Littérature
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Ils ont écrit leurs visages : Signalements de galériens et de délinquants.e.s du XVIIIe siècle
Arlette Farge
- Metispresses
- 7 Novembre 2025
- 9782940711710
Dans ce quatrième titre de la collection archVives, Arlette Farge interroge la stigmatisation du corps du peuple en se basant sur un registre d'archives du XVIIIe siècle où sont répertoriés avec précision les signalements des galériens. Enchaînés deux à deux, ils sont traînés sur les routes de France, à travers ses villes, jusqu'à Marseille, et, pour ceux qui auront survécu aux mauvais traitements, embarqués en tant que rameurs dans la galère du Roi. Dans ce cortège de souffrance, appelé dans certains textes «char à triomphe», on croise les petits métiers de la rue ou ceux de la paysannerie, la contrebande de faux tabac, les menus larcins... On y croise les juifs et les protestants. Les soldats déserteurs. On y croise la jeunesse.
Les documents d'archives exhumés livrent une liste de portraits consignés par les gardes-chiourmes, des descriptions frustes des galériens, qui s'arrêtent sur les signes distinctifs, les marques de la maladie, les blessures. La photographie n'existait pas alors, et les mots venaient qualifier ces prisonniers qui pouvaient à un moment ou à un autre tenter de s'enfuir et qu'il faillait donc pouvoir identifier. Ces quelques traces fugaces qui témoignent de la confrontation brutale des «gens de peu» avec l'appareil judiciaire et policier, permettent de suivre la constitution progressive, en ce siècle des Lumières, des procédures qui donneront à l'État moderne naissant ses leviers de contrôle et de discipline du corps social.
Grâce au cadre que lui offre la collection archVives, Arlette Farge se permet aussi de faire un pas de côté par rapport à son travail d'historienne. Car elle aborde ces portraits écrits sous l'angle particulier de l'empathie, une approche qui contraste, à des siècles de distance, avec les identifications anonymes du pouvoir qui classait et stigmatisait aveuglément le menu peuple. Ce sont deux régimes de regard qui s'exposent, deux manières d'aborder portrait et visage, deux manières de considérer l'humain.
Enfin, c'est poser par contraste les mesures de contrôle et d'identification contemporaines qui font qu'aujourd'hui plus que jamais le pouvoir impose des normes et des dispositifs visant à discipliner et/ou criminaliser des catégories de populations le plus souvent victimes d'inégalités engendrées par ce même pouvoir. -
Dans le premier entretien, Arlette Farge revient sur son enfance et ses années de formation, qui l'ont transportée de Paris aux États-Unis: de ses études de droit aux manifestations des étudiants noirs sur les campus américains, et de son métier d'historienne à sa conscience féministe.
Elle nous guide dans le deuxième entretien à travers les archives judiciaires, qui sont la matière première de son travail, depuis sa première recherche sur le vol d'aliments en 1974. Elle évoque ce qui l'a lié à Michel Foucault, avec lequel elle a travaillé en 1982 pour écrire Le désordre des familles, sur ces personnes qui demandaient au roi l'enfermement d'un membre de leur famille.
Le troisième entretien est l'occasion de s'approcher encore plus près de l'historienne qu'est Arlette Farge. Pour elle, l'historien est comptable aussi du présent; il est un acteur politique dans la société. Elle montre en quoi le fait de redonner une voix à ceux que l'on a oubliés, condamnés, et qui ont souffert est un engagement, autant qu'un travail de recherche.
Dans le quatrième entretien, nous retournons au milieu des années 1970, au moment où Arlette Farge, de retour des États-Unis, a côtoyé le MLF, le Mouvement de Libération des Femmes, et nous suivons ainsi le cours de son engagement féministe dans le développement d'une histoire des femmes.
Enfin, il est question, dans le dernier entretien, de son écriture qui ne doit pas trahir l'époque, mais participer à la rendre vivante, toujours au creux de ce XVIIIe siècle qu'elle dit voir et entendre, quand elle fréquente ces archives. -
Il me faut te dire
Arlette Farge
- Éditions du Sonneur
- Ce Que La Vie Signifie Pour Moi
- 19 Janvier 2017
- 9782373850475
Aussi attentive à la marche du monde qu'attirée par les petites choses de la vie, Arlette Farge n'a pas hésité un instant à s'exposer: dire ce que la vie signifie pour elle.
Arlette Farge a le goût des autres, gens du passé, gens du présent. Aussi attentive à la marche du monde qu'attirée par les petites choses de la vie, cette irréductible fonceuse n'a pas hésité un instant à s'exposer : dire ce que la vie signifie pour elle. L'exploratrice des archives, toujours soucieuse du réel, fait ici acte d'imaginaire tout en nous offrant un de ses grands plaisirs : écrire des lettres, des vraies, avec un crayon et du papier. Prendre le temps de songer à une personne, lui faire part d'un rien joyeux, d'une émotion, d'une pensée, et d'une main vive, pétillante, chaleureuse, dessiner des phrases qui donnent sens et plaisir. Enfin, choisir un joli timbre et se rendre à la poste. C'est sa façon de faire lien, de prendre soin. Il me faut te dire est un recueil de lettres adressées à des personnes fictives - ou presque - un ami, un collègue, un petit-fils, un pauvre gars sorti tout droit de son xviiie siècle. Chez Arlette Farge, tout est source d'étonnement, d'émotion : paysage, film, bruits de la ville, couleurs, lectures ; tout mène à l'humain, geste, parole?; tout mène au partage.
S'approprier les mots d'Arlette Farge, c'est lire notre propre vie ; c'est bien là tout son talent : nous faire croire d'emblée qu'elle s'adresse à chacun d'entre nous. -
Un ruban et des larmes ; un procès en adultère au XVIII siècle
Arlette Farge
- Éditions des Busclats
- 22 Septembre 2011
- 9782361660086
1779. Chose peu fréquente au 18e siècle, un ferblantier parisien fait un procès à sa femme pour adultère. Les pièces de l'accusation dénoncent chez l'épouse des pratiques et des faits qui n'appartiennent pas à son monde.
Alors qu'on est en milieu populaire, les témoignages dépeignent l'accusée comme sortie d'un tableau de Fragonard ou d'un roman libertin de Crébillon.
Les forfaits et débauches dont elle est accusée ne sauraient être les siens tant ils débordent de luxe, bijoux et autres signes de richesses, apanage des seules classes supérieures. Arlette Farge se livre à une analyse passionnée des mots transcrits dans les archives de police. Avec un vrai sens du suspense et une rigueur d'historienne, elle dévoile et éclaire des silences et des ombres du siècle des Lumières.
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Les Fatigues de la guerre : XVIII? siècle - Watteau
Arlette Farge
- Gallimard
- 12 Avril 1996
- 9782070744367
Présente dans le récit historique et par là même souvent déréalisée, la guerre est toujours considérée comme un moment inéluctable aux conséquences inévitablement désastreuses. Prenant appui sur les trois grandes campagnes menées aux frontières françaises par la monarchie du XVIII? siècle, Arlette Farge saisit le conflit comme un objet spécifique, effet de mécanismes et de dispositifs explicables, c'est-à-dire, contrairement à l'opinion reçue, évitables. Elle inscrit la guerre dans des moments propres, retrouve sa scansion singulière : le recrutement, les marches, le campement, les malheurs et les ruines, la présence des femmes et leur désarroi... Fidèle à sa pratique, et à sa passion, de l'archive, elle le fait en s'appuyant sur les mémoires anonymes, les textes du quotidien et les correspondances retrouvées. Cette petite dramaturgie de l'ordinaire vient, dans Les fatigues de la guerre, prendre son sens dans la lecture tout à fait originale d'une suite de peintures peu connues de Watteau sur le thème de l'engagement militaire.
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Essai pour une histoire des voix au XVIII siècle
Arlette Farge
- THEBOOKEDITION.COM
- 16 Octobre 2022
- 9782956491958
Au XVIIIe siècle, l'oralité triomphe : la voix et son timbre sont des moyens privilégiés de la population pour être au monde. .Les rues, les salons résonnent des conversations, badinages, disputes, annonces royales sur jeu de trompettes, paroles du pouvoir et de l'Eglise, chansons à un sol, musiques jouées à tout va. Ils contiennent aussi les cris, les gémissements, les voix du désarroi, de la folie, celles qui s'échappent des immeubles, des prisons et des hôpitaux.
Toutes ces voix enfuies à jamais sont pourtant la matrice de communautés n'ayant guère accès à l'écrit. Arlette Farge les recherche à travers les archives dans lesquelles ont été notés parfois les timbres de et les intona... -
Des écrivains à la bibliothèque de la Sorbonne Tome 1
Arlette Farge, Eugène Durif, Pierre Bergounioux, Marianne Alphant
- EDITIONS DE LA SORBONNE
- Brèves
- 20 Septembre 2018
- 9791035100841
Quatre écrivains, trente-quatre kilomètres linéaires de collections - une règle du jeu : ne choisir qu'un livre pour une rencontre avec la Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne.
Car, quand la Maison des écrivains et de la littérature invite Pierre Bergounioux, Marianne Alphant, Arlette Farge et Eugène Durif à poser un regard intime et curieux sur la BIS, cela donne quatre inédits, quatre chemins dans le labyrinthe de ces collections d'excellence, dans les méandres de cette bibliothèque singulière et attachante, quatre voix narrant une histoire de traces et d'effacements, sorte d'archéologie intime révélant la richesse de ce fonds. -
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Entre histoire et théâtre, La Nuit blanche raconte un fait divers de 1770. Pierre, un jeune homme de dix-huit ans, est rompu en place de Cambrai pour avoir entretenu de mauvaises rumeurs contre les notables de la ville. Et blasphémé contre le Roi.
Arlette Farge, historienne du XVIIIe siècle, auteur de nombreux ouvrages sur la violence à Paris et sur l'opinion publique, a publié en 1982 avec Michel Foucault Le Désordre des familles. Elle s'est aussi intéressée à la relation intrigante que la photographie entretient avec les siècles passés.
Guidée par un savoir intime des archives, Arlette Farge invente un langage pour restituer des scènes de vie ordinaire au XVIIIe siècle. La lumière, l'eau, la ville mobile et furtive sont happées par les mots de l'historienne qui recrée ainsi tout un univers visuel. Charlotte, la fiancée de Pierre, est la silhouette mutine qui accompagne la douleur de la mère et du fils.
La «nuit blanche» est la nuit précédant l'exécution d'un condamné.
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Madame ou Mademoiselle ? Itinéraires de la solitude féminine, 18e-20e siècle
Arlette Farge
- Flammarion
- 30 Juin 2008
- 9782858700356
Cohorte silencieuse et grise, les vieilles filles et les veuves du passé sont restées en marge de l'histoire, vouées à l'inexistence collective, réduites à un stéréotype. Des historiens, femmes pour la plupart, s'attachent ici à démontrer le poids démographique des femmes seules, à repérer les limites de leur existence juridique, leur importance dans la vie professionnelle ainsi que leurs relations particulières au travail et à la société. Illustrations de situations multiples et contradictoires, ces itinéraires de femmes vagantes hors du modèle traditionnel du couple et du mariage, éclairent un présent où se développent les situations de solitude revendiquée ou subie.
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Correspondance conjugale (1760-1782) ; une intimité aristocratique à la veille de la Révolution
Voyer D'Argenson
- HONORE CHAMPION
- Bibliothèque Des Correspondances
- 29 Août 2019
- 9782745349545
Les lettres échangées entre le marquis d'Argenson et son épouse sont un témoignage vivant de la société française à la veille de la Révolution. Tous deux membres éminents de l'élite sociale et intellectuelle, ce couple éclairé offre dans sa correspondance un aperçu de leur relation harmonieuse ainsi que des préoccupations de leur temps.
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La chambre a deux lits et le cordonnier de tel-aviv
Farge Arlette
- Le Seuil
- Fiction Et Cie
- 7 Janvier 2000
- 9782020373494
Une photographie, quelle qu'elle soit, est toujours contemporaine de l'objet, de l'événement, du geste ou du visage dont elle s'est saisie.
En d'autres termes, on ne peut photographier que du présent qui s'en va, et se meurt. Dès lors, existe un lien avec l'histoire, étrange et provocant. Immergé dans l'image, par une sorte d'écart de la rêverie, il arrive qu'on se retrouve de l'autre côté de la photo, dans un paysage renouvelé où l'esprit s'aiguise autrement. Par exemple au XVIIIe siècle. Dans quelques photographies contemporaines (de Raymond Depardon à Dorothea Lange, en passant par Lewis Hine, Marc Riboud, Emmanuel Farge, Sophie Ristelhueber, Valérie Jouve et Izis) se reconnaissent de brefs éclats du XVIIIe siècle, encore posés sur nos corps, marquant nos gestes, et nos bonheurs espérés.
Personne n'a photographié le siècle des Lumières ; mais personne aujourd'hui ne peut non plus dire qu'il s'en souvient. Entre méditation, travail d'écriture et de recherche, j'ai cherché à rejoindre dans certaines images du présent le territoire des voix, des larmes et des désirs de ceux qui existèrent hier et font encore partie de nous. Ils sont là comme des fantômes familiers. A notre insu, des photographies retiennent quelque chose de ces traces du passé.
Arlette Farge.