Histoire du Maghreb et du Moyen-orient

  • Est-il possible de parler de l'histoire de l'Algérie des origines à nos jours en France de manière impartiale sans que cela suscite polémiques, diatribes et anathèmes ? Tel est le but que s'est fixé l'historien Emmanuel Alcaraz. Dans une approche originale, il offre une synthèse limpide et éclairante sur cette histoire qui continue de miner le présent des sociétés françaises et algériennes.
    De Jugurtha luttant contre Rome à la conquête arabe, des corsaires d'Alger à la colonisation française, de la guerre d'Algérie à la guerre civile algérienne dans les années 1990 en allant jusqu'au hirak, Emmanuel Alcaraz revisite chaque étape de ce riche passé en utilisant de nouvelles sources tirées des Archives et des témoignages oraux, le tout agrémenté de sa connaissance du terrain algérien, de l'historiographie et de son égo-histoire.
    Dans une France marquée par l'indépendance algérienne, terre d'accueil pour les immigrés algériens, l'auteur s'intéresse également aux origines de la montée en puissance des droites extrêmes. Il étudie comment les discours des droites radicales se sont construits dans un esprit de revanche contre les immigrés, par rapport à la blessure narcissique de la perte de l'Algérie française.
    Faisant appel à la méthode historique la plus rigoureuse, l'historien interroge l'avenir de la nation algérienne entrée depuis le mouvement populaire de 2019 dans une nouvelle séquence de son histoire, qui ne peut se poursuivre sans la France, avec les Lumières et les ombres du passé à assumer des deux côtés de la méditerranée pour ne pas entrer dans l'avenir à reculons.

  • La Palestine entre patrimoine et providence : imaginaires bibliques et mémoire du village d'Artas Nouv.

    Petit village au coeur d'une vallée fertile près de Bethléem, Artâs est l'observatoire par excellence des premiers temps de la présence européenne et américaine en Palestine ottomane et de la mémoire qui en perdure jusqu'à aujourd'hui. Ayant attiré l'attention des pèlerins, des explorateurs et des chercheurs bibliques dès le XVIe siècle en raison de son lien supposé avec l'héritage du roi Salomon, Artâs devient au milieu du XIXe siècle le lieu d'implantation privilégié de colons se réclamant de la mouvance millénariste protestante. Le réseau millénariste multinational à Artâs ne constitue pas un bloc monolithique, mais ses différents courants se rejoignent sur l'idée que les juifs doivent s'installer en Terre sainte pour préparer le « second avènement » du Christ.

    Au début du XXe siècle, la présence de ces colons a favorisé celle de chercheurs dont l'activité a eu par la suite une forte résonance, notamment parmi les habitants du village. L'appropriation dont fait l'objet le travail de ces chercheurs, et particulièrement celui de l'anthropologue finlandaise Hilma Granqvist, prend tout son sens dans le contexte de l'occupation israélienne.

    Loin des lectures binaires des relations entre « Orient » et « Occident », cet ouvrage analyse les rapports de force à l'oeuvre à la fin de l'époque ottomane et pendant le mandat britannique à partir d'un corpus inédit et varié d'archives. Son croisement avec l'histoire orale dévoile la manière dont cette période est rappelée, interprétée ou vouée à l'oubli par les villageois et les Européens ayant vécu à Artâs. Ces récits mettent en lumière la signification attribuée à l'histoire, à la fois dans la mémoire populaire et dans l'historiographie de la Palestine. Entre métahistoire et microstoria, le cas d'Artâs ouvre une nouvelle perspective sur une période charnière de l'histoire du Proche-Orient.

  • Cet ouvrage a pour objectif de faire l'état des lieux général d'un pays qui est sans doute un des moins étudiés des pays de la rive sud de la Méditerranée.Appréhendée bien trop souvent par le gigantisme de son territoire, par son économie rentière et par l'opacité de son régime politique, l'Algérie est considérée comme une énigme. Celle d'un pays « hors-champs », dont les expériences historiques auraient construit une spécificité politique, économique, religieuse pour constituer une sorte de « modèle algérien » qui ne s'appliquerait qu'à lui-même et qui n'aurait pas à se soumettre à l'analyse critique et à la déconstruction de ses catégories théoriques.

    Soixante-quatre auteurs sont réunis ici pour pallier cette situation et offrir des clés de lecture pour saisir ce pays passionnant qui tourne aujourd'hui avec courage une longue page de son histoire. L'ouvrage s'articule autour de plusieurs entrées thématiques (espaces et territoires, politiques économiques, analyse de jeux politiques, questions de société, langues d'Algérie, besoins d'histoire, questions religieuses, gestion post-conflit des années 1990, relations internationales...) qui se présentent comme autant de lectures réflexives sur des réalités économiques, sociales, politiques et religieuses de l'Algérie du temps présent. Des approches par des terrains et des objets divers, des explorations fines et intelligentes proposent des éclairages inédits et fort utiles sur des dynamiques collectives adossées à des connaissances empiriques, fruits d'enquêtes de terrain originales.

    Cet ouvrage participe à la compréhension des forces motrices de la société algérienne, de ses dynamiques et de ses acteurs en pleine ébullition aujourd'hui.

  • Le gouvernorat de Kirkouk, dans le nord de l'Irak, est l'une des provinces les plus touchées par la guerre depuis des décennies, bien avant l'invasion américaine de 2003. Il a notamment été au centre de la question kurde. Il constitue donc l'un des meilleurs points d'observation des transformations de la société irakienne, et notamment du rôle qu'y jouent les partis politiques, à la fois producteurs de violence et intermédiaires obligés entre la population et les institutions étatiques. Ces partis mettent en oeuvre des politiques d'ingénierie démographique et imposent de nouvelles hiérarchies identitaires. Leurs réseaux militants détournent les ressources de l'État, lequel reste l'enjeu majeur des affrontements. Enfin, la guerre contre Daech, à partir de juin 2014, a radicalisé leurs projets et intensifié le conflit, conduisant paradoxalement à un retour de l'Etat par le biais des milices.
    En analysant minutieusement les dynamiques locales, ce livre, fruit de plusieurs années de recherche de terrain, dépasse les lectures communautaristes ou géopolitiques du conflit irakien qui tendent aujourd'hui à prévaloir. Il apporte une contribution originale et importante au débat sur la place de la guerre dans la formation de l'Etat.

  • Les lieux de la mémoire de la guerre d'indépendance algérienne

    Emmanuel Alcaraz

    • Karthala
    • 4 Octobre 2017

    Cet ouvrage se propose de revisiter la mémoire nationale algérienne pour montrer combien celle-ci participe à fois à la légitimation et à la contestation du pouvoir dans une société façonnée par la guerre d'indépendance, comme l'illustre le rôle majeur de l'armée encore aujourd'hui. L'auteur développe une perspective critique du nationalisme mémoriel algérien et met à jour la pluralité des points de vue, reflet de la diversité en Algérie.
    Il contribue ce faisant à éclairer les fondements de la crise identitaire que traverse la société algérienne, qui peine à élaborer un projet de « vivre ensemble » et à faire émerger une citoyenneté faisant consensus. Cette question se pose avec acuité après les « printemps arabes », et l'affaiblissement de la légitimité révolutionnaire des dirigeants algériens.
    En étudiant « l'histoire vue de l'autre côté », à travers des sources d'une grande amplitude (enquêtes de terrain en Algérie réalisées de 2006 à 2017, étude des musées et des monuments commémoratifs, archives militaires et judiciaires), l'auteur se positionne de manière originale par rapport au contentieux mémoriel franco-algérien. Il propose une histoire connectée des mémoires, faisant la part belle à une analyse critique des usages algériens du passé et des imaginaires sociaux que ces mémoires construisent. « L'histoire à parts égales » n'est-elle pas un devoir pour parvenir à une « juste mémoire » ?

  • Consacré à la Transition humanitaire au Liban, ce quatrième volume de la collection Devenir Humanitaire est le fruit de la rencontre d'universitaires, d'acteurs non gouvernementaux et d'institutionnels, réunis à Beyrouth les 15 et 16 novembre 2017 par le Fonds Croix-Rouge française pour débattre sur leurs pratiques, les principes et les enjeux de l'humanitaire.
    Cet ouvrage analyse successivement le contexte historique et régional de l'humanitaire au Liban, à travers des articles, témoignages ou entretiens. Il aborde ensuite les interactions et jeux d'acteurs de la société civile au Liban, avant de s'intéresser dans une troisième partie aux transformations et bouleversements provoqués par les mouvements migratoires des années 2010.
    Soulignant la nécessité de prendre en compte les « visions du monde » des populations destinataires de l'aide, les contributions rassemblées dans ce volume soutiennent une réfl exion sur le sens de l'humanitaire.


    Dedicated to the analysis of the Humanitarian Transition in Lebanon, this 4th volume of the Devenir Humanitaire collection is the result of the meeting of international organisations, social science academics, national and transnational NGOs, state and territorial actors. Gathered in Beirut on 15 and 16 November 2017 by the French Red Cross Foundation, the Lebanese Red Cross and Saint Joseph University, they opened a dialogue on the transformations of humanitarian needs and practices, the principles that guide them and the challenges that each one must face.
    Through articles, testimonies and interviews, this book offers different perspectives on the historical and regional context, the interactions and roles played by civil society actors, and then focuses on the changes in view of the most recent migratory movements. Underlining the need for a more inclusive debate and a more egalitarian dissemination of knowledge on humanitarian action, the contributions collated in this volume support a refl ection on the meaning of humanitarianism.
    Marie-Noëlle Abi Yaghi is director of the NGO Lebanon Support and teacher at the Saint-Joseph University.
    Virginie Troit is director of the French Red Cross Foundation.

  • Culture berbère (amazighe) et cultures méditerranéennes. le vivre ensemble

    Moha Ennaji

    • Karthala
    • 9 Juillet 2020

    Quels sont nos points forts et points faibles pour intégrer une gestion multiculturelle dans la région méditerranéenne ? Le multiculturalisme est-il un faux débat ? Les obstacles et les défis ne sont pas les mêmes dans chaque pays. Mais chacun doit analyser finement son propre contexte et savoir activer les bons leviers et éviter les écueils pour faire face à la complexité des interactions culturelles.

    Avec ces questionnements à l'esprit, ce livre met l'accent sur le rôle important du patrimoine immatériel berbère (amazigh) et des cultures méditerranéennes dans leurs apports au développement humain et à la culture de la paix. Il se focalise sur le dialogue interculturel et le rôle de la culture dans le processus de démocratisation au Maghreb.

    Cet ouvrage montre que le mouvement berbère en Algérie et au Maroc, même en ayant des revendications légitimes, a suscité des conflits linguistiques et politiques et s'est heurté au pouvoir autoritaire depuis l'indépendance. Il souligne que la culture n'est pas un phénomène superficiel ou complémentaire superposé aux biens matériels. C'est un mode de vie et un facteur dynamique qui devrait être sérieusement pris en compte dans les domaines linguistique, éducatif et social.

    Compte tenu de l'évolution récente de la région, les populations méditerranéennes sont amenées à s'ouvrir sur les autres cultures et à lutter contre l'extrémisme et la xénophobie.

  • Parce que l'on ne s'y est risqué que difficilement, parce que ceux qui en sortaient furent souvent assez dépenaillés et parfois même violents, les déserts arabes sont peuplés de fantasmes. Pourtant l'histoire atteste que les gens qui s'y trouvaient s'y sont avancés en cherchant à exploiter au mieux un espace rébarbatif, par le mouvement qui permet de répondre à la précarité et à l'aléa. Ce qui est sûr, c'est qu'ils ne l'ont volé à personne ! Ces nomades, poètes réputés parce que la poésie est une chose légère à transporter, sont néanmoins l'objet des fables les plus extravagantes.

    Fruit d'enquêtes conduites en Arabie saoudite au tournant des années 1980 et de travaux sur ce thème dans le cadre de l'EHESS, ce recueil entend proposer une image d'ensemble sur un groupe social qui occupe une place à part mais pourtant fondatrice dans le monde arabe. Les Bédouins, ces éleveurs nomades qui, dans la péninsule Arabique et au-delà, habitent la célèbre tente noire, véhiculent des valeurs centrales dans l'Islam (solidarité de groupe, sens de l'honneur, hospitalité) et, en même temps, pugnacité guerrière, religiosité suspecte et refus de tous les pouvoirs établis, ce qui leur a été souvent reproché.

    Mettant au jour des aspects contrastés et pourtant bien réels d'une société soucieuse surtout de se maintenir dans des environnements, tant naturels que politiques, extrêmement hostiles, ce livre montre aussi comment les Bédouins ont su s'adapter aux conditions d'une modernisation technologique et économique. Il entend restaurer l'image d'un monde aux dimensions humaines, inscrit dans l'histoire et confronté à des forces qui ont réussi à le réduire, sans jamais le soumettre.

  • La conquête du Sahara (1885-1905)

    Paul Pandolfi

    • Karthala
    • 12 Février 2018

    Cahier photos de 14 pages.

    Ce livre est consacré à la conquête du Sahara (fin XIXe-début XXe siècle), cet espace désertique qui a longtemps nourri les phantasmes des Occidentaux.

    Du rezzou d'Hassi-Inifel jusqu'à l'installation du Père de Foucauld dans l'Ahaggar, ce sont quelques-uns des épisodes les plus marquants de cette histoire qui sont présentés et analysés ici à travers une (re)lecture critique de plusieurs moments clés de cette histoire.

    Toutes les études réunies dans cet ouvrage sont fondées sur des documents issus pour la plupart des Archives nationales d'outre-mer d'Aix-en-Provence. Là, se trouve en effet une somme considérable d'archives traitant de l'avancée puis de l'installation de la France au Sahara central. Écrits souvent passionnants et qui dans leur très grande majorité n'avaient jamais été cités ni étudiés. De plus, ces archives (rapports de tournée, documents officiels, correspondances publiques et privées...) présentent un avantage considérable. Contemporaines des événements, rédigées « à chaud » par les acteurs même de cette conquête, elles dévoilent bien souvent ce que masque, censure ou déforme le discours hagiographique qui, répété de livre en livre, d'article en article, s'est vite transformé en une véritable doxa.

    Ouvrage indispensable pour les passionnés du désert comme pour les historiens de cette région.

  • Les destins de l'Empire ottoman finissant et de l'espace postottoman ont été déterminés non pas par des « majorités silencieuses », mais par des acteurs souvent jeunes et issus des régions périphériques de l'Empire. Intégrés dans les échelons inférieurs de l'establishment civil et militaire, adeptes d'un nationalisme revanchard ou du social-darwinisme, serviteurs d'État et rebelles, ces hommes d'épée et de plume venus des marges prirent leur place dans l'histoire comme destructeurs d'Empire et bâtisseurs d'États, et pour certains comme auteurs de crimes de masse, dont le génocide des Arméniens constitue le point paroxystique.

    Qu'il s'agisse de la jeunesse affiliée aux comités balkaniques, unioniste, ou de celle, baathiste, de l'Irak et de la Syrie, qui partagent tant de traits communs malgré le demi-siècle et les espaces géographiques qui les séparent, elles sont en réalité les « meilleurs produits » des systèmes qu'elles mettent à terre. C'est par cette dynamique que les « marges » semblent pouvoir s'ériger en acteurs quasi hégémoniques du changement et gagner dans un deuxième temps une indéniable centralité. Cette observation, khaldûnienne ou tocquevillienne, nous permet de saisir la nature extrêmement brutale de la rupture, mais aussi, dans certains cas, celle, tout aussi violente, des continuités qui s'établissent dans la durée entre l'« ancien régime » et le nouveau.

    Docteur en histoire et en sciences politiques, Hamit Bozarslan est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. Il est l'auteur, notamment, de Une histoire de la violence au Moyen-Orient de la fin de l'Empire ottoman à al-Qaïda (Paris, La Découverte, 2008) et de Histoire de la Turquie de l'Empire ottoman à nos jours (Paris, Talandier, 2016).
    Ont également contribué à cet ouvrage : Tanil Bora, Nathalie Clayer, Benjamin Gourisse, Hans-Lukas Kieser, Matthieu Rey, Bayram Sen, Nikos Sigalas, Peter Sluglett ?, Alexandre Toumarkine.

  • L'exception tunisienne ; variations sur un mythe

    Michel Camau

    • Karthala
    • 10 Septembre 2018

    Le thème de l'exception tunisienne défie le temps. Il s'inscrit dans une longue tradition, sous la plume des auteurs les plus divers. Il a magnifié le projet de modernisation autoritaire de Bourguiba. Après avoir connu une relative éclipse durant les vingt-cinq années de dictature de Ben Ali, il fait de nouveau florès depuis le soulèvement populaire de 2011. Il a désormais pour principal référent, non plus le développement, mais la démocratisation.

    Aujourd'hui comme hier, l'exception tunisienne n'est qu'un mythe.
    Exception en quoi et par rapport à quoi ? La question, lorsqu'elle est posée, s'en tient à des ensembles improbables : le monde arabe ou les « printemps arabes ». Biaisée, elle contient déjà la réponse, à vrai dire une lapalissade qui découvre un pays arabe pas comme les autres. Le truisme présuppose que ces « autres » constituent une totalité et permettent de discerner une règle générale à laquelle la Tunisie dérogerait. Ce qui précisément ne va pas de soi.

    Le mythe procède d'abus ou de commodités de langage, qui figent, voire essentialisent, des particularités. Il entretient une méprise sur la spécificité. En tant que telle, la spécificité n'est pas synonyme d'exception, sauf à considérer que tous les cas sont exceptionnels en raison de leur spécificité ou à méconnaître qu'ils sont tous spécifiques.

    Prendre la Tunisie au sérieux suppose de la démythifier et corrélativement de dissiper les malentendus sur l'espace arabe. Celui-ci ne préjuge pas d'un rapport au politique qui serait typiquement arabe. L'idée d'une espèce politique arabe relève de la chimère, voire de la contrefaçon.

    La Tunisie constitue certes un cas d'espèce, mais d'une espèce d'enjeux et de problèmes irréductibles à une fantasmatique arabité politique. Il s'agit, en l'occurrence, de l'institutionnalisation, condition nécessaire mais non suffisante de la démocratisation.

    Ces questions ont inspiré nombre de travaux de Michel Camau. Il réunit ici, en un ouvrage, sept articles, dont deux inédits, rédigés entre 2003 et 2017. Ils constituent autant de jalons thématiques d'une démarche de démythification de l'exception tunisienne. L'auteur table sur leur cohérence intrinsèque, en dépit des changements de contexte, de la diversité des objets et des évolutions de sa propre réflexion. Le dessein de les regrouper relève d'une nouvelle étape de pensée.

  • Révolutions et transitions politiques dans le monde arabe

    Collectif

    • Karthala
    • 8 Août 2017

    Les interprétations des bouleversements politiques que connaissent l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient depuis fin 2010 se sont multipliées aussi bien en France qu'à l'étranger, sans pour autant toujours en fixer le sens de manière éclairante. L'évolution actuelle de ces processus politiques en conflits militaires et confessionnels et la multiplication des acteurs ont eu pour conséquence d'obérer la compréhension des dynamiques politiques à l'oeuvre dans ces régions.

    Cet ouvrage s'attache à décrire ces dynamiques complexes en les inscrivant dans une temporalité plus large, en revenant sur les séquences fondatrices, pour mieux comprendre l'évolution de cet ensemble d'événements, appelé à l'origine « révolutions arabes » ou « printemps arabe », dont les contours, l'étendue et le sens sont loin d'être stabilisés. L'ouvrage met l'accent sur le cas syrien afin de donner à voir la transformation d'un conflit local, une révolte populaire contre un pouvoir contesté, dans le sillage des révolutions arabes, en un conflit à dimension mondiale qui échappe aux acteurs locaux et dont les effets se font ressentir jusqu'au coeur des capitales européennes. Il s'agit aussi de mesurer à travers le jeu des alliances entre les différents acteurs régionaux et internationaux toute l'ambiguïté de l'attitude des États occidentaux à l'égard de ces processus révolutionnaires. La parole est donnée à un acteur du conflit, Burhan Ghalioun, professeur émérite à l'Université de la Sorbonne Nouvelle -Paris 3, premier président du Conseil national syrien, à travers un témoignage qui dévoile de l'intérieur les vicissitudes de la révolution syrienne et les aléas de la diplomatie internationale.

    Ce livre rassemble des spécialistes venant d'horizons différents, politologues, sociologues et historiens, dont le terrain de recherche principal sinon exclusif est le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Il s'inscrit dans un effort de mise en perspective historique d'événements qui participent à la formation du monde arabe contemporain.

  • Instituteurs et enseignants en Algérie ; 1945-1975 ; histoires et mémoires

    Aïssa Kadri

    • Karthala
    • 19 Novembre 2014

    A considérer le nombre d´étudiants « indigènes » qui sont passés par le système de l´enseignement secondaire et supérieur colonial, le taux d´analphabétisme relevé pour les années 1960 (85 % de la population algérienne), ou même la part des élèves scolarisés dans le primaire sur celle des enfants en âge d´être scolarisés (moins de 10 % en 54), le bilan scolaire colonial apparaît dérisoire, contrairement à ce que peuvent affirmer les thuriféraires de la colonisation positive. L´histoire de la politique scolaire coloniale n´a ainsi jamais été ce lent mouvement de civilisation des populations locales. Elle apparaît plutôt comme un processus profondément contradictoire dont les déterminants sont à rechercher aussi bien chez les émetteurs que chez les récepteurs de cette politique.
    Reprenant une analyse historique de l´imposition du système scolaire français à l´Algérie et restituant des mémoires et des expériences d´acteurs, le présent ouvrage va au fond de ces contradictions, dont les instituteurs et enseignants ont en été les figures emblématiques. La République a bien été en effet coloniale et beaucoup d´enseignants en ont été les instruments, à leur insu ou conscients. D´autres, plus nombreux, se sont confrontés au nom des principes fondateurs de la République, aux dénis de droits, à l´injustice et aux atteintes à la dignité humaine. Leur action en Algérie coloniale n´a de pendant que la discrétion de leur retrait ces dernières années face aux bruits et fureurs soulevés ici et là par un revivalisme des mémoires coloniales.
    Adossées à une analyse historique, les mémoires et les expériences de ces enseignants illustrent leurs engagements, aussi bien dans la situation coloniale, où ils ont voulu pour certains être des passerelles entre les communautés clivées, que dans l´Algérie indépendante où nombre d´entre eux ont participé à la socialisation de la jeunesse algérienne et soutenu la construction du jeune État-nation algérien.

  • Des morts en guerre : Palestine / Israël Nouv.

    "Depuis les années 1960, des défunts palestiniens disparaissent, sont sommairement enterrés dans les « cimetières des nombres » ou gardés à la morgue. Ces morts sont des fedayin, des martyrs ayant conduit des attentats, ou des hommes tués par erreur. Leur détention post-mortem et leur retour en terre relèvent d'une économie de l'inimitié, guerrière, et d'une extension sans fin d'une toile carcérale sur les Territoires palestiniens. Leur mobilité, les lieux d'ensevelissement, les traces qu'ils laissent dans l'espace public sont autant de marqueurs frontaliers.

    Cet ouvrage aborde les mobilisations politiques, celles de la société civile et des familles pour retrouver ces dépouilles. À partir d'une enquête ethnographique, de documents d'archives et d'écrits de proches de ces défunts, il analyse les transformations de la figure sociale et politique du martyr, mais aussi les relations personnelles, genrées et émotionnelles entretenues avec les morts. Il interroge la nécro-violence, la catégorie de la victime et la légitimité des affects dans une histoire conflictuelle inachevée."

  • Les jeunes de la révolution égyptienne : microcosme militant et société politique Nouv.

  • Véritable institution en Turquie, le voisinage a paradoxalement été peu traité en anthropologie. À partir d'une observation participante de longue durée, complétée par des entretiens et l'utilisation de concepts et outils de l'analyse de réseaux sociaux, l'auteure étudie les relations de voisinage d'un ensemble résidentiel d'Adana pour dégager ce qui en fait la spécificité. Deux questions guident la recherche. Que reste-t-il du mode de sociabilité traditionnel qu'est le voisinage dans le contexte de la modernité turque ? Comment s'organisent les relations des différents habitants entre eux ?

    Après avoir apporté des éléments sur les modalités des relations de voisinage, marquées par la sociabilité, la solidarité, le partage et parfois le conflit, l'ouvrage porte son attention sur la formation des réseaux. Il inscrit les liens de voisinage dans l'espace comme dans leur temporalité. Au-delà de la mise en évidence de ses liens sociaux, l'étude du réseau complet de voisins et sa visualisation à l'aide de graphes font jaillir la structure des relations, montrant le rôle des femmes au foyer et des jours de réception (gün), où se retrouvent les voisines, dans l'organisation du réseau.

    Ce travail de terrain contribue à une meilleure connaissance sur le quartier et les relations de voisinage en Turquie mais intéressera, au-delà des spécialistes de la Turquie, sociologues, ethnologues, politologues qui s'interrogent sur les liens sociaux dans les espaces urbains et à leur devenir dans la société moderne.

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