Belles Lettres

  • De la grande stratégie

    John Lewis Gaddis

    • Belles lettres
    • 8 Octobre 2020

    « Le renard » dit un vers du poète grec Archiloque « sait beaucoup de choses, mais le hérisson sait une grande chose. » Cet aphorisme, que le philosophe britannique Isaiah Berlin remit à l'honneur en 1951 dans un essai consacré à la philosophie de l'histoire de Léon Tolstoï, sert de point de départ à John Lewis Gaddis, le principal historien américain de la Guerre froide, à une réflexion sur la stratégie à travers toute l'histoire occidentale.
    En dix chapitres, tous soigneusement documentés, et qui vont de la lutte entre Xerxès et Thémistocle au Ve siècle avant notre ère à celle de Roosevelt et de Staline, l'historien américain ne cesse d'approfondir une réflexion sur les raisons qui, au cours des siècles, permirent à certains stratèges - les renards - de l'emporter sur leurs adversaires. Comment Thémistocle contint-il Xerxès ? Comment Octavien fit-il échec à Antoine ? Comment Elizabeth I l'emporta-t-elle sur Philippe II d'Espagne dont les forces étaient pourtant infiniment plus grandes ? Plus que d'un simple pragmatisme, les renards, montre Gaddis, portent sur la réalité un regard bien moins offusqué par le voile déformant des idéologies de toutes sortes qui fascinent les hérissons.

  • L'Amérique latine ; les villes et les idées

    José Luis Romero

    • Belles lettres
    • 6 Novembre 2020

    L'ouvrage de José Luis Romero constitue un condensé remarquable de l'histoire de la conquête de l'Amérique du Sud et du développement par les villes de ce continent. Il situe son analyse à partir de l'Europe et, plus particulièrement, de la péninsule ibérique à la fin du XIVe siècle, et la poursuit jusqu'à l'Amérique latine du XXe siècle. Quatre décennies après sa publication, cet ouvrage est devenu un classique de l'historiographie latino-américaine.
    A la fin de sa vie, José Luis Romero tire de son expérience d'historien des sciences urbaines européennes une hypothèse sur le processus historique latino-américain. Celle-ci apparaît dans son livre comme le résultat d'une tension, d'un conflit et d'une intégration entre la ville et la campagne. José Luis Romero reconstruit les divers plans d'une même réalité : l'économie, les groupes sociaux, les modes de vie, la politique et le pouvoir, les mentalités, les idéologies, se rencontrent et s'affrontent au sein de l'espace urbain.
    Le cheminement de sa théorie parcourt plusieurs étapes qui ont fait date en sociologie urbaine : la ville parvenue, la ville créole, la ville aristocratique, la ville bourgeoise et la ville des masses. Ce livre déroule l'histoire d'une société bouillonnante, captivante et contradictoire à partir de très nombreuses sources, à la fois historiques, artistiques, littéraires et architecturales.

  • Un siècle de trahisons ; la diplomatie francaise et les juifs, 1894-2007

    David Pryce-Jones

    • Belles lettres
    • 10 Janvier 2020

    Durant tout le XXe siècle, et aujourd'hui encore, le Quai d'Orsay a mis en oeuvre une « politique arabe » destinée à assurer l' « influence française ». Quitte pour cela à trahir non seulement les valeurs fondamentales dont la France aime à se prévaloir, mais également ses citoyens juifs perçus, au mieux, comme partagés entre deux allégeances, au pire, comme traîtres en puissance. David Pryce-Jones met en lumière quelques constantes de l'action du Quai d'Orsay :
    Préservation des intérêts matériels de la France, fascination pour la realpolitik, une anglophobie qui deviendra de l'antiaméricanisme... Les positions politiques de la diplomatie française masquent souvent un antisémitisme replacé ici dans un contexte culturel, historique et religieux plus large, avec notamment l'évocation de grandes figures d'intellectuels (Paul Morand, Paul Claudel, Jean Giraudoux et Louis Massignon).
    Logiquement, cet antisémitisme se doublera d'un antisionisme à partir du moment où les Juifs entreprendront de déterminer eux-mêmes leur destin sans tenir compte des desseins que la France nourrit pour eux. De l'affaire Dreyfus à la présidence de Jacques Chirac, le Quai d'Orsay apparaît ainsi comme suranné et pétri d'illusions, incapable d'accepter les événements et a fortiori de les analyser, qu'il s'agisse de la persécution des Juifs par l'Allemagne nazie, du soutien apporté au grand mufti de Jérusalem, de la création et de la préservation d'Israël ou des compromissions du gouvernement français avec le colonel Kadhafi, Yasser Arafat, l'ayatollah Khomeyni et Saddam Hussein. David Pryce-Jones dresse un portrait implacable et inquiétant de la diplomatie française.

  • L'appel à l'étude

    Fukuzawa Yukichi

    • Belles lettres
    • 19 Avril 2018

    Composé de 17 « livres » publiés entre 1872 et 1876, dont chacun fut vendu à plus de 200 000 exemplaires, L'Appel à l'étude fut lu à l'époque par des millions de Japonais et servi même de manuel scolaire. Fukuzawa Yukichi s'y livre à un double exercice : penser la manière dont le Japon peut et doit accéder à la civilisation et convaincre ses compatriotes de le suivre dans cette voie, la seule à même d'éviter à son pays la colonisation des puissances étrangères.
    L'idée au centre de L'Appel à l'étude est que seul l'accès à la civilisation permettra d'éviter un destin à la chinoise et que le seul moyen d'accéder à la civilisation est l'éducation. L'utilitarisme, le rationalisme, le positivisme, le libéralisme voire l'individualisme que prône Fukuzawa n'ont de sens, pour lui, que dans la mesure où ces « ismes » servent ce dessein. La civilisation que vise Fukuzawa n'est cependant pas la civilisation occidentale mais une civilisation universelle fondée sur la science et vis-àvis de laquelle il constate simplement que le Japon a pris du retard par rapport aux pays occidentaux. S'il demande à s'inspirer de ces derniers, c'est pour les utiliser non pas comme un modèle mais comme un raccourci.

  • La revolution industrielle des régions du Japon

    Nakamura Naofumi

    • Belles lettres
    • 19 Février 2021

    L'ouvrage propose une nouvelle approche du si vif développement économique du Japon moderne, éclatant dès les années 1880. Reconsidérant les grandes interprétations donnant le beau rôle à l'Etat et aux grands groupes capitalistes, l'auteur montre la force des fondations régionales de la Révolution industrielle au Japon, un mouvement « venant des provinces » pour reprendre la traduction littérale du titre japonais.

  • L'invention de la Chine éternelle

    Yuri Pines

    • Belles lettres
    • 14 Mars 2013

    Cet ouvrage est une étude de la pensée politique de la période précédant la fondation de l'empire chinois en 221 av. J.-C., l'époque dite des Royaumes combattants (453-221 av. J.-C.), L'auteur a pour objectif de déterminer les principales racines idéologiques de l'empire et les cadres intellectuels qui ont contribué à la formation et à la stabilité d'un système impérial s'étant maintenu pendant plus de deux mille ans en Chine. Loin de faire un simple inventaire des idées politiques, l'auteur dépasse les clivages entre écoles, se dégage des filiations philosophiques et choisit le plus souvent de mettre en lumière le fond commun aux penseurs, en articulant son étude autour de trois grands thèmes: 1. la vision du pouvoir et du monarque; 2. les activités et la place des intellectuels face à ce pouvoir; et 3. les discours de ces derniers sur le peuple. L'approche est celle d'un historien: Yuri Pines analyse des textes aussi bien transmis par la tradition que découverts récemment en contexte archéologique, en les replaçant autant que possible dans le contexte politique, social et économique qui les a vus naître.Yuri Pines est professeur en études chinoises à l'université hébraïque de Jérusalem. Ses recherches portent sur l'histoire et la pensée politique de la Chine antique. Il est l'auteur de Foundations of Confucian Thought: Intellectuel Life in the Chunqiu Period, 722-453 B.C.E., (2002) et de The Everlasting Empire: The Political Culture of Ancient China and Its Imperial Legacy (2012).

  • Les tibétains

    Matthew T. Kapstein

    • Belles lettres
    • 11 Septembre 2015

    L'auteur part d'une constatation : les travaux universitaires sur le Tibet sont aujourd'hui très féconds, mais également très pointus, voire cloisonnés entre eux, ce qui les tient éloignés de facto d'un lectorat non spécialiste. D'un autre côté, nombre de publications destinées à un plus large public peuvent, certes, se révéler d'un bon niveau, mais se cantonnent dans leur majorité, soit à certains des aspects de la religion du Tibet les plus à même de répondre aux désirs de spiritualité d'un lecteur occidental, soit aux expériences personnelles, et donc subjectives, vécues au Tibet par leurs auteurs. À l'évidence, ces écrits ne donnent donc pas à comprendre le Tibet dans son entier.
    Les Tibétains se propose, lui, de faire un état des lieux des connaissances auxquelles l'auteur, mais également ses nombreux autres collègues à l'expertise reconnue dans différents domaines, sont parvenus à ce jour.
    Ajoutons que le Tibet jouissant d'une culture littéraire extrêmement vaste Matthew T. Kapstein n'oublie pas de donner la parole aux auteurs tibétains eux-mêmes. C'est donc l'ensemble du Tibet que le lecteur peut découvrir même s'il ne dispose pas d'une connaissance préalable.

  • L'empereur de Chine disposait d'un gynécée pourvu de nombreuses épouses, mais, comme pour les autres hommes chinois, une seule était son épouse principale. Les autres femmes, qu'on désigne habituellement par le terme de concubines, avaient un statut nettement inférieur et étaient réparties au sein d'une hiérarchie complexe. Les rivalités entre elles étaient grandes, car obtenir les faveurs du souverain signifiait gagner en influence, pour soi mais aussi pour son clan. L'ouvrage de Keith McMahon explore chronologiquement les annales chinoises et à partir des biographies des souverains, de leurs impératrices et de leurs concubines retrace la tumultueuse histoire de la cour impériale, ses histoires d'amour, ses complots et ses assassinats. L'Empire du Milieu a lui aussi eu ses Messaline, ses Théodora et ses affaires de la Tour de Nesles. Ce volume est le premier d'un diptyque et couvre la période depuis la naissance de l'empire chinois (IIIe s. av. J.-C.) jusqu'au XIIe siècle ap. J.-C., ce qui correspond aux dynasties Han, aux Trois royaumes et à la période de fragmentation qui suivit ainsi qu'à la dynastie des Tang et aux pouvoirs qui l'ont remplacée. Le second volume, sur lequel l'auteur travaille, sera consacré aux dynasties Song, Yuan, Ming et Qing (960-1911).

  • La Roumanie ; un pays à la frontière de l'europe

    Lucian Boia

    • Belles lettres
    • 6 Octobre 2003

    À première vue, la Roumanie est un pays déroutant. Peuple latin, mais dont la langue a évolué indépendamment des autres membres de la famille romane, englobant de nombreux éléments slaves et orientaux. Mosaïque de régions, chacune avec son histoire, qui ont fini par se fondre dans une nation. Une permanente condition de frontière, en marge des grands ensembles politiques et de civilisation du continent. Attitudes contrastées de repli sur soi et d'ouverture vers les autres. Une société prépondérément paysanne brisée par le communisme et reconstruite sur un autre plan. Réapprentissage difficile de la démocratie et de l'économie de marché, et une marche lente, mais effective vers l'intégration européenne.

    Le lecteur français devra aussi se rappeler que ce pays a été et reste un des plus francophones et francophiles de l'Europe. Ce n'est pas par hasard que Bucarest a été surnommé le petit Paris.

    Lucian Boia, qui a inauguré un courant novateur dans l'historiographie contemporaine, nous donne ici la première véritable histoire de la Roumanie et nous explique pourquoi la Roumanie est ce qu'elle est, c'est-à-dire un pays si différent des autres. Professeur d'histoire à l'Université de Bucarest, il a déjà publié aux Belles Lettres Pour une histoire de l'imaginaire (1998), La Mythologie scientifique du communisme (2000) et Le Mythe de la Démocratie (2002).

  • Le comportement public des intellectuels roumains de tous bords, au cours du XXe siècle, a fait l'objet de nombreux ouvrages, en France comme à l'étranger. Mais, pour la plupart, ces travaux n'évitaient pas l'écueil du jugement moral et de la bien-pensance, et la qualité des preuves invoquées n'était guère à la hauteur de la taille et de la complexité du dossier. Certes, les intellectuels se doivent d'adopter une attitude exemplaire. Mais lorsque, entre 1930 et 1950, ils doivent traverser, avec toute la société roumaine, plusieurs changements de régimes et une guerre mondiale, la sagesse impose de se pencher d'abord sur la nature humaine, dans tous ses méandres et ses nuances sans nombre.Il était nécessaire d'entendre sur ces événements le récit plein de finesse et de subtilité de Lucian Boia. Grâce à une documentation vaste et souvent inédite, il renvoie dos à dos l'intransigeance des uns et la complaisance des autres et parvient à rééquilibrer la vision du destin de ces hommes qui ont été piégés par l'Histoire.Lucian Boia, historien, professeur à l'université de Bucarest, est auteur de nombreux ouvrages publiés en France, consacrés notamment à l'histoire des idées et de l'imaginaire. Dernières parutions aux Belles Lettres: L'Occident. Une interprétation historique (2007), Napoléon III, le mal-aimé (2008) ainsi que Hégémonie et Déclin de la France (2009).

  • Paradossi/paradoxes

    Ortensio Lando

    • Belles lettres
    • 13 Juin 2012

    Publié en 1543, l'ouvrage est l'un des premiers textes écrits en langue vulgaire par Ortensio Lando, après toute une série de textes en latin publiés en divers lieux (anonymes ou sous des pseudonymes) à partir du début des années 1530. Epigone d'Erasme et fervent lecteur de Cicéron, Lando était aussi fin théologien qu'humoriste subtil. Ces Paradoxes connurent un succès et un scandale immédiats et furent traduits dès 1553 en français par Charles Estienne. Notre édition est la première depuis cette date.

  • Le berlusconisme dans l'histoire de l'Italie

    Giovanni Orsina

    • Belles lettres
    • 17 Mai 2018

    Le « berlusconisme » constitue un élément fondamental de la vie politique italienne de ces dernières années, mais il est aussi une manifestation - particulièrement retentissante par son intensité et sa durée - de tendances qui ont caractérisé à peu près tous les régimes démocratiques au tournant du XXIe siècle.
    Pour comprendre les raisons du choix et de la fidélité à Silvio Berlusconi d'une partie de l'électorat italien, on ne peut se contenter d'analyser l'Italie depuis les années 1990 ni même l'Italie dans la seconde moitié du XXe siècle. Il convient de revenir sur l'unité italienne et les problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels que la péninsule a connus depuis la fin du XIXe siècle. Dans cet essai, Giovanni Orsina prend ce recul chronologique et opère un changement de perspective. Si beaucoup de commentateurs ne sont pas parvenus à comprendre la persistance du vote Berlusconi, c'est qu'ils ne se sont pas donné les moyens d'analyser le monde et l'Italie comme les électeurs de Forza Italia et de ses avatars le voyaient et le voient.
    Grâce à cette analyse politique et historique subtile, l'auteur nous livre des chapitres incisifs consacrés tant au programme de Berlusconi et à la vision sociale qui le sous-tend, qu'à son électorat et à ses motivations, hétérogènes sans doute, mais convergeant vers la même fidélité, envers et contre tout, au Cavaliere.

  • Inscrit au patrimoine immatériel de l'humanité, le Güegüense est une pièce de théâtre satirique écrite, en espagnol et en nahuatl, au XVe siècle. Elle est aussi un mythe, LE mythe, même, dont les Nicaraguayens s'enorgueillissent. C'est enfin une mystification et, pour l'auteur de cet ouvrage, une « malédiction ».Dans le personnage clé de la pièce, un individu odieux, avide, menteur et couard, l'auteur retrouve à son grand regret bien de ses compatriotes de ce Güegüense qui fait, quand le gouverneur espagnol qu'il a choisi d'escroquer a le dos tourné, la « guatusa », un geste qui ressemble fort à une manifestation très actuelle d'insolence dévoyée.Cet ouvrage en effet est l'expression de l'immense déception de l'auteur et d'une bonne partie de la population nicaraguayenne devant le spectacle offert par les nouveaux güegüenses qui, tergiversant les espoirs mis dans la révolution qui bouscula de régime du Général Somoza le 19 juillet 1979, ont récupéré à leur seul profit un pays qui s'était donné à eux et, au passage, une bonne partie de l'aide copieuse que le monde entier, croyant avoir enfin trouvé là la fameuse « troisième voie du développement », s'empressa d'envoyer.

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