• La Belgique est un État laïque, ou presque. Sa Constitution résolument séparatrice le montre. Toutefois, elle continue à faire la part belle aux cultes: en les finançant; en admettant qu'ils interviennent dans l'enseignement public, par les cours de religion; en perpétuant leurs privilèges archaïques dans l'espace public. Surtout, survivance d'une histoire elle aussi dépassée, elle maintient à grands frais deux réseaux d'enseignement, l'officiel et le libre.

    Dans cet essai décapant, Jean-Philippe Schreiber invite à tourner la page, pour revenir à une authentique laïcité constitutionnelle: en mettant fin, progressivement, au financement public des cultes et aux cours de religion dans l'enseignement officiel, en abrogeant les derniers symboles religieux dans l'ordre public et en évoluant vers un réseau scolaire unique, sous l'autorité de l'État.

  • Ces dernières années, en Europe, dans le monde musulman, mais aussi en Afrique subsaharienne, les discours visant le pouvoir supposé des francs-maçons et leurs présumées collusions ont à nouveau fleuri. Ces discours s'en prennent au rôle politique ou économique que joueraient la franc-maçonnerie ou les francs-maçons, mais s'inscrivent aussi dans une parole plus large qui vise à dénoncer une conspiration mondiale, voire un principe maléfique transhistorique - mettant à jour des topoi de la rhétorique antimaçonnique classique. Cela s'inscrit dans des sociétés où la dialectique du secret et de la transparence est omniprésente, et où la franc-maçonnerie est perçue comme l'expression par excellence d'une supposée culture du secret.
    S'entremêlent ainsi un antimaçonnisme catholique traditionnel, tantôt politique, tantôt religieux et diabolisateur, qui s'exprime aujourd'hui davantage en Afrique subsaharienne et en Amérique latine qu'en Europe, mais qui sur le vieux continent perpétue le fonds de commerce idéologique de milieux intégristes chrétiens ; un antimaçonnisme politique, porté par des courants populistes ou nationalistes, qui s'évertue à traquer les francs-maçons comme favorisant une domination étrangère (politique, financière) - c'est le cas en Italie et dans plusieurs pays d'Europe centrale, orientale et balkanique ; un antimaçonnisme islamique radical qui puise à l'antisémitisme et à l'antisionisme des différents courants qui le composent ; un antimaçonnismecomplotiste enfin, qui s'abreuve au succès des théories conspirationnistes en vogue et se propage viralement sur Internet.
    Les actualisations de la rhétorique antimaçonnique comme les usages idéologiques qui en sont faits paraissaient dès lors devoir être réinterrogés, vingt-cinq ans après un premier volume consacré aux courants antimaçonniques dans la collection « Problèmes d'Histoire des Religions » (IV/1993). C'est la triple ambition du présent ouvrage : dresser un état des lieux de l'antimaçonnerie aujourd'hui, et de ses évolutions récentes ; analyser à la fois les accents nouveaux et les reformulations de condamnations anciennes ; examiner des situations peu mises en avant dans la littérature jusqu'ici, telles les formes de l'antimaçonnisme dans les courants émergents du christianisme contemporain ou de l'islam.

  • Nous vivons aujourd'hui dans une société multiculturelle et qui se doit d'être pluraliste. Mais peut-être avons-nous trop vite fait le constat que nous serions irrémédiablement conduits pour autant à reconnaître des droits spécifiques à de prétendues « minorités », et à mener des politiques multiculturelles actives pour compenser les discriminations sociales. Pour y pousser, pourtant, la pression religieuse s'insinue partout et, conjuguée aux revendications identitaires, mène à la fragmentation de nos sociétés.

    L'égalité démocratique est ainsi en crise. Cet essai tend à montrer qu'il est néanmoins possible de concilier la défense résolue des principes démocratiques universels et le pragmatisme juridique, politique et pédagogique que peut nécessiter le pluralisme. L'équilibre, dans nos sociétés en forte mutation, est bien entendu malaisé à atteindre: il suppose d'évaluer en la matière ce qui est négociable, et ce qui n'est pas négociable. Mais, surtout, cet équilibre ne peut entamer la triade fondamentale du socle démocratique: l'égalité, la fraternité et la liberté des citoyens.

  • "Jean-Philippe Schreiber, professeur d'histoire des religions et d'histoire des institutions à l'Université libre de Bruxelles et qui y a dirigé le Centre interdisciplinaire - d'étude des religions et de la laïcité, a publié nombre d'articles d'opinion dans la presse quotidienne et périodique. Ces réflexions sont rassemblées dans le présent - recueil. Elles portent sur des questions qui ont fait débat dans nos sociétés durant ces deux dernières décennies..."

  • "L'étude du fait religieux est à l'ordre du jour de l'Université libre de Bruxelles depuis ses origines (1834), même si elle n'a inscrit un cours d'histoire des religions à son programme qu'en 1884. L'originalité de la démarche qui y perdure jusqu'à nos jours, et a vu des générations de chercheurs y aborder le phénomène religieux de manière neutre, dans le cadre d'une Université où la méthode scientifique repose sur le principe du libre-examen, est appréciée à l'étranger pour sa distance critique..."

  • Cet ouvrage permet de découvrir une facette méconnue du sort des Juifs en Belgique entre 1941 et 1944. L'Association des Juifs en Belgique a été créée par l'occupant nazi afin d'instituer un véritable ghetto social pour les Juifs. Le livre veut faire comprendre les rouages de l'instrument mis en place par l'occupant pour persécuter puis déporter les Juifs.

  • La présence juive en Belgique est pratiquement permanente depuis le XIIIe siècle. Au siècle dernier, les immigrés juifs sont de plus en plus nombreux à y chercher un mieux-être, une plus grande liberté économique et politique, un antisémitisme nettement moins exacerbé qu'ailleurs.
    Ils viennent des Pays-Bas, des États de l'Allemagne et de la France. A partir de 1880, c'est de l'Empire russe et de l'Empire austro-hongrois qu'affluent les réfugiés qui fuient les pogromes, la famine et la misère. Beaucoup se destinaient à rejoindre les Amériques, mais achèvent leur voyage à Anvers. L'auteur analyse le développement démographique des communautés juives du pays, l'intégration socio-professionnelle des immigrés juifs et la variété de leurs origines comme de leurs rapports au judaïsme. A ce titre, il constitue une réelle sociologie des Juifs en Belgique avant la première guerre mondiale.

  • Une histoire du phénomène du marranisme juif et des autres grandes traditions religieuses. Dans toutes les civilisations, et à toutes les époques, des familles ou des communautés manifestent en apparence la foi de leur entourage mais vivent un autre culte en secret. Cela induit des pratiques sociales et religieuses particulières : emprunts, syncrétismes, naissance de sectes et d'hérésies, etc.

  • études scientifiques relatives à la présence juive en Belgique depuis le moyen âge. Cette recherche pionnière fut éditée en livraisons dans la Revue des Études juives, puis chez l'éditeur Durlacher. Ouverleaux s'intéressa également aux stèles funéraires, témoins de la présence juive en Belgique. Il fit l'inventaire, consigné dans des cahiers, de celles qui étaient vouées à disparaître. L'un de ces manuscrits fait ici l'objet d'une édition partielle, et est abondamment commenté. Tout autant qu'il évoque, à travers la biographie d'Émile Ouverleaux, le caractère exceptionnel de ce regard chrétien posé sans préjugé sur les Juifs, le présent ouvrage trace le cadre historique du judaïsme belge à l'époque, ainsi que les enjeux politico-religieux de la question des cimetières. Il s'attache aussi à décrire les pratiques funéraires dans le judaïsme, son architecture et ses symboles funéraires. La question des cimetières a illustré les clivages, les tensions et la violence religieuse qui traversèrent la société belge au XIXe siècle. Les Juifs de Belgique ne furent épargnés ni par ces tensions ni par leurs conséquences : leurs pratiques religieuses et leurs attitudes face à la mort en sortiront modifiées, tout comme le furent celles de la société belge tout entière.

  • La Constitution belge établit le principe du financement public des cultes et des organisations philosophiques non confessionnelles.
    Ainsi, l'Etat paie les salaires des prêtres, pasteurs et rabbins, et depuis peu des délégués laïques et des imams. Les communes et les provinces sont, quant à elles, tenues de financer l'entretien et le fonctionnement des lieux de culte et des services d'assistance morale laïque. Ce système, en vigueur depuis 1831, connaît actuellement d'importantes évolutions. D'une part, la transformation de la Belgique en un Etat fédéral a amené un nouveau partage des compétences.
    D'autre part, la reconnaissance du culte musulman, qui n'avait jamais sorti son plein effet, vient de franchir une étape importante: les premières mosquées ont enfin été reconnues. Cet ouvrage collectif expose l'origine du financement public des cultes et de la laïcité organisée, ses mécanismes, et les montants affectés; considérant notamment la pratique religieuse actuelle, il s'interroge sur son avenir.

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