• Peintre de l'école ukiyoe, sous l'époque Edo, contemporain et rival de Kiyonaga, Utamaro ou Eishi, Masayoshi (1764-1824) semble avoir trouvé un certain répit après 1795, une fois appointé peintre officiel du daimyo ou gouverneur du domaine Tsuyama de la province de Misamasaka. Les loisirs liés à sa position lui permette d'explorer les voies d'un nouveau style qui lui valut la célébrité : tournant esthétique qui correspond à son adoption du nom de Kuwagata Keisai (en 1794, pense-t-on).

    A partir de 1796, il publia en effet une série d'albums inaugurant un style graphique cursif et minimaliste au dessin virtuose et très suggestif sous le nom de Ryakuga ou style de dessins abrégés, genre qui n'était pas absent de la tradition mais qu'il relança par son talent. L'esprit de simplification de ses compositions, leur tour elliptique et leur veine humoristique rencontrèrent beaucoup de succès. Encouragé par cet accueil, il développa ce genre de croquis, dont devaient s'inspirer ses contemporains à commencer par Hokusai dans sa Manga, à travers un certain nombre d'albums conçus comme des encyclopédies et des manuels d'initiation au dessin.

    Cet ouvrage réunit pour la première fois l'ensemble de ces six albums dont le public français ne connaissait jusqu'ici que deux publications : le premier album de caractère général, Ryakugashiki (1796), puis ceux consacrés aux animaux (Choju ryakugashiki, 1797), aux personnages (Jinbutsu ryakugashiki,1799), aux paysages (Sansui ryakugashiki, 1800), aux proverbes (Kotowazagaen, 1808) et aux douze mois de l'année (Keisai ryakugaen,1823).

    Au XIXe siècle, les amateurs occidentaux prisèrent le style de Keisai, qui était apprécié par Rodin, autre dessinateur virtuose, et par le critique Théodore Duret, favorable aux impressionnistes et en particulier à Manet.

    Dans un livret imprimé à part, les préfaces originales des albums sont traduites du japonais ancien. Les planches sont commentées et l'ensemble introduit par le grand spécialiste Matthi Forrer.

  • Le 25 novembre 1970, au centre de Tokyo, l'écrivain Mishima fait hara-kiri en plein midi.
    Avec ses fidèles, il vient de prendre un général en otage, mais a échoué à soulever un régiment contre la démocratie d'après-guerre. Le monde entier regarde avec stupeur les corps éventrés et les têtes tranchées de Mishima et de son second, dans un Japon que l'on croyait à jamais éloigné des rites samouraïs. Yukio Mishima avait quarante-cinq ans. Il était célèbre depuis la publication de Confession d'un masque, à vingt-quatre ans, et avait même été un personnage glamour du Japon reconstruit.
    Ecrivain prolifique, capable de la poésie la plus raffinée comme d'une approche tous publics des sujets littéraires, il avait pratiqué avec succès tous les genres : poésie, roman, nouvelle, essai, théâtre traditionnel japonais et théâtre moderne. Il avait écrit des scénarii, des adaptations théâtrales, fait de la mise en scène et l'acteur, au kabuki comme au cinéma, tourné des rôles de gangster, pratiqué les arts martiaux et, pour finir, choisi un engagement politique stupéfiant, le retour aux sources d'un Japon prétendument " authentique ".
    Comment cet homme ouvert au monde, grand voyageur, qui n'avait rien dans sa vie personnelle d'un passéiste borné, en était-il arrivé à vouloir mettre un point final à sa vie et à sa création littéraire en se jetant dans l'entreprise insensée d'une restauration du pouvoir impérial ? Mishima - Modernité, rite et mort retrace cette vie en tout point exceptionnelle, l'essentiel de l'oeuvre et l'itinéraire sans pareil d'un génie littéraire et d'un homme égaré.

  • La mémoire d'une vie se construit de fragments visuels auxquels s'accroche encore un sentiment très intime tandis que s'évanouit la société où ils sont nés. Dominée par le charbon, ses usages et son énergie, la Société Carbonifère a duré en France moins de deux siècles. Elle façonnait sans éclat, sans tumulte (hormis celui des mines, des hauts fourneaux et des immenses usines d'alors, que peu de gens visitaient), les bruits, les couleurs, les odeurs, et aussi les conduites, celles des adultes, celles des enfants. On y était plongé, on n'y prenait pas garde. Quand tout ce temps-là fut nettoyé, avalé, remodelé et réemployé par de nouvelles technologies et pour de nouvelles pratiques, son souvenir a resurgi et s'est imposé à l'auteur. Ce sentiment n'est pas le sien seul, il est celui d'un devenir collectif, mais il ne pouvait le dire qu'avec ses propres mots et ses propres expériences. Les ombres du paysage intérieur impressionnent autant que celles qui se projettent sur les murs.

  • Hokusaï

    Baatsch-H.A

    • Hazan
    • 11 Juin 2008

    Hokusaï : la vague bleue couronnée d'écume qui s'élève monstrueuse au large du mont fuji, le célèbre volcan magnifié et réinventé par l'artiste dans toutes les nuances des points de vue, des saisons et de la peinture, les ponts bizarres, les cascades du japon, les contorsions, les costumes, les gestes, les respirations des hommes, des femmes, des paysans, des citadins, des guerriers des artisans, les chevaux qui s'élancent, les oiseaux, les insectes, les poissons presque vivants sur le tissu où ils sont peints, les innombrables dessins d'imagination ou les croquis saisis sur le vif de la manga, ce recueil de faits et de formes vus ou improvisés au fil des jours... avec cette oeuvre de plus de 30 000 dessins et peintures, hokusaï (1760 - 1849) a été l'artiste le plus prolifique, le plus varié et sans conteste le plus créateur de l'ancien japon. génie universel pour tout ce qui était dessin et peinture en son temps, il a pratiqué tous les genres de l'ukiyo-e, les « images du monde flottant » comme se plaisaient à dire ses contemporains pour parler de leurs plaisirs et de leur quotidien. l'ouvrage retrace la carrière de cet enfant d'un district populaire de l'ancien tokyo qui s'appelait alors edo, et l'atmosphère si particulière de cette grande ville et de la vie japonaise quand le japon, fermé aux étrangers, développait en vase clos une culture puissamment originale. devenu l'un des grands maîtres de l'estampe, le « fou de dessin » comme il s'appelait lui-même, a été redécouvert par les impressionnistes et par les esthètes de la fin du xixe siècle. il est resté depuis l'une des plus grandes et, par sa personnalité, l'une des plus attachantes figures de l'art universel.

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