Empecheurs De Penser En Rond

  • Comme toujours avec clérambault (1872-1934), la classification psychiatrique s'accompagne de récits de cas de patients, vivants, écrits dans une langue superbe : clérambault est aussi un grand écrivain.
    Ici des patientes croient que des personnages plus ou moins célèbres (le curé de leur quartier mais aussi le roi d'angleterre !) sont amoureux d'elles et communiquent, avec elles de manière secrète. c'est l'illusion délirante d'être aimé. dans un premier temps, la patient couvre celui qui est censé l'aimer de cadeaux. mais vient le dépit. qui peut se terminer par un assassinat. nous avons dans ce livre tous les récits des cas célèbres de clérambault avec le compte-rendu des interrogatoires.
    Un véritable feuilleton.

  • " je ressens un gonflement de la gorge, et de l'estomac, puis je perds connaissance.
    Mais quand je peux prendre l'etoffe, je la froisse, cela me produit un serrement d'estomac particulier, ensuite, j'éprouve une espèce de jouissance qui m'arrête complètement la respiration ; je suis comme ivre, je ne peux plus me tenir, je tremble, non pas de peur, si vous voulez, mais plutôt d'agitation, je ne sais pas. je ne pense pas à la mauvaise action que je viens de faire. dès que je tiens la pièce dérobée je vais m'asseoir à l'écart pour la toucher et la manier, c'est là qu'on me voit.
    ".

  • Faut-il opposer « croyance « et « réalité » ? Quel est le rôle de la « croyance » dans notre rapport à la « réalité » ? Il y a des cas où un phénomène ne peut se produire que s'il est précédé d'une foi antérieure à son événement. Un train entier de voyageurs est attaqué par des bandits : tous se laisseront piller parce que les bandits peuvent compter les uns sur les autres alors que chaque voyageur sait que sa résistance entraînera sa mort certaine. Si chaque voyageur avait foi en la réaction des autres, il réagirait et le pillage deviendrait impossible. La volonté possède un pouvoir créateur. La foi est performative, elle peut créer un fait. James ira jusqu'à écrire : « Dieu lui-même, en somme, peut puiser dans notre fidélité une véritable force vitale, un accroissement de son être. »

  • En septembre 1904, à Berlin, un cheval dénommé Hans suscite une des controverses les plus vives qui aient agité l'Allemagne à cette époque.
    Selon son maître, Hans peut résoudre des problèmes arithmétiques, reconnaître des couleurs ou des cartes à jouer, épeler les lettres d'un mot, donner la date du jour ou désigner une personne d'après sa photo. S'agit-il d'une fraude ? d'une "révolution " quant à l'intelligence des animaux ? ou Hans est-il télépathe ? Une commission est mandatée pour évaluer les compétences du fameux cheval. Surprise: Hans répond aux questions qui lui sont posées, même en l'absence de son maître.
    Aurait-il appris à lire des signaux que les humains lui enverraient inconsciemment ? Ou, les humains, toujours inconsciemment, l'auraient-ils influencé ? Une aventure passionnante, qui nous fait revivre les premiers moments de la psychologie expérimentale, ses questions, ses enjeux, l'originalité et l'inventivité de ses acteurs, le talent de ses sujets et l'engagement de ses scientifiques.

  • Il a donc fallu qu'un saut s'opère ou que le vivant en arrive à l'acte majeur - se retourner, mettre à la surface sa sensibilité et remiser au fond le tissu solide dans lequel il se barricadait, la colonne vertébrale, l'osseux sur lequel il s'édifiera.
    Aussitôt le dehors du dedans lui permettait une vie informée, alerte et vive.

  • Ce livre raconte l'histoire de l'école mutuelle au début du 19ème siècle dans la France de la Restauration. Une histoire totalement oubliée, quasiment interdite, y compris par la gauche. Beaucoup des organisateurs du mouvement ouvrier, comme Proudhon, sont pourtant sortis de cette école qui a été supprimée pour une étrange raison : elle marchait trop bien! L'école mutuelle est une école crée pour les pauvres : un instituteur pour quatre -vingt élèves ou plus encore, et des élèves de toutes les classes d'âges. Les moyens sont réduits au minimum. L'objectif est surtout de sortir les enfants de la rue et leur donner un savoir minimum conforme à leur classe sociale : lire écrire, compter.
    Or, après un débat parlementaire, cette école a été fermée parce qu'on lui reprochait deux choses. Les élèves apprenaient en trois ans, le curriculum prévu pour six. De plus, si les élèves apprenaient effectivement, ils n'apprenaient pas le respect du savoir. Quel était son principe ? Chaque élève lorsqu'il avait compris quelque chose, l'expliquait à d'autres. Tour à tour, chacun est élève et répétiteur. Les différences de niveau, l'hétérogénéité dans une classe n'est plus un obstacle au bon fonctionnement mais devient son moteur. Ce qui importe est la manière dont le groupe hétérogène s'active et non pas de « bonnes manières » d'apprendre proposée par la pédagogie. L'enseignant doit, avant tout, faire confiance.

  • Le capitalisme pourrait bien se transformer plus vite que ses adversaires, les laissant toujours en retard d'une époque. C'est le sentiment que l'on peut avoir à observer la manière dont certains répètent le discours marxiste ou celui des économistes classiques. En se différenciant en un capitalisme de l'innovation centré sur la recherche, l'innovation et les brevets et un capitalisme de la reproduction souvent réimplanté dans les pays pauvres, le capitalisme a changé ses manières de capter la richesse. Cela ne peut pas être sans conséquences sur la manière de s'opposer à lui et pour imaginer « les autres mondes possibles ». En partant de l'analyse proposée par Michel Foucault et Gilles Deleuze (le passage des sociétés disciplinaires avec l'école, la caserne,
    l'usine, aux sociétés modernes de contrôle), l'auteur propose de tirer les leçons de la lutte des intermittents ou de celle contre la réforme des retraites.

  • Eléonore, 38 ans, achète, par crises ce qu'elle voir dans des magasins de luxe, des librairies, des objets qu'elle ne sait à qui offrir, des livres d'art qu'elle n'ouvre pas.
    Quelles que soient ses résolutions, l'envie d'acheter est irrésistible. Qui n'a jamais acheté, sans raison valable ni réelle envie, un objet inutile ? Quitte à en éprouver très vire du regret, et parfois se sentir coupable ? Cet "achat pour l'achat" diffère de l'acquisition nécessaire et quotidienne des biens de consommation. Achat "remède", il relève bien plus de la consolation : certains, face aux difficultés, aux conflits, aux contraintes, se précipitent sur l'achat comme d'autres sur la nourriture, la sexualité, l'alcool ou la drogue.
    Impulsifs, répétés, très vite inadaptés aux ressources, longtemps dissimulés à l'entourage, les achats compulsifs plongent les personnes dans de graves difficultés sociales et psychologiques.

  • En 1842, Alexis Didier, à peine âgé de 16 ans, commence à stupéfier ses contemporains par ses dons de clairvoyant magnétique : on vient déjà de Londres pour consulter le jeune prodige.
    Il concentre sur sa personne tous les dons que l'on attribue aux somnambules magnétiques : diagnostic médical, perception des pensées d'autrui, vision à distance ou à travers des corps opaques, lecture dans des livres fermés, perception épigastrique, etc. Sa renommée se répand dans les salons de l'aristocratie. Pendant quinze ans, il va ainsi régulièrement s'efforcer de faire la preuve de ses dons présumés, déclenchant polémiques et fascination.
    Alexis est une sorte de héros balzacien. Il incarne une figure nouvelle : celle du " héros magnétique ". Il se croit investi d'une mission et veut prouver par des moyens expérimentaux l'immortalité de l'âme. Il se dépense tant dans cette tâche qu'il y ruine sa santé fragile, se retirant à l'âge de 30 ans. Paradoxalement, le plus célèbre des voyants du XIXe siècle n'avait jamais fait l'objet d'une étude approfondie, malgré la vogue actuelle d'ouvrages sur la voyance.
    Ce livre propose une nouvelle manière de comprendre et de rendre compte des phénomènes magnétiques et de voyance qui intriguent tant le public.

  • Le génie de Freud est d'avoir transformé ce qui faisait obstacle dans l'hypnose, en moteur même de l'intervention clinique : c'est ce qu'il a appelé le " transfert ".
    La scène analytique devient alors le laboratoire où la névrose de transfert, analysable, se substitue à la névrose ordinaire qui était incontrôlable. La suggestion, qui était utilisée par tous les guérisseurs avant Freud, devient un instrument contrôlable. Voilà le coup de génie freudien. Deux ans avant sa mort, dans Analyse avec fin, analyse sans fin, Freud a reconnu les limites de l'instrument qu'il avait ainsi forgé.
    Du coup, l'idée que l'invention freudienne est en rupture radicale avec toutes les autres techniques doit être réinterrogée.

  • N'a-t-on pas déjà tout dit sur l'homosexualité ? C'est en allant à la rencontre d'homosexuels de toutes conditions et en les écoutant attentivement que l'auteur apporte la preuve éclatante que bien des choses inédites restent à mettre au jour. Encore aujourd'hui, être homosexuel ne va pas de soi. Comment l'homosexualité fait-elle son entrée dans la vie d'une personne ? Quelles sont les épreuves traversées, tant vis-à-vis de soi-même que des autres ? Comment se construit une identité et quel en est le prix à payer ? A quoi oblige l'homosexualité et en quoi l'homosexualité oblige-t-elle la sociologie ? Il était plus que jamais temps de disposer d'un état des lieux enfin réaliste où l'on sache énoncer sans dénoncer, comprendre sans juger, donner à voir et à sentir ce qu'être homosexuel veut dire. Ce livre est une première en sociologie.

  • Le Livre noir s'est installé sur une faille : la psychanalyse est depuis longtemps défaite, battue, dans le soin psychiatrique, alors qu'elle continue pourtant à être une sorte de référence abstraite qui plane au-dessus des têtes (ce que certains appellent « le psychanalysme »). Le Livre noir traduit le souhait, confus, et parfois la révolte, de ne plus vivre dans une telle discordance.
    Mais comment créer un « quelque chose » qui permette aux psy de vivre et de travailler ensemble, sans qu'une partie d'entre eux ne soient armés d'une théorie qui oblige les autres à la soumission et qui, éventuellement, disqualifie leur expérience ?
    Plusieurs auteurs des Empêcheurs de penser en rond, travaillent depuis 10 ans sur ce thème et se ont décidé d'écrire ce livre ensemble. Il ne s'agit pas de proposer une nouvelle « montée en généralité » du type de celle proposée par la psychanalyse, ni de croire que « la science » surviendra si seulement on est rigoureux. L'ethnopsychiatrie nous a appris à réhabiliter les « pratiques ». Un guérisseur qui se présente à ses collègues dira « voilà ce que je sais faire, et toi ? ». C'est un mode d'existence qui se trouve correspondre aussi à ce que font désormais les psy ! Nous avons aussi appris que l'idée d'une expertise des patients était au sens propre impensable par la psychanalyse : un patient n'a comme seul devenir, au mieux, que d'être un futur psychanalyste. L'idée d'une « association de patients » est un impensable. Or, rien n'est plus pensable sans les patients.
    Des extraits judicieux de textes de sociologues et d'anthropologues de la psy publiés aux Empêcheurs depuis 15 ans montreront la logique de la démarche (Barrett, Estroff, Godstein, Hawking, Latour etc...).

  • Ce livre est un exercice d'initiation philosophique autour d'une question a priori difficile, menacée par l'abstraction ou, aujourd'hui, par une neurobiologie prétentieuse. Dewey va montrer ce qu'est l'acte de penser, puis comment on peut favoriser ce type d'acte. Il va alors en déployer toutes les conséquences. Il proposera même, ultime élégance, de vérifier si sa propre théorie peut être soumise aux critères qu'il a proposé : a-t-il bien pensé ce qu'est penser ? On pourra en juger par ses propositions pédagogiques destinées à développer la capacité de penser des enfants à l'école John Dewey (1859-1952) est le philosophe américain le plus important. C'est un des fondateurs du pragmatisme.

  • On voit que spinoza combat inlassablement le dualisme.
    Après avoir critiqué le dualisme âme-corps, il combat le dualisme interne à "l'âme" : l'opposition traditionnelle de la volonté et de l'entendement. non seulement la réalité humaine est une (cet esprit-corps que nous étudierons plus loin), mais l'esprit lui-même est un (comme entendement-affirmation, ou entendement actif, c'est-à-dire raison).

  • Etre malade.
    Avoir une maladie. Le corps souffre et fait l'objet des transactions. La médecine propose des réparations, tente des guérisons. Le patient cherche-t-il à se faire entendre par le symptôme ou à se faire oublier derrière le rempart que peut procurer ce même symptôme ? Qui parle, entre le soma et la psyché ? A moins de dépasser ce débat classique et de poser une interrogation autre, plus déroutante, à savoir quel corps est en jeu ? Pour quels enjeux ? En particulier celui d'inaugurer, au-delà des soins, la question du corps et des organes qui seraient concernés par l'identité ou par la mécanicité.

  • Publié aux etats-unis par la prestigieuse smithsonian institution (bureau of american ethnology), ce traité d'ethnopsychiatrie des indiens mohaves (arizona, etats-unis) est l'oeuvre fondamentale de georges devereux.
    Il s'y attache à reconstituer l'ensemble des classifications psychiatriques qui sont celles des mohaves et à les mettre en relation avec la psychopathologie occidentale d'inspiration psychanalytique.
    Cet exercice doit nous permettre de changer le cadre de référence dans lequel nous pensons les troubles mentaux et d'être plus à même d'approfondir notre conception de la psychiatrie. selon georges devereux, les chercheurs dans les sciences de l'homme et du comportement ont intérêt à ce type d'exercice s'ils veulent garder la nécessaire flexibilité intellectuelle alors qu'il s'agit de sciences qui évoluent très lentement à la différence des sciences de la nature.
    Les indiens mohaves ont été choisis par georges devereux car leur culture est une culture du rêve qui permet donc la construction de nombreux points de convergence avec la psychanalyse. il a commencé leur étude en 1938, confiant à la fin de sa vie : " le groupe des indiens mohaves est le groupe le plus attrayant qu'il m'ait été donné de rencontrer. il y a en eux une bonté fondamentale. en plus, ils sont amusants.
    " dans une langue simple, l'auteur fait le récit vivant et imagé des moeurs mohaves (de la mythologie à la vie quotidienne) au travers de plus de 130 cas soigneusement rapportés. il traite les problèmes du rapport entre culture et psychisme (comment ils se déterminent l'un l'autre), des difficultés de la traduction (à une même question, la réponse d'un informateur peut être " oui " en mohave et " non " en anglais !), de la nature du chamanisme (qui devient chamane ?) et des folies ethniques comme " apprentissage " (ainsi la société occidentale favoriserait l'apprentissage de la schizophrénie qu'il considère comme une folie ethnique).

  • Ce livre ne prétend pas être un essai d'érudition sur l'âme du point de vue théologique, philosophique ou ethnologique.
    Son ambition est de partir de récits singuliers d'hommes " en perte de leur âme " et de mieux comprendre leurs propos en faisant appel aux traditions écrites anciennes et aux traditions populaires actuelles.

  • Peut-on « réécrire l'âme », la façonner, créer de nouveaux troubles psychologiques ? Depuis le
    XIXème siècle, la mémoire pourrait en être l'instrument. Nous nous pensons désormais largement à
    travers cette question de la mémoire. Mais cette question est venue en percuter une autre : celle
    des traumas et en particulier des violences sexuelles faites aux enfants. Le mélange pourrait bien
    être explosif. Ignorée jusque dans les années 1970, la question des violences sexuelles faites aux
    enfants a envahi notre quotidien. « Si seulement nous pouvions oublier le malheur extrême de ces
    gens très ordinaires qui se trouvent ainsi emportés dans le tourbillon de la mémoire. Si seulement
    nous pouvions ignorer la douleur et la destruction causées d'un côté par les abus subis tôt dans
    l'enfance, et de l'autre côté par des accusations erronées. » écrit Ian Hacking, alors à partir de
    l'expérience américaine.
    On a vu apparaître des experts, témoin de la véracité des propos des enfants. « L'enfant ne ment
    pas » est devenu un slogan politique. Après la bio-politique de Michel Foucault, Ian Hacking
    propose de s'intéresser à la mémoro-politique. Ce n'est pas seulement la mémoire collective mais
    aussi la mémoire individuelle qui est devenue une question politique.
    Ian Hacking interroge les troubles psychologiques qui se répandent de manière privilégiée à
    certaines époques (du trouble de la personnalité multiple au déficit de l'attention chez l'enfant) puis
    disparaissent. Il existe dans les troubles psychologiques un effet de boucle : les patients
    s'emparent des manières de parler de leurs souffrance, s'y adaptent, confirmant les attentes des
    cliniciens. Les individus en reprenant une description à leur compte, sont conduits à une nouvelle
    description de leur passé. Ils expriment différemment leur comportement et se ressentent euxmêmes
    différemment. En redécrivant son passé, en réécrivant son âme, on devient une personne
    différente.

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