Vrin
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Augustin a profondément bouleversé la pensée philosophique de l'affectivité. Ce bouleversement est lié, dans le De Civitate Dei, à sa doctrine de la volonté : ce qui importe, écrit-il, est la droiture de la volonté. Combattant la pensée platonicienne et stoïcienne, il réhabilite donc les affects comme expression de cette volonté. Par là, il inaugure bien plus qu'une réhabilitation morale de la vie affective qui leur octroierait un droit d'existence : il s'agit, radicalement, de repenser notre rapport à la vérité, entièrement fondé sur notre désir de bonheur. Pour cela, Augustin expose à travers toute son oeuvre immense, polémique, homilétique ou théologique, une herméneutique de l'affectivité, grâce à laquelle les joies, les craintes et les tristesses humaines prennent sens et permettent de progresser vers l'obtention du seul bien, à la fois désiré et inconnu. Les affects, dans leur très grande variété de ton et dans la multiplicité de leurs manifestations, partout présents dans les textes augustiniens et exposés avec une grande finesse de description, proposent alors au lecteur, ou à l'époque à l'auditeur d'Augustin, un discernement sur lui-même, ce qu'il vit et ce qu'il pourrait vivre.
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Abdiquer la souveraineté : Politique et théologie chez Simone Weil
Alexandra Féret
- Vrin
- 1 Février 2024
- 9782345002963
En posant le problème de la puissance à partir de la perspective de son abandon et du courage si singulier qu'implique un tel geste, Simone Weil parvient à éviter l'écueil de l'absolutisme politique. L'étude anthropologique d'une vie politique et sociale en son essence profondément violente dans la mesure où elle est fondée sur la lutte pour la puissance démontre au contraire l'instabilité de tout pouvoir. Renoncer à la souveraineté est presque un miracle que seul Dieu aurait réussi à accomplir. La reformulation du dilemme de la théodicée - Dieu est tout-puissant mais il ne commande pas partout - permet alors de rompre définitivement avec la solution trop hâtive du Dieu impuissant ou en puissance. Enfin, la figure du Dieu abdiquant éclaire d'une lumière vive un double phénomène propre à la modernité : la théologisation du politique et la dépolitisation de la société. Le paradigme de l'abdication permet ainsi de redéfinir les contours du théologico-politique, hors de toute imbrication du religieux et du politique.
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Rousseau et la politique des modernes : Douze études de Corneille à Kant
Jean-Marie Beyssade
- Vrin
- 10 Avril 2025
- 9782345003236
Les textes réunis ici, dont deux sont inédits, montrent l'apport majeur de Jean-Marie Beyssade à la connaissance de la pensée politique moderne.
Lisant avec une intelligence lumineuse le Nicomède de Corneille, mettant au jour dans les Mémoires de Saint-Simon une paradoxale critique de la tyrannie, il élabore l'idéal d'une « politique de la générosité » et s'interroge sur l'origine et les fondements de la souveraineté. D'où son intérêt pour Rousseau, dont il est un des plus pénétrants interprètes. Dans la réappropriation par le Genevois de la tradition du contrat social et ses analyses sur la guerre, mais aussi dans la réflexion de l'abbé de Saint-Pierre sur une citoyenneté universelle et dans celle de Kant sur la Révolution française, il cherche des réponses à une question qui est plus que jamais la nôtre : quelle politique pour les modernes ? -
Éthique des algorithmes et de l'intelligence artificielle
Maël Pegny
- Vrin
- 3 Octobre 2024
- 9782345002994
Ces dernières années ont vu une véritable explosion du discours médiatique, politique et académique sur les algorithmes et l'Intelligence Artificielle (IA). Les algorithmes sont parés de bien des vertus, mais aussi accusés de bien des maux : ils nous gouvernent, sont sexistes, classistes, racistes... La perception des algorithmes non comme de simples outils, mais comme de véritables entités de notre ontologie sociopolitique, a justifié l'apparition d'un nouveau champ de recherche, l'éthique des algorithmes et de l'IA. Si les algorithmes soulèvent tant d'enjeux éthiques, c'est parce qu'ils automatisent des prises de décision, poursuivant ainsi une tendance profonde des sociétés modernes, à savoir la dépersonnalisation des décisions par des processus bureaucratiques au nom de l'efficacité et de l'équité. Mais alors que les processus bureaucratiques sont censés être définis par des règles transparentes, nombre des modèles récents de l'apprentissage automatique (Machine Learning) se distinguent par leur opacité.
Cet ouvrage, premier du genre en France, pourra être lu comme une introduction à l'éthique des algorithmes et à ses enjeux de transparence, d'équité et de respect de la vie privée. Mais il constitue aussi un ouvrage de recherche qui replace ces thèmes dans l'histoire longue de la bureaucratisation de la décision.Maël Pégny est ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure de Paris et docteur en philosophie des sciences. Il travaille actuellement comme développeur IA dans une entreprise de cybersécurité. -
Le plaisir et la nécessité : philosophie naturelle et anthropologie chez Démocrite et Epicure
Pierre-Marie Morel
- Vrin
- 9 Décembre 2021
- 9782345003045
Le plaisir et la nécessité, ou le mariage de l'hédonisme et du matérialisme. Relation forte mais également complexe et disputée, qui trouve son origine dans la tradition atomiste de l'Antiquité, celle de Démocrite, Épicure et Lucrèce.
Ce livre, en renouvelant l'interprétation de ce débat fondateur, repense le rapport entre physique et anthropologie. Il montre comment l'hédonisme épicurien répond au slogan de Démocrite « tout arrive selon la nécessité » et à la conception de l'activité humaine qui en résulte. L'épicurisme reconduit toutes nos actions au plaisir, émotion première et naturelle où s'enracinent la liberté de l'agent et sa capacité à se soustraire à l'empire de la nécessité. Il ne nie pas pour autant notre immersion dans le monde, mais voit au contraire dans l'analyse des circonstances extérieures - circonstances matérielles, mais aussi politiques et sociales - la condition première de la sérénité intérieure et d'une vie sans troubles. Les principes de conduite que défend dans son ensemble l'atomisme ancien sont sans illusions. Éthique désenchantée, dira-t-on. Éthique crédible, en tout cas, qui se fonde sur une philosophie lucide des circonstances. -
Mémoire : de Sartre à Bruno Latour Vies et morts de philosophes contemporains
Robert Maggiori
- Vrin
- 22 Juin 2023
- 9782345002932
« J'ai voulu que ce livre fût un livre d'hommage. Hommage aux livres, à celles et ceux qui les emplissent de leurs pensées, de leurs sentiments, de leurs jugements, parfois de leurs utopies. Mon travail de critique littéraire m'a apporté la chance miraculeuse de recevoir dans ma boite aux lettres, quotidiennement, de nouveaux ouvrages. J'ai ouvert et continue à ouvrir chaque paquet avec émotion, sans jamais envisager, au dam d'un hypothétique architecte, que le poids des volumes accumulés risquait un jour de faire s'écrouler ma maison. A leurs auteur(e)s, je dois presque tout : mes opinions, mes idées, mes façons de penser, d'enseigner, d'être au monde, de me comporter vis-à-vis des autres. Leur influence n'a pas été égale : certains ont été mes professeurs à l'université, d'autres, plus rares, sont devenus mes maîtres, d'autres encore mes ami(e)s - tous, par leurs livres, classés sur les rayonnages d'une façon qui n'est claire qu'à mes yeux, demeurent autour de moi. Ayant gardé le même « poste d'observation » à Libération pendant près de quarante ans, j'ai pu suivre l'actualité éditoriale, comme on dit, ai aperçu les lignes, parfois brisées, de la « réception » des oeuvres, rédigé plus de deux mille recensions, et j'ai eu l'occasion d'adresser à de nombreux philosophes un dernier salut, au moment de leur disparition, en revenant sur les points-clé de leurs oeuvres et sur les éléments marquants de leur vie. Aussi m'est-il apparu comme une « nécessité » de colliger en un volume ces nécrologies de philosophes - de Sartre à Rawls, de Derrida à Levinas, De Beauvoir, Lévi-Strauss, Baudrillard, Heller, Ricoeur, Foot, Gadamer, Latour, Bouveresse, Foucault, Deleuze, Serres, Jankélévitch ... - lesquelles ne font justement pas signe vers des « absences », mais, au contraire, veulent indiquer à quel point leur pensée est présente, féconde, et a composé la carte de la philosophie de ce temps. Plus qu'une « nécessité » en vérité : un devoir, un devoir de mémoire. » (R.M.)
Robert Maggiori, professeur de philosophie, journaliste et critique littéraire à Libération, est co-fondateur des Rencontres philosophiques de Monaco. -
Où va la philosophie française?
Isabelle Alfandary, Sandra Laugier, Raphael Zagury-Orly
- Vrin
- 7 Juin 2024
- 9782345002956
Où va la philosophie française ? Quelles sont les préoccupations majeures de celles et ceux qui pratiquent la philosophie en France aujourd'hui ? Quels sont leurs liens avec la tradition philosophique française, et comment interrogent-ils le présent ? Comment perçoivent-ils l'avenir ?
Ce volume rassemble les contributions d'une cinquantaine de philosophes qui exposent leurs influences, leurs questionnements et leurs pratiques face au monde contemporain. S'y dessine un état des lieux de la philosophie de langue française, dont la grande force est sa remarquable diversité de méthode, sa capacité à décloisonner les disciplines et un rapport singulier à l'écriture.
Le lecteur trouvera ici des études qui engagent la philosophie française à se penser vis-à-vis de courants aussi variés que la phénoménologie, la théorie critique, la tradition analytique, la déconstruction, l'herméneutique, le néo-réalisme ou réalisme spéculatif, les théories féministes et queer, la théorie de la race, les théories du soin (« care »).
Ainsi confrontée à l'hétérogénéité et à la vivacité des humanités et des sciences, la philosophie française précise ses contours et déploie la spécificité de ses enjeux au coeur de la pensée contemporaine. -
Penser l'existence : L'existence imposée Époque moderne
Jean-Christophe Bardout
- Vrin
- 10 Avril 2025
- 9782345003014
A la différence de nombreux concepts hérités d'Aristote, l'existence fait en métaphysique une entrée aussi discrète que tardive, avant de devenir un thème à ce point majeur qu'aucune philosophie n'a pu s'en dispenser, en dépit d'un paradoxe constitutif : l'existence n'est-elle pas l'autre absolu de la pensée ? Pourquoi l'existence s'est-elle constamment maintenue, au-delà du questionnement métaphysique qui fut son horizon médiéval, jusqu'à constituer un des concepts fondamentaux de toute anthropologie ?
Pour répondre, une histoire de l'existence dans la longue durée s'imposait, qui entreprenne d'en relever les mutations principales. Née dans l'Antiquité tardive pour singulariser l'être du Christ, développée au Moyen Âge pour appréhender l'être du monde créé, l'existence qualifie, aux temps des Lumières, l'être de l'homme.
Le deuxième volet de cette enquête montre comment l'époque moderne élabore deux acceptions foncièrement différentes de l'existence. Fruit des spéculations médiévales, la première la pense comme cause ou effet de sa cause efficiente. Sur le fond d'une crise de celle-ci, sans précédent, la seconde, issue du cogito cartésien, se tire de la conscience affectée et devient dominante : exister, pour l'homme, c'est sentir. Ainsi l'existence s'est-elle finalement imposée. -
Dieu sans la puissance ; dunamis et energeia chez aristote et chez plotin
Gwenaëlle Aubry
- Vrin
- 5 Mars 2007
- 9782345000396
Comptés par Aristote comme l'un des principaux sens de l'être, l'en-puissance et l'en-acte ouvrent dans la Métaphysique une voie négligée, mais qui permet peut-être d'en dépasser les lectures aporétiques comme les réductions ontothéologiques. C'est cette voie que l'on propose de suivre, en examinant au fil du texte, et dans leur corrélation, la constitution du projet métaphysique d'Aristote et celle du couple conceptuel de la dunamis et de l'energeia. Irréductibles tant à la puissance et à l'action qu'à la matière et à la forme, l'en-puissance et l'en-acte paraissent à même de fonder une ontologie unitaire, qui se dévoile aussi comme une ontologie axiologique, identifiant en l'acte le mode d'être du bien, en l'en-puissance son mode d'action. Cette ontologie porte une pensée singulière du divin : acte, et non « forme pure », sans puissance, mais non pas impuissant, le premier moteur aristotélicien échappe à l'alternative entre le Dieu tout-puissant de la tradition métaphysique et le Dieu faible des inquiétudes contemporaines. Qu'en est-il, alors, du devenir de cette ontologie? On tente de mesurer la portée du geste par lequel Plotin désigne son premier principe non plus comme acte mais comme puissance de tout, dunamis pantôn. Avec lui s'inaugurent peut-être la subversion et l'oubli d'une pensée pour laquelle l'être, et le divin, ne se confondent ni avec la puissance ni avec la présence..
Gwenaëlle Aubry est chercheur au Centre Jean Pépin (CNRS UMR 8230). -
Les études ici réunies rendent compte de ce que fut le contexte historique et littéraire de la rédaction des dialogues platoniciens, et de la manière dont leur auteur a choisi de confronter sa philosophie à la mythologie, afin de mener une enquête sur le monde, l'âme et la cité. Ces lectures veulent prendre ainsi la mesure de ce qui nous éloigne aujourd'hui de Platon, tout en suggérant qu'une histoire de la philosophie qui cherche à s'affranchir de l'anachronisme peut susciter chez nous des questions qui permettent de remettre en cause certaines de nos certitudes. On découvrira aussi un Platon qui assimile la composition d'un texte à la fabrication de l'univers par le démiurge, et qui aborde des sujets comme l'Égypte et la « jalousie », un écrivain philosophe qui, en dépit d'extravagantes accusations de plagiat, reste l'un des plus grands auteurs de l'humanité.
Luc Brisson, directeur de recherche au CNRS, est l'auteur de nombreux travaux consacrés à la philosophie grecque et à la religion dans l'Antiquité. -
Restitutions ; études d'histoire de la philosophie allemande
Jean-françois Marquet
- Vrin
- 7 Mai 2001
- 9782345000112
On sait que pour Cuvier la totalité d'un organisme vivant peut « être reconnue par chaque fragment de chacune de ses parties », ce qui permet, à partir d'un seul élément, de restituer un exemplaire d'une espèce aujourd'hui disparue. Les études réunies dans ce volume ont une intention analogue : partir à chaque fois d'une question déterminée et restituer dans son ensemble la « secrète architecture » d'une oeuvre philosophique (ici à l'intérieur du domaine allemand, de Kant à Heidegger). Travail, si l'on veut, de paléontologie philosophique, mais au terme duquel les différentes pensées abordées peuvent sembler se restituer les unes aux autres, comme si elles procédaient toutes d'un unique philosophe tentant, par différentes voies, de résoudre une unique question : celle, précisément, de l'Unique. C'est à nous, interprète ou lecteur, qu'incombe aujourd'hui la responsabilité de sa fragile survie.
Jean-François Marquet est professeur émérite à l'Université Paris IV-Sorbonne. -
D'une métaphysique à l'autre ; figures de l'altérité dans la philosophie de Plotin
Laurent Lavaud
- Vrin
- 9 Octobre 2022
- 9782345001775
La philosophie de Plotin se situe à la croisée de deux métaphysiques. La première culmine avec l'affirmation de l'identité entre l'être et la pensée : en introduisant les Formes intelligibles dans l'Intellect divin, elle conjugue platonisme et aristotélisme. La seconde inaugure un courant qui marquera durablement l'histoire de la philosophie occidentale, à travers notamment la tradition de la théologie négative. L'ontologie grecque est ainsi menée à son achèvement en même temps qu'elle est débordée par la position d'un au-delà de l'être, l'Un, et ébranlée par l'impensable extinction de l'être que représente la matière. La pensée se trouve aux prises avec deux figures du non- être, qu'il s'agisse de ce non-être par défaut qu'est la matière, ou du non-être par suréminence propre au premier Principe. Ce livre a donc pour objet de montrer qu'il ne s'agit chez Plotin ni d'une forme supérieure d'onto-théologie, ni de la sortie de la métaphysique à laquelle aspire tout un courant de la réflexion contemporaine, mais bien d'une nouvelle et autre métaphysique qui réussit à entrelacer infini et totalité. C'est ce noeud et cette tension entre deux métaphysiques, dont chacune engage une figure différente de l'altérité, que font apparaître des analyses patientes et éclairantes des textes des Ennéades. Cet ouvrage présente donc à la fois une réinterprétation de l'oeuvre de Plotin et une réflexion profonde sur des problèmes qui, de Hegel à Heidegger et de Schelling à Levinas et Derrida, continuent encore et toujours d'inquiéter la pensée.
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Il est impossible de définir l'image : tel est l'un des premiers « enseignements » du Sophiste de Platon. Mais à défaut de pouvoir la définir, peut-on déjà la dire, l'affirmer comme image de quelque chose, la faire apparaître dans et par le langage? Si l'image est du côté du non-être car de l'apparence, le langage la fait, lui, nécessairement advenir à l'être. Dès lors, chercher à savoir ce qu'est une image, serait-ce chercher à savoir ce qu'est en parler?
Tel est l'axe de recherche adopté ici : explorant les définitions de l'image formulées par Platon dans le Sophiste et le rôle particulier assigné, dans la République, au regard, le présent ouvrage nous propose de comprendre en quoi il est nécessaire, pour définir l'image, de savoir en parler et ce qu'est en parler. Le langage, lui aussi, montre, se fait image : c'est donc sur la dimension visible du langage qu'il faut travailler. Cette parole visible signale en effet un usage étrange, bizarre, inhabituel du langage, qui suppose que dire va nécessairement de pair avec voir, comme voir requiert de savoir dire ce qu'on voit.
Attentive aux usages platoniciens de l'image, cette analyse du lien entre voir et dire nous initie à une autre lecture de Platon, lecture où sensible et intelligible ne sont plus opposés mais conciliés et où la pensée peut déterminer l'identité sans s'enfermer dans une logique de contraires. Elle nous livre par là même les premiers jalons d'un travail précis et approfondi de définition de l'image dans le discours philosophique ancien.
Anca Vasiliu est directeur de recherche au CNRS (Centre Léon Robin). -
Savoir et gouverner : Essai sur la science politique platonicienne
Dimitri El Murr
- Vrin
- 31 Juillet 2025
- 9782345001850
La seule source légitime de l'autorité politique est le savoir. Telle est l'une des thèses fondamentales de la pensée politique de Platon. Mais quel savoir l'homme politique doit-il posséder pour gouverner ? Sur qui s'exerce-t-il ? Quelles sont les modalités de son action ? Autant de questions qui occupent le Politique, dialogue où Platon élabore la notion de science politique et où il définit non seulement ce qu'elle est mais ce qu'elle fait, lui assignant par là même, pour la première fois, un rôle prescriptif, à la frontière du théorique et du pratique. Savoir prescriptif et architectonique dont le modèle est l'architecture, soin du troupeau humain sur le modèle du pastorat, production de l'unité de la cité sur le modèle du tissage : le Politique donne à la science du gouvernement des hommes son statut et sa finalité, ses modèles et ses instruments.Lecture philosophique suivie du Politique, cet ouvrage entend montrer ce qui fait l'originalité et la profondeur de ce dialogue. Et justifier, du même coup, qu'on le lise à la même hauteur que la République ou les Lois. Car s'il n'y a pas de bonne politique sans un bon politique, quelle influence celui-ci peut-il avoir sur les bipèdes sans plumes que nous sommes, et qui ne sont pas naturellement faits pour vivre ensemble dans une cité ? Platon répond en donnant au politique une figure nouvelle : celle du royal tisserand, attentif à préserver le tissu social de la moindre déchirure, le principal risque étant l'attraction du semblable par le semblable et la haine de celui qui est différent et étranger. Rien n'est donc plus actuel que cet entrelacement que la science politique platonicienne cherche à produire, grâce auquel la cité, au-delà de ses antagonismes naturels, accède à une harmonie garantie par des valeurs partagées.
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En explorant les sources judéo-allemandes de l'oeuvre d'Emmanuel Levinas, Sophie Nordmann met en évidence un motif récurrent chez les grandes figures de la philosophie juive contemporaine que sont Hermann Cohen, Franz Rosenzweig, Martin Buber, Gershom Scholem et Emmanuel Levinas lui-même.
Pour chacun d'eux, elle montre que c'est par le recours aux sources juives qu'ils sortent de l'impasse philosophique dans laquelle ils sont pris - celle de la contradiction interne à l'éthique pour Cohen, celle du présupposé du « Tout pensable » pour Rosenzweig, celle de l'hégémonie du Cela pour Buber, celle de la conception linéaire de l'histoire pour Scholem, celle de l'enfermement dans l'être pour Levinas - et donnent corps à un projet philosophique inédit.
En retour, les interprétations philosophiques qu'ils nous livrent éclairent la richesse de la tradition juive sous de multiples aspects : le monothéisme chez Cohen, le judaïsme biblique chez Rosenzweig, le hassidisme chez Buber, la Kabbale chez Scholem, le Talmud chez Levinas.
Cet ouvrage enrichit et renouvelle l'interprétation de ces auteurs, en dégageant le rôle moteur que joue, chez chacun d'eux, la référence aux sources juives. Il contribue ainsi à une réflexion plus générale sur les implications d'un recours philosophique à des sources religieuses, ici celles du judaïsme. -
Faire justice de l'irréparable ; esclavage colonial et responsabilités contemporaines
Magali Bessone
- Vrin
- 19 Novembre 2019
- 9782345001942
La traite et l'esclavage colonial sont des « crimes contre l'humanité », déclare la Loi du 21 mai 2001, dite « Loi Taubira ». Ce sont des injustices historiques, moralement condamnables. Mais quelle forme politique cette conviction morale peut-elle revêtir ? Pourquoi, comment, punir ou réparer des crimes dont tous les protagonistes sont depuis longtemps disparus ? Quelle théorie de justice adopter pour traiter - appréhender et évaluer - les demandes de réparations qui émergent et quel sens donner à la notion de « réparation » ? Enfin, quelle responsabilité les générations contemporaines peuvent-elles avoir à l'égard des injustices du passé ?
Magali Bessone suggère que s'il est impossible de réparer l'histoire, on peut toutefois prendre au sérieux l'exigence de justice qui s'exprime dans les demandes de réparations. Écartant le langage du blâme et de la culpabilité, elle montre que notre responsabilité contemporaine de réparer l'injustice s'ancre dans ce que nous nous devons les uns aux autres au titre de citoyens. Il dépend de nous de ne pas ignorer notre passé et de viser la transformation de nos structures sociales et politiques afin de les rendre plus justes - plus conformes à la représentation que nous nous faisons de nos idéaux partagés. -
Au grand Cosme de Médicis qui s'enquerrait du meilleur chemin pour atteindre la félicité, le philosophe Marsile Ficin répondit par une longue lettre, qui initia une vaste correspondance avec les plus grands noms du siècle : trois générations de Médicis, dont Laurent le Magnifique, le cardinal Bessarion, les Pazzi de la conjuration, les poètes Ange Politien, Giovanni Cavalcanti... Des proches du philosophe platonicien que ce dernier assiste, tel un nouveau Sénèque, dans leurs efforts pour faire leur métier d'homme. L'échange de lettres, pour persévérer au jour le jour sur la voie de la perfection, devient l'acte philosophique par excellence, amorçant tout un travail de l'âme sur elle-même, sur les décisions qu'elle doit prendre, sur le monde qu'elle doit sculpter. La pensée syncrétique de Ficin, porte-parole de la philosophia perennis, trouve dans les lettres son style particulier et son objet privilégié, la pratique. Dans sa forme, elle tient plutôt de l'ancienne parénétique que de la scolastique. Ficin s'intéresse à l'éducation, à la vie civile, aux exercices spirituels et aux efforts quotidiens que font les hommes pour se rendre dignes de leur créateur. Peut-être la lecture de Ficin devrait-elle commencer par celle de l'Epistolarium, plutôt que par la Théologie platonicienne : ces lettres constituent en effet une propédeutique et inscrivent l'homme dans une progression qui le mène de la sphère étroite de son individualité jusqu'au tout et à l'Un. Passant par la série des expériences de l'unité ici-bas (action vertueuse, banquet, politique, mais aussi échange épistolaire), Ficin prépare son lecteur à l'expérience ultime de l'union au divin.
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Critique de la representation : Étude sur Fichte
Thomas-Fogiel I.
- Vrin
- 23 Octobre 2000
- 9782345000068
La philosophie la plus contemporaine s'articule autour de la critique de la représentation et dénonce dans la métaphysique classique la volonté d'unir dans le seul concept de « représenter » la multiplicité des dimensions de la pensée. L'idéalisme allemand est l'un des autres moments de la crise de la représentation, l'une des figures les plus radicales de sa critique. C'est, sur la base d'une étude de la philosophie de Fichte, ce que cet ouvrage vise à démontrer. En effet Fichte substitue à la pensée comme représentation (Kant), la pensée comme acte, à la notion de connaissance, celle de savoir, à la notion de figuration, celle de réflexion.
Dépasser la dimension traditionnellement spéculaire de la pensée et, pour ce faire, passer de la connaissance au savoir, de la validité objective à la vérité réflexive, de l'objectivation qui limite à la raison qui infinitise, tel est donc le sens de cette philosophie qu'il devient loisible de comparer aux figures les plus actuelles de la critique de la représentation.
Isabelle Thomas-Fogiel est maître de conférences à l'Université de Paris I. -
Le cogito herméneutique ; l'herméneutique philosophique et l'héritage cartésien
Jean Greisch
- Vrin
- 30 Octobre 2000
- 9782345000075
Cet ouvrage cherche à dépasser l'alternative : « Ou bien Descartes, ou bien Vico », en poursuivant un triple objectif. D'une part analyser la place que la phénoménologie herméneutique occupe dans le nouveau paysage de la phénoménologie française, caractérisé par des tentatives de refondation de l'idée de phénoménologie (E. Levinas, M. Henry, M. Richir, J.-L. Marion).
D'autre part, réfléchir sur le concept d'interprétation radicale en mettant en question la pertinence du « principe d'équité » cher à Quine et Davidson.
Enfin, l'herméneutique ne doit pas seulement définir son projet en référence à la « mort de Dieu », la fin de « l'onto-théo-logie », etc. Cette réflexion, étayée par une relecture de l'article de Kant, « Qu'appelle-t-on s'orienter dans la pensée? », définit une relation plus complexe à la tradition métaphysique et débouche sur une nouvelle définition de l'idée de transcendance.
Jean Greisch fut professeur de philosophie à l'Institut Catholique de Paris. -
Etudes platoniciennes Tome 1 : Platon et la question de la pensée
Monique Dixsaut
- Vrin
- 27 Novembre 2000
- 9782345000082
La plupart des études réunies ici s'efforcent d'expliquer quelques passages des Dialogues. Le principe de lecture adopté est qu'il ne s'agit pas seulement de résoudre les difficultés liées à certaines thèses, mais de découvrir l'unique question qui traverse et retourne toutes les autres, celle de la pensée. Ce qui revient à dire que philosopher signifie pour Platon inventer et conjuguer tous les moyens de penser mieux, de penser plus, de s'assurer toujours de quoi penser, sans jamais disposer du critère objectif qui permettrait de distinguer la pensée véritable de tout ce qui est la négation ou n'en a que l'apparence. L'actualité de la philosophie platonicienne réside sans doute au fond en cela : nous rappeler inlassablement cette question que la pensée est, doit être et doit rester pour elle-même.
Normalienne et agrégée de philosophie, Monique Dixsaut est professeure émérite de philosophie antique de l'université de Paris-1. -
Hegel et l'éthicité : commentaire de la troisième partie des principes de la philosophie du droit
Andre Lecrivain
- Vrin
- 9 Avril 2001
- 9782345000105
En publiant les Principes de la philosophie du droit, Hegel ambitionnait de constituer la Science de l'État, et cela à l'encontre aussi bien de toute conception utopique que de toute interprétation partisane. Il disposait à cet effet des ressources théoriques présentées quelques années auparavant dans la Science de la logique.
Ce commentaire privilégie incontestablement l'aspect logique et processuel du propos hégélien. Il s'agit donc non seulement de repérer la présence de ces schèmes logiques mais d'en éprouver la validité et d'en vérifier l'efficacité. Ce parcours logique ne fait appel qu'à l'énergie et au dynamisme du pur penser - sans apport étranger, extérieur ou empirique - et à sa seule fécondité interne susceptible d'engendrer par elle-même, de manière immanente, la richesse et la totalité du sens.
André Lecrivain est professeur honoraire de première supérieure. -
La philosophie de la nature de l'Encyclopédie des sciences philosophiques fut, jusqu'à une date récente, presque ignorée par les études hégéliennes. Hegel s'y serait rendu coupable d'une prétention à concurrencer les sciences positives sur leur propre terrain et à rivaliser avec elles, en révélant à la fois son incompréhension de la scientificité la mieux établie et la faible rationalité de son propre projet. Une lecture attentive permet de rectifier ces préjugés, en montrant non seulement que Hegel s'y trouve attentif et respectueux du savoir positif de son temps, mais encore qu'il tente d'y définir les modalités d'une collaboration méthodologiquement réglée entre philosophie et sciences.
En quoi consiste le projet d'une science spéculative? En quoi consiste chez Hegel la déduction spéculative de la vérité? En quoi consiste la compréhension hégélienne du statut et des formes du discours des sciences de la nature? Quelle attitude la spéculation doit-elle adopter face aux controverses scientifiques? C'est à ces questions que s'efforce de répondre cet ouvrage.
Emmanuel Renault est professeur à l'Université Paris-Ouest-Nanterre-La-Défense. -
L'être et l'acte ; enquête sur les fondements de l'ontologie moderne de l'agir
Franck Fischbach
- Vrin
- 29 Janvier 2003
- 9782345000198
Commentant Schelling, Heidegger note : « Être et vouloir (perceptio - appetitus); comme [il appert] à partir de la tradition de la métaphysique théologique, là derrière se tient "l'actus" ». Mais, au lieu de mener l'enquête en direction de l'arrière plan où se tient l'actus, Heidegger fait porter son attention sur ce qui se situe au premier plan, c'est-à-dire sur la détermination de l'être de l'étant comme volonté. Si le vouloir se laisse comprendre comme le trait essentiel en fonction duquel la subjectivité de l'ego a été interprété par la métaphysique moderne, l'actus en revanche paraît ne pas appartenir en propre à cette dernière : traduction latine de l'energeia grecque, on le retrouve dans l'actus purus médiéval, dans l'actuositas leibnizienne, dans la Tathandlung (l'action de l'acte) fichtéenne et jusque dans la Selbstbetätigung (l'autoactivation) de Marx. Qu'en est-il de cet actus qui semble traverser la métaphysique occidentale sous diverses formes, qui « se tient derrière » les conceptions les plus diverses de l'être de l'étant? Explorer et mettre au jour d'autres possibles toujours recelés par l'ontologie de l'agir : telle est la tâche à laquelle l'auteur se consacre dans le présent ouvrage.
Franck Fischbach est professeur en Philosophie allemande moderne et contemporaine à l'Université de Strasbourg. -
Empirisme et métaphysique : l'Essai sur l'origine des connaissances humaines de Condillac
André Charrak
- Vrin
- 11 Février 2003
- 9782345000204
L'Essai sur les origines des connaissances humaines, publié en 1746, constitue une pièce majeure dans l'histoire de la réception française de Locke, dont Condillac révise la méthode et les résultats. Il montre le rôle des signes dans les progrès de l'esprit humain; il interroge les circonstances concrètes qui déterminent ce processus; il radicalise l'entreprise réductionniste, en découvrant la genèse, non plus seulement des connaissances, mais bien des facultés. Cette tentative illustre une thèse capitale sur la solidarité des opérations de l'âme et du matériau (sensible) auquel elles s'appliquent, qui oriente également la lecture des grands systèmes classiques : c'est à l'aune de cet empirisme rigoureux, appuyé sur la méthode analytique, que Condillac discute (et parfois utilise) Descartes, Spinoza, Leibniz ou Malebranche. Ainsi l'auteur de l'Essai peut-il affirmer qu'il réforme, non seulement Locke, mais la métaphysique elle-même, désormais limitée à la théorie de la connaissance : la prise de conscience des principes est toujours solidaire d'une réflexion de l'esprit sur son histoire.
André Charrak est actuellement maître de conférences à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne.