Amsterdam

  • Histoire des révoltes panafricaines propose, à une époque où la quasi- totalité du monde noir vit encore sous le joug colonial, une histoire mondiale de la résistance des Noirs, de Saint-Domingue aux colonies africaines, en passant bien sûr par les États-Unis et les autres îles des Antilles. L'épilogue, écrit par James en 1969, revient sur la décolonisation de l'Afrique, le mouvement des droits civiques aux États-Unis, les conflits dans les Caraïbes, prolongeant, précisant et corrigeant les positions avancées à la fin des années 1930. L'une des premières originalités de l'ouvrage est de rompre avec le cliché des primitifs subissant passivement leur exploitation. « Le seul endroit où les Noirs ne se sont pas révoltés, écrivait James, c'est dans les pages écrites par les historiens capitalistes. » Aussi place-t-il les travailleurs noirs au centre de l'histoire mondiale, incluant, sans les hiérarchiser, un ensemble très divers de rébellions : révoltes d'esclaves, grèves, mouvements millénaristes ou antiracistes. Ce sont les masses qui font l'histoire, dans les conditions et avec les croyances qui sont les leurs ; les leaders, Toussaint comme Nkrumah, Garvey comme Nyerere, ont toujours été portés et produits par des processus collectifs. Manière de sortir aussi bien des approches marxistes axées sur l'ouvrier de l'industrie que des visions hagiographiques exaltant les « grands hommes de l'histoire ». Par son sujet et par son traitement, le livre de James n'a pas pris une ride ; au contraire, il pourrait même être encore en avance sur notre temps.

  • Race ; histoires orale d'une obsession américaine

    Studs Terkel

    • Amsterdam
    • 28 Septembre 2010

    Au début des années 1990, Studs Terkel interroge ses concitoyens sur une question qui leur brûle les lèvres : celle de la race. A travers le prisme de récits et de confessions qui se font écho, du prêtre blanc rebelle à la petite frappe, du propriétaire d'un pavillon de banlieue à un ex-syndicaliste au chômage, d'une professeure d'université d'origine cubaine à des couples mixtes, ou encore du neveu du fondateur de l'Apartheid à la mère d'Emmett Till, dont le lynchage fut déterminant dans l'essor du mouvement pour les droits civiques, c'est une société divisée, parcourue de sentiments violents et contradictoires, qui se donne à voir. Avec ces entretiens, qui retracent l'évolution de la question raciale aux USA de l'époque de la ségrégation jusqu'aux régressions sociales des années 1980 et 1990 en passant par les grands mouvements des années 1960, Studs Terkel nous fait éprouver l'entrelacement des histoires individuelles, des transformations socio-historiques et des événements politiques qui viennent en bouleverser le cours et marquer profondément les mémoires. Ces témoignages, d'une sincérité et d'une force stupéfiantes, dessinent un portrait des Etats-Unis d'une remarquable complexité. Mais doit-on s'étonner de cette complexité s'agissant d'un pays fondé sur l'esclavage, dans lequel les Noirs étaient il y a peu encore privés de leurs droits civiques, et qui a aujourd'hui un président noir, sans bien sûr que le racisme y ait disparu ?


  • du xvie au xviiie siècle un monstre hante le monde atlantique.
    deux figures reviennent avec insistance sous la plume et le burin des architectes de la première mondialisation capitaliste, qu'ils soient princes, prélats, marchands ou planteurs : hercule et l'hydre aux mille têtes. hercule symbolisait pour eux l'ordre, l'autorité et la souveraineté de leur pouvoir. l'hydre, son antithèse monstrueuse, symbolisait le désordre et la sédition : les multitudes bigarées et rebelles que formaient les hommes et les femmes dépossédés par l'enclosure des communaux, les marins pressés à bord des bâtiments des marines marchande et militaire, les criminels déportés outre-mer, les réprouvés des sectes religieuses radicales, les insoumis et les déserteurs, les boucaniers et les pirates, les esclaves africains.
    la thèse avancée par peter linebaugh et marcus rediker dans l'hydre aux mille têtes est que ce prolétariat atlantique formait une classe anonyme transnationale, hétéroclite et polyglotte, traversée par une exigence d'émancipation et de démocratie radicale, dont les menées, depuis les niveleurs et les bêcheux de la première révolution anglaise jusqu'aux jacobins noirs haïtiens, provoquèrent l'inquiétude et la féroce répression des pouvoirs en place, et marquèrent profondément leur temps.
    sous la plume de linebaugh et rediker, l'histoire " vue d'en bas " du capitalisme, de l'invention démocratique et des résistances populaires à l'époque de la première mondialisation change donc de perspective : l'hydre devient la figure du mouvement et de la résistance des multitudes révolutionnaires auxquelles il s'agit, à travers des récits de vies et d'insurrections, de restituer la visibilité et l'importance dont l'histoire les a privées.


  • Au début des années 1990, Mario Moretti, principal dirigeant des Brigades rouges pendant les années 1970, est incarcéré à Milan.
    Il accorde alors un long entretien à deux célèbres journalistes italiennes, Caria Mosca et Rossana Rossanda, ancienne dirigeante du Parti communiste italien. Publié pour la première fois en France, ce témoignage unique restitue au plus près l'histoire italienne des années de plomb, la situation d'exception qui régnait alors, ainsi que le mouvement massif d'insubordination révolutionnaire qui secouait la péninsule transalpine.
    Tout au long de cette période, l'ordre existant semblait à chaque instant près de vaciller. De la formation politique des premiers brigadistes dans les usines milanaises à l'arrestation de Moretti, plus de dix années se sont écoulées. En 1978, les Brigades rouges ont organisé l'un des événements majeurs de l'histoire italienne contemporaine : Aldo Moro, chef de la Démocratie chrétienne, promoteur d'un " compromis historique " entre cette dernière et le Parti communiste, est enlevé et exécuté...
    Par Moretti lui-même, qui le reconnaît ici pour la première fois. Tout au long de cette décennie, les Brigades rouges se sont évertuées, à travers la terrible radicalité du choix politique de la lutte armée, à combattre l'Etat, le capitalisme et l'exploitation, au nom de la liberté et de l'égalité. Sans compromis ni compromissions. Mais à quel prix ? A l'heure où le monde semble s'installer de nouveau durablement dans une ère de turbulences et où partout les Etats mettent en place des législations d'exception au nom de la lutte contre le terrorisme, il importe plus que jamais de revisiter l'histoire italienne des années de plomb.

  • À l'occasion du centenaire de la révolution russe, le romancier China Miéville entreprend de raconter ce moment charnière de l'histoire du monde. En février 1917, la Russie était une monarchie autocratique et arriérée, enlisée dans la guerre ; au mois d'octobre, après deux révolutions, elle devient le premier État ouvrier du monde, à l'avant-garde d'une révolution globale. Comment ce bouleversement a-t-il pu s'accomplir ?
    Adoptant une perspective panoramique, couvrant aussi bien les grandes villes, Saint-Pétersbourg et Moscou, que les petits villages les plus reculés du tentaculaire empire russe, Miéville nous plonge dans le tumulte des événements, dont il restitue admirablement la passion, le drame, la contingence et l'étrangeté.
    Son livre a beau prendre position dans de vieux débats sur la révolution, il souhaite avant tout s'adresser aux néophytes, en rendant sensibles et présents ses enjeux. En effet, « cette révolution fut celle de la Russie, mais elle appartenait aussi, et continue d'appartenir à d'autres. Elle pourrait être nôtre. Si ses phrases restent inachevées, c'est à nous qu'il incombe de les finir. »

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