Gallimard

  • Le départ en catastrophe des troupes américaines d'Afghanistan, en août 2021, a frappé le monde de stupeur. Comment la première puissance militaire du monde a-t-elle pu être vaincue par une guérilla inspirée par un islam d'un autre âge ? La question a été particulièrement ressentie en France en raison de notre intervention au Sahel, dont l'enlisement n'est pas sans faire craindre une issue comparable. Serge Michailof, grand expert en développement ayant bourlingué sur tous les continents, dont en Afghanistan et au Sahel, propose une « autopsie de ce désastre ». Il en propose une analyse méthodique et sans complaisance de la conduite des opérations militaires au dévoiement de l'aide internationale, en passant par l'échec du « nation building ». Il s'en dégage une série de leçons sur les choses à faire et à ne pas faire dont il montre pour finir l'application qui pourrait en être tirée au Sahel. Une contribution de premier ordre à l'une des plus grandes questions de l'actualité mondiale.

  • Histoire des rois de Norvège t.2 ; histoire du roi Olaf le saint Heimskringla Nouv.

    Oeuvre la plus puissante que nous ait léguée le Moyen Âge scandinave, l' Histoire des rois de Norvège fut composée vers 1230 par l'auteur de L'Edda, le poète et historien islandais Snorri Sturluson. L' Histoire du roi Olaf le Saint, qui en constitue la deuxième partie, est entièrement consacrée au souverain norvégien Olaf Fils Harald (995-1030), qui commença sa carrière en viking, en allant ravager plusieurs pays étrangers, du golfe de Finlande au détroit de Gibraltar (en passant par l'Angleterre et la France), avant de rentrer dans son pays en 1015. Élu roi de toute la Norvège, il entreprit de poursuivre l'action missionnaire de son prédécesseur, Olaf Fils Tryggvi, en imposant par le fer et par le feu le christianisme aux derniers fidèles de l'ancienne religion scandinave. S'il remporta un succès dans sa politique à l'égard du royaume de Suède, Olaf Fils Harald fut bientôt en butte aux prétentions que le roi d'Angleterre et de Danemark, Knut le Grand, émettait sur la Norvège. Face à tel concurrent, face aussi à la révolte de nombreux chefs locaux qui ne supportaient plus son gouvernement tyrannique, Olaf fut contraint à la fuite et alla trouver refuge en Russie. Deux ans plus tard, il tenta de reconquérir son trône, mais à l'annonce de son retour, ses adversaires décrétèrent la mobilisation générale en Norvège. Au cours de la bataille qu'ils lui livrèrent à Stiklestad pendant l'été 1030, Olaf fut mortellement blessé et son armée défaite. Les miracles de guérison qui lui furent attribués peu après sa mort conduisirent le clergé à le faire proclamer saint l'année suivante ; dès lors son culte se répandit rapidement en Norvège et en Suède, comme dans l'ensemble de l'Europe du Nord. Reposant sur une vaste connaissance des sources orales et écrites qui conservaient le souvenir de ce règne tumultueux, le sommet de la littérature et de l'historiographie norroises qu'est l'ouvrage de Snorri Sturluson sur Olaf Fils Harald se distingue par la méthode critique et par le prodigieux talent narratif de son auteur. Le présent volume en propose une traduction soignée, aussi élégante que fidèle au texte islandais ; elle est accompagnée d'une très riche annotation, qui apporte les explications nécessaires à la compréhension des strophes citées par l'auteur et qui éclaire sous ses différents angles la fascinante civilisation scandinave. De nombreuses annexes (tableaux généalogiques, cartes géographiques, iconographie) rehaussent encore l'intérêt de ce livre appelé à faire date.

  • Histoire des rois de Norvège t.1

    Snorri Sturluson

    • Gallimard
    • 26 Avril 2000

    Oeuvre la plus puissante que nous ait léguée le Moyen Age scandinave, l'Histoire des rois de Norvège fut rédigée vers 1230 par l'auteur de l'Edda, le poète et historien islandais Snorri Sturluson.
    Elle retrace la vie des fondateurs du royaume de Norvège depuis les origines mythiques de leur dynastie jusqu'à la bataille de Ré en 1177. L'auteur s'est arrêté principalement sur l'époque tumultueuse des IXe-XIe siècles qui vit les Norvégiens tout à la fois se livrer à des raids contre l'Europe occidentale, avant de s'implanter durablement dans plusieurs régions de la Grande-Bretagne et de l'Empire franc ; coloniser îles et archipels de l'Atlantique nord ; se doter progressivement d'un Etat unitaire, après les victoires remportées par Harald à la Belle Chevelure vers la fin du IXe siècle ; puis se rallier, non sans de farouches résistances, à la religion chrétienne que leur imposèrent par le fer et par le feu deux rois évangélisateurs, Olaf Fils Tryggvi, à l'extrême fin du Xe siècle, et Olaf le Gros, qui trouva la mort à la bataille de Stiklestad en 1030 et passa à la passa à la postérité sous le nom de saint Olaf.
    Reposant sur une vaste connaissance des sources orales et écrites qui conservaient le souvenir des actes d'éclat accomplis par les souverains de Norvège, ce sommet de l'historiographie norroise qu'est l'ouvrage de Snorri Sturluson se distingue également par la méthode critique et par l'exceptionnel talent littéraire de l'auteur. Le présent volume constitue la première partie de l'Histoire des rois de Norvège, oeuvre qui n'avait jamais été publiée dans son intégralité en langue française.
    La traduction est accompagnée de nombreuses notes explicatives, de cartes géographiques, de tableaux généalogiques et de plusieurs documents iconographiques.

    Trad. du vieil islandais par François-Xavier Dillmann. Introduction et notes de François-Xavier Dillmann.

  • Histoire de France

    Collectif

    • Gallimard-jeunesse
    • 18 Octobre 2007

    Une encyclopédie de référence pour découvrir et comprendre toute l'Histoire de France, de l'origine de l'Homme à nos jours.
    Plus de 800 questions-réponses, classées en 5 grands chapitres (la Préhistoire, l'Antiquité, le Moyen Age, l'époque moderne et l'histoire contemporaine)
    Des textes précis, clairs et accessibles, écrits par des spécialistes et conformes au programme.
    De nombreux outils pour accéder facilement à l'information (chronologies, biographies, cartes, arbres généalogiques, index).
    Une mise en page structurée, dynamique et richement illustrée (plus de 600 photos, peintures et documents d'époque).

  • Le baptême de Clovis ; 24 décembre 505 ?

    Bruno Dumézil

    • Gallimard
    • 3 Octobre 2019

    L'épisode inaugural de l'histoire de France est aussi le plus évanescent : on n'en connaît à la vérité ni le lieu, ni la date, ni les circonstances précises, ni même la portée immédiate. C'est l'écriture de l'histoire qui allait au fil des siècles faire du baptême de Clovis la scène originelle de notre légendaire national. Cette cérémonie bien réelle reste encore aujourd'hui recouverte d'épaisses couches de mythes et de fables.
    Peut-on retrouver la véritable figure de ce « roi très glorieux » qui, au crépuscule de l'Empire romain, a épousé la foi catholique, bientôt suivi d'une partie de son peuple ? Tel est l'objet de ce livre : il explore les traces fugaces d'une Gaule en mutation entre le passé romain et la civilisation médiévale ; il convoque les ressources de l'archéologie pour approcher les hommes et les paysages que Clovis va unifier ; il s'efforce de composer l'histoire de ce peuple franc appelé à fonder une nation chrétienne. C'est cette reconstitution qui confère à cette journée lointaine sa véritable dimension politique et mémorielle.
    Plusieurs récits du baptême sont possibles, que cet ouvrage revisite. Autour de Clovis, mémoire et histoire souvent s'entremêlent au service de partis et de passions que chaque époque fait naître. L'irréductible part de mystère de ce baptême des origines aura ainsi contribué à son extraordinaire postérité.

  • Contre tout espoir - souvenirs

    Nadejda Mandelstam

    • Gallimard
    • 8 Mars 2012

    A côté des noms de Soljenitsyne et de Pasternak, celui de Mandelstam est de ceux qui évoquent la résistance de l'esprit contre le terrorisme stalinien.
    C'est l'air de la liberté qu'on respire dans ce livre étouffant dont le manuscrit, rédigé sans doute en 1964, est parvenu clandestinement aux Etats-Unis sous le simple titre de " Souvenirs ". Les souvenirs commencent en 1934, lors de la première arrestation d'Ossip Mandelstam, et évoquent ses trois années d'exil à Voronej. Ils s'achèvent avec la mort du poète, dans un wagon de déportation en Sibérie, un jour incertain de 1938.
    Mais, à l'intérieur de ce cadre, Nadejda Mandelstam, sans jamais parler d'elle-même, évoque de la façon la plus vivante toute une génération intellectuelle et politique, de Boukharine à Akhmatova, de Pasternak à Chklovski , et sa rapide réduction au silence dans les années 1920-1930. A ce titre, cet ouvrage ne constitue pas seulement le commentaire le plus autorisé sur les années les plus dramatiques et les plus fécondes de celui qui est unanimement considéré comme le plus grand poète russe du XXe siècle, mais un témoignage exceptionnel sur l'asphyxie de la culture russe qui a accompagné la prise de pouvoir par Staline.
    La sincérité de l'accent, sa simplicité tragique, sa dignité, son humour donnent son plein sens au prénom dont l'auteur avait fait sa devise : Nadejda signifie en russe " espérance ".

  • être communiste en U.R.S.S. sous Staline

    Nicolas Werth

    • Gallimard
    • 12 Novembre 1981

    Le Parti sous Staline:non pas le P.C.U.S., mais, pour une fois, le parti des communistes. Présentés par Nicolas Werth, voici les textes qui racontent les tâches, les ambitions et les hantises quotidiennes des militants. Autobiographies, interrogatoires, enquêtes, rapports, directives et confessions, souvent tirés des inappréciables Archives de Smolensk, disent l'idéal et la misère de ceux qui avaient rêvé d'inventer l'homme nouveau et de mériter dans l'effort et dans la peine le digne nom de communistes.

  • L'anarchisme au sens rigoureux et historique du terme est une création française : il apparaît avec proudhon.
    Depuis, l'anarchisme n'a cessé d'être une composante permanente du socialisme en général, s'opposant aux tendances " autoritaires " dont la principale est le marxisme. au cours de son histoire, l'anarchisme a exploré plusieurs voies, et certaines ont été extrêmes : attentats, banditisme à la bonnot. toujours, une contradiction l'anime et le dynamise : le refus de voir la politique obéir à un exécutif gouvernemental conduit certains anarchistes à refuser toute forme contraignante d'organisation ; d'un autre côté, il faut bien que le mouvement se structure.
    C'est ainsi que l'anarchisme ne se laisse pas enfermer dans le seul cadre d'un courant représenté par quelques figures de théoriciens ou de militants : bakounine, kropotkine, pelloutier. il est aussi un état d'esprit dont on peut retrouver la trace dans certains aspects du christianisme ou du syndicalisme révolutionnaire, de sorte qu'il échappe au découpage traditionnel entre droite et gauche.
    Cette histoire de l'anarchisme est aussi un outil de travail très rigoureux puisque l'auteur y établit une bibliographie extraordinairement détaillée de tous les courants anarchistes.

  • Les carnets de Léonard de Vinci t.2

    Léonard de Vinci

    • Gallimard
    • 23 Mars 1987

    Une douzaine de tableaux à peine peuvent être attribués à léonard avec quelque certitude ou quelque vraisemblance ; et si l'on se référait au témoignage de ses contemporains, ce nombre se trouverait tout juste doublé ou triplé.
    L'emploi de son temps demeurerait donc une énigme, n'était l'existence des carnets. ceux-ci, en effet, comptent plus de cinq mille pages dont j'ai cherché à répartir le contenu sous quarante rubriques. je sais ce que mon classement a forcément de sommaire et d'incomplet, étant donné la variété infinie de la matière. car de cet homme qui exécuta quelques oeuvres d'art avec la plus divine perfection, on peut dire que toutes les branches du savoir lui furent familières et que ses travaux ont résumé tous les aspects d'une époque.
    Pour qui les a étudiés, ces manuscrits, produits de milliers d'heures d'activité cérébrale, attestent le travail de la plus puissante machine intellectuelle que fut jamais cerveau humain. nous sommes en présence d'ébauches d'un plan immense, approfondi, médité, mais jamais réalisé, et dont les traités - somme de recherches anatomiques, physiologiques et géologiques - ne forment qu'une partie, l'esquisse d'une vaste encyclopédie de la connaissance humaine.
    (e. maccurdy)

  • Comment des identités ont-elles pu se cristalliser à l'échelle de «pays» transformés en régions? Et, surtout, comment ont-elles été perçues par l'État central? Pour tenter de répondre à ces questions sans cesse rebattues mais toujours à partir de points de vue spécifiques, l'auteur nous propose ici une approche originale, globale et sur la longue durée.
    Globale en appréhendant les multiples facettes de ce vaste problème, qu'elles soient géographiques, politiques, économiques, sociales, littéraires ou encore culturelles. Sur la longue durée en l'abordant depuis l'époque des pagi gallo-romains jusqu'à aujourd'hui, en passant par le temps des principautés médiévales, lorsque se sont sans doute cristallisées ces premières identités, à un moment où la France se constituait, elle aussi.
    Ce faisant, on comprend mieux comment le vrai faux débat entre Girondins et centralisateurs, République et régionalisme, a contribué à renforcer les oppositions, à favoriser les formes d'instrumentalisation. Qui sait aujourd'hui, par exemple, que les «provinces» administratives ont d'abord été façonnées par l'État monarchique afin de lutter contre des entités féodales porteuses d'identités? Et ce, avant que se recombinent, au sein de ces mêmes provinces et «régions», des sentiments d'appartenance aux rapports sans cesse renégociés avec l'État central? Souvent dénoncées, parfois mises en avant, lorsque l'amour des Petites Patries régionales devait nourrir l'amour de la Grande Nation française, les identités régionales ont le plus souvent été détournées. Notamment dans une optique économique et «modernisatrice» que l'on imagine être née lors des Trente Glorieuses, mais que l'on trouve déjà sous la plume des réformateurs de la fin de la monarchie absolue.
    Si la question des identités régionales demeure aujourd'hui toujours ouverte, le détour par l'Histoire permet d'en mieux saisir les dimensions et les enjeux. Signe que passé et présent peuvent mutuellement s'éclairer.

  • Il s'était rasé de près, avait dissimulé son crâne chauve sous une perruque, pris un tram et, en cette nuit du 24 au 25 octobre 1917, s'était rendu au Palais d'Hiver pour y prendre le pouvoir sans effusion de sang. Lénine avait compris qu'il fallait saisir l'occasion favorable qui ne se représentait pas. Cinq années plus tard presque jour pour jour, dans la soirée du 29 octobre 1922, Benito Mussolini, chauve et mal rasé, vêtu d'une chemise noire, monta dans un train acclamé par la foule pour se rendre à Rome et y prendre le pouvoir. Lui aussi avait pressenti qu'il fallait profiter du moment propice. Au terme d'une insurrection de deux jours qu'il avait lui-même baptisée « marche sur Rome », sans effusion de sang ou presque, l'Italie n'eut pas seulement un gouvernement, mais une dictature.
    Si les historiens conviennent qu'il y eut non une révolution, mais un coup d'État bolchevique, il n'en va pas de même pour la marche sur Rome. Comment se peut-il qu' « un opéra-bouffe », « une kermesse maladroite », « un rassemblement sans importance d'idiots utiles », selon certains, ait donné naissance à l'un des régimes les plus tragiquement antidémocratique et impérialiste du XX e siècle ? Prenant pour fil conducteur du récit la confrontation entre l'homme d'action et l'occasion à saisir, c'est-à-dire le moment où la décision humaine intervient sur les circonstances pour fixer la voie à suivre, sans aucune garantie de succès, Emilio Gentile, dans une étude radicalement nouvelle, montre à l'oeuvre un parti organisé comme une milice qui conquiert le gouvernement d'une démocratie parlementaire paralysée par ses renoncements. Le but de la conquête est affiché depuis le commencement : détruire l'État libéral et la démocratie, grâce à l'indifférence et à la passivité de la majorité de la population. Le régime fasciste débuta dès la marche sur Rome, puisqu'il était l'inexorable conséquence de la nature même du parti fasciste.

  • La laïcité ; histoire d'une singularité française

    Philippe Raynaud

    • Gallimard
    • 21 Février 2019

    C'est un mot qui passe pour intraduisible et qui renvoie aux caractères distinctifs de notre histoire nationale. Les origines de la laïcité remontent aux guerres de Religion, où la puissance royale commence à s'émanciper de l'autorité de l'Église. C'est de cette crise originelle que part ce livre.
    L'Édit de Nantes impliquait qu'on pouvait être bon Français sans être catholique. C'est cette brèche que Louis XIV va tenter de refermer avec la Révocation, alors que la monarchie absolue tire sa légitimité moins de ses fondements religieux que de sa rationalité administrative et de son pouvoir civilisateur. Mais c'est avec la Révolution que la France cesse d'être un royaume catholique, pour s'engager dans la voie qui mène à l'État laïque, dégagé de toute conception théologique.
    Le conflit entre France catholique et France républicaine se poursuivra tout au long du XIX e siècle, avant que la III e République s'engage dans une laïcité militante que va couronner la loi de 1905. Il prendra d'autres formes avant de s'épuiser en 1984 avec la tentative avortée d'intégrer l'école privée catholique dans l'enseignement public.
    Pourtant, depuis les années 1960, l'évolution des moeurs érodait progressivement le consensus moral qui unissait croyants et incroyants, pour aboutir aux controverses autour du « mariage pour tous ».
    À ces dissensions s'est ajouté un nouveau défi, l'émergence d'une religion, l'islam, qui pose à la laïcité des problèmes inédits et introduit au sein même de l'opinion laïque des divisions profondes.

  • Rome, la ville sans origine

    Florence Dupont

    • Gallimard
    • 23 Juin 2011

    Ce livre invite à déconstruire l'idée contemporaine d'identité nationale à partir de l'Antiquité romaine.
    Pourquoi revenir à l'Antiquité ? L'Antiquité sert à conforter les penseurs contemporains qui s'y projettent, ayant le sentiment confortable que leurs idées ont toujours été là. L'anthropologie historique vise à bousculer ce confort intellectuel grâce au fameux « regard éloigné ». Pourquoi Rome et non Athènes? Athènes était une cité refermée sur elle-même. L'Athénien était citoyen de père et de mère, en fils ; le peuple d'Athènes n'accordait que rarement la citoyenneté à des étrangers.
    Rome appliquait une politique contraire. Dès les premiers temps, elle donnait largement la citoyenneté aux ennemis vaincus et aux affranchis qui, intégrés, lui ont fourni des armées innombrables et une élite sans cesse renouvelée. A partir de là, il était tentant d'aller voir quelle conception de la citoyenneté et de l'identité romaine avaient permis cette société ouverte (multiculturelle ou métissée ?) qui était celle de « nos ancêtres les Romains ».
    Or non seulement la citoyenneté romaine était un statut juridique sans contenu racial, ethnique ou culturel mais encore elle reposait sur l'origo, notion juridique complexe qui impliquait que tout citoyen romain d'une façon ou d'une autre venait d'ailleurs. Tous des étrangers : ce qu'illustre l'Enéide, poème de l'origo qui célèbre Énée, le « père » des Romains et figure de l'altérité : le héros venu d'ailleurs et qui n'a pas fondé Rome.

  • Histoire de l'Arménie

    Moïse de Khorène

    • Gallimard
    • 26 Octobre 1993

    Qui saurait retracer l'histoire de temps immémoriaux, à l'époque où la terre, à peine émergée du Déluge, commençait tout juste à se repeupler ? Telle est pourtant la mission impossible que le prince Sahak Bagratouni confie à Moïse de Khorène : écrire l'histoire de l'Arménie, depuis l'Arche de Noé jusqu'à la mort, en 439, de Mesrop Machtot's, inventeur de l'alphabet arménien.
    Partant à la recherche de ces temps disparus, Moïse retrouve le livre du savant syrien Mar Abas Catina, tiré, dit-on, des archives royales de Ninive, et il décide de le confronter à la Bible, aux historiens grecs et aux traditions non écrites de sa nation. Il en résulte une fresque grandiose, où l'épopée côtoie le coule, les proverbes et les chansons, tandis quo le folklore dialogue avec l'histoire.
    Des combats de géants, après l'effondrement de la Tour de Babel, on passe à l'affrontement des royaumes et des empires, puis à l'épanouissement de l'Arménie chrétienne, avec la traduction de la Bible et les premiers chroniqueurs. Mais bientôt le pays sombre dans l'anarchie et dans la guerre, semblant retourner au chaos primordial. Témoin capital de la mémoire collective des Arméniens, cette histoire a forgé la conscience nationale de tout un peuple.
    Connue en Europe à la fin du XVIIème siècle, elle a suscité des débats passionnés sur les sources, la date et l'identité même de son auteur. En même temps, elle n'a cessé de stimuler les recherches archéologiques, historiques et ethnographiques, devançant ou provoquant parfois d'importantes découvertes.

  • Histoire ecclésiastique du peuple anglais

    Bède Le Vénérable

    • Gallimard
    • 22 Septembre 1995

    Il est à peine croyable que cet ouvrage, l'un des plus fameux livres d'outre-Manche, ait attendu douze siècles avant d'être traduit en français.

    Bède le Vénérable, sans doute l'homme le plus savant du VIII siècle, n'est pas seulement un historien moderne, qui inaugure une nouvelle manière d'écrire l'histoire. C'est aussi un écrivain étonnant qui brosse, à l'aide de saynètes pittoresques, la chronique de ces siècles tumultueux au cours desquels la Grande-Bretagne fut convertie au christianisme par d'inlassables moines. C'est la raison pour laquelle l'auteur donne à son livre ce titre d'Histoire ecclésiastique.

    Nous découvrons ainsi, depuis la conquête romaine jusqu'à cette époque paisible du VIIe siècle, l'histoire des princes, des ermites, dit petit peuple à travers des figures surprenantes, souvent favorisées de grâces extraordinaires. Le monde d'ici-bas communique aisément alors avec le monde de l'au-delà. Les anges visitent les vivants, qui s'efforcent de bâtir en Bretagne la cité de Dieu.
    Mais le lecteur de cette fin du XXe siècle ne manquera pas d'être frappé par d'innombrables similitudes entre les temps d'alors et les temps d'aujourd'hui : interrogations sur le sens de l'existence, communication avec les morts, réflexion sur l'intégration des immigrés, recherche de la sainteté dans un monde de violence et de sensualité.

  • Le fonctionnaire de la Grande Terreur : Nikolaï Iejov

    Alexei Pavlioukov

    • Gallimard
    • 20 Avril 2017

    Le nom de lejov, ministre du NKVD, la police politique soviétique, est associé pour toujours au moment le plus sinistre de l'histoire russe, celui de la Grande Terreur (1937-1938).
    Alexeï Pavlioukov a eu accès à des archives habituellement fermées aux chercheurs, à savoir les archives centrales du FSB (les services de police politique) et en particulier aux dossiers d'instruction de lejov lui-même et de ses plus proches collaborateurs. Cherchant à se disculper, tous racontèrent dans le détail comment la machine fut mise en marche, avec ses quotas de victimes planifiés, comment elle fonctionna pendant un peu moins de deux ans et comment Staline y mit fin.
    Lejov, personnalité banale, apprenti tailleur, soldat adhérant pendant la révolution au parti bolchevik dont il devient un fonctionnaire, s'élève peu à peu à l'intérieur de l'appareil grâce à une vertu que relèvent ses chefs : l'aptitude à exécuter les ordres reçus, sans états d'âme autres que la promesse d'une promotion. Petit, timide, piètre orateur, inculte, il serait probablement depuis longtemps oublié s'il n'avait pas été envoyé s'occuper de la police politique.
    Le lecteur suit pas à pas l'ascension de lejov, puis sa chute quand Staline décide de mettre fin à la Grande Terreur et de se débarrasser de ses exécutants. Relégué, avant d'être arrêté, au ministère de la navigation fluviale, lejov ne perd jamais sa foi en Staline, comme le montre sa dernière lettre de prison à la veille de son exécution. La biographie de lejov, lequel fut un rouage essentiel de la Grande Terreur, est en réalité l'analyse d'un système avec la part de hasards, de rencontres, d'opportunités de carrière, de logique bureaucratique et d'effets sanguinaires, dictés tant par l'aveuglement idéologique que par les circonstances d'une réalité qui échappe aux plans. Cest, somme toute, la biographie scrupuleuse d'une criminalité de bureau.

  • Mai 68 ; jour et nuit

    Christine Fauré

    • Gallimard
    • 6 Mars 2008

    Ni chahut d'étudiants, ni conflit du travail, ni guerre civile : au-delà des mots et des images trop connues, du sensationnel et de la légende, Mai 68 est une forme inédite de protestation, propre au XXe siècle. Née dans une société d'opulence, prenant appui sur un contexte international en pleine mutation, cette révolte anti-autoritaire frappe, pendant deux mois, tous les secteurs de la vie active - école ou université, entreprises et usines, monde artistique - et met à mal les hiérarchies sociales. Une déferlante de colère, d'espoirs, d'écrits et de paroles qui ébranle les institutions françaises. Christine Fauré, sociologue, directeur de recherche au CNRS, retrace l'histoire encore « fumante » de Mai 68.

  • Au Tibet, plus qu'en Chine, la Révolution culturelle n'a rien laissé debout.
    Mais le vrai désastre est ailleurs : comment les Tibétains ont-ils pu prendre part à la destruction de leur propre culture? Tsering Woeser montre toute la difficulté à penser la culpabilité tibétaine engendrée par la révolution chinoise. Les vingt-trois témoignages réunis dans ce livre sont exceptionnels parce qu'ils évoquent sans réserve cette époque volontiers qualifiée de "délirante".

  • Par-delà les ténèbres blanches ; enquête historique

    Tidiane N'Diaye

    • Gallimard
    • 30 Septembre 2010

    Président Pieter Botha : « Il faudra utiliser la nourriture en tant que support du génocide que nous allons perpétrer à l'encontre des nègres. Nous avons développé d'excellents poisons qui tuent à petit feu (poisons à mettre dans la nourriture) et qui possèdent, en plus, la vertu de rendre stériles les femmes. » En Afrique du Sud, donc, l'action de résistance des Noirs opprimés a fait face à la répression féroce, sournoise, ouverte et bestiale des Blancs. Mais quelles sont les origines véritables de ce drame sanglant où se reflète avec horreur l'humaine engeance ?

    Au moment où les leçons de l'Histoire invitaient au catastrophisme, le combat d'un homme, Nelson Mandela, a déjoué tous les pronostics. Ce grand humaniste accomplira l'exploit, unique au XXe siècle, de permettre à des millions d'individus depuis toujours tourmentés par une haine blanche et noire de se réconcilier au mieux, en indiquant le chemin vers une nation arc-en-ciel.

    C'est en anthropologue, spécialiste des civilisations négro-africaines et de leurs diasporas, que Tidiane N'Diaye - dont l'oeuvre est traduite et fait débat dans le monde entier - dénoue ici, avec simplicité et brio historique, la complexe épopée sud-africaine, entre migrations croisées, nazisme tropical et rayonnante tolérance d'un homme qui donne à voir l'homme au-delà de sa peau et de ses pouvoirs.

    Écrivain et anthropologue d'origine franco-sénégalaise, Tidiane N'Diaye vit en Guadeloupe, où il travaille comme économiste à l'Insee. Il est également directeur de recherches à Sup de Co Caraïbes. Auteur de nombreuses études économiques et sociales sur les départements français d'Amérique et de plusieurs ouvrages sur les civilisations négro-africaines, il a déjà publié aux Éditions Gallimard Les Falachas, nègres errants du peuple juif (Continents noirs, 2004) et Le génocide voilé (continents noirs, 2008).

  • Imagine-t-on les Alliés, en toute connaissance du génocide des juifs, ne déférant pas en 1945 l'amiral Dönitz au tribunal de Nuremberg, mais le maintenant au pouvoir pour contrer les ambitions de Staline ? Ce fut, toutes proportions gardées, pourtant le cas au Cambodge.
    Sur une population estimée à 7 900 000 habitants, le régime de Pol Pot causa la mort de quelque 1 700 000 personnes, soit plus de 20 % de la population. L'unicité du génocide au Cambodge ne tient cependant pas seulement à ce bilan, sans égal en ce siècle, de la liquidation de presque un quart de la population d'un pays, mais à la mobilisation totale des formes raciales et sociales du crime. L'idéologie forgée par Pol Pot et son groupe a, en effet, pour principe de restaurer la grandeur historique d'une race - la khmère.
    Elle détermine donc la conquête de l'appareil du Parti, dès les années soixante, puis, à partir de l'intervention américaine en 1970, la prise de contrôle systématique de toutes les zones du maquis par l'élimination, individuelle ou massive, de la vieille garde communiste et, plus largement, de ceux que l'on juge avoir un coeur vietnamien dans un corps khmer. Elle dicte le processus mis en place dès 1970 d'éradication planifiée des minorités nationales non khmères : les Chams musulmans, les Vietnamiens, les Chinois, les Laotiens et les Thaïlandais.
    Elle commande enfin la division du peuple khmer en trois groupes : les " déchus " (les citadins et les minorités nationales) ; les " candidats " (le " peuple nouveau " pris dans les rets du régime de Pol Pot après la chute de Phnom Penh en avril 1975 et qui est la victime désignée de marches exténuantes, d'un travail harassant et d'une sous-nutrition intentionnelle destinés à le rééduquer) ; les " pleins droits " (le " peuple de base ", " libéré " zone par zone à partir de 1970 mais qui n'est de fait guère mieux traité que le " peuple nouveau ").
    " Candidats " et " pleins droits " devaient donner naissance à un peuple régénéré, à la hauteur des exigences historiques d'un Etat social égalitaire, communautaire, ethniquement épuré. De ce génocide, nous n'avons toutefois qu'une mémoire abstraite, vague, sans contours. Car les impératifs géostratégiques des Etats-Unis et de la Chine firent que les auteurs du génocide, après leur chute, ne furent pas jugés, mais soutenus contre le Viêt Nam.
    Faute que la justice soit passée, l'histoire, à l'échelle des nations, cultive une sorte d'oubli. A une époque où le plus grand nombre aime à résumer les barbaries de notre siècle finissant en quelques noms de lieux et acronymes - Auschwitz, le Goulag - tout le monde, ou presque, ignore le Santebal, la terrible police secrète du régime de Pol Pot, et le centre d'exécution de Tuol Sleng. Comme s'il s'était agi d'un génocide sans importance.

  • D'Edo à Tokyo ; mémoires et modernités

    Philippe Pons

    • Gallimard
    • 2 Mars 1988

    Philippe Pons cherche à renouer, dans son foisonnement sensible, les fils épars d'une «culture ordinaire», prégnante et perdurable, qui sourd d'une «petite tradition» et s'exprime dans des attitudes, des pratiques, des «riens» du quotidien. Une tradition qui forme le substrat de la modernité japonaise contemporaine, dont il faut situer les racines non pas dans l'époque Meiji, moment du basculement dans l'ère industrielle, mais dans celle qui la précéda : le règne des Tokugawa (XVIIe-XIXe siècle). Deux siècles et demi dominés par la culture des marchands d'Osaka puis d'Edo (ancien nom de Tokyo), qui furent en quelques sorte la période d'incubation de la modernité japonaise.
    Partant de Tokyo, de son histoire et de ses moeurs, il s'est agi de mettre en valeur certains héritages pour tenter d'en discerner les échos dans le Japon moderne. Plus le sujet s'élargit et plus Tokyo s'éloigne pour n'être qu'une référence, le point d'ancrage d'une mémoire populaire réfugiée dans les gestes apparemment les plus insignifiants, les savoirs intériorisés des corps : un temps des peuples qui ne correspond pas obligatoirement à celui des élites.

  • Lettre ouverte à l'Afrique cinquantenaire

    Edem Kodjo

    • Gallimard
    • 28 Octobre 2010

    Alors que nombre de pays africains fêtent les cinquante ans de leur Indépendance, Edem Kodjo, ancien premier ministre du Togo et surtout ancien secrétaire général de l'Organisation de l'Union Africaine (OUA), lance un cri d'alarme et d'amour à l'Afrique.
    De ce continent qu'il appelle sa « mère », son « amour », il aimerait voir ses enfants se lever, se mobiliser enfin et prendre leur destin en main. Edem Kodjo fustige la paresse, l'indolence, la « masse » inerte de ce continent pourtant assis sur des richesses exceptionnelles, humaines comme matérielles. A l'heure de la fête, pas de quoi se réjouir. Des années après l'Indépendance, un vent de liberté démocratique a soufflé, dans les années 1990.
    Lors du congrès de Lagos, les Africains ont voulu faire le pari de la démocratie. Mais les despotes se sont contentés de ne lâcher qu'un peu de lest. Et le mythe technocratique des « états émergents » est né, qui a relancé les pays occidentaux dans l'exploitation des richesses du sous-sol africain. Malgré les conférences d'Alger et de Lomé en 1999, les coups d'Etat ont repris. Car le peuple ne pouvait croire longtemps à la parodie démocratique.
    Ce qui manque cruellement au continent, selon Edem Kodjo, c'est le sentiment de justice. L'Afrique doit se reprendre en main, s'appuyer sur ses richesses pour se hisser sur le devant de la scène, comme l'a fait la Chine en quelques années. Edem Kodjo enrage de recevoir encore les leçons de l'homme blanc et voudraient que les Africains administrent enfin la preuve qu'ils sont bons à quelque chose. L'Afrique doit se comporter en adulte : « L'heure de nous-mêmes a sonné », disait Aimé Césaire.
    Edem Kodjo doute que les Africains aient réellement pris conscience de l'Indépendance qu'ils célèbrent. Ils doivent cesser de singer l'Europe et adapter l'idée de démocratie à leur propre culture. Cette courte lettre ouverte, écrite par une personnalité qui compte en Afrique, ne manque pas de force et de poids. Elle fera sans doute grincer certaines dents, mais, venant d'un homme qui aime sincèrement son continent et a une vision de rassemblement, fera avant tout l'effet d'un appel.

  • À l'Ouest, les combats entre belligérants cessent le 11 novembre 1918. Pas dans l'Est européen ni au Levant : révolutions, contre-révolutions, guerres entre États et guerres civiles éclatent, continuent ou reprennent, sur les ruines des anciens empires allemand, russe, austro-hongrois et ottoman. Il faut attendre 1923 pour parvenir à un apaisement relatif. Cette spirale de conflits constitue, notamment pour les populations civiles, soumises à de multiples violences, une épreuve au moins aussi cruelle que la Grande Guerre. Dans ce contexte bouleversé, la France, forte d'une prépondérance militaire inédite, tente, non sans difficulté, avec ses diplomates, ses soldats et ses alliés, de mettre en place un nouvel ordre stratégique.

    Grâce à ce catalogue de l'exposition À l'Est la guerre sans fin. 1918-1923 du musée de l'Armée, aux textes, aux cartes et aux essais des meilleurs spécialistes, aux objets issus de plus de quinze pays différents, découvrez une période méconnue mais cruciale, et comprenez pourquoi, cent ans après, la guerre gronde encore aux frontières de l'Est et du Levant..

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