Editions Philippe Picquier

  • L'humour, la malice et la satire sont au coeur de ces poèmes populaires érotiques composés à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle au Japon, pour fixer dans l'instant, à la façon d'un Boccace ou d'un La Fontaine, un travers, un mouvement d'humeur ou un jeu de mots. La source principale d'observation est la vie sexuelle de tous les jours, celle des moines, de la vie conjugale, des courtisanes, des veuves ou des domestiques, sans oublier les espiègles pratiques des dames du palais. Dans l'ombre des monastères, des maisons de thé, des palais ou de l'alcôve familiale, hommes et femmes se donnent en spectacle pour le divertissement de nos poètes indiscrets et notre plus grand plaisir. Puisse le lecteur parcourir ces poèmes illustrés dans le même esprit.

  • Si Le Secret de la petite chambre est écrit en une langue extrêmement raffinée et composé avec une grande habileté, sa haute tenue s'accompagnant d'un style délibérément archaïque, dans La Fille au chapeau rouge, c'est l'observation qui prend le pas sur le style : fioriture et outrance sont écartées au profit d'une description qui se veut sans fard.
    Ecrits au début des années vingt, interdits par la censure et publiés sous le manteau, ces récits érotiques attribués à deux écrivains majeurs de la littérature japonaise contemporaine, Kafu et Akutagawa, n'ont, singulièrement, pas encore paru au grand jour et sous une forme pleine et entière au Japon.

  • Deux courts romans libres, d'époque Ming, inédits en Occident, anonymes, circulant sous le manteau depuis quatre siècles. L'un, réputé, la chambre à coucher de l'impératrice Wu Zetian, un(e) Néron-Messaline chinois(e). L'autre, peu connu, une éducation sentimentale, fraîcheur acide de l'enfance, passion dévorante et fatale de la femme. Sans doute le premier soliloque au féminin de la littérature chinoise, dans la lignée de ces confessions de filles qui, de Sapho à Fanny Hill, ne se départissent ni d'humour, ni de politesse.

  • Comdie faussement naturaliste et ferie rotisante, Le Pavillon des Jades pourrait dater du dbut des Qing (1644-1911). Son auteur, toujours inconnu, y russit le tour de force de convoquer toute une palette de situations cocasses et de personnages hauts en couleur: un homme se fait rectifier le sexe pour satisfaire les attentes de son pouse, un cocufieur perd la vie cause de son got pour la bagatelle, une renarde aimante chappe la mort pour revenir se venger de son amant ingrat, un vieux marchand s'puise combler sa jeune pouse la sensualit trop prononce, sans compter un lot de servantes zles et un matre s choses du sexe particulirement performant. Plaisamment drangeant, ce roman, o les lettrs perdent de leur superbe, orchestre un renversement des valeurs qui mritait lui seul qu'il soit rendu la vie.

  • A l'ombre des pêchers en fleur, écrit dans les années 1650, conte l'histoire d'un jeune étudiant volant de succès en succès, aux examens mandarinaux comme auprès de ses conquêtes féminines. Le plus grand attrait de ce roman frais et enlevé, outre la peinture satirique des embûches - envie, cupidité et malfaisance - guettant tout candidat à la carrière mandarinale, est qu'il se fait le chantre de ces femmes aux âmes passionnées, sensuelles, qui ne trichent pas et aiment à en mourir. Veuves, nonnes, épouses délaissées, servantes futées, jeunes filles recluses... notre galant les séduit toutes, mais il n'en abandonne aucune, s'arrange pour les satisfaire et les emmènera avec lui au paradis des immortels. Ce roman qui bafoue morale et convenances ne connaît qu'une loi, celle de la fiction, où talent et beauté conduisent au bonheur.

  • La secrète popularité de ce roman érotique écrit à la fin de la dynastie Ming ne s'est, semble-t-il, jamais démentie, comme en témoignent les nombreuses listes de proscription de « livres obscènes » où il figure en bonne place. L'action se déroule dans un passé lointain, dans ce que l'on appelle la « période des Printemps et des Automnes » (722-481 av. J.-C.). L'Histoire sert de cadre à une intrigue qui, en dépit de son caractère « résolument pornographique » - écrivait R. van Gulik à propos de ce livre - est soigneusement agencée et se fonde sur les enseignements des vieux manuels du sexe taoïstes. Belle de Candeur, pratiquant dans ses joutes amoureuses la « méthode de la Fille de Candeur pour recueillir les fruits de la bataille », obtiendra enfin - à force de rapports fréquents et prolongés avec des partenaires multiples et toujours renouvelés - l'immortalité.

  • Ce petit roman pornographique datant vraisemblablement du milieu du XVIIe siècle vaut surtout pour l'originalité et la vitalité avec lesquelles son auteur conjugue surnaturel et érotisme. Toutes les postures y sont exposées avec force détails et sans aucune fausse pudeur, et le recours à un diablotin de moine ayant la capacité de changer de taille - ce qui lui permet de se faufiler vraiment partout - en autorise même d'inédites. Elles s'organisent autour d'une trame romanesque décrivant la désagrégation d'une famille mandarinale confrontée à quatre irrésistibles succubes à la beauté ensorcelante et à un moine à géométrie variable, métaphore à peine voilée du sexe masculin.

    1 autre édition :

  • Il s'agit d'un ouvrage rare qui fut publié vers 1646, alors que la Chine des Ming tentait vainement d'enrayer les progrès de la conquête mandchoue. L'auteur n'a pu être identifié et ne le sera sans doute jamais. On ne saurait décrire ce recueil mieux que ne le fait Rainier Lanselle : « Le contenu est à la hauteur des promesses du titre. L'auteur ne s'embarrasse ni de contes liminaires ni de longues introductions, et braque les projecteurs sur le lit aux mille ébats : les formules les plus complexes de la sexualité de groupe sont passées en revue, l'échangisme est le bienvenu, et l'on goûte ici ou là aux séductions de la scatologie. Les mises en scène débordent d'imagination et de drôlerie, et la brièveté des histoires permet une rapide succession de situations avec le meilleur effet comique. » Ce livre maudit - jamais réédité depuis trois siècles et demi, et inédit en France - frappe en effet par une modernité inattendue, non seulement par son vivant maniement de la langue de l'époque, aux expressions imagées, mais aussi par sa défense et illustration de l'assouvissement du désir dans une société qui méconnaît si souvent les besoins légitimes de la femme en ce domaine.

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