• Dans l´Antiquité, christianisme et philosophie se font face comme deux voies d´accès à la vérité : l´une, par le moyen de la foi, l´autre, par la recherche rationnelle. Les rapports du christianisme et de la philosophie sont cependant plus complexes. Les néoplatoniciens accordent une place grandissante aux éléments extra-rationnels et en viennent à ne plus considérer la raison comme la seule voie d´accès au savoir. Inversement, les chrétiens reconnaissent une certaine vérité dans la philosophie et lui accordent un rôle préliminaire dans l´acquisition de la sagesse. Souvent convaincus que la révélation biblique est la source du savoir grec, les chrétiens présentent leur religion comme la seule « vraie philosophie ». Ce livre retrace les grandes lignes d´une confrontation qui joua un rôle capital dans la formation de la doctrine chrétienne comme dans la transmission de la culture gréco-romaine. Il amène à réviser certaines idées reçues sur le christianisme et son rapport à la raison.Collection « Antiquité » dirigée par Paul Demont

  • Le christianisme a-t-il été une menace pour la culture gréco-romaine ? Au-delà de ce questionnement, ce livre engage une réflexion sur le rapport du christianisme naissant avec l'idée même de culture, telle qu'elle existait avant le christianisme et telle qu'elle s'est modifiée par la suite. En passant en revue chacune des disciplines du septénaire constituant les arts libéraux, c'est-à-dire le socle culturel de tout lettré que les Grecs nomment egkuklios paidéia (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie), ce livre montre que, si la culture grecque suscite des oppositions - elle apparaît souvent comme l'expression du polythéisme ou des prétentions des Grecs à atteindre le savoir sans Dieu -, elle peut aussi être défendue par les chrétiens en tant qu'elle forme l'esprit et le rend capable de comprendre les données de la foi. Les auteurs patristiques reprennent ainsi à leur compte une conception ancillaire de la culture qui avait déjà cours dans certains courants philosophiques grecs, mais qui suppose un tri : la culture peut servir d'introduction à la foi, à condition qu'on n'en prenne que ce qui est bon.
    Mais au-delà de cette réflexion qui vise à déterminer ce qui, de la culture, doit être sauvé ou rejeté, les auteurs chrétiens tendent à présenter la doctrine chrétienne comme une culture à part entière, et dissocient pour la première fois dans l'histoire la notion de culture de celle d'hellénisme. Paradoxalement peut-être, ils donnent ainsi corps à une idée de culture globale dont christianisme et hellénisme n'apparaissent en définitive que comme deux composantes possibles. La réflexion des auteurs chrétiens aboutit donc à la fois à une relativisation du concept de culture - passage de la culture, forcément grecque, aux cultures, la grecque et les barbares - et à son extension - passage de telle ou telle culture à la culture en général : devient « culture » tout ce qui contribue à nourrir l'esprit, qu'il soit grec ou non. Le christianisme, à l'issue de cette étude, n'apparaît plus tant comme un obstacle à la transmission de l'idéal grec et romain de culture que comme un vecteur essentiel dans la façon dont la notion de culture s'est frayée un chemin jusque dans la Modernité.

  • E livre étudie la genèse du « concordisme », c'est-à-dire d'une attitude de pensée qui consiste à établir l'accord des textes, des idées, des traditions, ou à postuler cet accord pour produire un savoir ou pour défendre une thèse. Cette attitude de pensée s'appuie sur le postulat d'un lien entre la concorde et la vérité : la concorde, dans le monde grec, est souvent envisagée comme un critère de vérité, ou bien parce qu'elle est concorde avec ce qui est posé comme vrai, ou bien parce que la concorde elle-même est perçue comme un signe de la vérité. Ce livre est donc consacré à faire l'archéologie d'une pratique intellectuelle et littéraire, mais aussi à retracer l'histoire d'une idée essentielle à nos représentations de la vérité ou à nos pratiques de véridiction.
    L'histoire du concordisme part des premiers textes grecs pour étudier plus spécialement la gestation du concordisme dans la première littérature chrétienne, jusqu'à un auteur chrétien chez qui l'idée de concorde occupe une place tout à fait prééminente, Origène.
    La thèse du livre est double :
    A) les postulats et les pratiques concordistes ont été favorisés pour une large part par l'apparition et le développement du christianisme, les chrétiens s'appliquant, dès le IIe s., à démontrer la vérité du christianisme en établissant l'accord de la Bible avec la sagesse grecque, ou bien l'accord intrinsèque de la Bible avec ellemême - par opposition au désaccord supposé des auteurs grecs ;
    B) ces postulats et ces pratiques trouvent malgré tout leur origine dans les traditions intellectuelles grecques : d'abord, la tradition des commentaires des classiques, dans l'Alexandrie de l'époque hellénistique (on cherche à établir l'accord d'Homère avec lui-même ou avec d'autres auteurs) ; ensuite, l'histoire (l'accord des sources utilisé comme critère de vérité) ; et finalement, la philosophie (un débat s'instaure dès la fin du Ier s. sur l'accord ou le désaccord des courants philosophiques).
    Ce livre peut être considéré comme la troisième scansion d'une histoire des rapports entre christianisme et pensée grecque dans l'Antiquité, après Christianisme et philosophie (2014, Livre de poche) et Les chrétiens et la culture, (2016, Les Belles Lettres).

  • La polémique religieuse représente une page importante dans l'histoire des relations entre juifs et chrétiens. L'Antiquité en a laissé de nombreux témoignages littéraires, dont des dialogues mettant aux prises un juif et un chrétien. Ces textes se présentent en général comme des comptesrendus de débats réels. Les deux adversaires discutent sur les points essentiels de désaccord : Jésus est-il le Messie ? L'Évangile s'est-il substitué à la Loi juive ? Qui, des juifs ou des chrétiens, est le peuple de Dieu ? Mais, composés par des chrétiens, ces dialogues ont toujours pour but de montrer la supériorité du christianisme. Ils sont adressés avant tout aux chrétiens et servent à les instruire dans la foi.

    Le Dialogue de Timothée et Aquila, composé par un auteur inconnu, peut-être sous le règne de Justinien (vie s.), constitue, en grec, le témoin le plus important de ce genre littéraire dans l'Antiquité tardive. Le texte se présente comme la relation d'un débat organisé à Alexandrie entre le chrétien Timothée et le juif Aquila. Au terme d'une controverse consacrée avant tout à la question du Christ, le juif admet sa défaite et reçoit le baptême. Reflétant davantage une discussion idéale qu'une controverse réelle, le texte est un témoignage capital sur la façon dont les chrétiens se représentaient leur position par rapport au judaïsme à la fin de l'Antiquité.

    Cet ouvrage offre la première traduction française du dialogue dans sa forme longue, munie d'une introduction et d'un index biblique.

  • Les lettrés de l'Antiquité et du Moyen Age avaient l'habitude de composer des notes de lecture. Ces notes prenaient souvent la forme d'extraits compilés dans des recueils. Ces recueils étaient parfois lus et copiés pour eux-mêmes. Les lettrés s'envoyaient leurs extraits ou s'en faisaient lire. Ces extraits permettaient de prendre connaissance rapidement du contenu essentiel d'un ouvrage, de ses «beaux passages» ou de ses passages les plus utiles.
    Ils avaient aussi un intérêt pédagogique ou polémique. Ils servaient souvent de matière première à la composition d'ouvrages anthologiques. Ils sont même à l'arrière-plan d'un grand nombre de textes dont le caractère anthologique n'est pas toujours facilement détectable. C'est dire combien les extraits étaient au coeur de la vie des lettrés de l'Antiquité et du Moyen Age. Ce livre se propose de repenser les pratiques de lecture et de composition, de l'Antiquité au Moyen Age, en tentant de préciser la place exacte que les «extraits» ont pu jouer jusqu'à l'aube de la Renaissance.
    Il est fondé sur une double approche à la fois comparatiste et historique. Il rassemble des contributions portant sur des aires culturelles différentes (l'Egypte pharaonique, le monde grec classique et hellénistique, le monde romain, l'Antiquité tardive, Byzance, le Moyen Age occidental) et s'applique à retracer l'émergence et la diffusion d'une pratique apparue avant tout en Grèce, à l'époque classique, et qui ne se cesse de prendre de l'importance dans les usages lettrés, dès l'époque hellénistique, et plus encore à l'époque du christianisme.

  • Histoire de la littérature grecque chrétienne des origines à 451, t. IV Nouv.

    Le quatrième tome de l'Histoire de la littérature grecque chrétienne comprend une présentation des textes chrétiens écrits en Asie Mineure et à Constantinople de 325 à 451. Il y est question de « grands auteurs » (Basile de Césarée, Grégoire de Nysse, Grégoire de Nazianze), mais aussi d'auteurs beaucoup moins connus (Acace de Mélitène, Astérios le Sophiste, Héraclide de Nysse, pour n'en citer que quelques-uns).

empty