Collection XIX

  • Pourquoi t'exiler, ô poète, Dans la foule où nous te voyons ? Que sont pour ton âme inquiète Les parlis, chaos sans rayons ? Dans leur atmosphère effeuillée Meurt ta poésie souillée ; Leur souffle égare ton encens. Ton coeur, dans leurs luttes serviles, Est comme ces gazons des villes Rongés parles pieds des passants.Dans les brumeuses capitales N'entends-tu pas avec effroi, Comme deux puissances fatales, Se heurter le peuple et le roi ?

  • MADAME DE BLINVAL.LE CHEVALIER.ERGASTE.UN POÈTE ÉLÉGIAQUE.UN PHILOSOPHE.UN GROS MONSIEUR.UN MONSIEUR MAIGRE.DES FEMMES.UN LAQUAIS.Le lendemain, des pas traversaient la forêt, Un chien le long du fleuve en aboyant errait : Et, quand la bachelette en larmes Revint s'asseoir, le coeur rempli d'alarmes, Sur la tant vieille tour de l'antique châtel, Elle entendit les flots gémir, la triste Isaure : Mais plus n'entendit la mandore Du gentil ménestrel1 Bravo !

  • Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brilleFait briller tous les yeux,Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,Innocent et joyeux.Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambreLes chaises se toucher,Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Je ne connais pas de sentiment plus embarrassant que l'admiration. Par la difficulté de s'exprimer convenablement, elle ressemble à l'amour. Où trouver des expressions assez fortement colorées, ou nuancées d'une manière assez délicate, pour répondre aux nécessites d'un sentiment exquis ? Le respect humain est un fléau dans tous les ordres de choses, dit un livre de philosophie qui se trouve par hasard sous mes yeux ; mais qu'on ne croie pas que l'ignoble respect humain soit l'origine de mon embarras : cette perplexité n'a d'autre source que la crainte de ne pas parler de mon sujet d'une manière suffisamment noble.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Nous ferons connaissance, sans plus de préambules, avec un des personnages importants de ce récit :Fortuné Rigobert, fils d'un obscur pharmacien de Saint-Malo, venait d'arriver à Paris, non point pour s'initier, comme on pourrait le supposer, aux mystères du codex et à l'interprétation des formules de l'akologie auprès des maîtres, mais pour suivre les cours de la Faculté de médecine. En effet, bien qu'ayant grandi dans le laboratoire d'un pharmacien, Fortuné professait un mépris inconcevable pour tout ce qui sentait l'apothicaire.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « Ils ne l'auront pas, le libre Rhin allemand, quoiqu'ils le demandent dans leurs cris comme des corbeaux avides ;
    Aussi longtemps qu'il roulera paisible, portant sa robe verte ; aussi longtemps qu'une rame frappera ses flots.
    Ils ne l'auront pas, le libre Rhin allemand, aussi longtemps que les coeurs s'abreuveront de son vin de feu ;
    Aussi longtemps que les rocs s'élèveront au milieu de son courant, aussi longtemps que les hautes cathédrales se reflèteront dans son miroir.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • L'aurore apparaissait ; quelle aurore ? Un abîme
    D'éblouissement, vaste, insondable, sublime ;
    Une ardente lueur de paix et de bonté.
    C'était aux premiers temps du globe ; et la clarté
    Brillait sereine au front du ciel inaccessible,
    Étant tout ce que Dieu peut avoir de visible ;
    Tout s'illuminait, l'ombre et le brouillard obscur ;
    Des avalanches d'or s'écroulaient dans l'azur ;
    Le jour en flamme, au fond de la terre ravie,
    Embrasait les lointains splendides de la vie ;
    Les horizons pleins d'ombre et de rocs chevelus,
    Et d'arbres effrayants que l'homme ne voit plus,
    Luisaient comme le songe et comme le vertige,
    Dans une profondeur d'éclair et de prodige ;
    L'Éden pudique et nu s'éveillait mollement ;
    Les oiseaux gazouillaient un hymne si charmant,
    Si frais, si gracieux, si suave et si tendre,
    Que les anges distraits se penchaient pour l'entendre ;
    Le seul rugissement du tigre était plus doux ;
    Les halliers où l'agneau paissait avec les loups,
    Les mers où l'hydre aimait l'alcyon, et les plaines
    Où les ours et les daims confondaient leurs haleines,
    Hésitaient, dans le choeur des concerts infinis,
    Entre le cri de l'antre et la chanson des nids.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Napoléon le Petit

    Victor Hugo

    Le jeudi 20 décembre 1848, l'Assemblée constituante, entourée en ce moment-là d'un imposant déploiement de troupes, étant en séance, à la suite d'un rapport du représentant Waldeck Rousseau, fait au nom de la commission chargée de dépouiller le scrutin pour l'élection à la présidence de la République, rapport où l'on avait remarqué cette phrase qui en résumait toute la pensée : « C'est le sceau de son inviolable puissance que la nation, par cette admirable exécution donnée à la loi fondamentale, pose elle-même sur la Constitution pour la rendre sainte et inviolable ; » au milieu du profond silence des neuf cents constituants réunis en foule et presque au complet, le président de l'Assemblée nationale constituante, Armand Marrast, se leva et dit :
    « Au nom du peuple français,
    Attendu que le citoyen Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, né à Paris, remplit les conditions d'éligibilité prescrites par l'art.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Victoire, amis ! je dépêche
    En hâte et de grand matin
    Une strophe toute fraîche
    Pour crier le bulletin.J'embouche sur la montagne
    La trompette aux longs éclats ;
    Sachez que le printemps gagne
    La bataille des lilas.Jeanne met dans sa pantoufle
    Son pied qui n'est plus frileux ;
    Et voici qu'un vaste souffle
    Emplit les abîmes bleus.L'oiseau chante, l'agneau broute ;
    Mai, poussant des cris railleurs.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • L'Année terrible

    Victor Hugo

    Toulon, c'est peu ; Sedan, c'est mieux.L'homme tragique.Saisi par le destin qui n'est que la logique,
    Captif de son forfait, livré les yeux bandés
    Aux noirs événements qui le jouaient aux dés,
    Vint s'échouer, rêveur, dans l'opprobre insondable.
    Le grand regard d'en haut lointain et formidable
    Qui ne quitte jamais le crime, était sur lui ;
    Dieu poussa ce tyran, lave et spectre aujourd'hui,
    Dans on ne sait quelle ombre où l'histoire frissonne,
    Et qu'il n'avait encore ouverte pour personne ;
    Là, comme au fond d'un puits sinistre, il le perdit.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Victoire, amis ! je dépêche
    En hâte et de grand matin
    Une strophe toute fraîche
    Pour crier le bulletin.J'embouche sur la montagne
    La trompette aux longs éclats ;
    Sachez que le printemps gagne
    La bataille des lilas.Jeanne met dans sa pantoufle
    Son pied qui n'est plus frileux ;
    Et voici qu'un vaste souffle
    Emplit les abîmes bleus.L'oiseau chante, l'agneau broute ;
    Mai, poussant des cris railleurs.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • En ce temps-là Charles Myriel,
    Vieillard innocent et sans fiel,
    Etait évêque d'une ville,
    Qu'Hugo, mon auteur, juge utile,
    Pour ne pas être gourmandé,
    De n'indiquer que par un D.Quand il vint dans son diocèse,Sur son compte, par parenthèse,
    Il avait couru des cancans
    Qui n'étaient pas édifiants ;
    On disait que, dans sa jeunesse,
    Pour le sexe plein de tendresse,
    Il aimait mieux le cotillon
    Que l'Eglise et son carillon ;
    Qu'avec mainte et mainte grisette
    Il avait eu mainte amourette ;
    Que pour interrompre le cours
    De ses trop légères amours
    Son très-cher père, en homme sage,
    Lui fit tâter du mariage,
    Et que, malgré tout, le gaillard
    Etait resté fort égrillard ;
    Car sa femme, une maigre échine,
    Très-malade de la poitrine,
    N'avait vécu que peu de temps
    Et n'avait pas laissé d'enfants.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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