradition millénaire, parvenue à son degré de plus haut accomplissement, et explorateur d'une modernité qui s'engage avec une superbe imprudence dans les voies nouvelles, il hante la lisière de deux mondes.
    Violemment hostile à l'académisme officiel, refusant au surplus de collaborer avec les nouveaux maîtres mandchous qui venaient de s'installer sur le trône impérial, il mena plus d'un demi-siècle durant une existence de quasi vagabond, dont les péripéties sont celles d'un véritable roman.
    Il en fut si marqué qu'il n'hésita pas à s'engager un temps dans les seules issues extrêmes qui convinssent à son esprit rebelle : le mutisme et la folie. sans doute ne lui fallait-il pas moins que toutes ces épreuves pour accomplir son destin. au fil d'une vie longue et tourmentée, oú le geste de peindre se révéla pour lui une voie de salut, il sut à ce point épurer son art - un art fondé sur la maîtrise des traits essentiels - qu'il rejoignit spontanément, et par les chemins les moins conformistes, la plus haute intuition des anciens : pour qui le trait était l'homme même ; et tracer le trait, en soi, manière authentique d'être.

    On se rappelle le conseil brutal donné par matisse : " vous voulez faire de la peinture ? commencez alors par vous couper la langue, car désormais vous ne devez vous exprimer qu'avec vos pinceaux. " chu ta le muet aurait pu faire de cette phrase sa devise. le fait est que le mutisme semble exacerbé chez lui les puissances du regard, comme si le sacrifice de la parole articulée l'avait aidé à goûter d'autant mieux les images qui s'offraient à ses yeux : figures qu'il devait méditer longuement en lui-même, dont il pouvait caresser à loisir les multiples facettes, et dont le silence favorisait mystérieusement l'éclosion.

    Les quelque quatre-vingts peintures qui se trouvent reproduites dans le présent ouvrage proviennent pour la plupart des musées de chine. françois cheng les avait révélées au public de langue française en 1986, dans une première version de ce livre - qu'il a tenu à revoir et à améliorer largement pour la présente édition.

  • Mille ans avant les impressionnistes, à l'époque oú régnait la dynastie des song (xe-xiiie siècle), les artistes chinois avaient compris qu'en peinture le " sujet " n'est qu'un masque.
    Représenter sur la soie ou sur le papier une montagne, un arbre, un papillon n'était pas tant, à leurs yeux, affaire d'observation que recherche d'un secret : celui que la nature dissimule derrière le voile ambigu de l'apparence.
    A cette exigeante école, la grandeur n'a que faire des " grands " sujets. elle trouve à s'accomplir en même temps dans le vaste paysage que domine la montagne et dans l'espace de plus familier - que sollicite par prédilection ce " regard rapproché " par quoi l'enfance, de tout temps, s'est ouverte à l'immensité du monde.

    Cette dernière tradition, mobilisée d'abord par la représentation des oiseaux et des fleurs, s'est vite étendue à tout ce que l'univers du vivant nous offre de proche : branche protégeant la sieste du rêveur, fruits bons à cueillir, herbes du talus, bestioles au bord de l'étang. et elle survivra à l'âge d'or des song, illustrée dix siècles durant par une lignée ininterrompue de génies inspirés, remuants souvent, libres à tous les sens de la parole, voire franchement excentriques.

    Une fleur s'ouvre, un oiseau se pose sur la branche : le peintre est là qui saisit la vérité de cet instant (non sa pauvre réalité). ce qu'il peint n'est plus seulement un oiseau, une fleur, mais un rêve : celui d'un envol possible, d'une éclosion à l'unisson de tous les grands accomplissements qui adviennent en nous et hors de nous. l'observation naturaliste est là, et d'une précision qui d'emblée atteint à l'exactitude extrême.
    Mais elle n'est qu'une marche sur le haut chemin qui conduit à la révélation de l'intimité existentielle des êtres et des choses ; à cette autre révélation : que l'homme ne saurait accéder à son propre mystère qu'autant qu'il accepte de dialoguer avec les plus humbles présences de l'univers créé.
    Chemin au bout duquel l'oeil ne se contente plus de voir mais parvient à capter le chant du monde - et nous convie à chanter de concert avec lui.

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