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  • Europe contre Europe : entre liberté, solidarité et puissance Nouv.

    Politique agricole, relance économique, vaccin contre le Covid-19, législation environnementale, etc. : l'Union européenne joue un rôle essentiel et controversé dans la vie de ses habitants depuis des décennies. Sur toutes ces questions, trois modèles s'affrontent : l'Europe du marché, l'Europe solidaire et l'Europe puissance.
    À partir d'archives inédites, Laurent Warlouzet revisite l'histoire du continent au prisme de la lutte homérique entre ces trois visions depuis 1945 : l'Europe du marché, souvent dénoncée pour ses dérives ultralibérales, surtout depuis la tragédie grecque du début des années 2010 ; l'Europe solidaire, celle des législations sociales et de la promotion de l'égalité hommes-femmes, qui a conduit la majorité des syndicats britanniques à appeler à voter contre le Brexit ; l'Europe puissance, enfin, évanescente sur le plan militaire, mais s'exprimant dans les projets de politique industrielle communautaire ou dans la lutte contre les GAFAM, et voulant s'imposer face à ses concurrents, États-Unis, Russie ou Chine.
    Cette nouvelle histoire de l'Europe, vivante, heurtée et mouvementée, nous montre que l'organisation de l'Union ne suit pas une logique mécanique et univoque. En exhumant des projets abandonnés mais sérieusement envisagés, elle propose aussi autant de futurs possibles dont les Européens pourraient se saisir.

  • Comment travailler sur les génocides et les crimes de masse?? Comment parvenir à élaborer des savoirs, lorsqu'on est confronté quotidiennement à des récits et à des témoignages insoutenables?? Quelles sont les responsabilités scientifiques et sociales des chercheurs et chercheuses étudiant ces sujets qui défient l'entendement humain??
    Ce livre ambitionne d'approfondir la connaissance de ces atrocités mais aussi d'apprécier les efforts considérables déployés par les scientifiques pour parvenir à comprendre de tels phénomènes, à la fois uniques dans leurs mises en oeuvre mais comparables dans leurs mécanismes d'éradication de groupes humains et de personnes.
    Les spécialistes réunis ici ont accepté de réfléchir à leurs relations avec leur objet de recherche et d'enseignement, d'expliquer pourquoi celui-ci s'est progressivement imposé à eux, d'exposer comment leur choix a emprunté des chemins personnels ou procédé d'interrogations que les champs disciplinaires peinent à assumer. Ils et elles se confient aussi sur l'épreuve et les vertiges qu'entraîne la confrontation avec des passés aussi terrifiants, confrontation destinée à armer la connaissance et à lui redonner du pouvoir face à des mondes de destruction et de négation.

    Avec les contributions de :

    Taner Akçam, Claire Andrieu, Annette Becker, Irène Bellier, Alain Blum, Johann Chapoutot, Jean-Pierre Chrétien, Catherine Coquio, Christian Delage, Isabelle Delpla, Ingolf Diener, Sarah Gensburger, Fatma Müge Göçek, Jan Gross, Anne Yvonne Guillou, John Horne, Joël Hubrecht, José Kagabo, Dzovinar Kévonian, Raymond H. Kévorkian, Hans-Lukas Kieser, Reinhart Kössler, Joël Kotek, Anouche Kunth, Sandrine Lefranc, Sarah Lozé, Henning Melber, Claire Mouradian, Véronique Nahoum-Grappe, Renée Poznanski, Richard Rechtman, Yves Ternon, Karine Vanthuyne.

  • En Syrie, terre de passage depuis des millénaires, chaque civilisation a laissé sa trace et des milliers de sites y sont répertoriés. Ce n'est cependant qu'à la fin du XVIIe?siècle que des Européens commencent à s'intéresser à ces vestiges. La description de Palmyre par le pasteur Halifax en 1691, puis celle des «?antiquaires?» Robert Wood et James Dawkins en 1751, ainsi que le récit de voyage de Richard Pococke en 1737, sont à l'origine d'un véritable engouement pour les ruines syriennes. Jusqu'au milieu du XIXe?siècle, aventuriers et érudits n'hésitent pas à s'aventurer dans des régions inexplorées, comme le Hauran ou la vallée de l'Euphrate.
    Aux voyageurs succèdent les savants pour étudier ce riche patrimoine et éclairer une histoire mal documentée. Le mandat exercé par la France sur la Syrie et le Liban après la Première Guerre mondiale entraîne l'ouverture de multiples chantiers archéologiques et épigraphiques dont beaucoup étaient encore actifs en 2011. À cette date, une vingtaine de missions internationales oeuvraient à exhumer et à mettre en valeur un patrimoine exceptionnel. Mais les destructions et pillages massifs occasionnés par dix ans de guerre y ont depuis causé des pertes irréparables.
    L'auteur nous raconte cette aventure archéologique haute en couleur et ses principales découvertes depuis le XVIIe?siècle.

  • Tant que le théâtre est en crise, il se porte bien », assurait Jean Vilar à la fin des années 1960. Provocation, boutade de cet homme de théâtre ? Bien au contraire, comme le montre cet essai qui renouvelle l'histoire des spectacles et contribue, plus largement, à une histoire sociale, culturelle et politique de la nation.
    Les discours autour de la « crise du théâtre », qui trouvent leurs prémices au siècle des Lumières, se déploient particulièrement à partir des années 1890, en lien avec l'industrialisation du secteur et la concurrence d'autres formes de loisirs. L'auteure étudie les discours eux-mêmes, leurs auteurs, et les acteurs qui les véhiculent, mais aussi et surtout, leurs effets dans les pratiques.
    Car ces discours, parfois mortifères et nauséabonds, puisant dans des registres pluriels - moral, politique, esthétique, économique ou social - ont profondément modifié les catégories de jugement, les répertoires, les comportements, les goûts des spectateurs et les politiques publiques.
    L'auteure consacre ses recherches à la France, qui entretient des relations passionnées avec le théâtre, tout en esquissant des comparaisons avec d'autres pays européens.
    Si ces discours de crise se sont ainsi perpétués, c'est aussi - et tel n'est qu'un des nombreux paradoxes apparents de cette histoire - parce qu'ils ont permis de forger une unité de groupe et de procurer une légitimité à ce petit monde, avant tout masculin, qui aime la controverse.
    Ce livre permet ainsi d'éclairer sur la longue durée les questionnements actuels autour des sentiments déclinistes.

  • La France a une relation particulière avec les coups d'État. C'est chez elle, au début du xviie siècle, que le terme a été créé?; elle est aussi l'un des pays d'Europe qui en a connu le plus. Mais avec le temps, la signification du coup d'État a bien changé. De manifestation éclatante et louable de l'autorité royale, il est devenu synonyme, depuis 1789, de captation illégale du pouvoir par un homme ou un groupe, agissant par surprise et avec violence. Si tout le monde peut aujourd'hui s'entendre sur cette définition, il est beaucoup plus difficile d'établir avec certitude quels événements de notre histoire contemporaine y répondent.
    Le coup d'État est très vite devenu moins un concept qu'un élément de la polémique politique, à laquelle les historiens ont parfois eu du mal à échapper. Comment par exemple étudier les débuts de la Cinquième République en faisant abstraction du «?coup d'État permanent?» dénoncé par François Mitterrand?? L'auteur examine les variations et utilisations de ce concept tout sauf neutre. Il s'attache à décrire les coups d'État de référence, mais également ceux qui ont échoué, ceux qui n'en étaient pas vraiment, et nombre d'événements qui ont pu être qualifiés comme tels, au moins à un moment donné, par certains contemporains ou historiens.
    Du 18 Fructidor au putsch d'avril 1961, en passant par le célèbre coup d'État du 2 décembre 1851, l'auteur nous invite à découvrir l'histoire de ces objets politiques mouvants et à revisiter notre passé avec un regard original.

  • Longtemps passées sous silence, la sexualité dans les empires coloniaux et la domination sur les corps apparaissent aujourd'hui comme des sujets de recherches majeurs. Les héritages de cette histoire font désormais débats dans nos sociétés de plus en plus métissées et mondialisées. Six siècles d'histoire ont construit des imaginaires, des fantasmes et des pratiques analysés dans cet ouvrage au fil des cinquante contributions de spécialistes internationaux.
    Coordonné par un collectif paritaire de dix chercheur.e.s de plusieurs disciplines, l'ouvrage Sexualités, identités et corps colonisés tisse des liens entre passé et présent, et explore les nombreuses facettes de cette histoire. La publication de Sexe, race & colonies en 2018 a initié débats et polémiques, mais a aussi reçu un écho sans précédent. Ce nouveau livre va plus loin.
    Aux quinze articles majeurs du précédent ouvrage, réédités pour les rendre accessibles au plus grand nombre, ont été ajoutées trente contributions inédites éclairant la transversalité de cette question dans tous les empires coloniaux jusqu'aux sociétés postcoloniales actuelles. Ce livre permet de saisir comment la sexualité et les hiérarchies raciales ont été consubstantielles à l'organisation du pouvoir dans les empires et à l'invention d'imaginaires transnationaux. Déconstruire les regards coloniaux qui sont omniprésents dans nos représentations suppose de regarder en face cette hégémonie sexuelle mondialisée et ce passé, aussi complexe soit-il. C'est à ce prix qu'une décolonisation des imaginaires sera possible.

  • Voici la première étude sur la guerre civile syrienne faite à partir d'entretiens réalisés en Syrie même et dans les pays voisins.
    2011 : des centaines de milliers de Syriens de toutes confessions et origines ethniques manifestent pacifiquement pour réclamer la démocratisation du régime. La violence de la répression les contraint à prendre les armes, à organiser une contre-société et à regrouper des unités militaires improvisées au sein de l'Armée syrienne libre.
    Après 2013, cette logique inclusive et unanimiste cède progressivement devant la montée des groupes transnationaux comme le PKK et l'État islamique, marginalisant les groupes les plus modérés.
    Comment se structure l'économie de guerre ? Quels sont les effets de la guerre sur la société syrienne ? Quelles nouvelles hiérarchies communautaires et sociales résultent de la violence généralisée ? Comment les trajectoires sociales des Syriens sont-elles affectées ?
    Un livre unique qui combine une recherche de terrain - rare sur le conflit syrien - et une réflexion théorique novatrice sur les situations de guerre civile.

  • Ouvrir les portes de la cité la plus fameuse de l'histoire médiévale russe, Novgorod, c'est entrer dans un monde fabuleux et méconnu, aux origines mêmes d'une puissance millénaire. Pour en saisir l'esprit, il faut naviguer entre les textes et les vestiges, tenter de faire la part du mystère et de la vérité historique. Riourik, héros mythique, y a-t-il fondé la Russie, ou la «?Ville Neuve?» est-elle apparue lorsqu'une libre association d'aventuriers vikings, commerçant les armes à la main, s'est installée aux bords du fleuve Volkhov?? Novgorod invite à l'aventure et au rêve.
    L'historien Pierre Gonneau nous guide à travers l'écheveau des rues et des monuments de la ville la plus peuplée de Russie au début du XIIIe?siècle, avec près de 30?000 habitants. Comme les marchands allemands de la Hanse venus acquérir de précieuses fourrures, l'auteur s'arrête devant la blanche cathédrale Sainte-Sophie, symbole du lieu. Il parcourt le territoire sur lequel cette cité exerçait son pouvoir, envoyant ses jeunes gaillards batailler sur les rives de la mer Blanche comme aux confins de la Volga.
    Les aspects politiques, économiques et artistiques y sont présentés avec précision, rappelant la puissance et le rayonnement de cette cité libre, presque «?république?», qui résiste à Alexandre Nevski. Si ce modèle politique disparaît sous les coups d'Ivan III en 1478, il subsiste encore un peu de cet esprit si singulier dans les icônes et les manuscrits de prestige, comme dans les étonnants billets sur écorce de bouleau qui racontent les travaux et les jours.

  • Orientales

    Henry Laurens

    Voici réunis en un seul volume les quatre opus d'Orientales, recueils des grands textes de Henry Laurens et jalons essentiels pour comprendre les évolutions du monde arabe. Expédition d'Égypte, IIIe République et Islam, rencontre de civilisations au Levant, Méditerranée et Proche-Orient, question de Palestine, notion d'Empire dans l'histoire, printemps arabes, politique française au Liban, héritages des Frères musulmans...L'histoire contemporaine de l'Orient arabe éclaire puissamment les soubresauts de notre actualité. À l'heure de la lutte contre l'État islamique, de la guerre civile en Syrie, du regain de tension entre Israël et les Palestiniens, la mise en perspective historique de Henry Laurens permet de saisir les ruptures et les continuités, le jeu des alliances et la force des idéologies.
    Le récit fascinant de deux siècles d'Orient. Une fresque vivante que seules la passion d'un orientaliste, la clarté d'un savant et la force d'un conteur pouvaient peindre.

  • On croit souvent qu'en terre d'islam, l'alcool se serait heurté au mur infranchissable de l'interdit religieux. Comme si le Coran - qui prohibe le vin ici-bas, mais le promet dans l'au-delà -avait réglé la question une fois pour toutes.

    Comment comprendre, alors, la promotion du raki, dont la production est attestée dès le XVIe?siècle, au rang de «?boisson nationale?» dans la Turquie moderne?? Ou le goût parfois immodéré du sultan Mahmud II pour le champagne??

    En réalité, dans une longue durée rythmée par l'alternance de périodes de prohibition et de libéralisation, vins et autres boissons alcoolisées n'ont cessé d'être consommés dans l'immense espace multiconfessionnel de l'Empire ottoman. C'est cette histoire discrète, histoire des marges et de la transgression, mais aussi de véritables «?cultures du boire?», qui se trouve ici révélée.

    Des tavernes interlopes d'Istanbul aux libations secrètes des en passant par les vignobles de Thrace ou d'Anatolie, des rituels soufis aux éclats de la poésie bachique, des indignations plus ou moins feintes des religieux aux hésitations du pouvoir - jusque dans la Turquie actuelle -, l'alcool devient le précipité d'une vaste histoire sociale, culturelle et politique.

    Épilogue de Nicolas Elias et Jean-François Pérouse, «?Boire dans la Turquie d'Erdogan?».

  • Comment les protestants ont-ils traduit leur réintégration progressive dans la communauté nationale à partir de 1789 en participant à la vie politique française?? Quelle a été leur attitude lors de grands moments qui ont marqué l'histoire de notre pays?? Telle est la question générale à laquelle cet ouvrage s'attache à répondre.
    La Révolution française, qui affirme l'égalité entre les hommes quelle que soit leur religion, marque pour les protestants une date capitale, après l'édit de 1787 qui - tout en mettant fin à une longue période de persécutions - se contentait de leur accorder un état civil laïc. De fait, les protestants n'ont aucune raison de regretter la «?monarchie chrétienne?» de Louis XIV et de ses descendants, au contraire. Si bien que, tant que le clivage entre la gauche et la droite a été l'acceptation profonde, ou le refus déterminé, des Principes de 1789, la grande majorité des protestants se sont retrouvés à gauche de l'échiquier politique.
    De 1789 à nos jours, en passant par le bref gouvernement dirigé par William Waddington en 1879 et composé pour moitié de ministres protestants ou le gouvernement de Pierre Mauroy en 1981, qui comprenait cinq ministres et trois secrétaires d'État protestants, André Encrevé éclaire minutieusement les choix faits par ces hommes ou ces femmes, lors de périodes et d'événements décisifs?: Révolution française, Premier Empire, monarchie de Juillet, Second Empire, Commune de Paris, affaire Dreyfus, séparation des Églises et de l'État, Seconde Guerre mondiale, Guerre d'Algérie...
    Il propose ainsi une histoire saisissante des protestants français en politique sur plus de deux siècles.

  • La Méditerranée au XIVe siècle, un modèle pour comprendre l'Asie de l'Est du xxie siècle ? C'est la thèse de François Gipouloux dans cette somme ambitieuse.
    La « Méditerranée asiatique », qui s'étend de Vladivostok à Singapour en passant par la mer Jaune et la mer des Célèbes, est l'un des grands poumons de l'économie mondiale. Un espace maritime bordé de métropoles portuaires, de pôles industriels et de places financières, caractérisé par l'autonomie des centres urbains. L'Asie de l'Est, et en particulier la Chine, bascule lentement de son assise continentale, collectiviste et autarcique, vers l'Asie maritime, ouverte et commerçante. Elle réactive ainsi une tradition éteinte depuis la fin des grandes expéditions qui, au début du XVe siècle, avaient conduit les flottes chinoises sur les côtes de l'Afrique orientale. Une étude fondamentale, dans la tradition des grands travaux de Fernand Braudel.

  • L'histoire de la Révolution mexicaine se résume pour beaucoup à ses emblèmes, Pancho Villa et Emiliano Zapata, figures mythiques, mélanges de folklore et d'aventure. Pourtant, le conflit qui a secoué le pays entre 1910 et 1917 fera un million de morts, et préfigure par certains aspects la Première Guerre mondiale tant par les techniques employées que par le jeu des grandes puissances. Une révolution populaire qui se déroule aux portes des États-Unis, un voisin agressif, qui n'hésitera pas à intervenir : Pershing, Eisenhower ou MacArthur y feront leurs premières armes.
    Phénomène national, alimenté par les profondes divisions sociales et les antagonismes régionaux, la Révolution mexicaine n'ignore pas l'étranger : dans ce pays divers, vivent des dizaines de milliers d'immigrés de toutes origines (Américains, Chinois, Japonais, Français). Beaucoup sont liés à l'Europe, et notamment à la France. Mercenaires, diplomates, hommes d'affaires ou employés, mais aussi militants, anarchistes et bandits y jouent un rôle important, souvent méconnu. Situer ces étrangers dans le conflit, c'est revoir la Révolution mexicaine sous un nouvel angle, résolument mondial.

  • Quel auteur la police épia-t-elle même le jour de ses obsèques ? Jules Vallès, bien sûr ! Quel grand poète français fut soupçonné d'être un agent de l'Intelligence Service britannique ? Jacques Prévert, sans nul doute ! Quel écrivain adressait des lettres d'amour à son percepteur ? Boris Vian, pardi !
    Dans ce livre, Bruno Fuligni révèle l'existence de dossiers de police sur les principaux écrivains français, de Victor Hugo à Jean-Paul Sartre. Des dossiers généralement constitués d'une succession de notes brèves, accumulées sur des décennies, émanant d'indicateurs plus ou moins bienveillants : comptes rendus de manifestations publiques, rapports sur l'origine et le milieu du personnage en cause, rapports de filature, indiscrétions diverses... Ils comportent aussi bien des jugements généraux sur la moralité de nos grands auteurs que des informations factuelles sur leurs activités, leurs amours, leurs ridicules et leurs petites manies.

  • À plusieurs reprises au XXe siècle, des politiques d'État délibérées, ciblant des minorités racialisées et désignées comme ennemi absolu, ont planifi é leur extermination méthodique, systématique et infi niment destructrice. Catastrophes longtemps tenues pour innommables et intraduisibles, les génocides font aujourd'hui l'objet de nombreux travaux de recherche et d'importants investissements pédagogiques.
    Restituant l'histoire des bourreaux qui ont conçu les projets génocidaires et les ont mis en oeuvre, mais aussi celles des victimes, des rares témoins et des sauveteurs, ce numéro veut contribuer à mieux penser et enseigner les génocides.

  • Grand mouvement de renaissance intellectuelle et culturelle, fondé sur une rupture avec le Moyen Âge, un retour à la culture antique et une foi dans la perfectibilité de l'homme, l'humanisme a nourri les réformes du XVIe siècle dans un contexte d'angoisse religieuse et eschatologique extrême. Dans ce dossier de la Documentation photographique, Denis Crouzet montre le souci de «désangoissement»qui préside aux différentes réformes religieuses et analyse les conflits et la violence déchaînés par la rupture de l'unité chrétienne.

  • Débarrasser la Beat Generation des clichés qui l'encombrent et font parfois oublier la vigueur du réveil qu'elle initia... Ce livre bouscule le bon ordre des discours convenus. Il fait entendre, aux côtés de la Sainte Trinité Ginsberg-Kerouac-Burroughs, des voix trop souvent minorées : voix de femmes (Diane di Prima, Ruth Weiss, Joanne Kyger, Hettie Jones, Anne Waldman...) ou d'hommes (Philip Lamantia, Michael McClure, Brion Gysin, Claude Pélieu, LeRoi Jones, Gary Snyder...) qui, artistes, poétesses et poètes, ont été relégués au second plan, par habitude, par indifférence, par incompréhension.

    Que nous disent, aujourd'hui encore, ces femmes et ces hommes qui surent prendre leur responsabilité, dénonçant l'intolérance d'une Amérique blanche, malmenant l'ordre établi, inventant de nouvelles manières de vivre ? Sur quelles scènes (poétique, politique, musicale) et par quels acteurs (avant-gardes, free press, icônes rock - Bob Dylan, Jim Morrison, Genesis P. Orridge, Patti Smith) leur exigence a-t-elle été relayée ?

    Les combats que les Beats menèrent, dénonçant la servitude consumériste, brisant le « politiquement correct », restent à l'ordre du jour. Ils ont incarné une résistance dont nous mesurons l'actualité : ouverture au monde quand les nations se replient sur elles-mêmes, défense de la parole poétique contre les langages idéologiques et mercantiles, respect de la nature dans un siècle écocide, refonte de l'exigence politique, invention de vies parallèles à l'âge de la gestion du capital humain...

    L'actualité des écrivains beat doit être réaffirmée avec force. L'alternative qu'ils ont défendue dénonçait les impasses d'une modernité prométhéenne déchaînée. Désormais notre présent.

  • Cette histoire de l'ancien régime japonais est la réédition d'un ouvrage paru en 1990 de l'historien Ninomiya Hiroyuki. Spécialiste de la France moderne, Ninomiya retrace ici l'histoire de son propre pays pour un public francophone et la « traduit » en quelque sorte, la met en perspective pour la rendre parfaitement compréhensible.
    En un style clair et concis, il revisite la foisonnante période qui court de la fin du XVIe siècle à l'effondrement du régime de shogun dans les années 1860. Tour de force étonnant qui permet de mieux comprendre aussi bien la nature d'une société d'ordres engagée dans un processus de modernisation, que le contexte historique donnant naissance au théâtre kabuki, à la poésie haïku ou à la peinture des estampes. Une époque charnière marquée par l'essor de la population urbaine, le développement d'un capitalisme marchand, mais aussi par une conflictualité sociale forte et une vitalité culturelle étonnante.
    Une échappée belle au coeur de cette époque d'Edo qui précède et annonce les grands bouleversements de Meiji.

  • Quel est le véritable esprit de la Ve République ?
    En revenant au texte constitutionnel de 1958, Frédéric Rouvillois livre une analyse puissante et inégalée des lignes de force et des ambiguïtés de notre régime politique « semi-présidentiel ». Spécialiste du droit constitutionnel, l'auteur nous permet de comprendre pourquoi et comment la Ve République a pu évoluer dans une direction et non pas dans une autre. Et comment elle peut encore évoluer : un système se transforme en fonction de son point de départ. À l'heure où résonnent encore les idées et expressions (« la faillite du système », par exemple) qui ont commandé sa genèse, il reste plus utile que jamais de revenir aux origines de notre système politique. Un ouvrage didactique, précis et indispensable.

  • Pendant près de 130 ans, l'Église catholique en Algérie participe au système colonial au point d'en devenir l'un des piliers. Les Français importent une religion qui marque le territoire avec ses églises, le son des cloches, les processions... Un nouvel environnement sonore et visuel s'impose aux colonisés. Parallèlement, les Algériens font l'expérience de la ségrégation légale, sociale et culturelle. Que reste-t-il de cette Église qui s'est posée en héritière de la prestigieuse Église d'Afrique, celle des Augustin, Cyprien ou encore Tertullien ?
    À partir d'archives privées et publiques, mais aussi de la presse et d'une riche bibliographie, Oissila Saaidia retrace l'histoire du catholicisme en Algérie de 1830 à nos jours. Au fil du temps, l'infrastructure paroissiale se met en place, les écoles se construisent, les pèlerinages voient le jour alors que le faste des célébrations liturgiques entend rappeler la supériorité de la Croix sur le Croissant. Puis, 1962 : comment se situer dans l'Algérie algérienne et musulmane ? De l'euphorie de l'indépendance aux lendemains de la décennie noire, des espoirs des années 1960 aux inquiétudes devant un avenir incertain, un nouveau chapitre de l'histoire de l'Église en Algérie continue de s'écrire.
    Près de vingt-cinq ans après ses premiers travaux sur le catholicisme en Algérie, Oissila Saaidia livre la première synthèse sur cette histoire partagée, sans en occulter les ambiguïtés et les contradictions.

  • C'est à une nouvelle histoire des historiens que nous convie cet ouvrage, à la lumière d'une notion dynamique et féconde, celle de génération. Les 58 auteurs réunis dans ce volume explorent pour la première fois l'évolution de leur discipline à l'aune des « générations historiennes » qui l'ont façonnée. De Jules Michelet à nos jours...
    Trois grandes parties forment la trame de cet ouvrage choral. La première fait revivre deux siècles d'historiographie française en dressant le portrait de 14 générations qui se sont succédé depuis le début du XIXe siècle.
    La deuxième partie donne la parole à une trentaine d'historiennes et historiens nés entre 1942 et 1983, invités à retracer leur propre itinéraire. Ont-ils eu le sentiment d'appartenir ou non à une génération et de s'inscrire en rupture par rapport aux précédentes ?
    Enfin, à partir d'une quinzaine d'études de cas (la Révolution française, l'histoire coloniale, l'histoire des femmes...), la troisième partie revisite, sous l'angle générationnel, les grands débats qui agitent le champ foisonnant du travail historique.

  • 17 novembre 1869 : le canal de Suez est inauguré en grandes pompes, en présence de l'impératrice Eugénie. Mais la construction du canal, débutée en 1859, ne s'est pas faite sans heurts. Ferdinand de Lesseps et la France ont en effet bataillé durant de longues décennies avant de convaincre l'Empire ottoman, dont l'Égypte n'était qu'une province, de son bien-fondé.
    Accusée d'être un instrument de colonisation de l'Égypte au profit de la France, la Compagnie universelle du canal de Suez, « État dans l'État », est très critiquée par l'Empire ottoman. Celui-ci craint qu'un canal maritime séparant matériellement l'Égypte du reste de l'Empire rende illusoire la souveraineté du sultan sur ce territoire, et ouvre la porte à une domination occidentale inacceptable.
    Cet ouvrage ne propose pas une énième histoire du canal de Suez ni sur le plan technique, ni sur le plan diplomatique, mais il entend combler une lacune considérable : l'étude de cette histoire du point de vue ottoman, des projets à l'exploitation en passant par la construction du canal. Procès, arbitrages, polémiques : bien avant la « crise de Suez » de 1956 liée à sa nationalisation, le canal était déjà au coeur d'un jeu de puissances entre Orient et Occident.

  • Clemenceau n'a pas théorisé son action, ni laissé de texte fondateur sur sa pensée politique. Ne se trouvent que des traces dispersées, exploitées ici pour approcher au plus près la pensée, mouvante et complexe, de cet homme politique dont beaucoup se réclament, encore aujourd'hui.
    On découvre un Clemenceau plus girondin que jacobin, soucieux de promouvoir une décentralisation poussée, des universités libres?; un homme d'action s'offusquant moins des caricatures dont il pouvait être l'objet que de ses portraits sculptés ou peints, craignant d'être figé dans une posture. Peu à peu sont dressés les contours d'une République idéale à travers sa lecture des moments forts de l'histoire française, sa conception des institutions, de la question sociale, de l'éducation ou de la religion... Enfin est étudié le Clemenceau pensant et agissant à l'étranger - ses réflexions sur l'Amérique latine, l'Asie ou le Levant sont saisies avec précision -, ainsi que sa réception au-delà des frontières - notamment au Royaume-Uni et en Allemagne.
    Un portrait original du Tigre.


    Avec les contributions de Jean-Jacques Becker, Serge Berstein, Jean-Pierre Chevènement, Jean-Noël Jeanneney, Gérard D. Khoury, Gerd Krumeich, Mona Ozouf, Yves Saint-Geours, Matthieu Séguéla, Bertrand Tillier, David Watson, Michel Winock.

  • Successivement part des empires romain, byzantin, ottoman, le territoire de l'Asie Mineure et de la Thrace orientale a été d'abord hellénisé, puis turquisé. À l'issue de la Première Guerre mondiale, et avec le démantèlement de l'Empire ottoman, il devient le territoire national de la jeune République turque. Le pouvoir nationaliste des Jeunes Turcs puis des Kémalistes, appliquant une politique d'« ingénierie démographique » visant à l'éradication des minorités chrétiennes - Arméniens, Grecs, Assyro-Chaldéens -, a imposé dans la première moitié du xxe siècle une homogénéisation ethno-nationale, au prix d'événements traumatiques - massacres, purifications ethniques, génocide. Il s'est trouvé ensuite confronté au défi de l'assimilation de sa minorité musulmane kurde. Ces événements violents ont provoqué la dispersion de ces populations minoritaires en diasporas, auxquelles s'ajoute désormais la communauté transnationale turque plus récente, projection éclatée de l'espace anatolien sur l'Europe et le monde. Un lien mémoriel fort continue de relier la plupart de ces populations diasporiques avec leurs « patries perdues ».

    En s'intéressant aux interfaces maritimes et continentales du territoire turc, l'auteur nous donne, par une approche géo-historique, des clés de compréhension de cet espace péninsulaire entre Europe et Asie, et des peuples qui l'ont habité.

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