Presses Électroniques de France

  • En racontant les aventures d'un Huron dans la société française du XVIIIe siècle, Voltaire compose un conte philosophique qui allie intrigue sentimentale et satire.
    Groupements de textes :
    1. Le mythe du bon sauvage au XVIIIe siècle.
    2. Voyage et apprentissage.

  • Le géant Micromégas, habitant de la planète Sirius, entreprend un voyage sur Saturne où il rencontre un nain. Les deux voyageurs arrivent bientôt sur terre et découvrent avec stupeur qu'il leur faut un microscope pour observer les êtres humains réduits à la dimension d'insectes. L'homme sous certains aspects est donc infiniment petit et pas forcément, comme il le croyait, le centre de l'univers. Le dossier de l'édition propose des exercices qui mettent en lumière les différentes étapes du voyage de Micromégas et qui aident à comprendre les références philosophiques et scientifiques du conte voltairien.
    Il présente des extraits pour étudier les thèmes du voyage et de l'altérité (Les Voyages de Gulliver de Swift, Candide de Voltaire).

  • Selon l'expression de Lanson, les Lettres philosophiques sont «la première bombe lancée contre l'Ancien Régime». L'ouvrage connaît deux éditions: une édition anglaise (Londres, 1733) et une édition française (Rouen, 1734), qui comporte une vingt-cinquième lettre «Sur les Pensées de M. Pascal». Les Lettres anglaises sont devenues philosophiques: elle sont aussi immédiatement condamnées.

    On trouvera ici le texte de cette édition, accompagné d'un choix de variantes et d'un ensemble d'esquisses et d'avant-textes. Surtout, la présente édition fait le pari de montrer la cohérence de l'ouvrage à la suite de l'adjonction de l'anti-Pascal.

  • Le siècle de Louis XV a vécu dans la nostalgie de celui de Louis XIV, et Voltaire n'est pas le seul à se livrer à une réflexion historique sur cette époque glorieuse. Mais son livre est une oeuvre de philosophe : son ambition n'est pas de s'attarder au détail des événements, mais de dégager des traits permanents, de donner à comprendre l'esprit de la nation, de définir des lois générales - et finalement d'offrir une réflexion sur l'homme.
    La première édition, qui sera ensuite augmentée, paraît en 1751, et pendant de longues années l'écrivain a multiplié les lectures qu'il tient à compléter de témoignages oraux, choses vues et entendues qui rehausseront la vivacité de son texte : ici encore, il prend donc ses distances avec les érudits de profession. Car s'intéresser à l'époque moderne, c'est reconnaître une fonction à l'histoire : celle d'aider les contemporains à comprendre pour agir et peser à leur tour sur le destin du monde. Ce sont donc eux qu'il faut intéresser, et l'écrivain y réussit merveilleusement en mettant au service du métier d'historien son talent de conteur et de dramaturge, mais aussi de causeur spirituel. C'est ce brio qui nous séduit encore : rien ici qui pèse ou qui pose.

  • This tale begins with the hero, Candide, being expelled from the Westphalian castle of Baron Thunder-ten-tronckh for making love to the Baron's daughter, Cunegonde. So begins a series of disastrous misadventures on a fantastic odyssey for Candide, Cunegonde and Dr Pangloss.

  • SCÈNE I.
    Euphémie, Damis
    Euphémie
    N'attendez pas, mon fils, qu'avec un ton sévère
    Je déploie à vos yeux l'autorité de mère:
    Toujours prête à me rendre à vos justes raisons,
    Je vous donne un conseil, et non pas des leçons;
    C'est mon coeur qui vous parle, et mon expérience
    Fait que ce coeur pour vous se trouble par avance.
    Depuis deux mois au plus vous êtes à la cour:
    Vous ne connaissez pas ce dangereux séjour;
    Sur un nouveau venu le courtisan perfide
    Avec malignité jette un regard avide,
    Pénètre ses défauts, et dès le premier jour,
    Sans pitié le condamne, et même sans retour.
    Craignez de ces messieurs la malice profonde.
    Le premier pas, mon fils, que l'on fait dans le monde
    Est celui dont dépend le reste de nos jours:
    Ridicule une fois, on vous le croit toujours;
    L'impression demeure. En vain, croissant en âge,
    On change de conduite, on prend un air plus sage,
    On souffre encor longtemps de ce vieux préjugé;
    On est suspect encor lorsqu'on est corrigé;
    Et j'ai vu quelquefois payer dans la vieillesse
    Le tribut des défauts qu'on eut dans la jeunesse;
    Connaissez donc le monde, et songez qu'aujourd'hui
    Il faut que vous viviez pour vous moins que pour lui.
    Damis
    Je ne sais où peut tendre un si long préambule.
    Euphémie
    Je vois qu'il vous paraît injuste et ridicule;
    Vous méprisez des soins pour vous bien importants:
    Vous m'en croirez un jour; il n'en sera plus temps.
    Vous êtes indiscret: ma trop longue indulgence
    Pardonna ce défaut au feu de votre enfance;
    Dans un âge plus mûr il cause ma frayeur.
    Vous avez des talents, de l'esprit et du coeur;
    Mais croyez qu'en ce lieu tout rempli d'injustices,
    Il n'est point de vertu qui rachète les vices,
    Qu'on cite nos défauts en toute occasion,
    Que le pire de tous est l'indiscrétion,
    Et qu'à la cour, mon fils, l'art le plus nécessaire
    N'est pas de bien parler, mais de savoir se taire.
    Ce n'est pas en ce lieu que la société
    Permet ces entretiens remplis de liberté:
    Le plus souvent ici l'on parle sans rien dire;
    Et les plus ennuyeux savent s'y mieux conduire.
    Je connais cette cour: on peut fort la blâmer;
    Mais lorsqu'on y demeure, il faut s'y conformer:
    Pour les femmes surtout, plein d'un égard extrême,
    Parlez-en rarement, encor moins de vous-même.
    Paraissez ignorer ce qu'on fait, ce qu'on dit;
    Cachez vos sentiments, et même votre esprit;
    Surtout de vos secrets soyez toujours le maître:
    Qui dit celui d'autrui doit passer pour un traître;
    Qui dit le sien, mon fils, passe ici pour un sot.
    Qu'avez-vous à répondre à cela ?
    Damis
    Pas le mot;
    Je suis de votre avis: je hais le caractère
    De quiconque n'a pas le pouvoir de se taire;
    Ce n'est pas là mon vice, et, loin d'être entiché
    Du défaut qui par vous m'est ici reproché,
    Je vous avoue enfin, Madame, en confidence
    Qu'avec vous trop longtemps j'ai gardé le silence
    Sur un fait dont pourtant j'aurais dû vous parler:
    Mais souvent dans la vie il faut dissimuler.
    Je suis amant aimé d'une veuve adorable,
    Jeune, charmante, riche, aussi sage qu'aimable;
    C'est Hortense. À ce nom jugez de mon bonheur;
    Jugez, s'il était su, de la vive douleur
    De tous nos courtisans qui soupirent pour elle;
    Nous leur cachons à tous notre ardeur mutuelle:
    L'amour depuis deux jours a serré ce lien,
    Depuis deux jours entiers; et vous n'en savez rien.
    Euphémie
    Mais j'étais à Paris depuis deux jours.
    Damis
    Madame,
    On n'a jamais brûlé d'une si belle flamme.
    Plus l'aveu vous en plaît, plus mon coeur est content;
    Et mon bonheur s'augmente en vous le racontant.
    Euphémie
    Je suis sûre, Damis, que cette confidence
    Vient de votre amitié, non de votre imprudence.
    Damis
    En doutez-vous ?
    Euphémie
    Eh ! Eh ! Mais enfin, entre nous,
    Songez au vrai bonheur qui vient s'offrir à vous:
    Hortense a des appas; mais de plus cette Hortense
    Est le meilleur parti qui soit pour vous en France.
    Damis
    Je le sais.
    Euphémie
    D'elle seule elle reçoit des lois,
    Et le don de sa main dépendra de son choix.
    Damis
    Et tant mieux.
    Euphémie
    Vous saurez flatter son caractère,
    Ménager son esprit.
    Damis
    Je fais mieux, je sais plaire.
    Euphémie
    C'est bien dit; mais, Damis, elle fuit les éclats;
    Et les airs trop bruyants ne l'accommodent pas:
    Elle peut, comme une autre, avoir quelque faiblesse;
    Mais jusque dans ses goûts elle a de la sagesse,
    Craint surtout de se voir en spectacle à la cour,
    Et d'être le sujet de l'histoire du jour;
    Le secret, le mystère est tout ce qui la flatte.
    Damis
    Il faudra bien pourtant qu'enfin la chose éclate.
    Euphémie
    Mais près d'elle, en un mot, quel sort vous a produit ?
    Nul jeune homme jamais n'est chez elle introduit;
    Elle fuit avec soin, en personne prudente,
    De nos jeunes seigneurs la cohue éclatante.
    Damis
    Ma foi ! chez elle encor je ne suis point reçu;
    Je l'ai longtemps lorgnée, et, grâce au ciel, j'ai plu.
    D'abord elle rendit mes billets sans les lire;
    Bientôt elle les lut, et daigne enfin m'écrire.
    Depuis près de deux jours je goûte un doux espoir;
    Et je dois en un mot l'entretenir ce soir.
    Euphémie
    Eh bien, je veux aussi l'aller trouver moi-même.
    La mère d'un amant qui nous plaît, qui nous aime,
    Est toujours, que je crois, reçue avec plaisir.
    De vous adroitement je veux l'entretenir,
    Et disposer son coeur à presser l'hyménée
    Qui fera le bonheur de votre destinée.
    Obtenez au plus tôt et sa main, et sa foi.
    Je vous y servirai; mais n'en parlez qu'à moi.
    Damis
    Non, il n'est point ailleurs, Madame, je vous jure,
    Une mère plus tendre, une amitié plus pure:
    À vous plaire à jamais je borne tous mes voeux.
    Euphémie
    Soyez heureux, mon fils, c'est tout ce que je veux.

empty