Pu De Paris-sorbonne

  • Comment a été écrite l'histoire des Juifs d'Afrique du Nord ? L'ouvrage répond à cette question - qui n'a jamais été réellement posée jusqu'à présent - en s'intéressant à ceux qui ont fait l'historiographie des Juifs du Maghreb, aux méthodes et aux sources qu'ils ont utilisées, ainsi qu'au public touché. L'étude se déroule précisément dans le contexte de la société coloniale.

    Du fait de la mainmise française au sud de la Méditerranée, les Juifs entrent progressivement dans la modernité occidentale. Si l'on doit admettre que les récits historiques ne sont pas absents de la littérature traditionnelle, il n'en reste pas moins que l'histoire, en tant que genre savant tel qu'il était en train de se développer en France, se diffuse à partir du XIXe siècle dans le monde juif.

    Le passé juif devient donc objet d'histoire, une histoire écrite en français, à destination d'un public varié, juif ou non. Les premiers historiens avaient été d'abord des membres des élites juives, venus de France ou formés dans la métropole. Si les auteurs juifs avaient été nombreux, ils ne furent pas pour autant les seuls à s'intéresser au destin des israélites en terre maghrébine. Du fait de leur position singulière, les Juifs ne manquèrent pas de susciter la curiosité des savants coloniaux qui s'étaient penchés sur leurs origines et plus spécifiquement sur leurs liens avec les populations berbères. Ainsi le passé juif entra-t-il dans la bibliothèque coloniale, par le biais d'ouvrages érudits ou d'articles parus dans des revues publiées à Alger ou à Rabat.

    L'ouvrage embrasse donc la littérature historique sur les Juifs du Maghreb disponible en langue française depuis le milieu du XIXe siècle jusqu'aux années 1950. Au-delà de l'aspect historiographique, il propose une réflexion sur l'évolution du monde juif maghrébin au temps de la domination française et sur les modalités de son inscription dans une modernité importée par les puissances de l'heure. Il interroge également le regard porté par le monde non juif sur les judaïcités d'Afrique du Nord. Ainsi ce livre se présente-t-il comme leur histoire culturelle et sociale à la période coloniale.

  • Les Juifs appartiennent à la grande et à la petite histoire du Québec depuis deux siècles et demi.
    Parti de Londres, c'est à Trois-Rivières qu'Aaron Hart jette, au lendemain de la conquête de la Nouvelle-France, les bases d'une dynastie qui dominera un siècle d'histoire, à travers des réseaux familiaux se déployant jusqu'à New York. Lui et son épouse, Dorothée Judah, ont réussi au-delà de toute attente. Outre d'immenses biens fonciers, ils laissent en héritage les assises d'une nouvelle tradition judaïque.
    Leurs fils sont aussi différents que possible. Ezekiel Hart est le député auquel on a refusé le droit de siéger à la Chambre d'Assemblée. Benjamin Hart a fait alliance avec le génial Moses-Judah Hays pour relancer la communauté sépharade de Montréal au moment de l'arrivée de Juifs ashkénazes. Moses Hart, l'aîné, est un véritable monstre, insatiable, arrogant, détestable, dont les excès de toute nature mettront à rude épreuve la tolérance d'une population d'accueil résignée.
    Leurs descendants s'intégreront dans la société québécoise qui devient pour eux synonyme de liberté, d'égalité et de prospérité. À partir de l'histoire de la famille Hart, on découvre une communauté juive jusqu'ici ignorée et la réalité d'une population qui, loin d'être pure laine, s'est forgée dans un véritable creuset de métissage.

  • La question de la corruption est au coeur de la vie politique contemporaine en France et en Roumanie. Or, contrairement à ce que pourrait laisser croire une vision trop peu critique d'une actualité enfiévrée, cette question a une longue histoire dans chacun des deux pays. La corruption ne renvoie pas à des pratiques spécifiques et pérennes, mais à des formes d'évaluation critique des gouvernants ainsi que des élites économiques et financières.
    Topos fondateur des cultures politiques contemporaines, elle est une catégorie inachevée investie de sens toujours nouveaux. Ce volume propose ainsi une histoire comparée de ce phénomène en France et en Roumanie. Il cherche à savoir si certaines évolutions historiques générales, comme les processus de dénonciation de la corruption, de modernisation des Etats et de création de morales publiques, ou bien encore les pratiques d'influence, d'intérêts et de pouvoir sont communes à ces deux sociétés européennes à la fois éloignées et proches.
    La première partie interroge la genèse d'une question politique au XVIIIe et au début du XIXe siècle. La deuxième partie aborde la question des pratiques de pouvoir et d'intérêt, telles que les contemporains les mettent en oeuvre, les pensent et les discutent. La troisième partie est consacrée aux débats, aux critiques publiques, mais aussi aux régulations et aux formes de répression de la corruption : toutes entendent définir des normes pour la probité publique et le bon gouvernement.

  • Les images que reflète ce " Miroir du Nouveau monde " témoignent autant des rêves que des réalités observées par les voyageurs européens.
    De la Renaissance au siècle des lumières, certains éclats de ce miroir montrent une humanité douce, innocente et esthétique qui a été à l'origine du mythe du " bon sauvage ", d'autres, de féroces cannibales aux rituels inquiétants. Si certaines représentations sont superficielles, stéréotypées ou idéalisées, la plupart constituent de précieux documents ethnographiques. Toutes ces images sont aussi révélatrices des mentalités et des projections de l'imaginaire et de leurs créateurs.

  • A la suite du traumatisme provoqué par la prise de leur capitale par les haïs, en 1594, les dynastes khmers refondent leurs institutions en adoptant les techniques de gouvernement des vainqueurs.
    Si, dans le premier XVIIe siècle, la mise en place d'une réforme médiatisée par des codes autorise un redressement spectaculaire de l'appareil d'Etat, elle entraîne de telles tensions politiques que le pays finit par sombrer dans la guerre civile au cours du second XVIIe siècle. En imposant un système d'encadrement rigide des hommes, la Couronne a contrarié les structures sociales autochtones préexistantes, déclenchant ainsi une crise structurelle du pouvoir.

  • Depuis les temps de la découverte, l'Australie a alimenté curiosité et fantasmes chez les Européens, puis une convoitise liée à son extraordinaire immensité, ses richesses minérales et sa diversité naturelle. Aujourd'hui la plupart de ses mystères ont été dissipés mais l'Australie fascine pourtant les Européens, comme si elle n'avait pas livré encore tous ses secrets. Peu de Français connaissent l'histoire de ce continent d'" en bas " qui, de l'autre côté de la terre, a dû conjuguer les traditions millénaires des peuples autochtones, la présence de bagnards et les exigences impériales de l'Angleterre. Devenue libre et moderne, l'Australie n'en demeure pas moins une nation hantée par un passé qu'obscurcit la non-reconnaissance de l'Autre aborigène. Hantée par l'illusion de la Terra nullius - cet espace vierge originel où doivent nécessairement s'exercer les prérogatives de l'envahisseur européen -, l'Australie cherche des moyens, légaux, sociaux, culturels, d'accomplir une réconciliation dont dépend en grande partie le sentiment d'une appartenance et d'une identité nationales. Depuis que les Jeux olympiques de Sydney ont soudain braqué l'attention sur elle, I'Australie cherche à offrir à son propre peuple et au reste du monde un visage apaisé, démythifié, débarrassé des fantasmes qu'avait projetés sur elle l' Europe, depuis la découverte. A cet égard, ce volume propose des regards avisés et originaux sur l'Australie contemporaine, rassemblés autour d'un thème qui explore la conscience de soi des Australiens confrontés à la nécessité de rompre l'isolement où les a contraints la géographie et où les a précipités l'histoire du peuplement continental. Des signes d'espoir sont néanmoins visibles : l'Australie en devenir est une terre vouée à unifier plutôt qu'à exclure, à accueillir plutôt qu'à rejeter, tout en préservant ses chances de construire une identité sociale et culturelle durable.

  • Fruit de longues années de recherches, L'Exil au Maghreb est la première tentative de cerner la réalité historique de la condition juridique et sociale des Juifs en Islam maghrébin entre le Moyen Age et l'époque de la colonisation française. Non pas histoire formelle mais anthologie chronologique de documents, elle puise aux sources littéraires et historiques, "pour la plupart inédites en français. A côté des extraits traduits des chroniques historiques arabes et hébraïques et des textes théologiques musulmans, une première partie rapporte les témoignages oculaires de voyageurs européens - captifs, diplomates, médecins, religieux, et aventuriers. Chaque document est présenté et annoté de façon à mettre en évidence son importance. Une deuxième partie, reflétant le déploiement d'activités diplomatiques en faveur des Juifs, présente des documents du XIXe jusqu'au début du XXe siècle, tirés des archives de l'Alliance israélite universelle, à Paris, et des archives diplomatiques françaises et anglaises, le tout accompagné d'une riche iconographie d'une soixantaine d'illustrations extraite de carnets de voyage et de la presse du XIXe siècle. Seule face au Croissant, la diaspora juive au Maghreb, la plus nombreuse en terre d'Islam à la fin du XIXe siècle, constitue, par son histoire, un paradigme archétypique, souvent ignorée du grand public et de certains " experts " - et aucunement semblable à un second " âge d'or andalou ".

  • L'ouvrage, à la pointe des recherches en cours, et de grande portée historique, analyse le problème complexe de la nature des liens entre l'urss et l'europe dans la période des années 40-50, jusqu'aux traités de rome en 1957.
    En effet, officiellement, l'urss, centre du mouvement communiste international, portait une idéologie internationaliste qui niait radicalement toute identité spécifique de l'europe, ou n'y voyait qu'une manipulation du capitalisme sous direction américaine. en même temps, l'urss affirmait aussi son appartenance européenne et développait une politique dans ce sens, jusqu'à la théoriser en 1954 avec le concept et le programme de " sécurité en europe ".
    On trouve une description des rapports entre l'urss et l'europe, et en particulier la france, de 1941 à 1957, sur trois plans essentiels : les relations intergouvernementales, le rôle des partis communistes, et aussi dans une certaine mesure celui des services secrets. sur le fond et d'un point de vue méthodologique, cet ouvrage complétera utilement une historiographie en langue française relativement peu abondante sur ce sujet, toujours d'actualité.

  • En novembre 1882, le chef du parti conservateur espagnol, Antonio Cánovas del Castillo, répliquait au discours prononcé en mars par Ernest Renan ; et à la question : " Qu'est-ce qu'une Nation ? ", il expliquait que les nations sont " l'oeuvre de Dieu " ou " l'oeuvre de la Nature ".
    D'une façon ou d'une autre, il excluait ainsi du champ de l'action des citoyens une réalité placée hors de leur portée. Dans un XIXe siècle déclinant, le propos avait une valeur d'avertissement : l'Espagne du futur devrait être celle du passé, une, unie, unique. Cette légitimation de la Nation par le recours au passé paraissait d'autant plus nécessaire, qu'au même moment commençaient à pointer des exigences nouvelles, dans la périphérie de la Péninsule, où Basques et Catalans partaient en quête d'une identité propre.
    Ces nationalismes émergeants de la périphérie péninsulaire commençaient alors, mais alors seulement, à ériger leur langue ou leurs coutumes en " faits différentiels ", censés être fondateurs de " nationalités " nouvelles ou renouvelées : les belles-aux-bois dormants des nationalités dites historiques commençaient à se réveiller et se lançaient, pour les besoins de la cause, à la réinvention de leur passé, dira-t-on en écho au titre fondateur qu'Eric Hobsbawm et Terence Ranger ont donné à leur volume de 1983 : The Invention of Tradition.
    Une pédagogie de la nation a accompagné la lente construction de l'Etat libéral en Espagne ; et des pédagogies de nations ont surgi dans la mouvance de ses nationalismes périphériques. C'est à elles et à leur quête de passé que le Centre de Recherche Interdisciplinaire sur les Mondes Ibériques Contemporains (CRIMIC), de l'Université Paris-Sorbonne (Paris IV), en collaboration avec l'EHESS, a consacré les travaux de deux années de séminaire, dont le présent volume est l'aboutissement matériel.

empty