Seuil

  • Rêver debout

    Lydie Salvayre

    « Pourquoi, Monsieur, expliquez-moi pourquoi, vous moquez-vous de votre Quichotte lorsqu'il ne s'accommode pas de ce qu'on appelle, pour aller vite, la réalité ? » Une femme d'aujourd'hui interpelle Cervantes, génial inventeur de Don Quichotte et du roman éponyme, dans une suite de quinze lettres. Tour à tour ironique, cinglante, cocasse, tendre, elle dresse l'inventaire de ce que le célèbre écrivain espagnol a fait subir de mésaventures à son héros pourfendeur de moulins à vent.
    Convoquant ainsi l'auteur de toute une époque pour mieux parler de la nôtre, l'autrice de Pas pleurer brosse le portrait de l'homme révolté par excellence, animé par le désir farouche d'agrandir une réalité étroite et inique aux dimensions de son rêve de justice.
    Un livre-manifeste, autant qu'un vibrant hommage à un héros universel et à son créateur.

  • Pas pleurer

    Lydie Salvayre

    Deux voix entrelacées.
    Celle, révoltée, de Georges Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les nationaux avec la bénédiction de l'Église catholique contre les « mauvais pauvres ». Son pamphlet, Les Grands Cimetières sous la lune, fera bientôt scandale.
    Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui, soixante-quinze ans après les événements, a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours radieux de l'insurrection libertaire par laquelle s'ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d'Espagne, jours que l'adolescente qu'elle était vécut avec candeur et allégresse dans son village de haute Catalogne.
    Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent, comme enchantées par l'art romanesque de Lydie Salvayre, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, portées par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée.

  • Des hommes retournent sur d'autres la brutalité d'un ordre dont ils souffrent. Ils s'inventent à peu de frais de commodes ennemis. Certaines frayeurs en eux les agissent.
    Des questions vieilles comme le monde mais d'une brûlante actualité, auxquelles Lydie Salvayre donne ici forme littéraire.
    Un roman, donc, et d'une causticité jubilatoire, où vont se faire face, d'une part : un solitaire, un lettré, un pas-tout-à-fait-pareil, un pas-tout-à-fait-conforme, un homme malade qui a choisi de se retirer dans un lieu de beauté, et de l'autre : les habitants d'un paisible village que l'arrivée de ce nouveau, de cet intrus, bouscule et profondément déconcerte.
    Très vite surgiront, entre l'un et les autres, l'incompréhension et la méfiance, puis les malentendus et les soupçons mauvais, puis les grandes peurs infondées et les violences que sourdement elles sécrètent. Puisque tout homme est une nuit.

  • La Compagnie des spectres.
    Deux femmes, la mère et la fille, vivent recluses dans un petit appartement. Survient, Maître Echinard, un huissier de justice chargé de procéder à l'inventaire de leurs biens avant saisie. Et c'est l'affolement. La mère, Rose, voit aussitôt dans cet intrus un milicien aux ordres de Darnand. C'est que pour elle le monde s'est arrêté en 43, l'Occupation dure encore, et Darnand, Pétain et les autres sont encore là.
    D'ailleurs elle leur parle, sans arrêt. Et les insulte, abondamment. La fille, Louisiane, se bouche les oreilles. Les élucubrations de sa mère, ses éclats, ses fracas, les spectres avec lesquels elle discute jour et nuit, les injures jetées au Maréchal qu'elle appelle Putain, tout cela l'exaspère. Devant l'homme de loi impassible, les deux femmes vont se livrer à de furieux soliloques et tisser le récit, aussi hilarant que monstrueux, de leurs batailles et de leurs douleurs, de leur mémoire et de leur peur.

  • Hymne

    Lydie Salvayre

    Le 18 août 1969 à l'aube, devant le parterre dévasté de Woodstock, Jimi Hendrix déchire le silence au son sauvage de sa guitare pour jouer l'hymne américain. C'est un cri. Et ce cri, telle est la conviction de Lydie Salvayre, seul Jimi Hendrix pouvait lui donner toute sa puissance. Parce qu'il est noir, de cette minorité qu'on envoie volontiers mourir au Vietnam. Parce qu'il est aussi Cherokee, de cette minorité peau-rouge niée dans ses droits et dans sa dignité. Parce que sa mère a sombré dans l'alcool et a dérivé vers la mort. Et parce qu'enfin la musique a été sa seule balise, cette musique dont il fut un explorateur trop génial pour être tout à fait compris par son époque. Mais son manager le poussait à des tournées exténuantes et répétitives. Face au cynisme du show business, le génial guitariste et chanteur s'adonne à une consommation frénétique et désespérée de femmes et de drogues, dans une fuite autodestructrice qui le conduira à mourir dans son vomi.
    Ressassant de façon litanique ce moment historique du 18 août 1969, Lydie Salvayre tire les fils de la biographie, mais affirme aussi la puissance suicidaire de tout véritable créateur. Elle écrit, avec sa force visionnaire, la légende dorée de Jimi Hendrix.

  • La puissance des mouches

    Lydie Salvayre

    • Seuil
    • 25 Août 1995

    L'homme qui se livre ici est coupable. Quel est son crime ? Entre les murs de sa prison, de son avocat à son psy, cet ancien guide de musée confesse les dessous de son enfance, bercé par la haine du père, les pensées de Pascal, les sarcasmes et l'ennui, les rêves jamais avoués que le meurtre a libérées. La parole est acide, jouissive, douloureuse parfois, salutaire peut-être...Fille de réfugiés espagnols immigrés en France, Lydie Salvayre a publié une dizaine de romans, dont La Compagnie des spectres (prix Novembre 1997) et La méthode Mila (2005), également disponibles en Points.« Le roman de Lydie Salvayre permet d'atteindre, sans aucun effort, des profondeurs abyssales, et de poser des questions éternelles. »Lire

  • Un milliardaire, roi de la restauration rapide à travers le monde, capitaine d'entreprise, engage une écrivaine française pour l'accompagner et écrire un livre à sa gloire. Elle va ainsi pénétrer dans les arcanes du capitalisme et du libéralisme triomphants, à la fois fascinée et dégoûtée par cet homme aux allures feutrées qui se lézardent quand la vulgarité et la brutalité apparaissent par les fentes. Manoeuvres de séduction et de déstabilisation, techniques d'éviction lors d'un conseil d'administration, tout est bon à la conquête du pouvoir absolu et à sa défense. Mais un doute reste : que va-t-il rester de tout cela ? D'où le désir de postérité, à travers le livre commandé à un écrivain, et à travers un projet qui s'affirme de plus en plus : la philanthropie, le soutien aux grandes causes humanitaires. Mais la générosité feinte peut se finir en faute de goût, avec le risque que l'image en soit ternie, comme une couverture de magazine tapageuse.

  • Les belles ames

    Lydie Salvayre

    • Seuil
    • 25 Août 2000

    Il s'agit de belles âmes.
    En visite chez les pauvres. Cela se fait. La visite est organisée par Real Voyages qui prône un tourisme un peu particulier puisqu'il consiste à faire découvrir l'envers des grandes villes et leur désolation. Projet admirable - nous vous demandons d'applaudir - qui va être sérieusement mis à mal. Car dans le bus qui conduit ces très charitables personnes à travers six pays d'Europe, il y a Jason, le trouble fête, que les pleurnicheries de ses voisins et leurs hoquets indignés exaspèrent.
    Et il y a Olympe. Olympe qui se tait. Olympe qui se tait parce qu'elle n'a pas les mots qu'il faut, ni les façons, mais dont le rire s'entend de l'autre côté de la mer.

  • La médaille

    Lydie Salvayre

    • Seuil
    • 27 Août 1993

    L'événement qui rassemble aujourd'hui les membres du personnel de l'entreprise Besson est exceptionnel puisqu'il s'agit de la remise des médailles du travail aux meilleurs d'entre eux.Tout au long de la cérémonie, la Direction en profite pour rappeler quelques principes de base : « L'amour est incompatible avec le travail », « La paresse corrompt absolument », « Privatisez votre vie privée », « Foncez et vous réussirez », « Haïssez-vous les uns les autres ! », « La vie au travail, le travail à vie ! ».Les médailles acceptent leurs récompenses, expriment leur gratitude et répondent aux allocutions de leurs supérieurs. L'assistance applaudit, le protocole semble réglé dans ses moindres détails. Pourtant des désordres vont surgir et perturber le rituel immuable.Car Lydie Salvayre aime le désordre, les discours qui perdent le nord, le rire et les fous rires. Après La Déclaration et La Vie commune, elle poursuit dans La Médaille avec force et jubilation son exploration d'un drôle de monde qui pourrait bien être le nôtre.

  • BW

    Lydie Salvayre

    Le 15 mai 2008, celui que dans le livre j'appelle BW perd brutalement l'usage de ses yeux.
    Dans l'urgence de parler pour tenir tête au désarroi, BW me livre alors tout ce qu'il a gardé secret durant nos années de vie commune : ses fugues, ses frasques, ses trekkings dans l'Himalaya, sa fulgurante carrière de coureur à pied, les souvenirs obsédants d'un Liban déchiré par la guerre, autant d'expériences, autant de détours qui l'ont conduit, il y a trente ans, à travailler dans l'édition. Car BW est éditeur, et la littérature, sa vie.
    Avec une ironie désenchantée, il me parle, le jour, de ses quinze existences passées, de son métier déraisonnablement aimé et de sa décision, mûrie dans le noir, de tirer sa révérence devant des moeurs éditoriales qui lui sont peu à peu devenues étrangères. Je compose, la nuit, le texte dont il est le centre, avec le sentiment que son geste de quitter ce que d'autres s'acharnent à rejoindre revêt aujourd'hui un sens qu'il faut, à tout prix, soutenir.
    Tous deux nous nous sentons poussés comme jamais par une nécessité impérieuse. Pour lui, celle de dire ou de sombrer. Pour moi, celle d'écrire ces mots-là, et aucun autre. Ce livre, écrit à vif, est le roman de cette traversée.

  • L'inspecteur Arjona, chargé par les Renseignements généraux d'infiltrer un groupe de délinquants, s'oblige à rédiger des rapports secrets à l'adresse de son ministre de tutelle.
    Mais deux éléments inopportuns perturbent la rédaction de ses écrits : l'abus de haschich auquel le contraignent ses mauvaises fréquentations, et la présence bouleversante, dans le groupe observé, d'une jeune personne prénommée Dulcinée.
    Et l'on va voir, insidieusement, le ton implacable et martial des premiers rapports s'adoucir, vaciller, s'amiévrir et se désordonner, jusqu'à complètement se retourner. Et notre inflexible agent des RG, être gagné, insidieusement, à la cause délinquante, et plus encore à la cause amoureuse.
    Cette ironique métamorphose donne à Lydie Salvayre l'occasion de fustiger avec une allègre férocité les tenants d'un Ordre renforcé contre ceux-là qui, petitement, le menacent. C'est l'occasion aussi pour elle d'écrire, car elle a un coeur, une histoire d'amour silencieuse et nocturne.

  • La methode mila

    Lydie Salvayre

    • Seuil
    • 26 Août 2005

    A quoi sert Le Discours de la Méthode devant la tristesse qu'éveille la mort annoncée d'un parent ? Que valent les grands concepts, les abstractions d'une hauteur considérable, que valent les pensées les plus distinguées, si elles demeurent éloignées de la vie ordinaire des hommes ? Telles sont les questions que le narrateur, en charge d'une mère dont le corps et l'esprit peu à peu se dégradent, pose directement à René Descartes, enjambant d'une seule foulée les quatre siècles qui le séparent du grand homme. Ne trouvant nul secours dans les traités du philosophe qu'il apostrophe et morigène, ne sachant se défendre de l'angoisse que lui inspire le vieillissement maternel, il finit par consulter, non sans défiance, l'extravagante et très peu cartésienne Mila. C'est elle qui, par des voies que nous ne dirons pas, saura l'initier à l'amour (ce jeu où l'on perd quand on gagne), lui transmettre son goût des fables (qui disent la vérité illogique et furtive des choses) et l'amener à s'orienter dans le brouillard, sans trop le craindre. Auteur d'une douzaine de livres traduits dans de nombreux pays, dont La puissance des mouches
    (1995) ou La Conférence de Cintegabelle (1999), Lydie Salvayre a obtenu le Prix Novembre 1997 pour La Compagnie des Spectres

  • Un homme, veuf depuis deux mois, propose dans sa conférence de rendre vie à l'Art de la Conversation, selon lui gravement menacé.
    Qu'il se présente comme un personnage risible autant que pathétique, que son deuil le détourne constamment de son sujet, que son projet soit chimérique et son discours déraisonnable, qu'importe. Ce qui compte, c'est son goût immodéré des principes qui régissent la Conversation et la vigilance qu'il porte aux périls qui compromettent sa pratique. Tour à tour mordant, sarcastique, cocasse, grandiloquent, mégalomane ou tendre, il va prononcer, devant un public médusé, un requiem ponctué d'axiomes où la disparition de son épouse et la mort annoncée de la Conversation se mêleront de très étrange manière.

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