Passés Composés

  • Louis XIV domine son époque. Sur le plan international, il étend les frontières du royaume, établit des colonies en Amérique, en Afrique et en Inde, et contribue à faire de son petit-fils le roi d'Espagne. Il est l'un des plus grands mécènes de l'histoire européenne - Molière, Racine, Lully, Le Brun, le Nôtre travaillent pour lui, Versailles et ses satellites à Marly sont jalousés. Partout Louis encourage la danse, la chasse, la musique, la conversation, en particulier avec les femmes, dont le pouvoir est l'un des thèmes les plus originaux de ce livre. Obsédé par les détails du gouvernement, Louis XIV fut un roi politique, même si ses choix de ministres et généraux se sont avérés désastreux, notamment après la mort du très compétent Colbert. C'est de cette figure hypnotique bien qu'imparfaite, incarnation idéale du grand monarque, que Philip Mansel brosse le portrait, en s'appuyant sur les toutes dernières recherches tant en France qu'en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Il porte une attention particulière à la culture de cour et à la politique étrangère du roi, réintroduisant dans l'histoire européenne puis mondiale un roi de France aux prétentions universelles.

  • L'opération Barbarossa, qui s'ouvre le 22 juin 1941, ne ressemble à aucune autre dans l'Histoire. Elle met aux prises les deux systèmes militaires les plus puissants et les deux régimes les plus brutaux. Les plans sont ineptes, les armées bien en dessous de leurs missions. Dans le combat comme dans l'occupation, la Wehrmacht conjugue la logique exterminatrice du nazisme avec celle de sa propre culture militaire, qui pousse la terreur à son paroxysme. L'Armée rouge se vide de son sang, prise entre les feux d'un ennemi affranchi de toutes les normes humaines et la répression sauvage du bolchevisme stalinien. Dix millions d'hommes s'affrontent lors de batailles aux proportions monstrueuses : les plus gros encerclements, les percées les plus spectaculaires, les retournements les plus improbables aussi. Le résultat de cette moisson de superlatifs est la création d'un brasier de proportions inouïes. Combats, exécutions, exactions, famines délibérées tuent en 200 jours plus de 5 millions d'hommes, de femmes et d'enfants, de soldats et de civils.  Ce semestre d'une densité extrême, le plus létal de la Seconde Guerre mondiale, méritait sa fresque. C'est à la brosser que se sont attachés Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, passant du Kremlin au QG du Führer, des états-majors des Fronts à ceux des groupes d'armées, du NKVD aux Einsatzgruppen, des unités en marche aux usines et aux fosses d'exécution. Une somme unique et exceptionnelle. Prix du Guesclin 2019  

  • Et si Napoléon ne devait pas seulement sa gloire à ses conquêtes, mais à son extraordinaire bravoure face aux dangers ? David Chanteranne nous raconte ces douze moments méconnus, où le plus célèbre des empereurs s'est imposé en héros immortel face à ses contemporains en échappant de peu à la mort : une épidémie de peste qui décime son armée en Égypte en 1799 ; un attentat à la bombe dans les rues de Paris, la veille de Noël, en 1800 ; une balle perdue qui l'atteint lors de la bataille de Ratis-bonne en 1809 ; un homme qui voulait le poignarder à Vienne la même année ; un suicide manqué au château de Fontainebleau en 1814 ; ou encore son miraculeux sauvetage par les soldats de sa garde à la bataille de Waterloo en 1815. À la faveur de ces spectaculaires mises en abîme, ce livre revisite, autour de Sainte-Hélène et sous une forme totalement inédite, l'existence d'un des plus grands héros du XIXe siècle et de la France.  

  • Pour les historiens arabes les plus lucides, ce que nous appelons les croisades entre dans le récit plus vaste de l'effondrement de l'Empire islamique, la grande offensive des «?Francs?» en Méditerranée constituant l'une des deux mâchoires de la tenaille qui prend en étau l'Islam aux XIIe-XIIIe siècles. L'autre mâchoire, de loin la plus redoutée, se resserre à l'est avec les invasions mongoles.

    L'Empire islamique est ainsi le lieu où se confrontent trois constructions impériales?; à l'est l'histoire chinoise domine pour un petit siècle, le coeur de l'Empire mongol se trouvant à Pékin. À l'ouest, Saint Louis s'impose comme le fondateur de l'Empire franc, dont le centre est à Rome, après la vague des guerriers fondateurs que sont Godefroy de Bouillon, Baudouin, Amaury ou Roger de Sicile.

    C'est donc à un décentrement du monde que nous invite Gabriel Martinez-Gros. À travers une réflexion profondément originale, nourrie de ses précé-dents travaux sur la question impériale, l'histoire de l'Islam et la pensée historique arabe, l'auteur propose une fascinante nouvelle lecture des croisades, de l'Empire islamique et de la puissance mongole.

  • Cléopâtre hésite. Nul ne sait si elle fronce les sourcils ou si ses yeux cernés de khôl trahissent l'effroi, l'effarement peut-être, si même elle invoque en son for intérieur Isis et Osiris, à supposer qu'elle y croie. Les morts violentes, les trahisons jonchent sa course ici-bas mais la scène qui se joue à Actium, ce 2 septembre 31 av. J.-C, semble annoncer un dénouement tragique. Les bracelets figurant des serpents cliquettent à ses bras, à ses poignets. Parée comme une idole, petit tanagra du désastre à la proue de son vaisseau amiral, la dernière des Ptolémée flaire le carnage. Belle ? Bien pire. De l'enjouement, du charme. Une voix enjôleuse, prise aux sirènes de l'Odyssée, qui fit bien des Ulysses. À trente huit ans, Cléopâtre, déesse reine d'Égypte, offre à l'histoire son profil de médaille que casse un nez busqué.

  • Les statues de la discorde Nouv.

    Le 22 mai 2020, deux statues martiniquaises de Victor Schoelcher furent brisées. Mais le bruit provoqué par ces destructions fut vite couvert par le fracas médiatique suscité par la mort de l'Afro-Américain George Floyd tué à Minneapolis, par la police, le 25 mai. Les images de son agonie agirent comme un catalyseur et déchaînèrent dans le monde des actes iconoclastes contre les statues glorifiant de « grands hommes » blancs, dont l'action est condamnée à divers titres (esclavagisme, colonialisme, racisme). Comme d'autres pays, la France, où tout avait donc commencé un peu plus tôt, fut touchée. Pour mieux comprendre la réalité et les enjeux du débat, et après avoir rendu compte de la situation sur plusieurs continents, Jacqueline Lalouette étudie le cas de la France ultramarine et continentale, où diverses statues liées à l'histoire de l'esclavage et de la colonisation furent contestées, vandalisées et, pour certaines, détruites. L'auteur s'interroge ensuite sur les solutions préconisées, de leur retrait à la réalisation de statues de nouveaux héros. Elle donne au final les clés de compréhension de ce débat passionné, en lui-même révélateur des oppositions mé-morielles, parfois violentes, qui traversent la France.  

  • La journée révolutionnaire ; le peuple a l'assaut du pouvoir, 1789-1795 Nouv.

    Si elle est intensément ancrée dans la mémoire collective des Français, la prise de la Bastille ne fut que la première d'une série de « journées » au cours desquelles le peuple parisien en armes fit basculer les régimes, les hommes et les hiérarchies, imposant sa volonté par la force. De l'invasion du château de Versailles en octobre 1789 à celle du palais des Tuileries en mai 1795, en passant par le renversement de la monarchie et la proscription des Girondins, ces épisodes majeurs au déroulement similaire - rassemblement puis marche des émeutiers, réaction des autorités, attitude des troupes, invasion des lieux de pouvoir, combats, massacres - rythment la grande épopée révolutionnaire pendant près de six ans. Au coeur de la Révolution française elle-même, ils sont en outre la matrice de bien des épisodes insurrectionnels de l'histoire mondiale. Délaissant une lecture strictement chronologique des événements pour adopter une démarche résolument comparative, à travers une narration remarquablement incarnée, Antoine Boulant met ainsi à jour le mécanisme des journées révolutionnaires et nous en offre une vision profondément originale.

  • Au-delà des polémiques, que sait-on vraiment de l'assimilation et de son histoire ? La pratique qui consiste à exiger de l'étranger qu'il devienne un semblable remonte à l'Antiquité, et n'est le privilège ni d'un pays, ni d'une époque. Aucun ouvrage n'avait jusqu'ici proposé une histoire globale de l'assimilation. L'ambition de cette entreprise inédite est de donner un panorama des pratiques d'assimilation à travers l'histoire, de l'Antiquité à nos jours, de l'Europe à l'Amérique, du Japon à l'Arabie, des grands empires aux pays d'immigration. Un fait se dégage : même si elle se révèle parfois contraignante, l'assimilation est toujours associée à l'universalisme, tandis que le refus de l'assimilation a souvent partie liée avec le racisme ou la xénophobie. Loin d'être synonyme de repli sur soi, l'assimilation se révèle historiquement le propre des sociétés ouvertes. En creux, ce sont les problématiques de notre époque, marquée par les crises migratoires et la mondialisation, que ce livre cherche à éclairer, en abordant les problématiques de l'étranger et de l'immigration sous un nouveau jour. Faut-il chercher à rendre nos sociétés diverses plus homogènes ? Quel type de culture, quel rapport à nous-mêmes et à autrui voulons-nous ? Bref : à Rome, doit-on encore demander de faire comme les Romains ?    

  • La bombe atomique ; de Hiroshima à Trump Nouv.

    Voici une histoire totale et inédite des instants où le monde manqua être détruit par la bombe atomique. Des explosions nucléaires au Japon en 1945 à la récente escalade entre l'Iran et les États-Unis, en passant par la crise du détroit de Formose entre Taïwan et la Chine populaire (1954), Dien Bien Phu (1954), celle des missiles du Cuba (1962) ou encore la guerre du Kippour (1973), Jean-Marc Le Page dévoile les coulisses des moments où l'humanité retint son souffle. Au cours de cette enquête sans précédent, on croise les principaux dirigeants des soixante-dix dernières années - Truman, Staline, Mao ou encore de Gaulle - mais aussi des femmes et hommes des services secrets, James Bond méconnus et géniaux qui ont parfois permis d'éviter le pire. Odyssée glaçante et fascinante, ce livre est aussi une contribution sur les doctrines nucléaires, lesquelles éclairent de façon décisive les tournants de l'histoire de la seconde moitié du XXe siècle.  

  • Ce livre retrace, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nombre de mutations d'ordre politique, stratégique, psychologique et démographique dont l'actualité ne peut rendre compte, à commencer par la transformation de la guérilla en guerre révolutionnaire ou la naissance d'un tiers-mondisme pulvérisant le mythe de la supériorité raciale. Dans le même temps, l'Union soviétique dépérissait devant les avancées américaines, tandis que l'Europe restait divisée sur le plan politique et impuissante sur le plan militaire. Ainsi, depuis la guerre américaine menée au Vietnam, l'auteur de ce livre n'a, pour l'essentiel, assisté qu'à une série de reculs occidentaux, ponctués par nombre d'échecs de tentatives révolutionnaires mal pensées et de guérillas mal organisées, dont il porte ici témoignage. Pour mieux comprendre cette séquence historique passionnante, matrice du XXIe siècle, Gérard Chaliand offre 50 ans d'expériences de terrain et de réflexions académiques, à travers des textes originaux et d'autres plus anciens, mais ici rassemblés dans une perspective de longue durée. « Gérard Chaliand jette un regard lucide et décapant sur les interventions militaires occidentales », Hubert Védrine.  

  • Le monde des mythes révèle une pensée intimement articulée au quotidien. Omniprésents à Athènes, ils surgissent dans tous les espaces du paysage grec pour construire le passé comme le présent politique. Grâce à la mythologie, les Athéniens s'ancrent et se réinventent en permanence. Au banquet, les vases à boire circulent entre les buveurs, entrainant une cohorte d'images qui voyage de main en main. Sur les décrets de l'Assemblée du peuple, c'est Athéna qui, en image, fait écho au texte des hommes. Sur la porte de la maison, le père accroche, à la naissance de son fils, une couronne d'olivier, qui inscrit le nouveau-né dans la communauté de ses frères athéniens. Au théâtre et au tribunal, les mythes dramatisent la condition humaine face aux citoyens assemblés. Quant aux pièces de monnaie athéniennes, frappées de l'effigie d'Athéna et de ses symboles, elles véhiculent parfaitement combien il est difficile de tracer une frontière entre mythe et politique. C'est tout le propos de l'auteur, qui a choisi de retracer une histoire d'Athènes entre mythe et politique, en racontant les discours et les images qui contribuent à façonner les grands enjeux de la cité.  

  • Au début du XVIe siècle, quatre jeunes princes hors du commun montent sur les principaux trônes d'Europe. Henri VIII en Angleterre ; François Ier en France ; Charles Quint en Espagne puis dans l'Empire ; Soliman le Magnifique dans l'Empire ottoman. Ces quatre lions vont dominer la scène européenne pendant un demi-siècle. Or lorsque l'on regarde de plus près le quotidien des affaires de ces empires et de ces royaumes, c'est toute une meute de conseillers qui apparaît, pas moins féroce que le chef du clan, tant il est vrai que le jeu politique est sans doute l'un des plus violents qui existe, aujourd'hui, comme jadis. Dans le monde ultra-concurrentiel des entourages princiers, un monde rendu incertain par le règne de la faveur et désirable par les opportunités qu'il propose, ce sont l'honneur, le pouvoir, la richesse et la place dans la société qui sont en jeu. C'est donc à entrer dans la cour des lions que ce livre invite, dans ce monde des cours de la Renaissance où tous les coups sont permis, où des ascen-sions à proprement parler extraordinaires côtoient des disgrâces non moins éclatantes.

  • Les élites sont aujourd'hui rendues responsables de tout. En a-t-il toujours été ainsi ? Dans ce livre à l'approche inédite, Éric Anceau retrace, de 1720 à 2020, la grande histoire des élites françaises, de la crise de l'Ancien Régime au drame sanitaire de la Covid 19, en passant par la Révolution, la tentative napoléonienne de fusion de la France monarchique et de la France républicaine, les révolutions de 1830 et 1848, l'effondrement du régime de Napoléon III, l'Affaire Dreyfus, la montée des extrêmes dans les années 1930, la Deuxième Guerre mondiale, la refondation gaullienne et, enfin, les tensions sociales des trois dernières décennies. Fresque extraordinaire de l'histoire de France, cet ouvrage est en outre une réflexion magistrale sur la na-ture de la relation entre les élites et le peuple, laquelle a toujours été frappée, selon l'auteur, du sceau de la défiance.  

  • À l'automne 1600, Tokugawa Ieyasu, l'un des plus fascinants personnages de l'histoire du Japon, sort vainqueur de la plus grande bataille de samouraïs jamais livrée. L'enjeu est de taille puisqu'il ne s'agit rien moins que de l'empire tout entier, enfin pacifié. Le suzerain de la maison Tokugawa sera le troisième des Unificateurs du pays. Avant de parvenir à engranger les dividendes de la paix, il aura pourtant fallu tout risquer une ultime fois sur le tapis vert des rizières de Sekigahara, mince vallée sise en plein coeur de l'archipel. La suprême querelle se vide au matin du 21 octobre 1600, mettant aux prises les meilleurs capitaines et les plus vaillants champions de leur temps. Épreuve du gigantisme, près de 170 000 combattants s'y sont taillés en pièces, laissant 30 000 d'entre eux sur le carreau. Il faudra attendre l'épopée napoléonienne, deux siècles plus tard, pour voir se lever des effectifs similaires sous nos latitudes. À la charnière de deux siècles que tout oppose, Sekigahara bruit également du chant du cygne qu'entonnent malgré eux les guerriers de jadis. A l'issu de la bataille, le temps des seigneurs de guerre, des samouraïs et des citadelles est révolu. 

  • Le 28 septembre 1865, le steamer l'Etna arrive en baie de New York en provenance de Liverpool. Débarque au Pier 44 un jeune médecin français de vingt-quatre ans, Georges Clemenceau, sans objectif précis. Il restera finalement aux Etats-Unis quatre années, durant lesquelles il est « notre correspondant aux Etats Unis », pour le journal Le Temps. Les 100 articles que publie alors Clemenceau ont été jugés si remarquables par les Américains qu'ils sont, en 1928, pour soixante-quatorze d'entre eux, traduits en anglais et publiés. American Reconstruction 1865-1870 and the impeachment of President Johnson devient immédiatement une référence et le reste jusque aujourd'hui. Tirés des archives pour la première fois, ces 100 articles de Clemenceau sont rassemblés et mis à la disposition des lecteurs, en français - leur langue d'origine - et dans leur entièreté. Ils sont introduits par Bruce Ackerman et présentés par Patrick Weil et Thomas Macé et montrent qu'en se confrontant à la démocratie et à la politique américaine Clemenceau pensa une politique qui eut un grand impact sur le cours de la démocratie en France.

  • Tout bougeait au xvie siècle : les institutions les plus anciennes vacillaient, les royaumes se disloquaient, l'Église explosait. Dans cet univers chaotique des guerres de Religion, les apparences trompeuses, les mensonges et les ruses furent souvent nécessaires à la survie. Pour mieux le comprendre, cet ouvrage propose une plongée dans les tensions qui marquèrent la noblesse française dans le second xvie siècle. Il examine ainsi, à travers les portraits d'hommes et des femmes de pouvoir - Guy de Lanssac, les Guise, Mme de Montpensier, Anne de Joyeuse, etc. - les différentes formes de contestation de la légitimité politique et d'Henri III. L'auteur retrace ainsi les étapes de la construction des principales forces d'opposition à l'autorité du monarque, qu'il s'agisse de la nébuleuse constituée autour du duc d'Anjou ou des associations catholiques radicalement opposées à l'idée qu'un hérétique puisse prétendre à la couronne. À l'issue de ce parcours, c'est bien le fascinant portrait kaléidoscopique d'un royaume que dessine Nicolas Le Roux.

  • En 1808, Napoléon ordonne la construction du palais d'Orsay pour accueillir son ministère des Relations extérieures. Dès le début du chantier, les problèmes commencent : terrain marécageux, budget englouti par les guerres, etc. À la chute de l'Empire, en 1814, les murs ne s'élèvent que de quelques mètres. Délaissé sous la Restauration, l'édifice est sauvé, trente ans après la pose de la première pierre, par Louis-Philippe. En mai 1871, il est victime des incendies de la Commune. Le monument résiste aux flammes et sa restauration paraît possible, mais les tergiversations de la IIIe République le condamnent à des décennies de ruines. En 1898, il devient une gare bientôt baptisée « Orsay », ancêtre du musée que nous visitons aujourd'hui. Hélène Lewandowski peint à fresque la toute première histoire de ce symbole d'un temps où la démesure rimait avec modernité. Elle montre que le palais d'Orsay est l'objet d'admirations de grands écrivains, Victor Hugo, Emile Zola ou encore Théophile Gautier ; mais est aussi l'objet des rêves de Napoléon Bonaparte, des ambitions de Louis-Philippe, des atermoiements de la IIIe République et se confond finalement avec l'histoire du XIXe siècle.

  • Wagner est célébré pour le génie de sa musique. Le Festival de Bayreuth est de renommée mondiale et réunit chaque année toujours autant de mélomanes. Ce que l'on refuse pourtant souvent d'analyser, à propos de l'auteur de L'Anneau du Nibelung, ce sont ses textes et essais polémiques et profondément antisémites. Or cette oeuvre en prose est considérable : pas moins de dix volumes de textes esthétiques ou philosophiques et politiques, que Wagner lui-même a pris soin de rassembler dans ses OEuvres complètes.

    La force du propos de Fanny Chassain-Pichon est de montrer l'influence du compositeur sur l'idéologie nazie et, plus précisément, sur la personne d'Adolf Hitler. En croisant les parcours de deux hommes au coeur de l'histoire allemande, elle analyse les profonds liens entre Hitler et la vie et l'oeuvre de Wagner. Ce livre se place donc dans le sillage des analyses selon lesquelles l'histoire allemande a pris « un chemin particulier » entre 1850 et 1950, au sein de la modernité occidentale : être Allemand impliquait de défendre la Kultur, fondée sur l'inégalité entre les hommes et le culte des valeurs terriennes ancestrales. Wagner et Hitler en furent des acteurs essentiels.

  • La 13e division SS Handschar, créée en 1943, est une troupe musulmane originaire de Bosnie-Herzégovine. Recrutée par les Allemands, elle regroupe des Bosniaques chargés de lutter contre les partisans yougoslaves. Une fois entraînés sur le territoire français, ces combattants sont déployés dans les campagnes de Bosnie et contribuent aux plus grandes violences et exactions perpétrées contres les populations civiles durant la Seconde Guerre mondiale.

    Pour la première fois, un ouvrage va au-delà des clichés qui président à l'histoire de cette division. Xavier Bougarel, grand connaisseur des archives locales, s'intéresse aux motifs réels de la création de cette division SS, au profil et aux motivations de ses combattants, à la vie religieuse en son sein, aux formes de son engagement contre les partisans de Tito, et aux raisons de sa dislocation finale. Ce faisant, il propose aussi une nouvelle lecture de la Seconde Guerre mondiale dans les Balkans, marquée par l'importance des enjeux matériels, la multiplicité des stratégies individuelles de survie, et les changements incessants d'alliance et d'allégeance politiques et militaires.

  • Le XVIIIe est le siècle de la lettre. Jamais on est allé aussi loin dans la pratique épistolaire, dans l'écriture de soi, dans le besoin de dire et de se raconter. Ce sont avant tout les femmes qui se distinguent, dans l'écriture, même si elles ne prétendent au statut d'écrivain, de femmes de lettres. À lire Madame du Deffand, Madame Roland et Madame Vigée Le Brun, on comprend bien vite qu'il n'en est rien. Quoi qu'elles en disent ou écrivent. Par la lettre, elles contournent, sans en avoir probablement conscience, les obstacles sociétaux, moraux et littéraires.

    Madame du Deffand (1696-1780), l'une des salonnières françaises les plus réputées, écrit pour fuir son ennui, véritable maladie de l'âme. Baignée de culture aristocratique, mondaine, lettrée, Madame du Deffand incarne la société d'Ancien Régime dans ce qu'elle a de plus frivole, de plus mélancolique aussi. Madame Roland (1754-1793) écrit, quant à elle, le sentiment puis la politique. Nourrie de philosophie, elle est une idéaliste en tout : en amitié, en amour et même en politique. Madame Vigée Le Brun (1755-1842), enfin, écrit pour rassembler ses Souvenirs, pour les « fabriquer ». Elle écrit pour peindre autrement, avec énergie, douceur, ayant le sens quasi inné de la composition et le goût de gommer, d'atténuer les défauts.

  • Fondé sur l'ensemble des documents disponibles et sur tous les textes écrits par Machiavel, notamment sa correspondance, ce livre fait le récit d'une vie prise dans une guerre quasiment permanente bouleversant Florence et l'Italie. Sans ces « Guerres d'Italie » rien ne se comprend de ce que Machiavel a fait, dit et rédigé. « Du plus loin que je me souvienne, soit on a fait la guerre soit on en a parlé ; maintenant on en parle, d'ici peu on la fera et, quand elle sera finie, on en parlera de nouveau » écrit-il en 1526. Dans une telle situation, les enjeux et les nécessités de l'écriture et de l'existence s'entrecroisent et se nourrissent les uns les autres, dans une expérience que ne sauraient épuiser les lieux communs et les débats entre spécialistes. L'attention portée aux textes et à la vie des mots permet ainsi de faire entendre la voix de Machiavel, dégagée des exégèses comme des simplifications abusives. Jean-Louis Fournel et Jean-Claude Zancarini, par ailleurs traducteurs de Machiavel, proposent ici l'histoire d'une exceptionnelle oeuvre-vie.

  • À la veille de l'invasion allemande du 22 juin 1941, l'Union soviétique comptait environ 5 millions d'habitants juifs, dont plus de 2 millions furent victimes de la politique génocidaire nazie. La plupart d'entre eux furent fusillés au bord de fosses, tandis que d'autres périrent de la faim, du froid, du typhus ou asphyxiés dans des camions à gaz. Ce génocide sur les terres de l'Est se distingua par le fait que les bourreaux allèrent aux victimes, les principales unités responsables des massacres - Einsatzgruppen, bataillons de police, Waffen-SS, Wehrmacht - étant mobiles. Cette histoire s'ancre dans un territoire, un quotidien, une proximité. De la forêt de Ponary au ravin de Babi Yar, de la plage de Skede aux tranchées antichars de Moguilev, les campagnes soviétiques devinrent un vaste cimetière.

    Ce livre est l'aboutissement de plus de dix années de recherche. La démarche choisie est celle d'une histoire à hauteur d'homme, dans la mesure où nombre d'individus furent impliqués de près ou de loin dans la machine génocidaire, du bourreau à la victime, en passant par les innombrables voisins, situés dans cette zone grise qu'il faut encore préciser tant les comportements furent complexes. Marie Moutier-Bitan relate ainsi la fin d'un monde : au sortir de la guerre, des villages entiers ne comptèrent plus aucun Juif, les ronces engloutirent bientôt les pierres tombales, puis aucune trace tangible des anciens habitants ne subsista.

  • Phénomène protéiforme, les Empires français et britannique furent d'abord « informels », puis la course à l'empire à la fin du XIXe siècle établit des gouvernements directs. Après la poussée décolonisatrice des années 1960, les leviers de la puissance restèrent souvent aux mains des anciens empires ; on se mit alors à parler de néo-colonialisme. Mais les empires n'étaient pas seulement présents dans les Amériques, en Afrique ou en Asie. Ils se déployaient également dans les métropoles. Pour la plupart des Français et des Britanniques, la perte « là-bas » de possessions impériales paraissait coïncider avec l'arrivée « ici », menaçante pour leurs emplois et leur « mode de vie », d'immigrants issus des anciennes colonies. En réaction, de nouvelles hiérarchies furent impo-sées et de nouvelles définitions des identités nationales furent élaborées, faisant surgir une fracture coloniale aux lourdes conséquences au sein des sociétés britannique et française.

    En retraçant l'histoire de deux empires depuis le XIXe siècle, Robert Gildea explique les mythes liés à leur création, puis leurs mutations. L'auteur, à travers une réflexion courageuse, originale et essentielle, montre ainsi que la perte de l'empire a fini par engendrer de nouveaux fantasmes d'empire, lesquels ont à leur tour aggravé les an-tagonismes coloniaux et influencé les choix politiques des sociétés contemporaines.

  • Guillotiné le 28 juillet 1794 à l'âge de vingt-six ans, en même temps que Robespierre, Louis-Antoine de Saint-Just a suscité la fascination de tous les historiens de la période révolutionnaire et inspiré de nombreux philosophes, artistes et écrivains. Membre du Comité de salut public, auteur de rapports qui contribuèrent à bouleverser le cours de la Révolution, organisateur de la victoire aux armées, penseur des institutions républicaines et incarnation d'une Terreur fanatique, celui que Michelet surnommait l'archange de la mort a tout d'un personnage singulier.

    Alors que sa dernière biographie a été publiée voici plus de trente ans, Antoine Boulant s'appuie sur les travaux les plus récents et de nombreuses sources d'archives pour brosser un portrait aussi rigoureux que nuancé de cet acteur de premier plan de l'histoire politique française.

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